La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison

Le travail d’un chamane suceur ou sucking doctor, raconté par Essie Parrish

séances de guérison. Puisqu’elle était une spécialiste de l’extraction des

intrusions de pouvoir, vous trouverez dans le compte rendu suivant,

enregistré par Robert L. Oswalt, une précieuse explication complémentaire

sur la méthode d’extraction des intrusions de pouvoir.

 

Le travail d’un chamane suceur ou sucking doctor,

 

raconté par Essie Parrish

 

Je vais vous parler de la manière de soigner les gens, puisque c’est ce que vous voulez savoir. Je suis docteur [chamane] et le serai toute ma vie sur cette Terre – voilà pourquoi j’ai été créée. J’ai été placée ici, sur cette Terre, pour guérir les gens.

Quand j’étais jeune, je n’en savais rien – et même lorsque je rêvais à des choses [que j’avais

des visions], je n’en savais rien, parce que c’était la seule façon dont je rêvaisXX. Je pensais que tout le monde était comme ça, je pensais que tous les enfants étaient ainsi. Ce sont les choses que j’avais l’habitude de dire – les choses que je savais et que je voyais. Je guéris la première personne alors que j’avais un peu plus de douze ans. À cette époque, les médecins blancs étaient difficiles à trouver ; nous habitions très loin de tout docteur [blanc]. Un jour, ma jeune sœur tomba malade. Elle était tellement malade, avec des plaies dans la bouche, qu’on pensait qu’elle allait mourir. Mon grand-oncle, celui qui l’avait élevée, devait avoir projeté quelque chose, dont je n’étais pas au courant – je jouais aux alentours. Contre toute attente, ils m’appelèrent de l’intérieur de la maison. Je m’en souviens encore ; il était environ quatre heures de l’après-midi.

Après m’avoir fait venir dans la maison, mon grand-oncle me dit : « Ne pourrais-tu faire

quelque chose pour ta petite sœur ? Je t’ai dit que tu as un corps de prophèteXXI. Avec ton corps de prophète, tu pourrais peut-être la guérir. Ne pourrais-tu pas faire quelque chose ? » « Je me demande ce que je devrais faire maintenant », pensai-je en moi-même, car j’étais petite et je ne savais pas. Mais je répondis « d’accord ». Cela m’avait été dit. Mon pouvoir m’avait dit : « Si quelqu’un te demande quelque chose, tu ne dois pas dire non ; tu es destinée à faire cela : tu es quelqu’un qui répare les gens.

Tu es quelqu’un qui guérit les gens. » Voilà, pourquoi je répondis « d’accord ». Après avoir accepté, je priai le ciel. Je plaçai ma main droite sur la tête de ma sœur. Alors, un chant que je ne connaissais pas descendit en moi. Étonnamment, ce chant sortit de moi. Mais je ne le chantai pas fort ; il chantait au plus profond de moi. « Je me demande comment je vais la guérir. » À ma grande surprise, elle se rétablit quelques jours plus tard. Ce fut la première personne que je guéris. […]

Une autre personne tomba malade. Ils dirent que l’homme allait mourir de ce que les Blancs appellent une « double pneumonie ». Il était couché, à l’article de la mort. Le premier docteur [blanc] était très loin. Sa sœur aînée était venue me chercher. Elle me dit : « Je suis venue te demander une grande faveur. Je veux que tu le voies. Vois-le ! Même si je vois qu’il est

mourant, je veux que tu le voies. » J’allai le voir et je posai ma main sur lui ici et là. Et je suçai son mal. À ma grande surprise, cela le guérit.

À mesure que je pratique, je progresse encore et encore. Comme les Blancs apprennent, j’apprends. Chaque fois que je soigne quelqu’un, je m’élève [en habileté]. Après une longue période – plusieurs années, probablement douze ou treize –, je m’élevai plus encore, c’est alors que, je constatai que j’avais quelque chose dans ma gorge pour aspirer les douleurs.

Et le pouvoir de mes mains. Je découvris le pouvoir de mes mains. Ce pouvoir est toujours auprès de moi. Mais les autres personnes ne peuvent le voir ; je suis la seule à pouvoir le voir.

Lorsque je m’assieds là près d’une personne, j’invoque Notre PèreXXII. C’est là mon pouvoir – celui que j’appelle Notre Père. Alors, il descend ; mon pouvoir descend en moi. Et lorsque cet homme malade repose là, je le vois généralement [le pouvoir]. Ces choses semblent incroyables mais moi, je sais, parce que c’est en moi. Je sais ce que je vois. Mon pouvoir est comme cela. Vous pouvez en douter si vous ne voulez pas y croire ; vous n’êtes pas obligés d’y croire, mais c’est mon travail.

Très profondément, à l’intérieur du malade couché là, il y a quelque chose. C’est comme voir à travers quelque chose – si vous mettez un voile sur quelque chose, vous pouvez voir à travers. C’est exactement la façon dont je vois à l’intérieur. Je vois ce qui se passe là et je peux le sentir avec mes mains – mon majeur est le doigt qui a le pouvoir. Lorsque je travaille avec le pouvoir des mains, c’est comme lorsque vous lancez la ligne et que le poisson mord à l’hameçon – la sensation est la même que lorsqu’un poisson tire sur votre ligne –, c’est comme cela. La douleur qui se trouve quelque part à l’intérieur de la personne semble tirer votre main vers elle – vous ne pouvez la manquer. Cela vous laisse la toucher. Ce n’est pas moi qui place ma main ; c’est comme si quelqu’un – la maladie – la tirait avec une corde. C’est comme ce que l’homme blanc appelle un « aimant ». Voilà comment est la maladie dans la personne – comme un aimant. Et alors, il la touche. Et lorsque le pouvoir touche la douleur, votre respiration est bloquée – vous ne pouvez plus respirer. Mais il n’y a pas de peur. C’est comme si votre poitrine était paralysée – votre respiration est arrêtée. Si vous respiriez alors que vous tenez la douleur, la maladie pourrait se cacher. Comme la douleur atténue votre respiration, vous pouvez sentir cette douleur-là, et ce qui en résulte, c’est que votre main peut la saisir. Cependant, si ma respiration n’était pas arrêtée, je ne pourrais enlever la douleur. Lorsque je l’enlève, vous ne pouvez pas la voir. Vous ne pouvez pas la voir avec vos yeux nus, mais je la vois. Chaque fois que je l’extrais, je vois de quelle maladie il s’agit. Lorsque la maladie descend sur une personne, les Blancs l’expliquent d’une façon et nous autres, les Indiens, les chamanes, l’expliquons d’une autre façon. Cette maladie qui pénètre une personne est sale ; je suppose que c’est ce que les Blancs appellent des « germes », mais nous, docteurs indiens, l’appelons « saleté ».

Je vais vous parler un peu plus du pouvoir de mes mains.

La paume de la main a du pouvoir et le majeur a du pouvoir. Cela ne marche pas tout le temps, seulement lorsque j’appelle [le pouvoir].

Lorsqu’une personne malade se trouve quelque part, le pouvoir des mains peut la trouver. Lorsque quelqu’un dirige ses pensées vers moi, là, à l’extrémité du doigt du milieu, cela agit comme une décharge – ce que les Blancs appellent « un choc ». Si vous touchez quelque chose comme de l’électricité, vous comprendrez la nature de ce choc ; voilà comment cela agit, là, sur le doigt du milieu. Lorsqu’ils [les malades] pensent, où qu’ils soient, c’est alors que le pouvoir les découvre, qu’il m’avertit. C’est comme cela que je sais quand quelqu’un me veut. Et il n’y a jamais d’erreur. Tel est le pouvoir de mes mains.

Il y a encore beaucoup à dire sur [la question de la pratique chamanique]. Il y a un pouvoir guérisseur dans ma gorge. Là, quelque part dans la gorge, le pouvoir se tient. Lorsque ce pouvoir guérisseur descendit pour la première fois en moi, j’avais déjà à cet endroit une sorte d’excroissance depuis environ quatre ans. Cela m’avait affecté comme la diphtérie. J’avais failli mourir à cause du resserrement [de la gorge] qu’elle provoquait, mais je savais depuis le début qu’elle était en train de devenir cela [le pouvoir].

Mais ceux qui étaient avec moi ne savaient pas ; je ne leur avais jamais rien dit à ce propos. Cependant, mon pouvoir m’avait averti en me disant que « c’est parce que le pouvoir est entré en toi à cet endroit ». Lorsque [cette excroissance] arriva, ils appelèrent un médecin blanc pour qu’il vienne me voir. Le médecin blanc ne reconnut pas le pouvoir ; il me dit qu’il s’agissait probablement de la diphtérie. Mais je savais ce que c’était. Lorsque cette chose eut fini de pousser à cet endroit, je guéris.

C’était comme une langue reposant à l’intérieur de ma gorge, et elle remua pour la première fois quand je chantai. J’étais probablement comme ça depuis quatre ans, avec cette chose à l’intérieur de moi. Après que j’eus accepté sa présence, ma voix s’améliora. Le pouvoir m’expliqua dans quel but elle se développait. Il me dit : « Le pouvoir se développe. » Sans elle, je ne pourrais aspirer aucune maladie. C’est seulement lorsqu’elle se fut développée que je pus aspirer les douleurs.

Alors, le pouvoir me donna ce bâton avec des dessins et me dit : « Cela est ton pouvoir. Ces dessins sont des symboles. C’est le langage de la maladie. » Et il poursuivit : « Il y a de nombreuses consignes à respecter : tu ne peux traiter une femme qui a ses règles et tu ne peux soigner dans une maison où une femme a ses règles. [Dans ces situations] le pouvoir ne sera pas ton ami ; le pouvoir ne s’éveillera pas pour toi. » Cela s’est vérifié. La première fois que je soignai avec ma gorge, ce fut pour une jeune femme. Lorsque je la traitai et aspirai la maladie, une sorte de bulle sortit de ma gorge ; comme si vous gonfliez un gros ballon, voilà comment elle est sortie de ma gorge. Tous ceux qui étaient là l’ont vue. Elle s’était beaucoup gonflée lorsqu’elle flotta hors de ma bouche. Tout le monde la vit. Elle ressemblait à une bulle de savon ; voilà à quoi elle ressemblait au début. Depuis que cela est arrivé, j’ai continué à aspirer des maladies. La maladie que j’aspire fonctionne également comme un aimant à l’intérieur du corps [comme avec le pouvoir des mains].

À l’endroit où le pouvoir est entré dans ma gorge, la maladie agit aussi rapidement que l’électricité – elle agit en un éclair, comme un aimant. Et elle suspend la respiration. Lorsqu’elle fait cela, lorsqu’elle arrête la respiration, elle vient très très lentement, comme aimantée.

Quoi qu’il en soit, on ne sait pas combien de temps on retient sa respiration. C’est comme être dans ce que les Blancs appellent une « transe ». Lorsque la maladie vient vers moi, je suis en transe.

Le pouvoir me parle toujours ainsi : « C’est comme cela. C’est telle ou telle sorte de maladie. Voilà pourquoi. »

Cette maladie s’envole et se colle à un certain endroit de la bouche. Nos dents [de chamanes] ont le pouvoir ; il y a quelque chose d’attaché à nos dents. C’est là que réside le pouvoir, sur une certaine dent. C’est là que se colle la maladie. Parfois, elle s’envole sous la langue. Lorsqu’elle se colle là, elle est extrêmement dure à enlever – elle est comme un aimant, comme je l’ai dit. Puis elle meurt là.

Je crache la maladie morte. Puis je la laisse tomber dans ma main afin que de nombreuses personnes puissent la voir. Ils voient toujours la maladie que j’ai aspirée. Mais elle ne doit être touchée par personne d’autre que moi – elle est contagieuse. Quiconque saisit la maladie