L'envol du papillon
Chapitre 19
Blanche
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Bien trop énervée, bien trop excitée. Bon sang, ce n’est pas moi, ça !
Je ne me reconnais plus. Je pense Baptiste, je vis Baptiste, je respire Baptiste. Et j’ai beau savoir qu’il m’entraîne sur la mauvaise pente, je ne parviens pas à m’empêcher de le suivre sur le chemin sombre qu’il me propose.
Je n’ai personne à qui en parler. Pas d’amie assez proche en tout cas. Marie-Pierre ? Ma meilleure amie de pension me semble à des années-lumière de moi et de mes préoccupations, et j’en suis à me demander si notre lien est si fort que ça. Elle ne m’a appelée que deux fois en un mois, et pour ne parler que de banalités sans nom, et surtout du voyage en Autriche, auquel elle n’a pas renoncé, elle.
Nous nous connaissons depuis la première année de l’école élémentaire, mais à part nos cours et nos loisirs, que savons-nous l’une de l’autre ? Lui parler de Baptiste ? Même pas en rêve. Elle ne comprendrait pas. Ni l’envie qui me pousse vers lui, ni ma décision de lui céder, tôt ou tard.
Je sais ce qu’elle me dirait : « Demande conseil à Dieu ! Prie pour le salut de ton âme ! » Le pire, c’est que je lui ferais le même genre de réponse, si c’était elle qui hésitait. Mais ça, c’était avant. Avant que je ne rencontre le garçon qui me met dans tous mes états.
Si ça se trouve, c’est juste une tentation envoyée pour me tester. Si c’est le cas, je vais être une grosse déception pour Dieu. J’ai sauté à pieds joints sans même essayer de résister.
Je devrais me faire peur, me détester. Me dégoûter de ne pas être plus forte. Mais j’ai l’impression que m’éloigner de Baptiste, ce serait mourir sur place. Je suis bien consciente qu’il ne veut qu’une chose : me posséder. Le pire dans tout ça ? Je le veux aussi.
Je repousse une mèche qui me tombe sur les yeux et me décide à ouvrir les paupières. Malgré mes rideaux occultants en velours épais, le soleil parvient à passer dans les interstices des plis du tissu, et vu leur intensité, il doit être tard. Je suis restée éveillée tellement longtemps, que je ne me suis endormie qu’au matin.
La paresse est un péché, mais au point où j’en suis, elle n’est pas pire que la luxure dans laquelle j’ai failli me vautrer hier soir. Rien qu’au souvenir de la sensation de ses doigts dans l’endroit le plus interdit de mon anatomie, je pousse un grognement de frustration. Et de désir, aussi. Mon sexe pulse à nouveau.
D’un geste rageur, je repousse les draps et me lève à la va-vite. Il faut que j’arrête de procrastiner. Ne rien faire est une porte ouverte sur le vice. Les sœurs me l’ont toujours répété : occuper les mains et l’esprit, voilà qui est la seule source de salut de mon âme. Même si j’ai un doute sur sa condition actuelle. Le pire dans tout ça, c’est que je n’ai même pas envie de changer cet état des choses.
Le temps de m’habiller et je descends à la cuisine. Il est dix heures passées. Je ne me suis jamais levée aussi tard, jamais. Pourtant, personne n’est venu me réveiller.
La pièce est vide de toute présence humaine. Ne subsistent sur la table qu’une brioche recouverte de gros grains de sucre, bien entamée, et qui me fait de l’œil, et un papier blanc qui attire aussitôt mon attention.
Blanche,
J’ai rendez-vous à neuf heures trente chez le médecin pour mon renouvellement de médicaments. Augustin et Lothaire sont partis à la pêche vers sept heures. Épluche les pommes de terre que j’ai laissées dans l’évier, et mets le poulet au four, s’il te plaît, au cas où le docteur aurait un peu de retard.
À tout à l’heure,
Mamie.
Bon, j’ai au moins ma réponse : personne n’a remarqué ma grasse matinée ! Soulagée, même si j’aurais totalement assumé, je me sers un morceau de brioche, dans lequel je plante mes dents avec gourmandise. Bon sang, je me perds dans les péchés, en ce moment ! Mais les grains de sucre qui craquent et fondent dans ma bouche, c’est ma sensation préférée. Enfin, ça l’était. Il semble qu’elle ait été supplantée par les baisers d’un beau brun aux allures de mauvais garçon.
Je balaie l’image d’un revers mental et me tourne vers le réfrigérateur pour en sortir le poulet. Emballé dans un papier avec précaution, il est vite recouvert de plantes aromatiques que je déniche dans le buffet, puis je l’enfourne sans autre assaisonnement qu’un peu de sel. Deux heures, heureusement, seront suffisantes pour que mon lever tardif passe inaperçu.
La bouche pleine, j’entreprends de rincer les pommes de terre, les sèche sur un torchon à carreaux, puis chope l’éplucheur pour me mettre au travail.
— Salut, Blanche-Neige. Tu cuisines pour les sept nains ?
Je manque de lâcher mon ustensile et ma patate, quand deux mains viriles se posent sur ma taille, qu’un grand torse solide se colle à mon dos et qu’un menton se pose sur mon épaule droite. Mais à la place, mon cœur s’emballe et mon corps s’embrase. Instantanément, sans autre besoin qu’un contact bref. L’effet Baptiste.
— Si tu te considères comme un des nains…
Un grognement étouffé contre ma peau me fait glousser. Mais pas seulement : un frissonnement serpente le long de ma colonne vertébrale, descend mes jambes et fait se recroqueviller mes pointes de pieds.
— Rien n’est petit chez moi, me répond-il en me mordillant l’oreille. Tu verras…
Sa phrase sonne comme une promesse, et moi, je crois que je n’ai jamais rien entendu de si prétentieux… et sexy à la fois. Enfin, pour ce que j’en connais… Je devrais me dégager, fuir à toutes jambes. Au lieu de cela, comme une junky en manque, je me love contre son torse, en cambrant les reins. Waouh, je suis folle !
— On est tout seuls ? susurre-t-il à mon oreille.
J’ai du mal à répondre, alors que son souffle sur mon oreille me donne envie de gémir. Et je ne parle pas de la bosse dans son jean, qui pointe contre mes fesses. Je ferme les yeux, submergée.
J’ai l’impression d’être dans le même état qu’hier soir. Complètement à sa merci, obnubilée par son corps et les promesses de plaisir qu’il m’a faites. Et je ne me reconnais plus du tout.
— Je crois que oui, réponds-je dans un gémissement que je ne peux réfréner.
— Chouette, ajoute-t-il dans un sourire que je sens sur ma peau.
Sa prise se raffermit, ses mains se rejoignent sur mon ventre, et j’ai l’impression de me liquéfier sur place. Cependant, dans un élan de lucidité, je parviens à prononcer :
— Pas ici. Il reste Bertille, quelque part. Je ne sais pas où…
Mais il ne m’écoute pas. Il se met à suçoter mon cou, et par instinct, je penche la tête sur le côté.
— Hum… ta grand-mère ?
— Chez le médecin.
— Tes frères ?
— À la pêche.
Ses hanches commencent à se mouvoir dans mon dos, contre mes fesses, et je dois résister pour ne pas gémir.
— C’est bien tentant, mais je ne veux pas que notre première fois se déroule dans une cuisine, miss. Quand ce sera le cas, je veux t’avoir pour moi toute la nuit, pas à la va-vite, avec la crainte d’être découverts. Enfin, c’est sympa comme fantasme, malgré tout. Je le garde pour plus tard.
Plus tard ? Quand nous en serons à l’avoir fait plusieurs fois ? Ça sonne comme une promesse et j’écarquille les yeux alors qu’un froid intense fait place à la chaleur de son corps. Il a reculé, me laissant pantelante et dubitative.
Les mains prises, je me tourne vers lui, pour comprendre ses intentions. Mais je ne découvre qu’un Baptiste souriant, décontracté, comme s’il ne venait pas de mettre mon corps en feu. Néanmoins, un coup d’œil à son pantalon et je suis certaine que je n’ai pas rêvé son envie évidente, qui se pressait contre moi il y a quelques secondes.
— Bertille est dehors ?
Je cligne des yeux, analysant sa question, et tentant de me reconcentrer sur le présent. Ma sœur ? Bonne question.
— Je ne sais pas, avoué-je, penaude. Je… c’est vrai que c’est bizarre que je ne l’aie pas encore vue. Elle dort peut-être encore ?
J’essuie mes mains et entreprends de gravir les marches jusqu’au premier. Elle ne s’attarde dans son lit que rarement si tard, et je m’étonne qu’elle ne soit pas venue me déranger. Mais la chambre est vide, même si le lit n’a pas été refait.
— Alors ? interrogé-je Baptiste tandis qu’il revient du dehors.
— Pas vue. Pourtant, j’ai fait tout le tour.
Un mauvais pressentiment me prend à la gorge.
— Quoi ? Mais elle est forcément quelque part ! Revérifie, s’il te plaît !
Baptiste acquiesce, pendant que, par acquit de conscience, je fais le tour des pièces de la maison, de la cave au grenier. Mais j’ai beau fouiller partout, nulle trace de Bertille.
— Rien ! s’exclame Baptiste en revenant. J’ai même regardé dans la rue, au cas où.
Mon cœur se met à pulser, et je me décompose sur place.
— Mon Dieu, mais où est-ce qu’elle est ? Je me suis levée trop tard, c’est ma faute. Tu crois qu’elle est partie ? Mais où est-ce qu’elle serait ?
— Avec les garçons ?
— C’est possible.
Ce serait moindre mal, et cette éventualité me rend un peu moins nerveuse.
— Attends, j’appelle Augustin.
Fébrile, j’observe Baptiste composer le numéro de mon frère, discuter dix secondes, puis raccrocher.
— Non, elle ne les a pas rejoints. De toute façon, ils sont sur le retour. La mer est remontée.
Cette information me glace le sang, sans que je sache pourquoi. En attendant, la demoiselle est introuvable et je me sens mal de l’avoir laissée seule.
— Tu sais quoi ? reprend le beau brun. Je vais aller au-devant de tes frangins. Comme ça, j’aurai peut-être une chance de la rattraper avant eux.
J’opine du chef, en le suivant au-dehors. Le baiser qu’il laisse sur mes lèvres en quittant le porche, je le sens à peine, tant je suis nerveuse. Mes mains se cherchent, mes doigts s’entortillent, et je me sens impuissante.
Calme-toi, Blanche ! Elle n’est sans doute pas bien loin. Et Baptiste va te la ramener en quelques minutes, c’est sûr ! Qu’est-ce que tu veux qu’il lui arrive ?
Je souffle un grand coup, me tourne vers l’embrasure de la porte et me fige quand j’aperçois les vélos, empilés contre le mur. Quatre vélos rouillés, aux pédales et guidons enchevêtrés, dans la position aléatoire dans laquelle on les a laissés, la dernière fois qu’on s’en est servis. Quatre, pas cinq.
Mon sang se bloque net dans mes veines quand je me rends compte qu’il manque le plus petit, le rouge, celui de Bertille.
— Baptiste ! hurlé-je. Elle est partie à vélo !
Il ne devait pas être encore bien loin, parce que sa silhouette apparaît à côté de moi en quelques secondes à peine.
— Quoi ? T’es sûre ?
Je lui désigne le tas des deux mains. Mes yeux s’arriment aux siens, tandis que je me décompose encore un peu plus.
— OK, admet-il. Elle a peut-être voulu faire un tour, tout simplement. Elle est curieuse, après tout ! Tu te rappelles comme elle voulait voir le…
Il ne termine pas sa phrase et blêmit, tandis que mes mains se posent sur ma bouche pour étouffer un cri.
Peine perdue, je hurle.
— Le Goi !!
— Putain ! braille Baptiste, complètement paniqué.
Je le vois hésiter à prendre un vélo, mais il se ressaisit bien plus vite que moi, qui reste bêtement statufiée de peur.
— Trouve-moi les clés de la bagnole ! me crie-t-il.
J’avise l’allée, où est effectivement stationnée la voiture de Mamie. Elle a dû aller chez le médecin à pied. Et je me rappelle qu’il n’est qu’à deux pâtés de maisons d’ici. Peu importe, je me rue dans la bâtisse, décroche le trousseau et le jette dans les mains du brun en contournant le break.
Je ne suis même pas encore attachée que Baptiste a mis la marche arrière, et est déjà en train de remonter la ruelle. C’est étroit et scabreux, d’autant que la voie n’a pas été conçue pour des voitures, à la base, dans ce village de pêcheurs. Mais Baptiste, concentré sur le volant et les vitesses, rejoint la grand-route en quelques minutes.
Aucun de nous deux ne parle. Pour autant, je suis hautement consciente du bruit que fait mon cœur, qui pulse dans ma poitrine et dans mes tempes, occultant le silence de l’habitacle.
J’essaie de ne pas penser, pour ne pas envisager le pire.
— Elle est peut-être juste allée se balader dans le village, tenté-je.
Le bref regard de Baptiste dans ma direction vaut toutes les réponses : il n’y croit pas plus que moi. Et j’ai envie de fondre en larmes. Parce que j’ai laissé ma sœur toute seule, et que si ça se trouve…
— On va la retrouver ! murmure Baptiste.
Sa main se pose sur la mienne. Son geste, en totale contradiction avec la sécheresse de son ton, me fait tourner la tête vers lui. Je plonge mes iris dans les siens, à la recherche d’un espoir que je n’ai plus. Et j’essaie d’y puiser la force qui semble l’animer.
Mais déjà, le parking du Goi apparaît, au bout de la route que nous avons empruntée. Les places sont toutes presque vidées, et les derniers touristes s’en vont : le passage n’attire que pendant la période de marée basse. Ils reviendront dans six heures environ, quand la mer se sera retirée de la route.
Baptiste se gare le plus près possible de l’eau, et je n’attends même pas que le moteur soit éteint pour sortir comme une furie du véhicule.
La main en visière, je ne peux qu’assister, impuissante, à la vision de l’étendue monotone de l’océan qui s’étire devant moi. Au loin, le continent, noyé dans une brume douce. Et d’un coup, la distance entre les deux morceaux de terre me frappe de plein fouet.
Me retournant, j’observe Baptiste choper tous les touristes qu’il croise, pour leur poser la question fatidique : « Avez-vous vu une fillette blonde sur un vélo rouge ? ».Et je ne sais pas, à chaque réponse négative, si j’en suis heureuse ou plus effrayée.
Lorsqu’il en a terminé avec la dizaine de personnes qui s’est attardée sur le lieu, Baptiste me rejoint et je le sens aussi désemparé que moi. On fait quoi, maintenant ?
— Putain ! jure le brun. Mais elle est où ?
Je n’ose pas regarder vers le large. La mer a quasiment tout recouvert, déjà, et si la marée n’est pas tout à fait à son maximum, il est évident qu’aucun véhicule ne peut s’engager sur les quelques mètres d’asphalte encore à découvert sans sombrer fatalement.
— Eh ! crie un type en haut d’un observatoire, et que nous n’avions pas vu. Y a un truc qui bouge, là-bas, à moins de cinq cents mètres. On dirait… je sais pas. C’est pas vot’ gamine, là ?
Je blêmis, et mes jambes manquent de lâcher quand je me tourne enfin la direction qu’il indique. Et un cri désespéré sort de ma bouche.
— Bertille !
— Putain de merde ! gronde Baptiste. Appelle les secours, j’y vais !
Je n’ai pas le temps de réagir qu’il s’élance vers la silhouette à moitié immergée que je fixe du regard, paralysée. Si les premières dizaines de mètres sont faciles, Baptiste court maintenant avec de l’eau jusqu’aux genoux. La pression le gêne dans sa progression et lorsque la surface atteint ses cuisses, je le vois se jeter à l’eau et se mettre à nager.
Mais il est encore loin.
Le portable en main, alors que je viens de raccrocher, je ne sais même plus ce que j’ai bien pu raconter aux pompiers. Ou la police ? Je n’ai aucun souvenir de qui j’ai appelé, en fait. Mon esprit et mon regard sont entièrement tournés vers le large, où j’aperçois la tête brune de Baptiste se rapprocher de ce que je parviens désormais à identifier comme le buste de ma sœur. Elle est vivante, et se tient immobile, de l’eau jusqu’aux épaules.
Je tombe à genoux, en essayant de me remémorer toutes les prières que je connais par cœur depuis l’enfance. Mais rien ne me vient. Je bloque sur le Notre Père, oublie les vers du Je vous salue Marie. Alors, en désespoir de cause, j’invoque Saint Antoine, Sainte Rita, patronne des causes perdues, puis Saint Nicolas, celui des enfants.
Et puis enfin, il la rejoint et la prend dans ses bras. Mon cœur rate un battement, mais je sais aussi que rien n’est gagné. Il faut qu’il la ramène, et la mer continue de monter. Mais je fais confiance à Baptiste, curieusement. Il s’est jeté à corps perdu dans cette mission de sauvetage, sans même se poser de questions.
Ils parlementent, je ne sais sur quoi. Et je pousse un soupir de soulagement quand Bertille passe ses bras autour du cou de Baptiste et qu’ils se mettent en route. Le retour me paraît encore plus lent et long que l’aller. Ils progressent difficilement, d’autant que Baptiste ne nage plus, mais marche. Il a pied, pour l’instant, mais pour combien de temps ? J’observe le niveau monter, de seconde en seconde, et ferme les yeux quelques instants, de peur de m’évanouir.
Et quand une sirène retentit derrière moi et s’arrête tout près, je manque de m’étaler par terre.
— C’est eux, là-bas ? m’interpelle un pompier en tenue de plongée.
— Oui, mon petit ami est allé chercher ma sœur !
— Super, bougez pas, on va les récupérer !
Mais cela ne sert plus à grand-chose : quand l’homme atteint Baptiste, ils ne sont plus qu’à une vingtaine de mètres. Mais le brun le laisse le délester de ma sœur, et Baptiste me rejoint avec lenteur, tandis que le pompier dépose Bertille devant moi.
Submergée par l’émotion, j’entoure la petite fille de mes bras et de gros sanglots s’échappent de ma gorge, sans que je puisse les retenir.
— Elle n’a rien, constate l’homme avec un sourire. Mais jeune fille, tu as fait une peur bleue à tout le monde ! Qu’est-ce qui t’a pris d’aller toute seule sur le passage ?
— Personne ne voulait m’y emmener, sanglote Bertille en reniflant. Je… Oh, Blanche, je suis désolée ! Je ne savais pas que la mer allait remonter ! J’ai roulé et puis tout à coup, la route est devenue toute mouillée et…
Elle baisse la tête, contrite, puis la relève, pour planter ses yeux humides dans les miens.
— Je suis désolée pour le vélo. Je ne voulais pas le laisser ! C’est Baptiste qui a dit que je devais l’abandonner. Moi, je ne voulais pas, mais…
Baptiste ! Je me détourne de ma sœur, pour le chercher du regard. Et lorsque je tombe enfin sur lui, trempé jusqu’aux os, mon cœur défaille. Bon Dieu ! Il a bravé le danger, sans se poser une seule question ! Et moi, je reste là, à ne rien faire ? Je franchis les trois mètres qui nous séparent, pour venir le serrer dans mes bras. Sa main droite se pose sur ma hanche, et je savoure son corps contre le mien. Vivant. Sain et sauf.
— Rentrez chez vous, me conseille le pompier. Allez vous changer ! Je repasserai plus tard pour aller parler à votre grand-mère.
— Elle était sous ma responsabilité, lui réponds-je.
— Peu importe. Je ferai la morale à la petite aventurière, ça ne lui fera pas de mal.
J’acquiesce de la tête, tandis qu’il s’éloigne.
— Venez, m’intime Baptiste. On rentre.
Il saisit ma main d’un côté, et celle de Bertille de l’autre et grimpe dans la voiture. Les voyant grelotter malgré la température douce de la matinée, je branche le chauffage. À côté de moi, le visage fermé, Baptiste conduit prudemment jusqu’à la maison, où il disparaît dans la salle de bain.
J’attends qu’il termine, avant d’y emmener Bertille, que j’ai déshabillée dans la chambre.
Mais mon cœur, lui, continue sa course folle dans ma poitrine.
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