La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison
La danse de départ
1. Debout immobile et bien droit, faites face à l’est et agitez un hochet
quatre fois très rapidement et avec force. C’est le signal qui marque le
début, la fin et toute transition importante dans le travail chamanique
sérieux. Pensez au soleil levant, qui, finalement, apporte le pouvoir à tous
les êtres vivants. (Durée totale : environ vingt secondes.)
2. Toujours face à l’est, commencez à agiter l’un des hochets à un rythme
régulier d’environ cent cinquante fois par minute, tout en restant sur place.
Faites cela pendant environ une demi-minute en direction de chaque point
cardinal (dans le sens des aiguilles d’une montre ou inversement, suivant
votre préférence). Pendant ce temps, pensez à vos alliés végétaux et
animaux des quatre directions qui sont prêts à vous aider. À présent, faites à
nouveau face à l’est et agitez le hochet au même rythme pendant trente
secondes au-dessus de votre tête. Pensez au soleil, à la lune, aux étoiles et à
l’univers tout entier au-dessus de vous. Puis, agitez le hochet en direction
du sol de la même façon. Pensez à la Terre, notre foyer. (Durée totale :
environ trois minutes.)
3. Toujours face à l’est, prenez les deux hochets et commencez à les
agiter au même rythme qu’au point 2, tout en dansant simultanément
comme si vous courriez sur place sur le tempo des hochets. Dans cette
danse de départ, vous donnez la preuve de votre propre sincérité aux
animaux de pouvoir, quels qu’ils puissent être, en leur sacrifiant votre
propre énergie sous forme de danse. Cette danse est une manière de prier et
d’attirer la sympathie des esprits gardiens animaux. Dans le chamanisme,
on peut vraiment dire que l’on danse pour éveiller ses esprits. (Durée
totale : environ cinq minutes.)
4. Cessez de danser et répétez le point 1. Cela signale que vous vous
apprêtez à faire une transition significative vers la danse de votre animal.
La danse de l’animal
5. Commencez à agiter vos hochets bruyamment et lentement environ
soixante fois par minute en bougeant vos pieds sur le même tempo.
Déplacez-vous lentement et librement autour de la pièce, en essayant
d’éprouver les sensations d’un mammifère, d’un oiseau, d’un poisson, d’un
reptile ou d’une combinaison hybride de tous ces animaux. Une fois que
vous avez capté la sensation d’un tel animal, concentrez-vous sur lui et
déplacez lentement votre corps comme si vous étiez cet animal. Vous
touchez à présent l’ECC. Soyez ouvert à ressentir les émotions de cet
animal et n’hésitez pas à imiter son cri ou ses bruits si vous en avez le désir.
En gardant vos yeux mi-clos, vous pouvez également voir l’environnement
non ordinaire dans lequel l’animal se déplace, et peut-être pouvez-vous
même voir l’animal lui-même. Être l’animal, et le voir, arrive souvent
simultanément en ECC. (Durée : environ cinq minutes.)
6. Sans faire de pause, passez à un rythme de hochet et à un mouvement
plus rapides, d’environ cent fois par minute. Continuez comme à l’étape 5.
(Durée : environ quatre minutes.)
7. Sans vous arrêter, faites passer le rythme de vos hochets à
approximativement cent quatre-vingts fois par minute, tout en continuant à
danser comme auparavant, mais à un rythme encore plus rapide. (Durée :
environ quatre minutes.)
8. Arrêtez de danser et invitez mentalement l’animal à rester dans votre
corps tout en agitant rapidement les hochets quatre fois en les dirigeant vers
votre poitrine. (Durée : environ dix secondes.)
9. Répétez l’étape 1. C’est le signal marquant la fin de l’exercice.
Pour renforcer le passage vers l’ECC, je recommande d’utiliser un
tambour en plus des hochets. Vous aurez donc besoin d’une personne jouant
le rôle d’assistant afin de battre le tambour exactement au même rythme
que celui auquel vous agiterez les hochets. Votre assistant devrait se tenir
sur un côté de la pièce et ne pas tenter de participer aux mouvements
lorsqu’il tape le tambour. Lorsque le joueur de tambour se sera familiarisé
avec les étapes de cet exercice, vous verrez qu’il est possible de pratiquer la
danse de l’animal sans les hochets, libérant davantage votre conscience de
la réalité ordinaire.
Habituellement, les Occidentaux dansant leur animal se découvrent grue,
tigre, renard, aigle, ours, cerf, marsouin et même dragon (car il n’y a pas d’animaux « mythiques » en ECC ; le dragon est tout aussi réel que les
autres).
Il devient clair pour les danseurs, que sous notre conscience culturelle
humaine ordinaire se dissimule une connexion émotionnelle quasi
universelle avec des alter ego sauvages et animaux.
Gardez à l’esprit que, quel que soit le succès que vous avez eu en dansant
votre animal, ce n’est pas en soi la preuve que vous possédez son pouvoir.
Vous ne dansez peut-être qu’un souvenir. Une expérience couronnée de
succès suggère, cependant, que vous avez pour le moins pu avoir un tel
esprit gardien dans le passé, sinon aujourd’hui.
à ce propos, quelle que soit la férocité affichée par un esprit gardien
animal, son possesseur n’est pas en danger, parce que l’animal de pouvoir
est absolument inoffensif. Il est seulement une source de pouvoir ; il n’a pas
d’intentions agressives. Il vient à vous uniquement parce que vous avez
besoin d’aide.
Si l’on souhaite maintenir la pratique chamanique, il est important de se
transformer régulièrement en son animal afin que celui-ci soit suffisamment
satisfait pour rester. Cela implique d’exercer l’animal par la danse, en
chantant des chants de l’animal et en reconnaissant les « grands » rêves
comme étant des messages de l’esprit gardien. Danser votre animal est une
méthode importante pour le satisfaire et le rendre peu enclin à vous quitter.
L’esprit gardien animal résidant dans le corps-esprit d’une personne veut
avoir la joie d’exister une nouvelle fois sous une forme matérielle. C’est un
échange, car la personne acquiert le pouvoir de tout le genre ou l’espèce
représenté par cet esprit gardien. Tout comme un humain peut vouloir faire
l’expérience de la réalité non ordinaire en devenant chamane, un esprit
gardien peut souhaiter faire l’expérience de la réalité ordinaire en entrant
dans le corps d’un être humain.
Même si vous leur portez la plus grande attention, comme je l’ai appris
chez les Jívaro il y a longtemps, les esprits gardiens restent avec vous
quelques années, puis s’en vont. Aussi, au cours d’une longue et puissante
vie, vous en posséderez plusieurs l’un après l’autre, que vous le sachiez ou
non.
La danse n’est pas le seul moyen par lequel vous pouvez physiquement
exercer votre animal de pouvoir et faire qu’il veuille rester auprès de vous.
Une autre manière consiste à l’exercer dans des lieux sauvages ou, s’il n’y a pas la possibilité de le faire, dans des zones isolées des jardins publics. Je
me souviens d’un jeune Occidental pratiquant le chamanisme qui travaillait
les jours de la semaine dans une librairie et qui, le dimanche, se rendait
dans un parc régional où il prenait son couguar pour bondir dans les
collines. Personne ne l’a jamais arrêté, et il trouvait cela plus satisfaisant
que d’aller à l’église.
Bien entendu, se transformer en votre animal dans un lieu public peut
poser problème : dans notre culture, les gens ne vont pas forcément vous
comprendre. Mais, comme me le raconta un jour Castaneda, Don Juan, lui-
même, avait un problème quelque peu semblable avec son public d’Indiens
du Mexique. Il me raconta que Don Juan lui avait expliqué que l’une des
raisons pour lesquelles il avait abandonné l’usage de l’onguent
hallucinogène au datura était que les Indiens avaient pris l’habitude de lui
tirer dessus quand il sautait dans les arbres. Le sort d’un chamane n’est pas
toujours enviable.
Rappelez-vous, les esprits gardiens sont toujours bénéfiques. Ils ne font
jamais de mal à leur possesseur. Et vous possédez l’esprit gardien ; jamais il
ne vous possède. En d’autres termes, l’animal de pouvoir est un esprit
purement bénéfique, quelle que soit sa férocité apparente. C’est un esprit
qui doit être exercé, et non exorcisé.
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