L'envol du papillon

Clara Nové · Chapitre 16 sur 30

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L'envol du papillon

Chapitre 15

 

Blanche

— Alors, qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ma sœur saute sur place comme un kangourou, m’arrachant un sourire de douceur : du haut de ses huit ans, Bertille n’a aucune patience. Mais je ne lui en tiens pas rigueur : elle a la curiosité classique des enfants de son âge, après tout.

— Que la petite Lucy se porte comme un charme, qu’elle est jolie comme un cœur et que tout le monde va bien !

Pas facile de faire semblant d’être étonnée, alors que je savais déjà la nouvelle, quand ma mère a appelé. Mais j’ai fait de mon mieux, et je crois que c’est passé crème.

Bertille paraît attendre quelque chose de plus, alors que la conversation avec les parents n’a duré que quelques minutes à peine, parce que leur forfait téléphone à l’étranger est plus que réduit. Mince, qu’est-ce qu’elle veut ? En vérité, on n’a parlé que du bébé, de leur séjour, vite fait, et quasiment pas de nous.

Je ne sais pas si Mamie les tient au courant de ce qui se passe ici, ou si ça ne les intéresse tout bonnement pas. Et à la mine de ma sœur, qui se décompose, je perçois l’origine du problème.

— Maman a dit aussi que tu lui manquais, qu’elle avait hâte de te revoir, et elle est très contente de savoir que tu t’amuses bien.

La vérité ? Nous n’avons même pas abordé le sujet de la benjamine de la famille. Mais ça, je me garde bien de le lui dire, pour ne pas lui faire de peine. Nous avoir en pension, les trois quarts de l’année, ça n’aide pas à maintenir les liens, et nous avons pris l’habitude de n’avoir de nouvelles de personne pendant des semaines. Si je m’y suis faite, au fur et à mesure des années, ce n’est pas encore le cas de Bertille, si tant est que ça le sera un jour. C’est une enfant sensible, peu sûre d’elle, à fleur de peau en permanence, pour qui la solitude de la pension est difficile à gérer. De nous sept, c’est sans doute celle qui supporte le plus mal l’éloignement de la maison.

Le sourire qui s’imprime sur son visage me conforte dans mon mensonge : j’ai bien fait. Lui dire la vérité aurait été un crève-cœur, et je n’ai aucun regret à ce sujet.

— Je suis prêt !

L’arrivée de Baptiste fait tourner toutes les têtes vers l’escalier, où il se tient sur la dernière marche. Il ne s’est pas changé, mais je le trouve parfait comme ça : hélas…

Le coup de fil de Maman avait eu le mérite de me faire penser à autre chose qu’à mon premier baiser. Là, dépourvue de toute distraction, et en présence de l’auteur de ce plaisir coupable, je subis mes émotions, qui reviennent au galop.

Pour couper court à la bouffée de chaleur qui remonte à nouveau le long de mon corps, je détourne l’attention des autres, et la mienne par la même occasion.

— Formidable ! m’exclamé-je. Alors en route !

C’est surjoué. Et mal, en plus. Mais si Baptiste esquisse un sourire en coin, pas dupe de la couleur rouge qu’ont dû prendre mes joues, mes frères n’y font absolument pas attention et se ruent vers l’extérieur.

Je les y retrouve. Ils sont occupés à admirer les vélos sortis de la remise, et que les garçons ont passé plusieurs jours à remettre en état. Mais ils sont prêts, et je me réjouis de pouvoir visiter un peu sans avoir à déranger Mamie. Avec ses problèmes de genoux, elle se déplace de moins en moins, se contentant de prendre la voiture le dimanche pour aller à la messe, seule destination pour laquelle elle fait l’effort de bouger.

— Ils sont grands, se plaint Bertille en approchant. C’est trop haut !

— Ce sont des vélos adulte, lui répond Lothaire d’un air dédaigneux. Si tu es trop petite, tu ferais peut-être mieux de ne pas venir, tu sais.

Les poings de ma sœur se serrent et je la sens se raidir sous la proposition de mon cadet.

— Ah non, râle-t-elle en claquant la langue. Je n’ai pas pu voir le feu d’artifice, il est hors de question que je loupe l’Île aux papillons !

Dans ma vision périphérique, j’aperçois le haussement de sourcil de Baptiste, qui parcourt mes frères du regard.

— C’est une serre qui élève des papillons du monde entier, l’informe Augustin d’un air hautain. Les filles ont décrété qu’elles veulent voir ça…

Il était contre, inutile de le préciser. Non seulement ça ne l’intéresse pas, mais il s’est légèrement moqué de Bertille et moi quand j’ai soumis le projet. Mais j’y tiens, j’en ai entendu trop de bien !

— Vous pourrez aller faire autre chose, lui suggéré-je, un tantinet énervée. Mais j’ai promis à Bertille de l’y emmener.

— Ouais, ben ça, se marre Lothaire, ce sera seulement si elle parvient à monter sur son vélo !

Et au lieu de l’aider, cet idiot monte en selle et roule jusqu’à la rue, où il disparaît derrière le mur de la maison, aussitôt suivi d’Augustin. Je grogne, mécontente de leur attitude condescendante et sexiste. Plutôt que de les imiter, je saisis le guidon du moins haut et le penche pour aider ma sœur à monter dessus. Mais c’est tout sauf facile, parce que malgré toute sa bonne volonté, Bertille ne parvient pas à passer la jambe par-dessus le cadre.

— Ce serait plus simple avec un short, grommelle Baptiste.

Je tourne la tête vers lui et sursaute presque en me rendant compte qu’il s’est approché, et qu’il se penche sur la bicyclette d’un air sérieux.

— Elle n’a pas de short, réponds-je à mi-voix.

— Toi non plus, j’imagine ?

Je secoue la tête, un peu honteuse. Le short et le pantalon, je n’y ai pas droit : inconvenants, ils me sont interdits par les parents, bien que personnellement, je n’y sois pas opposée, surtout dans des moments comme celui-ci.

— C’est n’importe quoi, grogne le brun.

Pourtant, il ne me regarde plus et s’affaire sous la selle, qu’il dévisse pour la régler dans la position la plus basse, avant de réitérer le processus avec le guidon.

— Tiens, miss, essaie.

Tout sourire, Bertille s’exécute et réussit à s’asseoir sur le vélo, même si c’est sur les pointes qu’elle pose ses pieds à terre.

— Et toi, t’as besoin d’aide avec ton carrosse, Cendrillon ? me murmure Baptiste.

J’ai beau refuser, ses mains encerclent ma taille et ne la quittent pas le temps que je m’installe. Je ne l’en empêche pas, tant la sensation de ses doigts sur moi est agréable. Même si c’est éphémère, même si c’est à travers le tissu de ma robe.

Et moi, je me filerais des gifles d’avoir envie qu’il me touche en permanence.

Je souffre. Je souffre terriblement depuis qu’il m’a embrassée. Non, si je veux être honnête, c’est compliqué à gérer depuis qu’il m’a fait danser, au bal du Quatorze Juillet. Quand il a posé ses mains sur moi pour la première fois, lorsque j’ai senti le contact de ses doigts. Ils m’ont électrisée, et je me sens comme une pile en surtension depuis lors.

Je me fais l’effet d’être un funambule sur un fil, en équilibre précaire, trahie par un corps qui répond avec bonheur à la tentation faite homme. Il me titille, me pousse dans mes retranchements, me faisant tous les jours avancer vers une falaise que je vois se rapprocher sans réussir à l’éviter. Pourtant, il le faut.

Je souffle un bon coup, essayant de faire le vide, mais manque un battement lorsqu’il me lâche enfin. Sauf qu’au lieu de l’éloigner, il en profite pour glisser ses doigts le long de mes bras. Et malgré la chaleur de l’après-midi, un long frisson me parcourt de part en part. Bon sang, qu’est-ce qu’il me fait ?

Pour couper court à ce ressenti bien trop intense, j’enfourche ma bicyclette, pose mes fesses sur la selle et m’élance vers la rue. L’assise est dure, le guidon à moitié rouillé, les pédales grippées et la roue avant couine à chaque coup de pédale. Mais ignorant l’état déplorable de mon vélo, je pousse sur mes jambes et avance.

Je prends soin de laisser passer Bertille devant moi, pour la garder à l’œil, et nous rejoignons nos deux frères qui nous attendent quand même un peu plus loin, à l’embranchement, qui relie Barbâtre au nord, où se trouve l’essentiel de la population.

Heureusement, une longue voie verte a été aménagée le long de la route réservée aux voitures et c’est avec une certaine tranquillité que nous débutons notre périple.

Ma sœur fournit des efforts admirables et se met à transpirer rapidement. Cependant, elle n’émet aucune plainte, consciente sans doute qu’on ne ferait que lui reprocher sa venue si elle tentait la moindre remarque. Alors elle plisse le front, se concentre sur chaque coup de pédale et avale les mètres sans se plaindre.

— Elle est courageuse ! s’exclame Baptiste.

Tout à mon observation de Bertille, je n’ai même pas remarqué qu’il roule à côté de moi, sur un vieux vélo de course vert bouteille, complètement vintage. Pourtant, il n’a même pas l’air ridicule, sur cet engin, malgré l’anachronisme de la vision. Non, il reste beau et élégant, ce qui n’arrange pas mes affaires. Ou alors est-ce parce que je suis parfaitement mordue que je ne vois que le positif de l’homme qui me fait tourner la tête ?

Parce que c’est le cas : je suis tombée sous le charme de Baptiste. Il accapare mes pensées en permanence, il s’insinue dans chaque partie de mon cerveau dès que je ne suis pas assez occupée. Et c’est vraiment la poisse !

Encore un mois à le côtoyer ? Mission impossible ! Je vais finir par mourir de combustion spontanée s’il continue à s’imposer dans chaque neurone disponible dans ma tête ! Bon sang, je suis perdue.

Le problème, c’est qu’il n’a pas qu’un physique de rêve. Certes, il est beau, plus que ça même. Mais plus je le côtoie, et plus j’apprécie le reste. Loin du vilain qu’il essaie de montrer en permanence, il sait être gentil. Comme lorsqu’il est venu me donner le message de mon frère, ou qu’il a aidé Bertille, alors que mes frères l’avaient abandonnée à son triste sort. Certes, il est fainéant, grognon, et arbore un tempérament de révolté en permanence, mais je sais que sous la carapace se cache une personne sensible, écorchée et mal dans sa peau. Enfin, je crois. Ou est-ce ma propension à ne voir que le bon côté des gens. On me l’a assez reproché, d’autant que je manque de méfiance.

D’un coup, alors que je peine sur un faux plat, j’amorce un bond en avant, propulsée par ce que je sais être une main secourable derrière ma selle : Baptiste me pousse. Je tourne la tête vers lui, et je capte son regard braqué sur moi. Happée par ses iris marron aux teintes de chocolat chaud, je manque de verser dans le fossé, et redresse in extremis avant de rouler dans les hautes herbes qui bordent la piste cyclable.

— Hé ! Fais attention, Cendrillon, tu vas finir par casser une roue de ton carrosse.

Deuxième fois qu’il m’appelle comme ça aujourd’hui et je me surprends à sourire à l’évocation des nombreux surnoms d’héroïnes de contes dont il m’affuble depuis mon arrivée.

— Blanche-Neige, Cendrillon, la Belle au bois dormant… Tu vas toutes me les faire ?

Ma remarque le fait éclater de rire et j’esquisse un sourire devant son air amusé : bon sang, il est encore plus beau quand il ne fait pas la tête !

— Je ne sais pas… Y a aussi la Petite Sirène, si tu consens enfin à te baigner à nouveau !

— Elle est trop froide ! m’insurgé-je.

— Ah, ben tu peux rester sur la plage, pas de soucis, moi ça me va aussi, tant que tu te mets en maillot.

Je rougis bêtement, tandis qu’il joue des sourcils comme le gosse prétentieux qu’il est. Le pire, c’est qu’il le peut…

— J’ai bien une autre proposition, continue-t-il sur un ton plus bas. C’est pas Boucle d’or qui s’est trompée de lit et s’est endormie dans celui des trois ours ? Tu peux tester le mien, si tu veux…

Son audace me coupe le souffle. Mais au lieu de le réprimander ou de m’offusquer, je pouffe comme la groupie en laquelle je me suis bêtement transformée. Mais là, à rouler à côté du plus bel homme que j’aie jamais vu, sous un soleil ardent, bercée par la cadence de nos coups de pédales et la légèreté du vent, je glousse.

Je ne devrais pas. Ce qu’il dit est inconvenant. Mais cet après-midi, je ne veux pas me battre. Un désir sourd de me laisser draguer me prend, et je refoule la petite voix qui me hurle d’arrêter ce flirt auquel je ne devrais pas consentir. Et encore moins participer. Mais je la repousse, pour une fois. Parce qu’aujourd’hui, je n’ai pas envie de penser, parce que cet après-midi, j’ai juste envie de me laisser porter par la joie, l’envie et le bonheur de profiter de la vie.

— Je crois que c’est là ! crie Augustin en me désignant une pancarte.

Aucun doute possible : c’est bien l’Île aux papillons. Bifurquant sur une route secondaire, nous pédalons jusqu’au bâtiment, devant lequel nous stoppons. Bien que nous soyons en pleine semaine, de nombreuses voitures sont garées devant et attestent du monde conséquent à l’intérieur.

— On vous laisse une heure, les filles ? annonce Augustin.

Son regard s’égare sur la bâtisse, puis revient vers moi. Il ne cherche même pas à dissimuler son ennui et son aversion pour l’endroit.

— Y a un marais salant, pas loin. On va plutôt visiter ça. Baptiste, tu viens ?

— Non, je crois que j’ai bien envie de voir les papillons.

Étonnée, je tourne la tête vers Baptiste, qui vient de sortir ça d’un ton posé. Mais le regard chaud qu’il coule sur moi contraste totalement avec la désinvolture du son de sa voix. Il n’en a rien à faire des papillons, et je comprends vite qu’il veut juste rester avec moi.

Pourtant, je ne dis rien, ne commente pas. Parce que je suis trop heureuse qu’il reste. Je devrais le pousser à partir, à rejoindre mes frères, mais à l’intérieur de moi, l’envie de sa présence pulse dans mes veines.

— Comme tu veux, renifle Augustin, qui entraîne aussitôt Lothaire à nouveau vers la piste.

Je m’en détourne, pour ne plus m’en occuper, et descends de bicyclette pour aider ma sœur à attacher son antivol sur le support spécifique du parc à vélos. Eux aussi sont des antiquités pleines de rouille, mais ils feront leur office.

Un peu étourdie par la sensation sourde du corps de Baptiste près du mien, j’avance comme un radar. De l’achat des tickets avec l’argent fourni par Grand-Maman à notre entrée dans la serre, je ne me rappelle pas grand-chose, comme si la chaleur de Baptiste avait occulté toute autre chose autour de nous. Heureusement que je maintiens la main de Bertille dans la mienne, pour ne pas l’oublier, elle aussi.

Pourtant, quand nous déboulons dans la première pièce vitrée, mon cerveau reconnecte de façon partielle, et j’ouvre grand la bouche en basculant la tête en arrière. Une végétation luxuriante et tropicale nous entoure de sa verdure flamboyante, tandis que volettent des lépidoptères bigarrés aux formes étranges.

— Waouh ! s’exclame ma sœur. Ils sont tellement beaux !

Elle a raison, mais je me contente de hocher la tête en silence. Les allées sont pleines de monde, mais rien ne semble perturber les papillons colorés qui peuplent l’air ambiant. Jaunes, verts, rouges, noirs, ils semblent si différents les uns des autres que je ne sais plus où regarder.

Lentement, je m’approche d’une grande feuille à l’aspect luisant, où s’est posé un spécimen énorme dont les ailes bleu azur ressemblent à du velours précieux.

— Il a la couleur de tes yeux.

Le chuchotement de Baptiste à mon oreille me fait presque gémir. Pas de peur, pas d’étonnement. Non, de béatitude, alors que son souffle chaud aux effluves de menthe caresse la peau de mon cou.

— Hum, réussis-je à répondre. Trouve moins cliché.

Je ne sais pas comment j’ai réussi à rétorquer quoi que ce soit, ni si c’est très sympathique. Toujours est-il que ma maigre tentative de défense n’atteint pas vraiment son but : il ricane, au lieu de s’offusquer de mon rejet. Bon sang, il est bien meilleur que moi à ce jeu, rien à faire ! Il joue avec moi comme avec une poupée de chiffon, et je sens qu’en plus, je le laisse faire.

— Cliché ? répète-t-il, hilare. C’est pourtant vrai. Tu as les plus jolis yeux que j’aie jamais vus.

Je m’apprête à rétorquer, quand je stoppe net. Non seulement son torse vient de se coller à mon dos, mais ses lèvres pleines se sont posées sur la peau fine de mon cou, juste sous mon oreille droite. Et sur l’instant, tout ce qui me vient à l’esprit, c’est que j’ignorais que cet endroit était aussi sensible. À nouveau, je gémis, incapable de réprimer le bruit inconvenant, heureusement masqué par les conversations d’un groupe un peu plus loin.

Un coup d’œil autour de moi et je me détends quand j’aperçois Bertille à une dizaine de mètres, bien trop occupée à observer un énorme papillon vert, accroupie devant une plante tropicale.

— Elle est loin, susurre Baptiste à mon oreille.

Et pour corroborer ses dires, il pose ses mains sur ma taille et me fait pivoter face à lui. Je tressaille une seconde, mais me laisse faire, comme si mon corps ne m’appartenait plus. Pire, j’ai l’impression de flotter entre ses doigts, qui s’accrochent à ma robe de façon autoritaire. Je devrais réagir et ne pas me laisser faire. Or, c’est tout le contraire qui se produit : au lieu de le repousser, je savoure notre rapprochement. Au lieu de l’arrêter, je penche la tête et accepte ses lèvres sur les miennes. Au lieu de tout arrêter, je savoure le baiser qu’il me donne.

Rien à voir avec celui de tout à l’heure. Il était sage. Là, c’est une tout autre histoire : ses lèvres dures investissent les miennes, comme s’il ne pouvait plus s’en empêcher. Et ma bouche y répond avec une ferveur que je ne me connaissais pas : d’un coup, je le laisse passer mes défenses, et sa langue m’investit. Je le sens grogner, pas d’inconfort ou d’irritation. Non, sans doute de la même excitation que la mienne.

Mon Dieu que c’est bon ! Jamais je n’aurais cru qu’un simple baiser pouvait me faire ressentir pareilles sensations ! C’est bon, c’est doux et brutal à la fois, c’est enivrant. La tête me tourne, et quand il rompt notre point de contact, je me retrouve pantelante entre ses bras, à demi engourdie et le souffle court.

Mes yeux trouvent les siens, alors que je me rattrape à ses avant-bras pour ne pas tomber. J’ai le tournis, le cerveau en vrac, et les sens en émoi. Mince, qu’est-ce qu’il me fait ? En mon for intérieur, je le sais : il m’électrise, me chamboule, me fait tomber amoureuse.

Oh non, je ne peux pas. Pourtant, à cet instant, je sais que c’est déjà trop tard.

— Vous venez ?

La voix fluette de Bertille m’arrache à mes ressentis, et je baisse enfin la tête vers la fillette qui nous a rejoints. Mon Dieu, j’espère qu’elle n’a rien vu ! Vu sa mine réjouie, elle n’en a pas l’air et je souffle de soulagement.

Mais Baptiste saisit sa main, puis la mienne et nous entraîne vers la serre suivante. Bertille n’a rien capté. Je devrais retirer mes doigts, ne pas les lui laisser. C’est trop intime, trop officiel. Mais je n’y parviens pas. Et quand il noue ses phalanges aux miennes, les entrelaçant, je fonds encore un peu plus. Mon sang pulse contre ses doigts et dans mes tempes.

Je suis fichue, complètement mordue.

Mes yeux se ferment, autant pour savourer le contact que par désolation.

Qu’est-ce que je vais faire ?

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