La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison
Le groupe du canoë-esprit
par un trou. Je voulus la suivre car elle était joueuse, mais je ne le fis pas. Je l’attrapai et je revins.
Partenaire A : Je ne lui avais pas dit que j’avais vu la chèvre. Chaque fois qu’une telle chose se produit, mon esprit rationnel se demande s’il s’agit véritablement d’une expérience extérieure ou d’une création de notre subconscient. Mais dans le fond, c’est une question inutile.
Le groupe du canoë-esprit
La méthode du canoë-esprit des Salish de la côte décrite précédemment
peut être adaptée en vue de créer une expérience de groupe intéressante,
avec un grand nombre de personnes se réunissant afin de constituer le canoë
pour recouvrer l’animal de pouvoir. Idéalement, ces personnes doivent avoir
accompli avec succès le travail présenté jusqu’à ce chapitre, et l’une d’entre
elles doit déjà être reconnue comme étant un chamane.
Si vous formez un groupe afin de constituer un canoë-esprit, vous devriez
idéalement avoir un patient qui est gravement déprimé, déspiritualisé ou
encore malade – quelqu’un qui a vraiment besoin de pouvoir, afin que vous
puissiez utiliser pleinement l’effort du groupe.
Dans cette adaptation de la méthode du canoë-esprit, le chamane
s’allonge à côté du patient, comme dans la technique habituelle de
recouvrement de l’esprit gardien. Mais un élément la différencie de la
technique que vous avez apprise précédemment les autres membres du
groupe se réunissent afin de former un canoë autour du duo et servent de
pagayeurs, de rameurs, de guetteurs et de protecteurs durant le voyage dans
le Monde d’en bas.
Les étapes fondamentales de cette adaptation sont les suivantes :
1. Tous les participants, excepté le patient, doivent commencer par la
danse de départ et la danse de l’animal (décrites au chapitre IV). Durant ces
danses, le joueur de tambour doit battre le rythme que lui indique le hochet
du chamane. Si les participants ont des hochets, ils peuvent les agiter en
dansant sur le tempo établi par le chamane.
2. Le patient s’allonge sur le dos sur une couverture étendue sur le sol
d’une pièce calme et obscure. Les personnes de l’équipage chamanique
forment les contours d’un canoë autour de lui la proue pointant dans la
même direction que ses pieds. Les membres de l’équipage forment les côtés
du canoë et sont les rameurs. Chacun d’entre eux est en contact avec les
personnes qui se tiennent devant et derrière lui afin de former une chaîne
humaine ininterrompue.
À l’arrière du canoë, au centre de la poupe, s’assied le joueur de tambour.
Le tambour qui donnera le rythme aux pagayeurs durant le voyage du canoë
dans le Monde d’en bas repose sur ses genoux (comme sur l’illustration 6).
3. Lorsque les pagayeurs ont formé le canoë, le chamane dirigeant le
groupe éteint toutes les lumières, à l’exception d’une bougie située derrière
le joueur de tambour, et prend place au milieu du canoë.
4. Le chamane accomplit à présent le travail décrit dans les étapes 4 et 5
du voyage de recouvrement de l’animal de pouvoir (p. 129).
5. Le groupe accompagne le chamane en chantant son chant de pouvoir
avec lui. Le canoë-esprit est plus efficace si le groupe tout entier chante les
paroles ensemble.
6. Le chamane accomplit à présent le travail décrit dans les étapes 6 à 9
du voyage de recouvrement de l’animal de pouvoir (pp. 129-131).
7. Puis, au moment où le battement du tambour débute, les membres de
l’équipage commencent à pagayer. L’équipage peut choisir de pagayer
physiquement au rythme du tambour, mais n’a pas besoin d’utiliser des
rames ou des pagaies matérielles. Dans l’obscurité de la pièce, tous les
participants – le chamane, le joueur de tambour et tous les membres de
l’équipage – visualisent leur ouverture dans le Monde d’en bas.
Le chamane qui travaille au centre du canoë, près du patient, est le seul
membre du canoë dont la mission est de rechercher l’esprit gardien. Cette
responsabilité lui incombe à lui seul. Cependant, les autres membres de
l’équipage du canoë sont engagés dans la vision, et scrutent le Monde d’en
bas, afin de repousser tout danger perçu et de recueillir des informations qui
seront partagées à la fin du voyage. Ayant entonné le chant de pouvoir du
chamane-guide pour appeler leurs esprits, ils sont maintenant accompagnés
de leurs propres esprits gardiens. Avec l’aide de ces animaux de pouvoir, ils
scruteront le Tunnel, puis le Monde d’en bas. S’ils voient un reptile à
crochet, un insecte vorace ou toute autre créature non mammifère dont les dents sont visibles, ils doivent exhorter leurs propres animaux de pouvoir à
les maintenir à distance du canoë. En faisant cela, ils peuvent pousser les
cris de leurs animaux particuliers.
8. Le chamane entreprend maintenant le travail décrit aux étapes 10 à 14
du voyage de recouvrement de l’animal de pouvoir (pp. 131-136).
9. Lorsque le chamane agite clairement quatre fois son hochet pour
signifier qu’il a trouvé l’esprit gardien du patient, cela signale au joueur de
tambour et à l’équipage que le voyage de retour doit être entrepris
immédiatement. Ils visualisent le canoë faisant clairement demi-tour, et
revenant à travers le Tunnel, alors qu’ils pagayent à la vitesse maximale.
L’équipage et le joueur de tambour s’arrêtent dès que le chamane cesse
d’agiter son hochet, parce que cela signifie que le canoë est revenu.
10. Le chamane entreprend le travail décrit aux étapes 15 et 16 du voyage
de recouvrement de l’animal de pouvoir (pp. 136-137).
11. Pour donner au patient la place de danser son animal, les membres de
l’équipage du canoë forment un cercle et s’asseyent en regardant vers
l’intérieur du cercle. Lorsque la danse est finie, le chamane aide doucement
le danseur à s’asseoir sur le sol pour se reposer. Il place son bras autour du
patient pour indiquer qu’il continue à le soutenir, et décrit aux autres son
expérience du voyage. Puis, à leur tour, les membres de l’équipage du canoë
peuvent décrire leurs propres expériences du voyage. Le chamane
commente leurs récits et enrichit ainsi leurs expériences personnelles dans
un échange mutuel.
Le chamane se saisit maintenant de l’opportunité, dans la mesure où sa
propre connaissance le lui permet, de suggérer la manière dont les
expériences individuelles se rapportent au patient et à la connaissance de la
réalité non ordinaire. Avant de commencer cette discussion, le chamane doit
demander au patient s’il souhaite dire quelque chose. II n’est pas rare que le
patient révèle spontanément que l’animal ou l’esprit gardien spécifique
rapporté par le chamane a joué un rôle très important dans sa vie,
notamment durant son enfance.
Le canoë-esprit peut également être utilisé pour recouvrer des âmes
vitales (technique que nous ne traiterons pas ici) et pour des voyages
d’exploration. Ceux-ci ne nécessitent pas la présence d’un patient au milieu
du canoë. Mais lorsque le travail est entrepris pour une personne ayant
perdu son esprit gardien ou des parties de son âme, le joueur de tambour a une position clé, et il est préférable qu’il soit un chamane expérimenté.
Après chaque voyage, l’équipage partage ses expériences afin de favoriser
l’accumulation rapide de la connaissance chamanique.
À travers les voyages d’exploration, le chamane acquiert des esprits alliés
(voir chapitre VII) et apprend à traiter différents types de maladie. Dans de
tels voyages en ECC, il est souvent guidé et instruit par son esprit gardien,
qui le conduit aux endroits où se tiennent différents types d’esprits. Dans
l’extrait qui suit, tiré du récit d’un chamane samoyède tavgi de Sibérie
concernant son premier voyage dans le Monde d’en bas, un esprit gardien le
conduit en un lieu où il peut apprendre à traiter les maladies mentales :
Nous vîmes neuf tentes devant nous. […] Puis il me sembla que nous étions dans la rue. Nous entrâmes dans la première tente où nous trouvâmes sept hommes et femmes nus qui chantaient continuellement en se lacérant le corps avec leurs dents. J’eus de plus en plus peur. « Maintenant, je vais t’expliquer cela, parce que tu ne pourras pas le comprendre de toute manière », dit mon compagnon [esprit gardien] : « À l’origine, sept terres furent créées et c’est à cause des esprits de ces sept terres que [les hommes] perdent la tête. Certains commencent à chanter, d’autres à perdre la tête, et s’en vont puis meurent ; d’autres encore deviennent chamanes. Notre terre a sept promontoires sur chacun desquels vit un fou. Quand tu deviendras chamane, tu les trouveras toi-même. »
« Où puis-je les trouver – tu ne m’as pas conduit au bon endroit », pensai-je. « Si je ne te conduis pas voir [les esprits], comment pourrais-tu faire de la magie pour les
fous ? […] On doit te montrer toutes les formes de maladies. »116
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