La Voie du chamane - Un manuel de pouvoir & de guérison

Appendice B : Le jeu de mains des Indiens Flathead

APPENDICE B

 

Le jeu de mains des Indiens Flathead

(tel qu’il est décrit par Alan P. Merriam)

 

Cette excellente description des règles et des méthodes du jeu de mains

des Indiens Flathead se fonde sur une étude sur le terrain conduite par

Merriam dans le Montana durant l’été 1950. Ces règles et pratiques sont

relativement semblables à celles du jeu tel qu’il est pratiqué aujourd’hui par

les Salish et d’autres tribus du Nord-Ouest. Il existe également un

enregistrement des chants flathead intitulé Stick Game Songs, qui peut vous

aider à comprendre comment le jeu est joué.

 

Les préliminaires du jeu n’obéissent pas à une règle précise : celui qui en

a le désir et l’enthousiasme commence le jeu. C’est lui qui s’occupe du

matériel requis pour le jeu : deux perches ou planches de taille et de poids

adaptés au jeu, soit environ trois à quatre mètres et demi de longueur. Ces

planches ou perches sont posées sur le sol afin qu’elles soient parallèles à

une distance d’environ un mètre et demi. […] Le premier joueur de chaque

côté devient généralement le capitaine de son équipe, quoique cette règle ne

soit pas inviolable ; dans tous les cas, s’il sait écrire, il prend les paris de

son équipe et écrit les noms et les mises sur un bout de papier.

Lorsque les paris sont suffisants, ou plus exactement lorsqu’il n’y en a

plus, les joueurs (c’est-à-dire tous ceux qui ont parié et qui souhaitent jouer)

prennent des bâtons, soit tout morceau de bois d’une longueur appropriée

pour pouvoir battre un rythme sur la planche ou la perche, et s’asseyent

derrière les planches parallèles, les deux équipes se faisant face. En général,

le nombre de joueurs de chaque côté varie entre huit et dix ; le jeu peut être pratiqué par autant de joueurs que l’on veut, mais il est rare d’en voir plus

d’une douzaine ou moins de cinq de chaque côté.

Le capitaine est préposé à la garde de cinq fiches de bois d’environ vingt

à vingt-cinq centimètres de long, taillées en pointe à une extrémité et

d’environ deux centimètres de diamètre. Ces bâtons sont généralement

peints avec des couleurs vives et peuvent ainsi être facilement identifiés par

l’assistance.

À l’époque à laquelle j’ai assisté au jeu, deux séries de bâtons étaient

utilisées. Une série était peinte en bleu clair, et l’autre série avec des bandes

rouges et jaunes alternées ; par la suite, l’ordre des couleurs fut inversé pour

les deux séries de cinq bâtons, c’est-à-dire dans un cas rouge et jaune et

dans l’autre jaune et rouge. Ces cinq bâtons de chaque côté sont plantés

dans le sol en face des perches parallèles, et la plupart du temps inclinés

dans la direction opposée aux joueurs.

Une fois que les bâtons ont été plantés, deux jeux de deux os sont

distribués. La taille – et dans une certaine mesure la forme – de ces os varie,

selon qu’il s’agit d’os utilisés par les hommes ou les femmes. Les os des

hommes, c’est-à-dire ceux que les hommes utilisent, proviennent en général

du jarret d’un cheval ; ils mesurent approximativement six centimètres et

demi de long et deux centimètres et demi de diamètre. Ces os sont

légèrement polis et, dans l’exemple du jeu le plus populaire utilisé à

l’époque de mes observations, étaient peints à leurs extrémités d’une bande

de couleur bleu clair large d’environ un demi-centimètre. Ce jeu d’os

d’hommes particulier faisait partie d’un ensemble utilisé pour faire des

paris comprenant la série de bâtons bleus mentionnée plus haut ; il

appartenait à l’un des joueurs les plus passionnés de la réserve. Alors que

l’os marqué était auparavant reconnaissable aux bandes de tendons ou de

cuir entourant son centre, la marque la plus communément observée

aujourd’hui est constituée par trois bandes de ruban adhésif noir

(chatterton) larges d’environ un centimètre et séparées par un espace

d’environ un demi-centimètre.

Les os des femmes, en revanche, sont beaucoup plus petits, en raison du

fait, explique-t-on, que les mains féminines sont moins grandes que celles

des hommes. Souvent faits à partir d’un os de jarret de daim, ils mesurent

habituellement environ cinq centimètres et demi de long et deux à deux

centimètres et demi de diamètre. L’os marqué est également reconnaissable par de la bande adhésive noire, mais avec seulement deux bandes au lieu de

trois. […]

Il existe au moins deux façons de commencer le jeu, la première étant

peut-être plus appropriée que la seconde.

Le capitaine de chaque équipe prend une paire d’os, c’est-à-dire un os

marqué et l’autre non, les dissimule dans ses poings d’une manière qui sera

décrite plus loin et, une fois qu’ils sont cachés, étend ses bras et montre ses

poings à l’équipe opposée. Chaque capitaine cherche alors à deviner la

position de l’os non marqué dissimulé par l’autre ; si les deux capitaines

devinent juste, ou s’ils se trompent en même temps, il y a égalité et le

processus est répété. Mais si l’un devine et que l’autre se trompe, ce dernier

doit abandonner ses os et un bâton. Le jeu commence alors véritablement.

Dans la seconde façon de commencer, un capitaine – le plus souvent celui

qui a ouvert les préliminaires en fixant le premier les enjeux – prend un jeu

d’os et les dissimule. Tenant un os dans chacun de ses poings, il défie son

adversaire ; si celui-ci devine juste, les os et un bâton vont dans son camp.

Et s’il se trompe, le processus est inversé. Cette seconde méthode, qui

donne au moins un avantage psychologique à l’équipe qui tient les os, est

rarement utilisée.

Aussitôt que la position des os a été déterminée par l’une des méthodes

décrites ci-dessus, l’équipe qui les possède se met à chanter en frappant

simultanément sur les planches ou perches parallèles avec les bâtons courts

choisis avant le début du jeu. Le capitaine tient les deux paires d’os, et

après avoir chanté et dansé, il lance deux os à un joueur, gardant les autres

ou les confiant à une autre personne. Ceux qui reçoivent les os lâchent

immédiatement leurs bâtons et commencent à effectuer une pantomime ou

une danse élaborée qui accompagne le processus de dissimulation. Le choix

de ceux qui dissimulent les os est apparemment purement arbitraire, bien

que ceux qui les manipulent le mieux, ou ceux qui sont reconnus comme les

plus chanceux à ce jeu, soient évidemment le plus souvent choisis.

La pantomime qui accompagne le jeu prend plusieurs formes, et les

capacités d’un joueur sont souvent déterminées par l’habileté avec laquelle

il cache les os. Mes informateurs disaient souvent : « Vous devez connaître

les mouvements pour être un bon joueur. » Pourtant, aucun des mouvements

ne semble avoir de signification précise. Le joueur se tient généralement à

genoux, si c’est un homme, et assis en tailleur, si c’est une femme. Pour commencer leurs séquences gestuelles, les hommes lancent généralement

les os en l’air, les rattrapent et se courbent jusqu’à ce que leur visage touche

le sol, tout en dissimulant les os sur leur poitrine. Puis, comme cela se fait

souvent, l’un d’eux se relève et montre à ses adversaires comment il tient

les os, puis répète le processus avec des variantes. Il peut tenir les os

derrière son dos ou, de façon caractéristique, avec les bras croisés et les

mains placées sous les aisselles opposées. Puis, à la fin des mouvements

préliminaires, la dissimulation finale s’effectue le plus souvent sous un

chapeau ou un mouchoir placé sur le sol en face du joueur. Le plus souvent,

les femmes manipulent les os sous leur plastron, sous un châle, un

mouchoir ou encore derrière leur dos ; elles empruntent parfois le chapeau

d’un homme sous lequel les os peuvent être changés de main. On peut aussi

fréquemment voir une femme tenant devant sa bouche un grand mouchoir

avec lequel elle cache les os en chantant continuellement. Durant ce jeu

préliminaire, l’équipe qui a les os chante et crie constamment, tout en

insultant les joueurs de l’équipe opposée. Les os sont cachés, exposés à la

vue des adversaires, puis cachés à nouveau ; le jeu préliminaire peut durer

jusqu’à dix minutes dans les cas extrêmes.

Pendant ce temps, l’équipe qui doit deviner reste en majeure partie

silencieuse. Le devin est le plus souvent le capitaine, quoiqu’il puisse

confier cette responsabilité à une autre personne. […] Le plus souvent, il

désigne l’un ou l’autre des joueurs en utilisant un geste particulier : la main

gauche est ramenée brusquement vers l’épaule droite, et, lorsqu’elle touche

l’épaule, le bras droit est étendu en formant un angle au niveau du coude,

comme si le mouvement de la main gauche déclenchait l’extension du bras

droit. Puis, le bras s’étend et l’index est pointé vers l’un des joueurs qui a

les os. Ce geste est ensuite répété plusieurs fois en désignant des joueurs

différents et peut encore être répété durant la manipulation des os, mais il ne

constitue cependant pas un véritable pointage.

Les deux joueurs qui dissimulent les os travaillent indépendamment ;

lorsque l’un d’entre eux est prêt, il le signale en étendant ses bras sur les

côtés, les phalanges tournées en direction du devin et les os dissimulés dans

ses poings fermés ; l’autre joueur fait aussitôt de même. Lorsque les poings

fermés sont présentés au devin, un bras est parfois étendu alors que l’autre

est croisé sur la poitrine, la main dissimulée sous l’aisselle opposée. Le

devin doit faire rapidement son choix sinon les poings seront retirés et les os à nouveau manipulés. Il indique son choix au moyen du geste décrit plus

haut ; dans le cas d’un choix définitif, le mouvement du bras est

accompagné d’un grognement audible qui signifie que la décision finale a

été prise. Quatre choix possibles peuvent être faits, s’appliquant chacun aux

deux jeux d’os : 1) si le devin désigne la droite avec son index, il indique

qu’il croit que les deux os non marqués sont cachés dans les mains gauches

de ses deux adversaires ; 2) s’il désigne la gauche, il veut dire que les deux

os non marqués sont dans les mains droites des joueurs ; 3) s’il montre le

sol devant lui avec son bras tendu et légèrement penché, il indique qu’il

croit que les deux os non marqués sont au centre ; c’est-à-dire dans la main

droite du joueur situé à sa droite, et dans la main gauche du joueur à sa

gauche ; 4) s’il tend le pouce et l’index, la paume tournée vers le haut, avec

les trois autres doigts repliés, il indique qu’il pense que les os non marqués

sont à l’extérieur – c’est-à-dire dans la main gauche du joueur de droite et

dans la main droite du joueur de gauche.

Si le devin se trompe sur la position des deux os, il doit donner deux

bâtons à l’équipe opposée. S’il devine correctement la position des deux os,

il gagne les deux paires d’os, mais ne reçoit pas de bâtons. S’il devine

correctement la place d’une paire d’os, ces os lui sont lancés, mais l’autre

paire est gardée par l’équipe adverse et le devin doit donner un bâton.

Autrement dit, la possession des os dure aussi longtemps que le devin est

trompé ; chaque erreur lui coûte un bâton. À chaque fois qu’une équipe

possède à nouveau les deux paires d’os, c’est à son tour de recommencer le

processus et de les dissimuler en chantant et en frappant sur les planches.

Pour qu’un jeu se termine, une équipe doit remporter les dix bâtons, alors

que chaque équipe commence le jeu avec cinq bâtons. Comme je l’ai

mentionné plus haut, les bâtons sont plantés dans le sol en direction

opposée à celle des joueurs et devant les planches parallèles qui se trouvent

devant eux. Quand des bâtons sont gagnés, ils sont placés derrière la

planche jusqu’à ce que les dix aient été mis en jeu ; dans cette position, ils

sont soit plantés à nouveau dans le sol, soit déposés en pile régulière. Une

fois que les dix bâtons ont été placés derrière les planches parallèles, le jeu

a vraiment commencé. Supposons que l’équipe A soit en possession des os

au début du jeu et qu’elle ait gagné six fois de suite ; cela signifie qu’elle a

remporté plus de bâtons que n’en possède l’équipe B. Dans ce cas, l’équipe

B donne ses cinq bâtons, mais au sixième coup gagnant, l’équipe A prendra un bâton planté devant la planche et le placera derrière, mettant ainsi un

sixième bâton en jeu. Si, alors, l’équipe A perd les os, puis se trompe au

tour suivant, elle doit payer avec un bâton neuf, c’est-à-dire avec un bâton

qu’elle n’a pas pris à l’équipe B.

Le jeu continue alors jusqu’à ce qu’une équipe ait gagné les dix bâtons.

[…]

L’empathie et une sorte de divination jouent un rôle dans le jeu. Par

exemple, lorsqu’une équipe n’a plus qu’un bâton, celui-ci est

invariablement planté en face de la planche et enfoncé vigoureusement dans

le sol par le capitaine ; cela, bien entendu, est censé rendre sa prise plus

difficile par l’équipe adverse. Lorsqu’une équipe a deviné la position et

gagné une paire d’os, ceux-ci sont jetés en l’air immédiatement. Souvent, le

capitaine de l’équipe les manipulera, bien qu’il doive évidemment deviner

où est cachée la seconde paire ; il peut regarder les os dans sa main, les

montrer à l’assistance puis faire son choix selon la façon dont sa paire d’os

est tombée par terre.

Le jeu des bâtons est pratiqué aujourd’hui par des équipes exclusivement

masculines, exclusivement féminines ou des équipes mixtes. Les jeunes

enfants sont encouragés à participer, et en de nombreuses occasions, le

capitaine lance les os aux enfants afin qu’ils les dissimulent – des enfants

parfois si jeunes que leurs poings cachent à peine les os.

 

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