Fondation
Chapitre VI
Le Maire Hardin mâchonnait le bout de son cigare éteint. Il n’avait pas dormi la nuit précédente et il avait bien l’impression qu’il ne fermerait pas l’œil cette nuit non plus. Il avait les yeux rouges.
« Et cela pourrait marcher comme ça ?
— Je crois que oui, fit Yohan Lee en se frottant le menton. Qu’en pensez-vous ?
— Ça n’a pas l’air mal. Mais, vous comprenez, il faut que ce soit fait avec aplomb. Qu’il n’y ait pas d’hésitation ; qu’on ne leur laisse pas le temps de se rendre compte de ce qui se passe. Dès l’instant où nous serons en mesure de donner des ordres, il faudra les donner comme si nous n’avions jamais fait que ça toute notre vie, et ils obéiront par habitude. C’est le grand principe du coup d’Etat.
— Et si le Conseil demeure irrésolu...
— Le Conseil ? N’en tenez pas compte. Après-demain, il n’aura plus aucune importance dans la conduite des affaires de Terminus. »
Lee hocha lentement la tête.
– 117 –
« C’est étrange qu’ils n’aient encore rien fait pour nous empêcher d’agir. Vous dites qu’ils se doutent de quelque chose ?
— Fara est sur le point de deviner. Parfois, il me fait peur. Et Pirenne se méfie de moi depuis que j’ai été élu. Seulement, ils n’ont jamais su se rendre vraiment compte de ce qui se passe. Ils ne croient qu’à l’autorité. Ils sont persuadés que l’empereur, du seul fait qu’il est l’empereur, est tout-puissant. Et que le Conseil d’Administration, parce qu’il représente l’empereur, ne saurait se trouver dans la situation de ne plus donner d’ordres. Cette incapacité d’admettre la possibilité d’une révolution est notre plus sûr atout. »
Il se leva et alla prendre un verre d’eau à la fontaine.
« Ce ne sont pas des mauvais bougres, quand ils ne s’occupent que de leur Encyclopédie – et nous veillerons à ce qu’ils ne s’occupent plus d’autre chose désormais. Mais ils sont totalement incompétents quand il s’agit de gouverner Terminus. Et maintenant, allez régler les derniers détails. J’ai besoin d’être seul. »
Il s’assit sur un coin du bureau, son verre d’eau à la main.
Par l’Espace ! Si seulement il était aussi confiant qu’il s’efforçait de le paraître ! Dans deux jours, les Anacréoniens allaient
– 118 –