L'envol du papillon
Chapitre 10
Blanche
J’essaie d’oublier les sacs pleins que nous portons au retour. Tout le monde s’est un peu lâché, vu certains prix ridicules et je me demande quelle tête va faire Mamie en avisant les stylos pailletés de Bertille, le canif rouge de Lothaire, ma belle icône orientale et les outils d’Augustin. Je crois que nous avons dépensé plus que de raison, réduisant le budget souvenirs à peau de chagrin pour le reste du séjour.
N’empêche que celui qui a sorti le plus d’argent, c’est Baptiste. Il a acheté je ne sais combien de choses sur presque tous les stands : des jeux vidéo, je crois, même si je n’y connais rien, une console portable, une coque de téléphone et pas mal d’objets que je n’ai pas identifiés. Sans doute que ma méconnaissance du milieu de l’informatique me handicape, quelque part.
Augustin a employé le mot « geek », il me semble. J’en ai entendu parler, mais j’ignore jusqu’où la définition peut bien convenir à Baptiste. Il est souvent enfermé dans sa chambre à jouer et la nuit, je l’entends encore s’adonner à l’exercice. Est-ce que c’est ça, du coup ?
Nous vivons si éloignés de la société que je peine à comprendre certaines attitudes. Et l’addiction à tout ce qui touche à l’électronique et l’informatique, j’avoue ne pas capter. Pourtant, il a l’air heureux de ses trouvailles. Ma foi, c’est déjà ça. Qui suis-je pour juger quelque chose que je ne connais pas ? Même si les addictions, sous n’importe quelle forme, sont à proscrire.
Lorsque nous parvenons à la maison, je m’éclipse dans ma chambre pour aller vérifier le portable que j’y ai laissé. Mais quelle déception quand je me rends compte qu’aucun nouveau message ne m’attend. Je ravale mon désappointement et m’assieds sur le lit.
Mes yeux balaient la pièce avec circonspection, l’icône en main, pendant que je cherche où la disposer. Les murs, recouverts d’une tapisserie à lourdes fleurs brunes, comportent déjà trop de tableaux à paysages champêtres. Je ne le dirai jamais à Mamie, mais j’aspire à un peu plus de simplicité dans la décoration, personnellement.
Délaissant les cloisons, je décide de poser ma peinture sur bois sur ma table de nuit, à la verticale contre le mur. Le doré lumineux et les couleurs subtiles en font une œuvre qui m’interpelle totalement et je suis bien contente d’en être l’heureuse propriétaire. Enfin, presque. Techniquement, elle ne le sera que lorsque j’aurai remboursé Baptiste. Sauf que je ne sais pas vraiment comment je vais pouvoir payer ma dette, puisqu’il ne me reste que quelques euros sur mon billet de départ.
Mon esprit s’évade vers mon voisin d’en face, dont j’entends la porte de chambre se refermer. Sans doute a-t-il hâte, lui aussi, de faire le point sur ses trouvailles du jour.
Un instant, je me mets à rêvasser à nouveau, en me demandant à quoi il est occupé, à l’instant présent, avant que je ne me souvienne que c’est n’importe quoi. Pourquoi suis-je donc obnubilée par ce garçon étrange, qui est passé de l’insolent insupportable au jeune homme charmant qui m’offre un cadeau ?
Peut-être puis-je lui laisser le bénéfice du doute. Peut-être a-t-il décidé qu’il était temps d’arrêter ses bêtises et de se comporter en personne raisonnable et sympathique ? Je ne sais pas, mais le changement, radical, me plaît beaucoup. Un peu trop même et je me morigène d’avoir pareilles pensées.
Pour dériver mon esprit du beau brun d’en face, j’attrape un livre, m’adosse à la tête de lit en bois foncé et entreprends de continuer le roman commencé la semaine dernière et que j’ai un peu délaissé récemment.
Zola n’est pas ma tasse de thé, mais celui-ci est plutôt léger : Au bonheur des dames n’était pas le choix premier de maman quand elle m’a emmenée acheter un livre pour les vacances, mais elle a fini par accepter. C’est une romance, et même si elle ne ressemble sans doute en rien à celles dont j’ai entraperçu les couvertures à la librairie et qui ont fait hurler d’horreur ma mère, j’aime beaucoup.
Pourtant, j’ai du mal à rentrer dans le texte. Ce n’est pas le style qui me dérange, loin de là. C’est cette idée fixe qui me taraude depuis que Martin a essayé de me joindre. Avoir raté son appel m’énerve prodigieusement. J’ai besoin d’entendre sa voix, mais j’ai surtout une envie irrépressible de l’écouter m’exposer le problème qui l’oppose aux parents. J’ai une bonne idée de sa nature, mais je veux l’entendre de sa propre voix.
S’il confirme, je ne sais pas ce que je vais faire. La morale est sans tergiversation : je devrai l’éviter. Mais mon cœur saigne déjà de prendre ce genre de décision. Et honnêtement, je ne suis pas certaine que j’y arriverai.
Perturbée, j’abandonne mon activité. Cela ne sert à rien : des deux pages lues, rien ne subsiste dans mon cerveau. Je referme le livre d’un claquement sec, le pose sur le dessus de lit matelassé, et renverse la tête en arrière.
Une certitude s’impose à moi : je dois réussir à joindre Martin. Je n’ai pas d’autre choix, à moins de devenir folle en attendant qu’il veuille bien me rappeler. Et je n’ai clairement pas la patience.
Mais à qui m’adresser, puisque mon téléphone ne m’est d’aucun secours ? Lothaire n’en a pas, et celui d’Augustin est du même acabit que le mien. Quant à Mamie, je n’ai même pas envie de tenter de lui demander si elle accepte de me prêter le sien. Il n’y a pas de ligne fixe, ici, et si je sais qu’elle en possède un, il y a de fortes chances qu’elle refuse. Parce qu’elle est parfaitement au courant du problème et qu’elle va dans le même sens que les parents, à n’en point douter.
La seule cabine téléphonique de Barbâtre a été transformée en boîte à livres, je suis allée jusqu’à entrer à l’intérieur pour vérifier, tout à l’heure, sur le chemin du retour. Mais comme de toute façon, je n’ai pas de carte bleue, ça ne m’aurait avancé à rien si par miracle elle était toujours en fonction.
Un soupir las sort de mes lèvres, alors que la solution s’impose à mon esprit : le seul qui dispose apparemment de la technologie nécessaire sous ce toit, c’est mon voisin d’en face. Mais même s’il s’est avéré sympa aujourd’hui, je ne lui fais pas confiance. Du tout.
Cependant, ai-je le choix ?
Sans vraiment réfléchir à mon geste, je me relève, rejoins le couloir et frappe trois coups à la porte de Baptiste. Hésiter un seul instant aurait été fatal : je serais allée immédiatement me réfugier dans ma chambre, rouge comme une tomate. En vérité, c’est sans doute le cas, mais je balaie l’idée d’un revers mental pour ne pas m’évanouir sur place, alors que je me rends compte de la situation : je suis en train de m’inviter dans la chambre d’un homme. Et j’essaie d’occulter que c’est carrément inconvenant.
— Blanche-Neige ?
Trop tard pour reculer. Il a ouvert. Et bien que l’utilisation de ce surnom ridicule me hérisse le poil, j’adopte un air aussi neutre que possible, essayant de me rappeler qu’il ne va pas s’offusquer de ma présence dans sa chambre. J’ai trop l’habitude de côtoyer des gens qui pensent comme moi et oublie souvent que le reste de la population n’y voit aucun inconvénient. Et vu le sourire qui se dessine soudain sur ses lèvres, c’est même carrément le contraire.
— Un problème ?
Je n’ai toujours prononcé aucun mot et me mets à me dandiner sur mes deux jambes, indécise et gênée. Il est beau, bien trop beau pour ma raison. Et ma présence dans ce couloir me fait tourner la tête aussi sûrement que le brun qui cale son épaule contre le chambranle, les bras croisés sur son torse, un sourire aux lèvres. Attitude hautement désinvolte, mais tellement séduisante, en vérité !
— Je… euh. J’ai un coup de fil à passer. Est-ce que… tu accepterais de me prêter ton portable ?
Ses sourcils se haussent et je me mords la joue en me morigénant d’avoir eu cette idée stupide. Mais qu’est-ce qui m’a pris ?
Cependant, il se met à me fixer, comme indécis. À sa décharge, j’imagine qu’il ne doit pas bien comprendre ce que je lui veux, sans explications complémentaires.
Mais là, en plein milieu du corridor, à la vue de tous devant la chambre d’un individu de sexe opposé, je commence à stresser sérieusement. Lothaire ou Augustin s’en ficheraient, sans doute, mais Mamie ?
Est-ce qu’il a senti ma peur ? Mon hésitation ? A-t-il capté mes coups d’œil nerveux dans le couloir ? Toujours est-il qu’il se décale et m’invite à entrer. Et sans réfléchir, je pénètre dans sa chambre, trop heureuse de ne plus être à découvert.
Un coup d’œil en arrière et je souffle en me rendant compte qu’il n’a pas fermé la porte, mais qu’elle est restée entrebâillée. Ouf.
Baptiste, lui, s’est calé contre le mur et m’observe d’un regard intéressé. J’essaie de faire abstraction de son air canaille, de sa beauté sombre, de son élégance racée malgré son jean troué et ses baskets qui feraient fuir toute jeune fille de bonne famille, mais qui le rendent particulièrement séduisant. Et dangereux.
Mes iris se détournent vers le bureau en bois foncé, sur lequel trône un ordinateur fixe, qui me semble plus que perfectionné. Est-ce là son appareil personnel, qu’il a amené jusqu’ici ? Ça m’en a tout l’air.
— Explique-moi voir pourquoi tu as besoin de mon portable ? Le tien n’a plus de batterie ? J’ai un chargeur de rechange, si tu veux. T’as quel modèle ? iPhone ou Android ?
Ma grimace le fait s’arrêter net et mes mains se mettent à s’agiter pour démentir.
— Non, ce n’est pas ça… C’est… j’ai un modèle ancien, ça n’ira pas. De toute façon, ce n’est pas un souci de batterie. Plutôt de forfait.
— De forfait ? répète-t-il. Comment ça ?
— Je voudrais appeler à l’étranger, mais le mien ne le permet pas.
Je crois que je le perds complètement, tellement ses yeux se plissent d’incompréhension.
— Tu veux appeler ton petit copain en vacances dans un autre pays ?
Mais à quelle conclusion est-il rendu, là ? Mince !
— Non ! contré-je. Je veux joindre mon frère.
Là, je vois bien qu’il est perdu. Ses yeux se déportent vers la porte, puis reviennent vers moi, indécis.
— Ton frère est en bas.
J’arque un sourcil, en me rendant compte que je n’ai pas été très claire, en effet, et qu’il a tous les droits d’être perplexe.
— Non ! m’écrié-je. Pas Augustin ou Lothaire. Mon autre frère, Martin.
Une lueur de compréhension traverse enfin ses iris bruns, tandis qu’il semble se décontracter en entendant mes explications.
— Je ne savais pas que tu en avais un autre ! Vous êtes donc cinq ?
— Euh, non, nous sommes sept, en fait.
Mon aveu lui fait écarquiller les yeux et une envie sourde de rire me prend par surprise. Oubliant mes intentions premières, je glousse presque, comme à chaque fois que je l’avoue à quelqu’un étranger à la tradition catholique. Forcément, autant d’enfants dans une seule famille non recomposée, ça interpelle toujours.
— J’ai encore deux sœurs, plus âgées. Mariées. Elles vivent en Californie. Mes parents sont en visite aux États-Unis, d’ailleurs, c’est pour ça que nous sommes ici pour l’été.
Je ne sais pas pourquoi je me suis sentie obligée de préciser tout cela. C’est idiot. Il s’en fiche royalement, non ? Pourtant, je sens son intérêt dans le regard qu’il darde sur moi. Telle une curiosité, même pas malsaine comme parfois, quand les gens ne comprennent pas que nos parents aient voulu autant d’enfants.
Baptiste reste silencieux quelques secondes, puis se remet en branle, quittant son port d’attache pour s’approcher de son bureau.
— Et ce Martin, il vit où ?
— Au Luxembourg. Il est banquier.
Encore une information inutile, mais mon état tout sauf tranquille et serein me fait décidément dire n’importe quoi. Il m’impressionne et je ne crois pas que ce soit à cause de ma requête. Mais pour l’instant, je n’ai pas envie d’en savoir les raisons et essaie de me reconcentrer sur l’essentiel.
— J’ai besoin de lui parler.
— Pourquoi ne pas avoir demandé à ta grand-mère ?
— Elle n’aurait pas accepté.
Je me morigène immédiatement de la spontanéité de ma réponse, qui le fait aussitôt tiquer. J’en ai trop dit.
Il est hors de question que je lui parle de mes doutes sur Martin et sur la cause du rejet familial. D’une part parce que ce n’est pas un sujet simple, d’autre part parce que je ne suis même pas certaine que les rumeurs soient fondées. Et pour en avoir le cœur net, je dois avoir une conversation sérieuse avec Martin.
— La famille est en froid avec lui. Et je veux savoir pourquoi.
Je me suis sentie obligée de rajouter ce détail, en espérant que cela suffira à combler la curiosité du beau brun, dont le regard chaud et prégnant glisse sur moi avec un peu trop de facilité. Il réfléchit, je le vois bien, et son silence devient pesant au bout de quelques secondes à peine. Va-t-il refuser ? Me renvoyer dans la chambre d’en face en se moquant de ma demande sans importance ?
— OK, passe-moi le numéro.
J’écarquille les yeux, choquée qu’il accepte, mais me reprends bien vite en lui donnant les chiffres que je connais par cœur.
— Tiens, vas-y, ça sonne.
J’attrape le combiné sans réfléchir et mon palpitant manque un battement quand la voix de mon frère retentit dès la seconde sonnerie.
— Martin Leroy. Qui est à l’appareil ?
— Martin ? susurré-je. C’est Blanche.
Mes intonations trop aiguës, guidées par l’émotion, font trembler mes mots. Je me racle la gorge pour me reprendre. Des mois que je n’ai pas eu la chance de l’entendre !
— Mon Dieu, Blanche ! Je suis content. J’ai essayé de t’appeler tout à l’heure. Je pensais retenter ce soir. Tu vas bien ?
Je jette un coup d’œil vers mon hôte, qui s’est déplacé pour s’installer sur sa chaise de bureau. Il allume son PC et fait mine de se concentrer sur l’écran, et je lui sais gré, sur le moment, de me laisser un peu d’intimité.
Je préférerais rejoindre ma chambre, en vérité, pour y mener ma conversation en toute tranquillité, mais consciente que je ne peux pas partir avec le téléphone, je me contente de parler de banalités plutôt que du sujet de fond. Je vais devoir ronger mon frein pour avoir une conversation plus privée avec Martin.
— Je vais bien, murmuré-je. Nous allons bien tous les quatre. Il fait beau, et il y a une foule de choses à faire, ici.
Un silence me répond, mais il est toujours là : sa respiration lente m’indique qu’il réfléchit, sans doute, et surtout qu’il hésite.
— J’aurais préféré vous garder, cet été…
— Moi aussi, avoué-je dans un murmure. Mais je crois que tu es un peu fâché avec les parents, c’est ça ?
Un souffle las se fait entendre et je sens qu’il ne souhaite pas approfondir, pour l’instant. Et quelque part, ça me va bien, parce que ce n’est pas le moment pour nous de nous dévoiler ainsi devant témoin.
— J’aimerais mieux t’en parler de vive voix, reprend-il. Mais je n’ai pas de congés avant septembre.
Déception. Il semblerait que la vérité n’attende encore un peu.
— Mais dis-moi, je n’ai pas reconnu le numéro. Tu téléphones sur celui de qui ?
Ravie de la diversion, je m’engage sur un chemin moins dangereux avec soulagement.
— C’est celui de Baptiste. Il passe ses vacances avec nous, chez Mamie. C’est le fils d’une amie de Grand-Maman.
— Il a quel âge ?
— Dix-neuf, je crois.
Ma tentative de donner un accent innocent à l’information ne trompe personne : Martin se tait, et le mouvement discret des iris de Baptiste dans ma direction m’indique qu’il n’a rien perdu de ma gêne. Grillée !
— C’est gentil à lui de t’avoir permis d’utiliser son téléphone… Est-ce que… on pourra communiquer sur celui-ci ?
Le hochement de tête de Baptiste, franc et volontaire, me laisse à penser qu’il ne prend même pas la peine de cacher qu’il écoute la conversation. Il a beau pianoter sur son clavier, il a suivi notre échange sans état d’âme, visiblement.
— Baptiste dit que oui.
— Génial. Je suis heureux de t’avoir entendue. On se rappelle demain ? J’ai encore une réunion, je dois partir.
— Oui, bien sûr ! Va ! Je suis contente de t’avoir parlé.
— Moi aussi. Bonne fin de journée, Blanche. Passe le bonjour aux autres.
— Promis.
Il a déjà raccroché, sans doute pressé par son travail. Ce n’est pas grave : j’ai entendu sa voix et c’est tellement beau que j’ai envie de pleurer. Ravalant un sanglot ridicule, je carre les épaules et tends l’appareil à Baptiste, qui le dépose à côté de son ordinateur.
— Merci, susurré-je, émue.
Il m’observe, impassible et je me demande s’il est en train de se dire que je suis pathétique, avec cette émotivité ridicule qui a surgi de ma gorge. Mais rien ne l’indique, heureusement.
— Pas de souci. Tu viens quand tu veux si tu as besoin de lui parler.
J’acquiesce de la tête.
Nos yeux s’arriment et je me sens toute chose en plongeant dans ses iris foncés, à peine plus clairs que la pupille dilatée par le manque de lumière. Aucun de nous deux ne bouge plus, se contentant de fixer l’autre, dans un silence presque total, puisque les haut-parleurs de son PC laissent passer de la musique moderne à bas volume.
— Ah ! C’est là que tu te caches, Blanche ? Je te cherchais partout !
La voix grave d’Augustin me fait tressaillir et la bulle intime autour de Baptiste et moi se fissure brutalement pour éclater quand il me rejoint dans la pièce. Il n’a pas été invité, mais j’imagine que son rôle de frère l’a poussé à venir s’assurer que la dignité et la vertu de sa sœur n’ont pas été attentées. Ses yeux curieux et vaguement inquiets, font le ping-pong ente Baptiste et moi. Mais la scène ne doit pas lui sembler dangereuse, parce qu’il délaisse vite ma personne pour écarquiller les yeux devant le spectacle du bureau.
— Waouh ! s’exclame-t-il. C’est un PC Gamer ?
Je n’existe plus, subitement : me larguant comme une vieille chaussette, il rejoint le brun devant l’écran et se met à observer chaque élément avec une curiosité et un intérêt certain. Mince, je ne savais pas qu’il aimait les nouvelles technologies à ce point-là !
Baptiste, loin de le remballer, repousse sa chaise pour dégager le plan de travail et lui désigne l’ordinateur de la main.
— Ouais… Tu t’y connais ?
— Non, avoue mon frère, un peu gêné. Juste un peu…
— Tu veux faire une partie ?
Les yeux d’Augustin s’illuminent. Oh pas bien longtemps, puisqu’il chope la chaise dans le coin près de la fenêtre et s’installe à côté du brun sans un regard pour moi.
Consciente qu’ils ne me captent plus, ni l’un ni l’autre, je recule et décide de quitter la chambre. Après tout, je n’ai plus rien à y faire. J’ai réussi à passer mon appel, c’est l’essentiel.
Pourtant, quand je sors de la pièce, un regard pesant me suit : c’est Baptiste qui s’est détourné de l’écran pour darder sur moi un œil énigmatique.
Il vient d’avoir une attitude plus que sympathique, en me permettant d’appeler Martin. Mais là, son regard est tout autre. Lourd, et intéressé. Et je ne sais pas, sur l’instant, si j’en suis heureuse ou effrayée.
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