L'envol du papillon
Chapitre 8
Baptiste
Sa fuite vers la maison me fait ricaner : elle a presque sauté en marche, quand j’ai engagé la voiture dans l’allée recouverte de gravillons blancs. Je ne lui en tiens pas rigueur : j’ai peut-être été un peu loin, avec elle, au magasin. Mais c’était trop jouissif de voir ses joues se parer de rouge et ses yeux s’écarquiller de stupeur, tandis que je la titillais.
N’importe qui aurait ri à mes allusions graveleuses, mais pas elle : elle me fait penser à une oie blanche. J’avoue que des filles comme elle, on n’en rencontre pas tous les jours : innocente, pure et aux oreilles aussi chastes que le corps. Et quelque part, c’est plus que tentant.
C’est une fille superbe, personne ne pourra le nier. De ces nanas bien roulées, longues comme des lianes, aux rondeurs appétissantes idéalement disposées. De ces beautés universelles sur lesquelles tout le monde s’accorde : blonde naturelle, aux traits racés et fins, aux pommettes hautes, aux yeux bleus en amande qui donnent l’impression qu’un océan entier tient dans leurs iris sans fond.
Sauf qu’elle, elle l’ignore. Elle a cette simplicité innée qui ne trompe pas : elle n’a aucune putain d’idée de l’effet qu’elle a sur les gens, ni du nombre de pensées salaces qu’elle peut engendrer chez les mecs. Elle marche, indifférente au monde qui l’entoure, sans remarquer que les hommes la reluquent, irrémédiablement attirés comme des abeilles par du miel. Le regard vers le sol et les épaules rentrées, Blanche, au contraire, fait tout pour se montrer invisible, sans doute à cause d’un carcan éducatif qui l’oblige à se faire discrète, pour ne pas attirer ni l’attention ni la convoitise.
Conneries : non seulement ça ne sert à rien, mais en plus, ça ajoute à son aura pourtant déjà imposante. En faisant en sorte de passer inaperçue, elle en devient encore plus désirable. Parce qu’elle ne se met pas en avant, parce qu’elle surpasse ces nanas trop sûres d’elles, qui paradent et se pavanent, créant l’effet contraire, paradoxalement.
J’ouvre la porte arrière du coffre et la laisse remonter, pour aviser de la quantité de sacs à transporter et du nombre de voyages à réaliser.
— Blanche nous a dit que tu avais besoin d’un peu d’aide ?
Je tourne la tête vers la droite pour découvrir, étonné, les deux silhouettes masculines qui attendent juste à côté de moi. Merde, elle s’est barrée le plus vite possible, mais a pris la peine de demander à ses frangins de m’aider. Et quelque part, je m’en veux un peu de l’avoir fichue dans l’embarras.
Belle et sympa. C’est bien ma veine.
— Je ne dirais pas non, réponds-je en fourrant un sac dans la main du plus jeune. On ira plus vite.
— Tiens, passe-moi un pack d’eau, me demande Augustin en tendant le bras.
Il rééquilibre sa charge en saisissant le second de l’autre main et, sans attendre, repart vers la maison. Lothaire, déjà revenu, attrape deux sacs supplémentaires, et je n’ai plus qu’à refermer le coffre en me chargeant des deux restants. Ce sont les plus lourds, mais ce n’est pas un réel problème. J’ai l’habitude de soulever des poids à la salle de gym de mon quartier, où mon beau-père a eu la magnanimité de me payer un abonnement.
Dans la cuisine, nulle trace de la belle blonde, mais la grand-mère est là, déjà occupée à ranger ses courses dans le cellier qui jouxte la pièce. Empreint d’un zeste de déférence, pour une fois, je pousse ma gentillesse à déposer les bouteilles sur une étagère où s’en trouvent d’autres, puis ressors. Il faut dire que le « merci » chaleureux de la vieille dame me crispe presque. Je n’ai pas pour habitude de rendre service et ça me perturbe complètement.
Putain, ne me dites pas qu’ils déteignent déjà sur moi ?
— Tu viens avec nous à la mer ? demande soudain Lothaire.
J’arque un sourcil en me rendant compte que c’est à moi qu’il s’adresse.
— Les filles sont déjà parties se changer.
Mon instinct premier me hurle de refuser et d’aller me réfugier dans ma chambre pour y jouer jusqu’à ce soir, mais d’un coup, l’envie de revoir la jolie blonde en maillot me titille à nouveau. J’ai failli penser bikini, mais son ignoble truc noir trop couvrant en est bien loin. Pourtant, ça me tente, bizarrement, et je m’entends répondre par l’affirmative.
Bordel, je dois vraiment être en manque pour envisager d’accompagner ces culs-bénis juste pour entrapercevoir le corps sublime de la blonde. Putain d’île de merde, putain de vacances à la con !
Tout le long du trajet, je tente d’imaginer mille raisons pour rebrousser chemin et les laisser y aller seuls. Ils n’ont pas besoin de moi, et moi encore moins d’eux. On n’est pas du même monde, on n’a rien à foutre ensemble.
— Un problème ? me demande Augustin en se retournant.
Le grand blond, qui fait une tête de plus que moi, fronce les sourcils, et je me morigène pour le ricanement que j’ai dû laisser passer de manière involontaire. Bordel, en plus, il s’inquiète pour moi !
— Rien, lui réponds-je en le dépassant. Aucun souci.
Il y en a un, pourtant : j’ai rien à foutre là, les pieds dans le sable, alors que les plus jeunes se sont déjà précipités vers l’eau. Augustin, lui, plante le parasol dans le sol meuble, devant un gros rocher grisâtre, et Blanche s’occupe de poser des rouleaux de paille sur le sable. À aucun moment, elle ne m’a parlé, ni ne m’a regardé. Mais j’imagine que l’épisode du supermarché est encore dans sa tête et que je suis devenu aussi désirable à ses yeux que le grand Satan lui-même.
Pas pressé de plonger dans la mer qui doit être à moitié gelée au bout de quatre jours de temps maussade, je retire mon t-shirt et me laisse tomber sur une des nattes en paille. Il ne fait pas chaud, mais bronzer est toujours une option. Si je dois me faire chier encore quelques semaines ici, autant prendre des couleurs pour rendre jaloux les mecs restés à Paris pendant l’été, après tout.
J’attrape une cigarette dans la poche de mon jean jeté à terre, et allume le bout à l’aide de mon briquet à moitié vide. Merde, j’ai oublié d’en racheter un ! Mais je chasse bien vite cette considération en avisant le regard lourd d’Augustin posé sur moi. Debout sur ma gauche, il me fixe, avec un air que je ne sais comment définir.
— T’en veux une ?
Ma question lui fait secouer la tête vivement : bon, apparemment, je me suis planté et ce que j’avais pris pour une envie de nicotine en est bien loin.
— C’est juste une cigarette normale, me sens-je obligé de préciser. C’est pas…
Devant sa mine déconfite, je ne termine même pas ma phrase, et une envie de rire menace de me submerger. Putain, est-ce qu’il sait seulement ce qu’est un joint ? Non, bien sûr, suis-je con.
— J’ai jamais fumé, avoue-t-il. C’est… mauvais pour les poumons.
Qu’est-ce que je disais ? Parfait, le mec !
— Amen, lui réponds-je. Ben, moi, j’en ai besoin.
Le regard d’Augustin se relève vers le lointain, comme s’il évaluait la situation. Puis il revient vers moi, rassuré de voir les autres s’ébrouer dans l’eau, et finit par s’asseoir à côté de moi, sans rien dire. Merde, il me veut quoi, là ? Je fais mine de l’ignorer, le regard concentré sur le reste du groupe, que Blanche a rejoint.
— Tu sais, tu devrais peut-être réviser un peu. J’ai cru comprendre que tu avais des examens à la rentrée, et Mamie m’a dit que tu n’avais pas commencé.
Mais pour qui il se prend, lui ? Je tourne la tête vers le grand blond, qui reste fixé sur moi. Il n’a même pas enlevé son polo, ce con. Il doit être blanc comme un cul, là-dessous, vu sa carnation naturelle.
— Et qu’est-ce que ça peut te foutre ?
Ma répartie cinglante fouette l’air, le faisant perdre encore quelques couleurs au passage. Il a cru quoi ? Qu’il pouvait jouer au pote sympa ? au grand frère ? Il n’est même pas majeur, ce mec !
— C’est que je… je voulais juste rendre service.
— J’t’ai rien demandé, cinglé-je d’un ton sec. J’ai rien demandé à personne. T’sais quoi, mon gars ? Garde tes bons conseils pour tes frère et sœurs, hein, et laisse-moi vivre ma vie, OK ? J’fais pas partie de ta famille, on n’est même pas amis. D’ailleurs, je sais pas ce que je fous là. J’me barre.
Mêlant le geste à la parole, je me lève d’un bond, attrape mon t-shirt et reprends le chemin de la maison, sans un regard en arrière. Ils me font tous chier, merde !
En route, je change d’itinéraire et bifurque vers le centre, où je sais se trouver quelques commerces de proximité, dont un bureau de tabac. Je m’y déleste d’un gros billet confié par ma mère en cas d’urgence, pour une cartouche de cigarettes et un briquet flambant neuf. Je n’ai aucun scrupule, je crois, à dépenser le fric de mon beau-père. C’est la seule chose qui nous lie, si ce n’est ma mère. Et encore, je ne suis même pas sûr de tenir à elle autant qu’Henry, en fin de compte.
Délaissant la rue commerçante, je pousse jusqu’au port et je m’assois sur un banc, pour regarder les bateaux de pêcheurs. Ils sont nombreux, ici, et le ballet incessant des ouvriers m’occupe quelques minutes.
Nouvelle cigarette et petit moment de tranquillité.
À nouveau, mon esprit repart vers Tours, où crèchent ma mère et son mari. Ils doivent être bien, là, dans la vie idéale qu’ils se sont rêvée. Pas de gamin dans les pattes, pas de soucis au sujet de l’ado chiant qui n’en fait qu’à sa tête.
J’avoue, je n’ai jamais été un gosse facile. Pourtant, j’ai eu tout ce que je voulais, et même bien plus. L’argent n’a jamais été un problème. Mais il faut croire qu’on n’achète pas l’amour ni le bonheur. J’ai l’impression de n’avoir eu ni l’un ni l’autre, alors qu’on se contentait de me soudoyer à coups de billets. Mon exil à Paris a été la bonne occasion de se débarrasser de moi une bonne fois pour toutes.
Le grain de sable, c’est que je n’ai pas eu mon année. C’est ballot. Je ricane, entre deux bouffées de nicotine, qui m’arrachent les poumons, mais apaisent la tension entre mes épaules.
Mon esprit migre vers la plage où j’ai laissé la famille parfaite.
Bordel, je les hais.
Il fait nuit quand je referme le portail tout doucement. Le gravier blanc reflète la lumière de la lune, et je suis comme je peux les loupiottes égrenées dans le gazon ras, pour rejoindre la porte arrière qui, comme je l’espérais, est restée ouverte, sans doute en prévision de mon retour tardif. Je sais que ça me vaudra aussi une remontée des bretelles de la vieille, demain matin. Mais elle se couche tôt, et je suis tranquille, au moins ce soir.
La maisonnée est calme, probablement parce qu’il est plus de vingt-trois heures. J’ai traîné des heures, et ai fini par atterrir dans un café où tous les pochtrons du coin s’étaient donné rendez-vous. Moi aussi, fatalement, et boire quelques verres m’a fait du bien. Je risque de le payer demain matin par un joli mal de tête, mais ce soir, je ne pense à rien et c’est appréciable.
Je tiens l’alcool. Je ne suis même pas saoul. La faute aux soirées bien arrosées auxquelles je participe depuis mon installation à Paris. Le whisky ingurgité ce soir n’est qu’un doux remède à mes angoisses. Il a apaisé mes tourments, vidé ma tête, permis d’oublier quelques heures la merde qu’est ma vie en ce moment. Assommé par les vapeurs de l’alcool, je grimpe les marches avec lenteur, mais le sourire aux lèvres.
Elles grincent, mais je n’en ai strictement rien à foutre, je crois. Tant pis pour les gosses, ils se rendormiront, après tout.
Le couloir est sombre, et la prudence est de mise, d’autant que le vieux parquet en chêne accuse de longs gémissements d’inconfort sous mes Converse. Des ronflements s’élèvent de deux chambres, que j’identifie, dans le brouillard qui entoure mes pensées, comme celle d’Augustin et celle de la grand-mère.
Toutes sont fermées, mais une seule laisse passer un rai de lumière au niveau du sol. Celle en face de la mienne. Celle de Blanche. Ma main se relève, pressée, comme par instinct, de se poser sur la poignée. L’ouvrir et pénétrer dans la pièce, à défaut de sa chatte.
L’idée me fait presque ricaner. Putain, je divague grave. Les neurones qui baignent dans l’éthanol, ça fait bouillonner les hormones et s’agiter les fantasmes, apparemment. Je retire mes doigts et effectue trois pas arrière, pour saisir la poignée de ma chambre, à moi. Voilà qui est bien plus sage, mais bien moins marrant !
Je secoue la tête et la détourne pour ouvrir le battant en bois foncé, qui dévoile une pièce plongée dans l’obscurité, et dont les meubles se devinent sous les rayons que la lune darde à travers les vitres de la fenêtre, dont les volets n’ont pas été fermés.
Mon pied fait craquer une latte, et tout à coup, comme l’effet papillon, juste devant moi, la porte d’en face s’entrouvre. La poignée en porcelaine, ancienne, ne retient pas le battant et je panique une seconde que Blanche ne se rende compte de ma présence, et qu’elle ne croie que je suis responsable de l’ouverture.
Une seconde, guère plus. Parce que le spectacle qui éclate sous mes yeux me fait tout oublier. D’un coup. Par magie. Putain, c’est pas Blanche-Neige, ou le Petit Chaperon rouge. Cette meuf est une fée, une magicienne. Bonne ou mauvaise, j’en ai rien à foutre, finalement : à cet instant, rien ne compte plus que la vision paradisiaque qui s’offre à mes yeux.
En sous-vêtements, Blanche s’occupe de ranger des vêtements dans son armoire. Et je crois que c’est bien la première fois que je trouve une culotte en coton blanc sexy. Même pas un tanga, encore moins un string. Une culotte simple et basique, dont la blancheur fait ressortir le teint de pêche de sa peau. Et ce soutif assorti ? Pas un brin de dentelle, même pas d’armatures. De toute façon, elles seraient bien inutiles pour mettre en valeur la rondeur de ses seins pleins.
On m’a toujours dit que l’alcool empêchait de bander : je suis la preuve que c’est de sacrées conneries ! Parce que là, en bas, c’est la fiesta dans mon boxer. Putain ! Je remballe mon érection, mais pousse un grognement en me rendant compte que c’est carrément douloureux, tant mon sexe est tendu et manque de place.
Dans un élan que je ne m’explique pas, je me rue dans ma chambre juste avant qu’alertée par le bruit, Blanche ne se penche dans le couloir pour m’assurer qu’il n’y a personne. Plaqué contre le mur, dans le noir, j’attends quelques secondes, le temps que le bruit d’une porte qu’on referme m’atteigne enfin. Je passe la tête, vérifie qu’elle a effectivement clos le battant, puis fais de même avec le mien.
Inutile d’allumer le lustre, je me contente de la lampe démodée qui trône sur la table de chevet rustique à côté de mon lit en chêne Art déco, dont les roses sculptées m’horripilent à chaque fois que je les vois.
Le temps de tirer le rideau et je m’assois sur mon matelas, en poussant un soupir de lassitude. Putain, c’est quoi cette journée de merde ?
Dans mon froc, mon sexe pulse, irrité d’avoir été sollicité, mais pas apaisé par une chatte accueillante.
— Désolé, mon pote, ricané-je, c’est pas cette fille-là qui va te soulager !
Puis je grimace, en me rendant compte qu’aucune autre non plus, d’ailleurs. À Paris, c’est simple. Entre les applis pour se dégoter un plan cul en moins d’une heure et les boîtes où dénicher des filles pas farouches, y a toujours moyen de trouver une nana à fourrer. Ici, putain, c’est morne plaine !
Je n’ai pas le courage de fouiller sur mon téléphone. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Ou une arête dans tout l’océan ?
Je baisse la tête vers la bosse de mon jean, qui me gêne terriblement. Mes doigts déboutonnent les rivets et je libère mon érection avec soulagement. Putain, et je fais quoi maintenant ? L’option douche est inenvisageable : elle est à l’autre bout du couloir et je me vois mal me balader avec un pic sous ma serviette.
Énervé, je me débarrasse de mon fute, bazarde mon boxer en même temps, balance mon t-shirt n’importe où, et je me glisse sous les draps.
J’ai horreur de ces trucs à l’ancienne. Excédé, je fourre au pied du lit la couverture et le couvre-lit, ne gardant que le tissu léger à fleurs, en essayant d’oublier le motif champêtre à gerber. Faudrait peut-être que je me concentre dessus, finalement, pour que la tension redescende dans ma queue ?
Rien qu’un regard vers mon entrejambe, et je sens que ça ne suffira pas. Ça fait trop longtemps que j’ai pas baisé pour que mon sexe accepte de se calmer tout seul.
Mes doigts le trouvent, l’entourent, se mettent à coulisser autour de lui. Et un soupir de contentement m’échappe. Ouaip, c’est ça qu’il me faut !
Mes yeux se ferment, alors que j’entreprends quelques va-et-vient dans ma main. Je ne devrais pas, parce qu’en lieu et place de la tapisserie ignoble à médaillons, c’est le visage de la beauté blonde d’en face qui s’imprègne sur mes rétines. Pas grave, je laisse faire mon cerveau. L’alcool a dû inhiber mes derniers filtres, tant pis. Son corps parfait s’imprime à son tour : sa taille fine, ses hanches larges, ses longues jambes sans fin, son cou gracile et cette putain de paire de seins lourds que j’ai envie de lécher !
Oh putain ! La tension monte d’un coup et je me mets à haleter sans réussir à trouver mon air. Ma queue palpite, mes mains tremblent et j’ai juste le temps de choper un mouchoir dans la boîte en carton sur la table de nuit. Je jouis comme un dingue en réprimant un cri que je ne souhaite pas faire entendre dans la maison trop silencieuse.
Ma tête échoue sur le gros oreiller et mes paupières se ferment, alors que j’essaie de reprendre une respiration normale. Mon souffle erratique se remet difficilement d’un orgasme dévastateur, comme j’en ai rarement eu. Et encore moins seul.
Pourquoi ? Est-ce dû à l’objet de mon attention ? À la fille sur laquelle je me suis focalisé ? Bordel, je ne l’ai même pas touchée ! Qu’est-ce que ce serait si j’avais eu sous les doigts sa peau diaphane, et sous mes lèvres ses tétons que je devine aussi roses que ses joues quand je la gêne ?
Je me tourne, énervé. Un grognement étouffé sort de mes lèvres. Maintenant que j’y ai pensé, j’en ai envie. Une envie sourde et brutale, tenace et violente qui me terrasse. Heureusement que je viens de me soulager, parce que je virerais taré avec un désir aussi grand, aussi profond. Tenaillé au corps, vibrant sous ma peau tendue, humide de sueur.
Putain, il me la faut !
Mes yeux s’ouvrent et se posent sur la porte qui mène au couloir. Elle est si proche, et pourtant si loin.
Elle m’attire comme un aimant. Est-ce à cause de l’inactivité ? Du manque ? De l’ennui ? Peu importe : je suis sûr d’un truc. Il me la faut, et je l’aurai. Mission quasi impossible, j’en ai conscience. Mais finalement, c’est un défi à la hauteur du désœuvrement dans lequel je suis plongé.
Réviser ? Même pas en rêve. Mais sauter la jolie Blanche, voilà un projet réjouissant.
J’ai moins de deux mois pour y parvenir. Facile ? Non. Presque infaisable avec une nana comme elle. Son éducation, sa manière de vivre, ses convictions sont des barrières infranchissables.
Un sourire naît sur mes lèvres.
Défi.
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