L'envol du papillon
Chapitre 22
Baptiste
Assis sur un gros rocher gris, mon portable en main, je fais défiler d’un œil torve les publis Instagram de mes potes parisiens. Rien de neuf sous le soleil : des fêtes, des soirées en boîte, des invitations chez les uns ou les autres. Aucune activité qui me passionnerait, là, dans l’immédiat.
Je relève les yeux vers la fille que je surveille depuis tout à l’heure, assise dans le sable, sur une grande couverture à carreaux dénichée chez la grand-mère. Blonde, grande, et putain de sexy, c’est la mienne. Ma Blanche.
Occupée à discuter avec sa sœur, elle ne me capte pas. Ou plutôt elle fait semblant, parce que je ne suis pas dupe des coups d’œil discrets qu’elle me jette de temps en temps, et auxquels je ne réponds pas. Pas parce que je n’en ai pas envie, mais parce qu’elle ne veut pas que je le fasse. « Discrétion », a-t-elle dit. Discrétion mon cul, ouais. On sort ensemble depuis quinze jours, et j’en ai marre de me cacher.
Sérieusement, ça me pèse. Si au début ça ne me dérangeait pas, là, ça me gonfle. Je ne peux pas la toucher, limite la regarder, et encore, pas longtemps ! Alors l’embrasser ou lui tenir la main, même pas en rêve ! Eh merde, ça me fait chier !
Elle m’impose une distance qui ne me plaît pas. Elle ne veut pas que ça se sache dans sa famille, OK. Vu les tarés, je comprends. Mais ça me pèse grave, maintenant. Pour moi qui n’avais jamais eu de copine officielle, j’avais espéré un peu mieux que les amours secrètes de vacances ! On pourrait, en public, parce que trois bisous et deux mains entrelacées, c’est d’un banal sans nom. Les gens ne nous regarderaient pas pour si peu. C’est normal, comme attitude, pour un couple. Sauf qu’on n’est jamais seuls.
Rebelote ce soir : cinéma en plein air, mais à cinq, évidemment. Moi, tout ce que j’espérais, c’est un rendez-vous en tête à tête dans le sable, même si c’est devant Star Wars. Mais non : je me coltine les frangins protecteurs et même la petite sœur !
Bon, pour Bertille, c’est moi qui ai insisté pour la prendre avec nous, aidé de Blanche. Hors de question de la laisser sur le carreau, à nouveau. Ben en fait, j’ai eu du mal à convaincre sa grand-mère de la laisser sortir : trop de monde, heure tardive, manque de sécurité. Même le film lui semblait inadapté à une gosse de huit ans ! J’ai dû batailler pour lui faire comprendre que c’était la sortie idéale pour la gamine ! On dirait qu’elle n’a pas failli mourir il y a deux semaines ! Décidément, personne n’a retenu la leçon.
Si, y a moi et Blanche. Et pour une fois, elle m’a suivi dans ma décision de faire le forcing. Et quand je vois le sourire-banane de Bertille, je me dis qu’on a bien fait d’emmerder la vieille. La petite blonde, assise en tailleur à côté de son aînée, balaie la plage du regard, attentive à tous les mouvements.
Nous sommes partis tôt, pour avoir des places pas trop loin de l’écran. La grand-mère était franchement réticente et j’ai dû presque jurer sur l’honneur que le film était convenable pour toute la famille. Star Wars, quoi. De toute façon, j’aurais promis sur la tête du pape, s’il avait fallu !
Je suis tombé des nues en découvrant qu’aucun des Leroy n’avait vu le film. En vrai, j’aurais dû m’en douter. Mais j’ai ravalé mon sarcasme et émis l’idée que ce serait pas mal de rattraper leur culture cinématographique.
C’est le premier volet, le plus connu. Sauf par une famille d’irréductibles Lorrains ridicules, ignares dans tout ce qui touche le 7 e art. Pathétique.
Je l’ai vu des dizaines de fois, connais toutes les répliques, mais comme la majorité des gens, je ne m’en lasse pas. Et même si j’avais dû me taper une intégrale de films chinois barbants et soporifiques, j’aurais signé ! Parce que ce soir, je serai à côté de ma blonde.
— Ça commence dans dix minutes, m’apostrophe Augustin en regardant sa montre démodée. On devrait peut-être s’installer.
Je balaie l’air des mains, pour lui signifier que ça n’a rien de pressé.
— On a le temps, réfuté-je. Les filles gardent nos places.
Pourtant, je n’ai qu’une envie : rejoindre Blanche et m’y coller. Mais il ne fait pas assez nuit et je retarde le moment où je devrai m’asseoir à côté d’elle sans pouvoir la toucher. C’est comme une drogue. J’ai besoin de son contact, de sa peau sur la mienne. Une exigence vitale de mon corps, que j’ai du mal à contenir.
Du coup, je reste loin, au moins pour l’instant.
Pourtant, je devrais être rassasié par ma blonde : je passe toutes mes nuits avec elle. Toutes. Soit dans ma chambre, soit dans la sienne, selon celui qui craque le premier et rejoint l’autre. Comme un putain de jeu charnel où nous sommes tous deux gagnants, en fin de compte. Même quand elle a eu ses règles, la semaine dernière. On est restés sages trois jours, juste heureux de dormir ensemble, à défaut de s’envoyer en l’air.
En vérité, ça ne m’aurait pas dérangé. Mais Blanche, visiblement, ça la gênait et j’ai accepté son choix. En même temps, sous le toit de sa grand-mère, ça aurait été chiant, parce que vachement salissant. Bref.
Lorsque le générique de début retentit soudain dans les haut-parleurs, je n’ai plus d’autre choix que de rejoindre les autres sur la couverture. Ma tentative de m’asseoir naturellement, et surtout par hasard à côté de Blanche passe relativement inaperçue. J’ai une chance dingue que les deux frangins soient obnubilés par l’écran sans qu’ils fassent gaffe à mon collage en bonne et due forme à la blonde.
Ça passe crème.
— Eh ! Je suis là.
Je rouspète à voix basse, parce que Blanche a l’air aussi absorbée par le film que ses frères. Quelque part, ça me fait rire, de voir comment elle découvre la vie, elle aussi. C’est même vachement agréable de la sentir si souriante, les yeux rivés sur l’écran.
Mes doigts s’avancent vers elle, au ras du sable, et je saisis les siens dans un geste presque désespéré. C’est un besoin, à ce stade. Je ne me l’explique pas. Blanche m’est tombée dessus comme une évidence. Et je sais qu’elle s’est incrustée dans mon cœur pour un bout de temps. Je l’ai dans la peau, carrément. Et je n’ai même pas envie de l’en désincruster. C’est trop bon. Comme une prison dorée dont j’aurais volontairement jeté la clé.
Mon contact obtient l’effet escompté : la belle tourne la tête vers moi et me sourit tendrement. Et moi, je mourrais pour un de ses regards sur moi.
— Ça te plaît ? tenté-je.
— Beaucoup.
— La princesse Leïa est un personnage intéressant : sous ses airs sages se cache une guerrière. J’étais sûr qu’elle te plairait.
— Elle est super ! acquiesce-t-elle. Mais j’avoue que celui qui me captive le plus, c’est Han Solo.
— Ah oui, concédé-je. Il est marrant.
— Marrant ? Oui, c’est vrai. Mais je crois que ce n’est pas ce qui m’attire le plus chez lui…
Sa façon de conclure sa phrase par un clin d’œil me fait hausser un sourcil.
— Ben voyons, râlé-je. Laisse-moi deviner… Son physique ?
— J’avoue que…
Son rire espiègle pourrait me dérider, mais à la place, je me renfrogne.
— Jaloux ? s’amuse-t-elle.
— Carrément.
— Tu ne dois pas. Tu es le seul à me faire de l’effet.
Je m’apprête à répondre, quand elle me prend par surprise et me plaque un baiser doux sur les lèvres. Et je souris contre les siennes, amusé de la voir me rassurer.
Je lui fais de l’effet ? Tu m’étonnes. Quinze jours que nous couchons, et je peux dire qu’elle aime ça autant que moi, maintenant.
Eh merde, rien qu’à me remémorer la nuit dernière notre première levrette, et mon sexe se met à gonfler dans mon boxer. Je me rajuste discrètement, aidé de la nuit qui nous entoure, et essaie de me reconcentrer sur l’écran. Non seulement Blanche s’est mise à le fixer à nouveau, mais moi j’ai besoin d’un dérivatif pour que mon érection redescende un peu.
C’est pas hyper grave : comme chaque soir, je m’occuperai d’elle, à l’abri d’une de nos chambres. Dans trois heures, grand max.
Heureux de cet ultimatum plutôt proche, je tourne la tête vers l’écran. Mais m’arrête net : Augustin, les yeux rivés sur moi, semble avoir envie de me couper la tête. J’essaie de faire comme si je ne l’avais pas vu, mais le poids de son regard me perturbe : c’est quoi son problème ?
Je m’active à l’ignorer, pour qu’il me lâche la grappe. Ce qu’il fait au bout de quelques secondes à peine. Il est bizarre, lui, je trouve, parfois !
Bertille, dans son coin, a l’air de s’amuser. Et quand la séance se termine, elle donne l’impression manifeste d’avoir des étoiles plein les yeux, sans mauvais jeu de mots.
— Ça t’a plu, miss ? lui demandé-je en me relevant.
Blanche replie soigneusement la couverture, tandis que sa sœur, qui paraît excitée comme une puce malgré l’heure tardive, me canarde de ses impressions à chaud. Je ris à son enthousiasme, alors que Lothaire paraît dans le même état.
Le seul qui ne pipe mot, c’est Augustin, qui semble s’être recroquevillé comme un escargot dans sa coquille.
Sans chercher à comprendre, j’emboîte le pas aux Leroy, pour rentrer.
La soirée est chaude. Les températures caniculaires qu’ils ont prévues pour la semaine prochaine paraissent se confirmer, et je me mets à espérer passer de longues heures à la plage. Enfin, entre deux séances de révisions.
J’ai bien avancé, mine de rien. Je crois que ma mère ne va pas en croire ses yeux. Mais la perspective d’avoir Blanche avec moi à Paris est la meilleure motivation du monde.
— Baptiste ?
Mon prénom, prononcé par la voix grave d’Augustin, me fait stopper net, et c’est étonné que je me tourne vers lui.
— Ouais ?
Il s’arrête également, les yeux plissés, et je me demande sur le coup d’où lui vient cet air si sérieux.
— Touche pas à ma sœur, t’as compris ?
J’arque un sourcil désabusé. Mon regard jeté à la sauvette vers l’avant me confirme que les autres n’ont rien entendu et je leur laisse quelques mètres d’avance.
— Quoi ?
— T’as bien entendu ! maugrée-t-il. Je t’ai vu.
— Hein ?
— Fais pas semblant. Vos mains enlacées et ce baiser que tu lui as donné !
Techniquement, c’est elle qui m’a embrassé, mais je m’abstiens de rectifier. Parce qu’au final, ça ne changera rien dans sa tête. Son air devient dur, ses mâchoires se crispent et ses yeux se chargent d’éclairs, dans un océan bleu glacial. OK, à quoi bon nier ? Il a tout vu. Eh merde.
— Ça ne te regarde pas, claqué-je d’un ton sec.
Ses poings se serrent, mais je décide que s’il veut en venir aux mains, il trouvera son homme. C’est un gosse et je n’en ai rien à foutre de son avis.
— C’est ma sœur !
— Et ? Elle est majeure.
— C’est mon devoir de la protéger.
Putain, mais d’où il sort son discours d’avant-guerre, lui ? Il m’énerve, sérieusement et je sens que mon self-contrôle atteint ses limites. Je penche la tête pour l’observer, ce jeune con trop grand pour son âge. Il est sympa, mais sa propension à imiter ses parents et à se fondre dans le moule idéal qu’ils lui ont forgé m’exaspère au plus haut point.
Je cale les mains dans mes poches, pour les occuper et fronce les sourcils. OK, va falloir que je sois moins sympa.
— Protéger, mon cul, grondé-je. T’as rien à lui dire.
— Si tu l’as touchée, assène-t-il, je…
— Tu ? Rien du tout. Mêle-toi de tes merdes. Ou de ta petite sœur. Ça m’évitera de la sauver de la noyade à ta place.
Et je le plante, sans autre forme de procès.
Je viens de lui déclarer la guerre, j’en ai bien conscience. Et quand Blanche va apprendre qu’Augustin est au courant, elle va péter un plomb.
Bon, suis-je obligé de le lui dire ?
Il reste quinze jours.
Pourvu que ça tienne comme ça.
La maison est d’un calme olympien. Plongée dans un silence nocturne impressionnant, elle déroule sa façade blanche en clair-obscur sous les rayons lunaires. Clope au bec, j’expire ma fumée en volutes rondes, alors que le bout de ma cigarette rougeoie dans la noirceur ambiante. Il doit être deux heures du matin, mais il fait encore plus de vingt-cinq degrés.
Comme prévu, la canicule s’est invitée partout en France, et Noirmoutier n’est pas épargné. Par rapport aux quarante degrés dépassés dans le sud-ouest ou près de la frontière allemande, les presque trente-deux relevés cet après-midi semblent une bouffée de fraîcheur côté Atlantique. Il a fait trop chaud pour la plage et nous sommes restés, au grand dam de Bertille, enfermés au frais. Et d’après le bulletin météo, ça ne fait que commencer.
Il ne reste que quinze jours. Ça me fait flipper autant que ça m’excite. J’adore la petite routine entre nous deux. C’est tranquille et hot en même temps : des journées banales, mais des nuits placées sous le signe de la baise. Enfin non, ça va au-delà de ça. Bien au-delà. Je ne la baise pas, je lui fais l’amour, nuance. Il y a encore quelques mois, j’en aurais ricané. Pas pour moi. Mais depuis que j’ai rencontré ma belle blonde, tout a changé. J’ai changé. Comme si le monde avait bougé son axe, et qu’il n’en était que meilleur.
Deux semaines, avant un retour à la réalité. Mais je sais que c’est temporaire. Ce sera juste une transition avant le kiff total : nous deux à Paris, à vivre enfin pleinement notre vie ! Plus de parents sur le dos, la liberté. Enfin presque : la grand-mère est dans l’équation. Mais ce n’est qu’un détail : on trouvera le moyen de nous aimer sans qu’elle nous emmerde, je le sais.
Un léger effleurement me fait dévier la tête vers mon bras. Sur mon poignet s’est posé un papillon de nuit. Il n’a rien d’exceptionnel, par rapport aux espèces tropicales colorées que nous avons admirées le mois dernier. Mais le velouté de ses ailes grises me donne envie de le caresser. Est-il aussi doux que la peau de Blanche ? Je ne le saurai jamais, car déjà il s’envole pour fuir mes attentions.
Je frissonne, malgré l’air chaud qui flotte autour de moi. Et soudain, une mauvaise prémonition me prend aux tripes.
Le visage haineux d’Augustin me revient en mémoire, mais je le balaie d’un revers mental. OK, il sait. Mais depuis qu’il a découvert notre petit secret il y a trois jours, il n’est pas revenu à la charge. Mieux, il se contente de me balancer des regards noirs sans jamais rien dire. Et pour l’instant, ça me va.
— Je suis là.
Un murmure, mais un délice à l’oreille : Blanche vient d’apparaître à côté de moi, sublime spectre nocturne aux allures angéliques. Elle porte une robe fluide, qui cache sans nul doute le maillot de bain deux-pièces que je lui ai acheté en douce à Noirmoutier-en-l’Île, hier. Et j’ai une putain d’envie de la voir dedans. Puis sans, cela va sans dire…
— Personne ne t’a vue ?
Elle secoue la tête, un sourire amusé aux lèvres et je le lui rends. Dans ce jardin plongé dans le noir de la nuit, j’ai l’impression d’être le mec le plus chanceux du monde. J’attrape sa main et l’entraîne vers le portail. Une grande serviette de bain sur l’épaule, je la conduis à travers les rues vides. Entre les murs de pierres anciennes où se reflète la lumière des lampadaires, nous sommes seuls au monde et je resserre ma prise autour de ses longs doigts fins, que je ne me lasse jamais de garder entremêlés aux miens.
Déjà, la plage apparaît. Le sable s’incruste dans mes tongs, et sans doute dans les sandales en cuir de Blanche, mais elle me suit sans rien dire, jusqu’au rivage. C’est amusant de voir que les lieux sont si différents quand l’encre remplace l’azur du ciel. Les ombres diffèrent, même les rochers paraissent plus gros, plus impressionnants qu’en plein jour.
Impatient de libérer la miss de sa robe, je la lui fais passer par-dessus ses épaules et me fige. Putain de merde, elle est juste divine avec le bikini bleu dont j’ai choisi la couleur en fonction de ses yeux. Et malgré le peu de luminosité, c’est juste parfait. Il sublime son teint pâle, hâlé malgré tout par les vacances. Pas trop, juste une ombre discrète qui lui donne une mine rayonnante en permanence.
Je l’ai déjà vue nue. De nombreuses fois, toutes les nuits, même. Mais ces bouts de tissu minimalistes provoquent en moi une vague de chaleur encore plus forte. Immobile devant les flots, elle ressemble à une putain de sirène, ou une nymphe sortie des eaux. Si belle, et tout à moi ! Je grogne, crochète sa nuque et lui administre un baiser torride qui la fait gémir. Tant mieux, ce n’est que le début.
— Tu viens ? me demande-t-elle soudain.
Sa main tendue est une invitation trop tentante et nous pénétrons dans l’eau. La marée est haute, fort heureusement, et très vite, nous nous enfonçons jusqu’aux épaules. Elle est fraîche, contrastant totalement avec l’atmosphère, qu’une brise légère en provenance de la mer ne parvient pas à refroidir.
Les mains sur sa taille, je l’attire à moi, incapable de résister plus longtemps à l’attrait de son corps de déesse grecque. Et je l’embrasse, à nouveau. Nos langues se trouvent, se lient, s’accrochent et me mêlent, dans un ballet envoûtant qui me fait tourner la tête. Et très vite, mon sexe gonfle dans mon maillot.
J’ai envie d’elle. Comme toujours. Mais ici, au milieu de nulle part, le parfum d’interdit créé par le lieu hors du commun échauffe mes sens. Et si j’en juge par l’entrain qu’elle met à répondre à mon enthousiasme, Blanche n’est pas en reste.
Ma main droite migre vers le bas de son maillot, que j’écarte de deux doigts qui se faufilent vers son centre névralgique. Elle est déjà chaude et mouillée, et je pars à l’assaut de son antre accueillant.
Ses reins se creusent, alors que j’enfonce index et majeur et que, du pouce, je masse son clitoris gonflé. Plus aucune appréhension de son côté : elle me laisse faire. Elle sait que je ne lui ferai que du bien, toujours. Parce que je l’aime.
Je ne lui ai pas encore dit. Pudeur ? J’en sais foutre rien. Mais je brûle de trouver l’occasion de le lui avouer. Bientôt, très bientôt.
Là, l’urgence est ailleurs. Elle se situe entre ses jambes, qui s’enroulent autour de mes hanches, et dans ma queue, qui hurle son envie d’elle. Alors, sans autre forme de questionnement, je pousse son maillot sur le côté, descends le mien et je m’enfonce.
Et putain, c’est le paradis !
Le clapotis des vagues imprime un tempo lent à mes va-et-vient, mais très vite, ça ne suffit plus. Ce soir, je ne serai pas doux. J’ai envie de plus : plus vite, plus fort, plus intense. Brûler la vie par les deux bouts, faire de notre existence un manège où nous évoluerons au rythme de nos envies.
Mes coups de reins s’accélèrent, alors que ses hanches m’accompagnent dans mes efforts. À cette fréquence élevée, nous sommes vite haletants. Je ne tiens plus et augmente la cadence de mon pouce. En quelques secondes, elle explose et m’entraîne dans son orgasme. J’ai juste le temps de me retirer avant d’éjaculer, dans un dernier sursaut de lucidité.
Putain, va falloir qu’on réfléchisse à un autre moyen de contraception. Je suis clean, testé avant de partir, et j’en ai marre des préservatifs. Avant, c’était indispensable. Avec elle, je veux plus de liberté. C’est ma femme, c’est différent.
Ma femme. N’importe quoi. À nos âges, c’est ridicule. Pourtant, un vif sentiment de possessivité étreint ma cage thoracique quand je pense à elle. Et mon cœur se délecte de ce lien fort qui nous lie.
Collée à moi, portée par l’eau, elle flotte contre mon buste, les jambes autour de mes hanches, la tête sur mon épaule, comme si elle dormait. Ses yeux fermés, néanmoins, ne témoignent que de l’intensité de ce que nous venons de vivre.
Seuls, isolés, ensemble, sur une plage vide, qui s’emplit de notre amour. Un moment tellement fort que je ne veux plus jamais en bouger.
Quand enfin elle s’écarte, je regrette la plénitude de notre bulle : je sais ce qu’elle va dire, que nous devons rentrer.
Elle a raison, je le sais. Notre petite fuite en pleine nuit était plutôt hasardeuse. Mais je suis heureux d’avoir tenté le diable. C’était trop bon. Et je rêve de recommencer, encore et encore, tant que nous le pouvons. Quelques nuits supplémentaires, avant un changement radical de nos conditions, mais indispensable pour mieux nous retrouver après.
Nous rejoignons le sable, où je récupère la robe de la demoiselle. Lentement, à contrecœur, je la lui remets, cachant les merveilles révélées par un bikini qui va hanter mes rêves.
— On rentre, la Petite Sirène ?
— S’il le faut…
Je grogne, parce que moi non plus je n’ai pas envie, et lui claque un baiser sonore sur les lèvres, avant de lui prendre la main pour rejoindre la ruelle. Collés l’un à l’autre, nous marchons lentement. Aucun de nous ne veut regagner sa chambre sans l’autre.
Mais malgré notre indolence, le portail apparaît bien trop vite.
Je le lui ouvre, le referme et l’entraîne dans l’allée.
Et puis soudain, la lumière du porche s’allume en grand, révélant une silhouette immense adossée à la porte. C’est un homme, de presque deux mètres, dont les cheveux gris ont dû être blonds, un jour. Mais ce qui me frappe, outre le regard énervé qu’il darde sur nous, ce sont les deux billes bleues qui me semblent si familières. Les mêmes que sur ses enfants.
À côté de moi, Blanche s’est raidie et ses traits se décomposent.
— Merde.
Voilà le seul mot qu’elle prononce alors que son père s’avance vers nous.
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