La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison
Chapitre IV : Les animaux de pouvoir
CHAPITRE IV
Les animaux de pouvoir
Les chamanes croient depuis toujours que leurs pouvoirs sont ceux des
animaux, des plantes, du soleil, des énergies fondamentales de l’univers. Au
sein du jardin Terre, ils ont dû faire appel aux pouvoirs qui leur sont
attribués pour aider à sauver les autres humains de la maladie et de la mort,
pour leur apporter de la force dans leur vie quotidienne, pour vivre en
communion avec les créatures qui sont leurs semblables, et pour mener une
existence joyeuse en harmonie avec la totalité de la Nature.
Des millénaires avant Charles Darwin, les membres des cultures
chamaniques étaient convaincus de la parenté entre les humains et les
animaux. Dans leurs mythes, par exemple, les personnages animaux étaient
représentés sous une forme humaine, mais étaient reconnaissables aux
caractéristiques particulières que possèdent les différents types d’animaux à
l’état sauvage. Ainsi le coyote se distingue-t-il dans les histoires par son
comportement rusé, alors que le corbeau est très souvent reconnaissable à
sa dépendance inconvenante envers les autres qui tuent des proies pour lui.
Puis, selon les divers mythes de création, les animaux commencèrent à se
différencier physiquement sous les formes que nous connaissons
aujourd’hui. Par conséquent, expliquent les mythes, il n’est plus possible
aux humains et aux animaux de communiquer entre eux, ou aux animaux
d’avoir une forme humaine.
Bien que le paradis mythique de l’unité homme-animal soit perdu dans la
réalité ordinaire, il reste encore accessible au chamane et au chercheur de visions dans la réalité non ordinaire. Chez les aborigènes australiens, le
concept du « Temps du rêve » concrétise cette idée, car il se réfère à un
passé mythologique qui existe encore parallèlement dans le temps à la
réalité ordinaire actuelle, et qui est pénétré en rêve et en visions.55 Le
chamane est le seul parmi les humains à être régulièrement capable de
réaliser l’unité homme-animal en entrant en ECC. Pour le chamane en état
modifié de conscience, le passé mythique est immédiatement accessible.
La mythologie amérindienne du Nord et du Sud est imprégnée de
personnages animaux dans des contes qui ne nous rapportent pas seulement
les aventures d’un coyote, d’un corbeau, ou d’un ours, mais celles du
Coyote, du Corbeau et de l’Ours. Autrement dit, ces personnages
individuels représentent une espèce entière ou des classes d’animaux plus
vastes. Cela est analogue à l’unité qui existe entre l’esprit gardien animal
individuel et le genre ou l’espèce auxquels il appartient. Cette unité signifie
qu’une personne possède non seulement le pouvoir d’un ours ou d’un aigle,
mais le pouvoir de l’Ours ou de l’Aigle.
Le possesseur d’un animal gardien fait normalement appel au pouvoir
spirituel du genre ou de l’espèce tout entière, quoiqu’il soit effectivement
relié à ce pouvoir par l’une de ses manifestations individuelles.
La connexion entre les humains et le monde animal est fondamentale
dans le chamanisme, car le chamane utilise sa connaissance et ses méthodes
pour participer au pouvoir de ce monde. Par l’intermédiaire de son esprit
gardien ou animal de pouvoir, le chamane se connecte au pouvoir du monde
animal : mammifères, oiseaux, poissons et autres créatures. Le chamane
doit posséder un esprit gardien spécifique pour mener à bien son travail, et
son esprit gardien l’aide suivant certaines modalités.
L’esprit gardien est parfois désigné par les indigènes nord-américains
sous le nom d’animal de pouvoir, comme chez les Salish de la côte et les
Okanagon de l’État de Washington.56 C’est un terme particulièrement
approprié, car il souligne l’aspect donneur de pouvoir de l’esprit gardien,
aussi bien que la fréquence avec laquelle il est perçu sous la forme d’un
animal. Mais les Salish de la côte appellent parfois également l’esprit
gardien l’Indien, car il peut également leur apparaître sous forme humaine.57
La dualité animal-humain de l’esprit gardien constitue un trait commun à la
cosmologie indienne nord et sud-américaine, ainsi qu’à d’autres
cosmologies du monde des peuples premiers. Ainsi, chez les Cocopa de la vallée du Colorado, les animaux apparaissent en rêve sous la forme d’êtres
humains.58 Chez les Jívaro, un esprit gardien apparaît habituellement
d’abord sous la forme d’un animal lors d’une vision, puis sous celle d’un
être humain en rêve.59
La capacité des animaux à apparaître sous forme humaine n’est pas
surprenante, étant donné la croyance très répandue selon laquelle humains
et animaux sont biologiquement liés (sont de la « parenté ») et
communiquaient entre eux dans les temps anciens. Dans la réalité non
ordinaire, les animaux conservent la capacité de se manifester sous des
formes humaines aux humains qui sont entrés en ECC. Seul le chamane, ou
une personne dotée de tendances chamaniques, est capable de restaurer la
capacité perdue à communiquer avec les (autres) animaux. Ainsi, lorsqu’un
homme devient chamane dans les tribus du désert occidental du sud de
l’Australie, il acquiert le pouvoir de parler avec les oiseaux et les autres
animaux.60 Lorsque Castaneda engage la conversation avec un coyote, il
progresse en vue de devenir chamane.61 Chez les Jívaro, de fait, si un
animal vous parle, cela est considéré comme une preuve que cet animal est
votre esprit gardien.
Chez les Sioux Lakota, les esprits gardiens animaux parlent souvent
lorsqu’ils apparaissent au chercheur de visions. Comme le rapporte Lame
Deer :
Soudain, j’entendis crier un grand oiseau, puis, rapidement, il me frappa le dos et me toucha de ses ailes étendues. J’entendis le cri d’un aigle, plus fort que les cris de nombreux autres oiseaux.
Il semblait me dire : « Nous t’avons attendu. Nous savions que tu viendrais. À présent, tu es
là. Ta voie commence ici […] tu auras toujours un esprit avec toi – un autre toi-même. »62
La capacité des esprits gardiens animaux à parler à un être humain ou à
se manifester parfois sous des formes humaines est considérée comme une
indication de leur pouvoir. Une autre indication de leur pouvoir apparaît
lorsqu’ils se rendent visibles en se déplaçant au sein d’un élément qui n’est
pas leur environnement « ordinaire » ; par exemple, un mammifère terrestre
ou un serpent volant dans les airs, avec ou sans ailes. Toutes ces capacités
montrent que l’animal est effectivement non ordinaire, porteur de pouvoir,
capable de transcender la nature et l’existence d’un animal ordinaire.
Lorsque sa transformation en une forme humaine a lieu, il s’agit d’un acte magique de pouvoir. Une fois possédé par un chamane, l’animal de pouvoir
agit comme un alter ego. Il investit le chamane du pouvoir de se
transformer, et spécialement du pouvoir de se transformer de sa forme
humaine à celle de l’animal de pouvoir, et vice versa.
La croyance des chamanes selon laquelle ils peuvent se métamorphoser
en prenant la forme de leur esprit gardien animal, ou animal de pouvoir, est
très répandue et certainement très ancienne. Chez les Arunta d’Australie, ils
prennent souvent la forme d’aigle-faucon.63 Au cours de son initiation dans
la tribu des Wiradjeri en Australie, un chamane fit l’expérience non
ordinaire suivante : il vit des plumes émerger de ses bras, lesquels se
transformèrent en ailes. Ensuite, on lui apprit à voler. Par la suite, il chanta
pour « laisser partir ses ailes », revint à la réalité ordinaire, retourna au
camp et rapporta son expérience.64
À l’extrême nord de la Scandinavie, les chamanes lapons se
transformaient en loups, en ours, en rennes et en poissons ; les chamanes
sibériens et inuits se métamorphosaient fréquemment en loups.65 De même,
chez les Indiens Yuki de Californie, les chamanes, dont on croyait qu’ils
avaient le pouvoir de se transformer en ours, étaient appelés « docteurs
ours ». Le docteur ours des Yuki « était un chamane qui avait véritablement
l’ours pour esprit gardien »66. Un chamane ours débutant « fréquentait les
ours, mangeait leur nourriture et vivait parfois avec eux », et cela parfois
durant un été entier.67
L’ancienne croyance chamanique en la capacité de se transformer en
animal a survécu en Europe occidentale jusqu’à la Renaissance.68 L’Église
chrétienne, évidemment, considérait les personnes pratiquant la
métamorphose animale comme des magiciens, des sorcières ou des sorciers.
Elle les persécuta pendant l’Inquisition. Pourtant, en 1562, un contemporain
de Galilée, l’alchimiste et scientifique Giovanni Battista Porta, possédait
encore le savoir ancestral permettant d’expérimenter une telle
transformation et publia cette information dans son célèbre livre La Magie
naturelle.69 Il y explique comment, au moyen d’une potion hallucinogène,
un homme pouvait « croire qu’il s’était transformé en oiseau ou en bête ».
Porta observa : « L’homme pouvait parfois sembler transformé en poisson
et, faisant des mouvements avec ses bras, nager à même le sol : parfois il
fera mine de remonter à la surface, puis de plonger à nouveau. Un autre se
croira transformé en oie, et, comme une oie mangeant de l’herbe se mettra à picorer le sol avec ses dents ; de temps en temps, il chantera, s’essayant à
battre des ailes. »70 De façon semblable, Castaneda raconte qu’il fit
l’expérience de se transformer en corbeau à l’aide d’une mixture
hallucinogène, et que Don Genaro observa que les chamanes peuvent
devenir des aigles et des hiboux.71
L’utilisation d’une drogue hallucinogène, cependant, n’est aucunement
nécessaire pour faire l’expérience de la métamorphose en un oiseau ou en
un autre animal. La danse, accompagnée du tambour, est de loin la méthode
la plus communément employée par les chamanes, à travers la majeure
partie du monde des peuples premiers, afin d’atteindre un état de
conscience chamanique suffisant pour faire cette expérience. Par exemple,
l’initiation des chamanes chez les Indiens Carib du nord de l’Amérique du
Sud comporte une danse de nuit durant laquelle les néophytes se meuvent
en imitant les mouvements des animaux. Cela fait partie du processus visant
à apprendre à se transformer en animal.72
Mais ce ne sont pas seulement les chamanes et les initiés chamaniques
qui utilisent la danse afin de se métamorphoser en formes animales. Dans
nombre de cultures traditionnelles, tout possesseur d’un esprit gardien peut
utiliser la danse afin d’évoquer son alter ego. Chez les Salish de la côte
nord-ouest d’Amérique du Nord, la danse d’hiver offre l’opportunité à un
individu de fusionner consciemment avec son animal de pouvoir.73
« L’esprit du danseur trouve son expression dramatisée dans les pas, le
tempo, les mouvements, les mimiques et les gestes de la danse ; dans la
cadence furtive se changeant en bonds volants du guerrier hurlant
férocement, ou dans le trot oscillant de la mère ours dodue murmurant
tristement ; dans les contorsions élastiques et reptiliennes du serpent à deux
têtes […] dans le lézard qui verse des larmes sur sa progéniture dévorée, ou
dans la puissante baleine qui avale des poissons plus petits. »74 Les
chamanes de la côte nord-ouest d’Amérique du Nord pratiquant de telles
danses portaient souvent un masque et un accoutrement spécial, destinés à
augmenter leur fusion avec les animaux de pouvoir. Chez les Tsimshian, par
exemple, un chamane pouvait danser non seulement en portant le masque
d’un aigle, mais également des griffes de cuivre.75 Le désir d’unité avec les
animaux de pouvoir est très bien illustré par cette version, adaptée par
Cloutier, d’un chant de l’ours grizzly de la tribu des Tlingit de la côte nord-
ouest des États-Unis :
Hou ! Ours !
Hou
Hou
Ainsi tu dis
Hou Hou Hou !
Tu viens
Tu es un beau jeune homme
Toi Ours Grizzly
Tu sors de ta fourrure
Tu viens
Je dis Hou Hou Hou
Je jette de la graisse dans le feu
Pour toi
Ours Grizzly
Nous sommes un !76
La plupart des danses animales des peuples traditionnels ont pour objectif
l’unification des animaux de pouvoir et des danseurs, et cela que les rituels
soient ou non purement chamaniques sous d’autres aspects. Ainsi, la danse
des Dieux-Bêtes des sociétés de médecine chamanique du peuple zuni du
Sud-Ouest américain présente-t-elle « une forte ressemblance avec les
séances chamaniques d’autres peuples dans lesquelles le chamane est
inspiré, les Dieux-Bêtes sont invoqués par la danse, le son des hochets et le
tambour, et les danseurs eux-mêmes se mettent dans un état de frénésie dans
lequel ils imitent les actions et les cris des animaux »77. Ces danseurs
assumant la personnalité de l’ours peuvent même porter de véritables pattes
d’ours sur les mains. 78 Mais cette danse des Dieux-Bêtes est plus qu’une
simple imitation, puisque le danseur zuni, comme un Indien des plaines
nord-américaines dansant la Danse de l’Aigle ou du Bison, s’efforce de
dépasser l’imitation pour ne faire qu’un avec l’animal. Ainsi, l’ensemble de
chants des Indiens Osage intitulé « L’Éveil des Hommes-Bisons »,
souligne-t-il la création d’une conscience personnelle de l’unité avec
l’animal :
Je m’élève, je m’élève,
Moi, dont le pas fait trembler la terre.
Je m’élève, je m’élève,
Moi, dont les cuisses sont pleines de force.
Je m’élève, je m’élève,
Moi, qui fouette mon dos avec ma queue lorsque je suis en rage.
Je m’élève, je m’élève,
Moi, dont l’épaule arquée est emplie de pouvoir.
Je m’élève, je m’élève,
Moi, qui secoue ma crinière lorsque je suis en colère.
Je m’élève, je m’élève,
Moi, dont les cornes sont pointues et recourbées.79
De la même manière, un danseur zuni portant le masque de l’un des
dieux kachina fait bien plus que représenter le kachina. Transporté dans un
état modifié de conscience par la danse, le son des tambours et des hochets,
et le vrombissement des bullroarers, il « devient temporairement la
véritable incarnation de l’esprit qui est censé résider dans le masque » 80.
Comme un Salish de la côte le disait, « quand je danse, je ne joue pas la
comédie ; suivez simplement votre pouvoir, la voie de votre pouvoir » 81.
Généralement, les chamanes, en dansant leurs esprits gardiens, ne font
pas seulement les mouvements des animaux de pouvoir, mais également
leurs sons. En Sibérie, en Amérique du Nord et du Sud et ailleurs, les
chamanes imitent les appels et les chants des oiseaux, ainsi que les
grognements, cris et autres sons de leurs pouvoirs animaux lorsqu’ils font
l’expérience de leurs transformations. 82 Comme Lame Deer le dit à propos
du pouvoir de l’ours, « nous faisons des bruits d’ours… “Harrnh” » 83.
Similairement, Castaneda grogne et fait le geste de montrer ses griffes en
réponse au conseil de Don Juan selon lequel montrer ses griffes est une
« bonne pratique » 84.
Ce dont parle Lame Deer n’est pas la possession incontrôlable des cultes
vaudous des Caraïbes, mais plutôt une réaffirmation par le chamane de son
unité avec son compagnon animal. Comme l’observe Eliade, il s’agit « moins d’une possession que d’une transformation magique du chamane
en cet animal »85.
Chez les Indiens du Mexique et du Guatemala, l’esprit gardien est
communément désigné sous le terme nagual, qui est dérivé de l’aztèque
nahualli. Nagual se réfère à la fois à un esprit gardien animal et au chamane
qui se transforme en cet animal de pouvoir (les mots composés dérivés du
nahualli signifient « déguisé, masqué »86). Au Mexique, nagual désigne
également un chamane qui est capable d’une telle transformation, qu’il
l’accomplisse instantanément ou non. Ainsi Castaneda, en plus de parler
des plus larges ramifications du concept, présente-t-il Don Juan comme
étant un nagual.87
À ce propos, Castaneda oppose le nagual et le tonal dans une
argumentation prolixe et quelque peu confuse.88 Cette confusion peut être
légèrement dissipée si l’on comprend que tonal dérive du terme nahuatl ou
aztèque tonalli. Ce mot se référait spécifiquement à l’âme vitale et au signe
du jour de la naissance, lequel était souvent un animal. Le tonalli faisait
partie d’un système calendaire élaboré impliquant la prédestination, et
quelque peu analogue aux signes du zodiaque de l’astrologie occidentale.
Le concept de tonal met donc en jeu les implications du sort, de la
prédestination et de la destinée de l’individu de la naissance à la mort. La
thèse de Castaneda s’accorde généralement avec cette conception.89 Dans ce
contexte, les expériences de vie dans la réalité ordinaire sont déterminées
par l’animal tonal ; mais cet animal n’est pas le même que le nagual du
chamane qui est, comme les esprits gardiens animaux dans d’autres
contextes, relié à l’ECC et qui, selon Castaneda, réside au-delà de la réalité
ordinaire.
Dans la littérature anthropologique sur le Mexique et le Guatemala, il
arrive parfois que l’on confonde l’animal tonal et l’animal nagual. Cela
peut être à la fois dû à une erreur académique et à la fusion des deux
animaux qui a eu lieu à l’époque coloniale dans les cosmologies de
quelques groupes indigènes mexicains et guatémaltèques.90
Si au sein de certaines tribus, presque chaque adulte possédait un esprit
gardien – comme chez les Indiens Nitlakapamuk de Colombie-Britannique
ou les Twana de l’ouest de l’État de Washington –, il était plus habituel que
tous n’en possèdent pas. Ainsi, chez les Indiens des plaines d’Amérique du
Nord, ceux qui échouaient à acquérir un esprit gardien91 étaient considérés comme voués au manque de pouvoir et de succès dans leur vie. Chez les
Jívaro, la plupart des hommes adultes croyaient fermement en posséder
parce qu’ils avaient la certitude qu’ils avaient réussi dans leur quête de
vision à la cascade sacrée. Acquérir un esprit gardien était moins important
pour les femmes, puisque les conflits tribaux, cause principale de mort
violente, concernaient principalement les hommes.92
La méthode la plus connue d’acquisition d’un esprit gardien est la quête
ou veille de vision dans un lieu sauvage isolé, comme chez les Indiens des
plaines d’Amérique du Nord.93 Le pèlerinage jívaro vers une cascade sacrée
est un exemple sud-américain d’une telle quête de vision. Cependant, même
chez les Jívaro, le pouvoir bénéfique d’un esprit gardien pouvait être acquis
sans faire de quête de vision. Par exemple, les parents d’un nouveau-né lui
donnaient un hallucinogène léger afin qu’il puisse « voir » et ainsi, avec un
peu de chance, acquérir un arutam wakanI ou esprit gardien. Les parents,
bien sûr, souhaitaient que le bébé puisse avoir autant de protection que
possible afin de survivre jusqu’à la vie adulte. Il existait également un
hallucinogène un peu plus puissant, uchich maikua,ou datura des enfants,
qui était administré dans le même but lorsque l’enfant était un peu plus âgé,
mais non encore apte à entreprendre la quête de vision à la cascade sacrée.
Les Jívaro croyaient qu’un enfant ne pouvait pas atteindre l’âge de six,
sept ou huit ans sans la protection d’un esprit gardien. Or, les parents, ne
pouvaient jamais être sûrs qu’un nourrisson ou un très petit enfant eût
obtenu la vision et le pouvoir, c’est pourquoi il était essentiel qu’un garçon
entreprenne la quête de vision formelle afin d’être absolument certain
d’avoir la protection d’un esprit gardien. La vie était perçue comme étant
moins dangereuse pour les femmes que pour les hommes au sein de cette
société menée par les conflits, mais les filles effectuaient néanmoins une
version réduite de la quête de vision dans la forêt près de leur maison.
En Amérique du Nord, les Okanagon du sud de l’État de Washington
avaient une conception semblable à celle des Jívaro. Chez les Okanagon, les
esprits gardiens étaient souvent acquis involontairement par de très jeunes
enfants sans recourir à une quête de vision.94 Les visions des petits enfants
étaient semblables à celles perçues lors de la quête de vision formelle par
les adolescents et les jeunes adultes. « L’esprit apparut d’abord comme
humain, mais lorsqu’il s’en alla, l’enfant put voir de quel animal il
s’agissait. Cela peut arriver sans aucune préméditation de la part de l’enfant