La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison
Le maintien du pouvoir
voyages chamaniques à l’aide de l’ayahuasca. Kensinger fournit un
témoignage personnel inhabituel sur la précision des informations qu’ils
obtiennent lors de leurs voyages :
Plusieurs informateurs qui ne connaissaient pas, même par des photographies, Pucallpa, la grande ville sise sur la rivière Ucayali au terminus de l’autoroute centrale, ont décrit leurs voyages dans cette ville sous l’influence de l’ayahuasca avec suffisamment de détails pour que je puisse reconnaître des échoppes ou des curiosités particulières. Le lendemain d’une session d’ayahuasca, six des neuf hommes m’apprirent qu’ils avaient vu la mort de mon chai, le père de ma mère : cela se produisit deux jours avant que la nouvelle de sa mort me
parvienne par radio.121
Le maintien du pouvoir
Lorsqu’un animal de pouvoir est restitué à une personne, celle-ci se sent
en général immédiatement mieux, et expérimente progressivement un
pouvoir circulant dans son corps dans les jours qui suivent. Si telle est votre
réussite, ne vous complaisez pas dans l’autosatisfaction. Vous devriez
commencer une pratique hebdomadaire visant à maintenir votre animal
dans un état de satisfaction, car l’esprit est entré dans votre corps non
seulement pour vous aider, mais également pour s’aider lui-même. Vous
gagnez son pouvoir ; il gagne la joie de faire à nouveau l’expérience de la
vie sous une forme matérielle. En conséquence, vous devriez consacrer
chaque semaine quelques minutes à danser votre animal à l’aide de hochets,
comme vous l’avez appris précédemment. Ceux qui maintiennent cette
danse hebdomadaire encouragent leurs esprits gardiens à rester avec eux. Si
cette pratique n’est pas maintenue, il se peut qu’ils ne puissent garder le
pouvoir longtemps. En revanche, ceux qui pratiquent chaque semaine en
exerçant leur animal rapportent qu’ils parviennent à maintenir leur
optimisme et leur pouvoir. Ils disent qu’ils sont capables de résoudre les
problèmes de l’existence quotidienne, d’éviter les maladies et de se sentir
plus en forme physiquement et mentalement.
Même si vous dansez et exercez votre animal de pouvoir, vous devez
vous attendre à ce qu’il soit de plus en plus impatient et commence à voyager sur de longues distances lorsque vous êtes endormi, en
vagabondant pendant la nuit. Le pouvoir reste avec vous, même si l’esprit
gardien s’est temporairement éloigné. Comme le disent les Salish Sinkaietk,
« le pouvoir demeure tout le temps avec une personne, mais l’esprit peut
s’en aller très loin »122. Cependant, si vous commencez à vous réveiller au
milieu de la nuit, déprimé et déspiritualisé, cela indique que votre esprit
gardien n’est pas simplement en train de vagabonder, mais qu’il vous a
quitté.
Un animal de pouvoir impatient développe une connexion de plus en plus
faible et peu fréquente avec vous. Peut-être avez-vous lu que dans de
nombreuses cultures traditionnelles, les gens croient que l’on tombe
gravement malade ou même que l’on meurt suite à une frayeur ou un choc
soudain. D’un point de vue chamanique, cela peut en particulier se produire
lorsque votre animal gardien a une connexion ténue avec vous. Un esprit
gardien impatient peut être expulsé de votre corps, sans jamais revenirXVI.
Puisque l’esprit gardien, ou même l’âme, peut vagabonder durant le
sommeil, on prend grand soin de réveiller doucement les dormeurs dans les
cultures traditionnelles. Ainsi, dans des cultures chamaniques aussi
éloignées que les Murngin d’Australie et les Warao d’Amérique du Sud, il
est généralement considéré comme dangereux d’être réveillé
brusquement.123 Les Murngin voient cela comme un danger aussi bien
diurne que nocturne. « Durant les après-midi chauds, les hommes dorment
fréquemment à l’ombre. S’il est nécessaire de réveiller l’un d’entre eux,
cela ne doit jamais être fait avec précipitation, mais avec la plus grande
douceur et le plus grand soin. »124 Dans les habitations des Jívaro, les gens
sont réveillés aussi doucement que possible, souvent par une personne
jouant une musique douce et mélodieuse à la flûte. Il va sans dire que d’un
point de vue chamanique, l’usage du réveille-matin n’est pas sain. En fait,
parfois il est coutume de ne pas réveiller les chamanes qui dorment.
Le traitement chamanique d’un choc ou d’une frayeur implique un
voyage de restauration du pouvoir. Par exemple, si une personne a eu un
accident d’automobile traumatisant, un chamane la soigne sans tenir compte
du fait qu’elle soit blessée ou non physiquement. Un tel travail,
évidemment, complète les soins médicaux classiques – il ne les remplace
pas. Le traitement spécifique, si la victime n’est pas dans le coma, consiste
à récupérer ou à obtenir son esprit gardien afin de la recharger d’énergie.