La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison
Un exemple
À ce point du déroulement des opérations, il est important que le
chamane prenne le réceptacle contenant le pouvoir vomi ou craché et le
jette à l’extérieur, afin de l’éloigner du patient et du groupe.
Il rapporte ensuite le récipient qu’il remplira plus tard avec de l’eau ou du
sable propre pour un usage ultérieur si nécessaire.
Selon le ressenti et l’avis du chamane sur la meilleure manière d’agir, le
voyage peut être poursuivi immédiatement ou bien remis à plus tard. Dans
l’idéal, il est préférable que le voyage reprenne sur-le-champ afin que le
patient puisse recevoir un animal de pouvoir et être rempli de pouvoir afin
de résister à d’autres intrusions nuisibles.
Un exemple
Comme je l’ai indiqué plus tôt, on ne doit pratiquer ce type de
chamanisme par aspiration que si l’on y est pleinement préparé. Cependant,
dans le cas suivant, un chamane débutant connaissant à peine la technique
de l’aspiration sut comment agir au fur et à mesure de l’expérience. Cela
n’est pas surprenant, parce qu’une fois qu’un apprenti chamane doué a saisi
les principes fondamentaux du pouvoir et de la guérison chamaniques, il
peut généralement agir logiquement à partir de ces principes afin de
résoudre de nouveaux problèmes. Cette description illustre la manière dont
le chamane se déplace sans problème entre l’ECC et l’ECO durant le travail
de soin.
L’apprenti chamane décida d’entreprendre le voyage – qu’il pensait être
un simple recouvrement d’animal de pouvoir – en raison de sa profonde
inquiétude envers son amie, « une jeune femme de Vienne qui était en
conflit grave avec ses parents et qui se trouvait dans un état misérable ce
jour-là ». Il n’était pas entraîné ou préparé à aspirer des créatures intrusives,
mais il agit spontanément de façon créative en enlevant les saletés dont
nous avons parlé précédemment :
Je descendis comme d’habitude, mais immédiatement après l’entrée, il y eut un virage à gauche et, brusquement, tout devint noir. Je ne voyais plus rien de ce que je connaissais, tout était noir. Sur la droite, juste avant la zone obscure, se trouvait une forme visqueuse incroyablement repoussante me rappelant l’épisode de Laocoon, avec des serpents entremêlés
et des araignées dont les pattes étaient noires, bleues et rouges. Après avoir tenté de gagner l’obscurité sur la gauche – sans réussite –, je fis face à la forme visqueuse et examinai la situation. La créature mesurait près de deux mètres de haut – relativement à ma taille. Elle ne semblait pas décidée à bouger, aussi décidai-je après un moment de la gravir – c’était immonde, croyez-moi ! Au-dessus de moi se trouvait un tube semblable à une cheminée avec des échelons sur un côté ; aussi continuai-je de grimper. Le tube était vertical et sombre au début, mais il s’éclaira à mesure que je montais. Après avoir grimpé pendant un moment, je ne voyais toujours pas la fin du tube, aussi abandonnai-je les échelons et volai-je le reste du chemin. Le tube était très haut et très brillant au sommet. J’émergeai dans un paysage ensoleillé et me retrouvai sur un toit plat.
J’examinai le toit. Il y avait une entrée donnant sur un escalier qui formait une construction triangulaire, inclinée d’un côté avec une porte de l’autre côté. Je grimpai sur la partie inclinée pour avoir une vue dominante de l’intérieur. Au moment où je me penchai pour regarder, je fus saisi par un ours et tiré à l’intérieur. Nous descendîmes. L’ours me tint sous sa patte et continua à avancer. Après un moment d’appréhension, je décidai de me libérer de son étreinte. J’y parvins. Il ne remarqua rien et continua son chemin. Puis je me retrouvai dans une longue caverne, ovale et faiblement illuminée, que j’identifiai plus tard comme étant l’intérieur de mon propre torse. Sur ma gauche [du côté où se trouvait sa patiente dans la réalité ordinaire], je remarquai quelques fissures sur la paroi par ailleurs solide de la caverne. De la vase noire suintait de certaines des fissures. J’enlevai quelques pierres, et la vase noire coula en quantités plus importantes. Finalement, je trouvai une ouverture assez grande pour moi et j’entrai.
Je me retrouvai dans une grotte semblable à la première, sauf que celle-ci était remplie de vase noire à hauteur de genoux (parfois même plus haut). Vers l’extrémité la plus basse de la caverne, il y avait une ouverture presque complètement obstruée par des rochers noirs et de la vase noire qui s’étaient accumulés à cet endroit. Je pataugeais jusqu’aux genoux. À travers l’ouverture, je pus voir de la lumière semblable à celle d’un chaud soleil en partie caché par les obstructions. Tout d’abord, je ne sus que faire. Je me mis à genoux [dans la réalité ordinaire] et commençai à examiner l’extérieur du corps de la patiente avec mes mains. D’abord, je n’éprouvai rien de précis. Le corps était comme couvert de toiles d’araignées. Je les balayai avec mes doigts et sentis clairement une concentration d’énergie – ni chaude ni froide, mais les deux à la fois –, autour de la zone estomac/ovaires/vessie. J’aspirai ce que je pus et le recrachai dans l’évier. C’était vraiment dégoûtant. Après avoir rincé ma bouche afin d’éliminer la moindre impureté – peu importe ce dont il s’agissait –, je repris ma position couchée auprès de la patiente et retournai à la caverne. Le niveau de la matière noire avait bien baissé et elle semblait également s’être un peu asséchée. Je me levai et regardai autour de moi pendant un moment, ne sachant pas ce que j’allais faire ensuite. Puis j’eus une inspiration. J’enlevai mon pull-over et je l’allumai, afin de mettre le feu à la vase partout dans la grotte. Après un moment, la vase se consuma en une substance qui ressemblait à du charbon et à des cendres noires. Elle n’était plus gluante. Je ne sais pas comment je réussis à survivre alors que tout brûlait, mais cela ne me sembla pas être un problème. Lorsque le feu eut cessé, j’examinai plus attentivement la caverne et trouvai, à son extrémité supérieure, un tunnel horizontal assez large pour permettre à un homme d’y ramper. J’entrai. Après ce qui sembla être environ cinq ou six mètres, le tunnel plongea brusquement d’un ou deux mètres et se replia en direction de la caverne. Je découvris qu’il s’arrêtait deux mètres plus loin, en s’élargissant légèrement. Je commençai à creuser le sol à cet endroit. Rapidement, de l’eau commença à couler. J’élargis le trou et quittai rapidement le tunnel car l’eau coulait de plus en plus fort et menaçait de me tremper.
L’eau se déversa avec beaucoup de force dans la caverne et balaya les débris laissés par le feu vers l’extrémité inférieure de la caverne, à l’endroit où l’on pouvait entrevoir la lumière chaude à travers un petit trou. Je descendis alors que la pression de l’eau s’accumulait derrière les rochers qui obstruaient l’ouverture.
Je leur donnai quelques coups de pied. L’ouverture s’agrandit et, finalement, fut complètement dégagée. Il y avait effectivement un chaud soleil de l’autre côté. L’eau sale se déversa en direction du soleil et disparut. La lumière et l’air commencèrent à inonder la caverne à travers l’ouverture. L’obscurité disparut petit à petit. Je compris que j’avais fait un bon travail de nettoyage. Les murs et le sol de la grotte avaient une couleur claire, à l’exception de quelques endroits où restaient encore des morceaux de matière noire. L’eau forma un ruisseau coulant au centre de la caverne vers l’extrémité inférieure où elle disparut vers le soleil qui brillait au-dehors. (Un énorme soleil ! Et également très proche !) Avec l’air frais qui commençait à souffler à l’intérieur vinrent des hirondelles. Elles volèrent dans la caverne, la rendant assez vivante à nouveau. J’en attrapai une quand je sortis de la grotte et la donnai [un animal de pouvoir] à la patiente.
Aux moments cruciaux de mon voyage, la patiente commença à respirer fortement comme si elle ressentait ce qui se passait. Elle m’expliqua plus tard qu’elle avait ressenti un relâchement progressif dans sa zone abdominale. Lorsque je lui dis ce que j’avais trouvé, elle me confirma qu’elle avait des problèmes digestifs et ovariens. Dans une lettre, six semaines plus tard, elle m’apprit que les choses s’étaient améliorées. Son sentiment d’être coincée avait disparu et des conflits concrets se résolvaient. J’espère la revoir bientôt. Peut-être pourrons-nous alors établir une connexion avec la partie supérieure de son corps. Voilà l’histoire. Vous pourrez-vous peut-être l’utiliser d’une façon ou d’une autre. Elle m’a semblé particulièrement intéressante car je me suis très souvent trouvé désemparé face aux actions à entreprendre – et pourtant, j’ai fini par faire beaucoup de choses dont personne ne m’avait jamais parlé.
Au cours des dernières décennies, la regrettée Essie Parrish fut l’une des
plus célèbres chamanes amérindiennes utilisant la méthode de l’aspiration.
Elle n’était pas seulement une voyante percevant les intrusions de pouvoir ;
elle pouvait également les entendre. Elle affirmait que, en état de transe,
« […] vous pouvez entendre quelque chose dans le corps du patient qui est
couché là […] vous pouvez entendre la maladie faire du bruit. La maladie
dans le corps des gens ressemble à la folie et elles [les maladies] sont
vivantes, elles font très souvent du bruit, comme des insectes […] elles
vivent là comme des insectes » 162.
Les patients, indiens ou non indiens, venaient de loin pour être soignés
par elle, et elle se déplaçait souvent au Nevada et en Oregon pour répondre
à la demande des malades. Elle avait eu une vision selon laquelle elle devait
révéler ses méthodes chamaniques aux non-Indiens aussi bien qu’aux
Indiens, afin que chacun puisse finalement bénéficier de ce savoir. C’est
pourquoi elle collabora au tournage du film Sucking Doctor mentionné précédemment et expliquait également son travail aux spectateurs après ses