L'envol du papillon

Clara Nové · Chapitre 19 sur 30

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L'envol du papillon

Chapitre 18

 

Baptiste

Le soleil se couche de plus en plus tôt, au fur et à mesure que juillet touche à sa fin. Nous n’y sommes pas encore, mais les minutes en moins, chaque jour, se font plus visibles en soirée.

Assis sous l’auvent de la terrasse arrière, je termine mon dessert. Cette baraque de fous me donne envie de fuir à chaque instant, mais s’il y a bien une chose que j’apprécie, c’est la bouffe. La grand-mère, pas très présente et plutôt autoritaire, a au moins une qualité : elle cuisine divinement. Et la mousse au chocolat maison dont je m’empiffre pour la troisième fois de suite est juste délicieuse. Bordel, mes abdos vont disparaître sous une couche de graisse avant la fin de l’été. Pas bon pour foutre la belle blonde dans mon lit, ça. Si je n’ai plus mon physique à mettre en avant, qu’est-ce que je vais pouvoir lui proposer pour l’aguicher ? Mon caractère de merde ? Mon QI proche de zéro ? Je n’ai rien d’autre pour moi, mes « parents » me l’ont assez fait comprendre. Gosse inintéressant, même pas foutu d’être bon en classe, ou doté d’une capacité sportive exceptionnelle.

En attendant, l’objet de mon attention racle le fond de son ravier avec une concentration qui me donne envie de me réincarner en petite cuillère. Putain, rien que de voir sa langue glisser sur l’inox du couvert et je bande comme un dingue sous la table. Heureusement que la nappe retombe en plis souples autour du plateau, ou je me ferais dégager vite fait.

Un coup d’œil à Augustin, et je me demande comment ce grand échalas fait pour tenir le coup sous la pression des hormones. À dix-sept ans, je baisais déjà à tout va, avec une énergie débordante. OK, il n’a sans doute jamais vu une chatte de sa vie. Mais ça n’empêche pas d’avoir le poireau qui dégorge. M’est avis que le mec, sous ses aspects de gendre idéal et de gamin parfait, doit se servir de sa main droite avec autant d’énergie que moi en ce moment. Faut que je creuse, j’ai envie de savoir. OK, ça n’a aucun intérêt de m’occuper des affaires sexuelles des autres. Mais vu que ma blonde résiste encore, faut bien que je me distraie.

Je me demande quelle tête je peux bien faire, parce que je me rends compte que Blanche me regarde en plissant les yeux. Ah, ma belle, si tu savais ce que je veux te faire, à l’instant même, tu me fixerais autrement. Épouvantée ? Ou intéressée ? Plus je la fréquente, plus je l’observe, et plus je me dis qu’elle n’est peut-être pas si innocente que ça. Sous ses airs d’ange blond tout droit descendu du ciel pour me tenter, peut-être est-elle plus cochonne que je ne le crois. Ou qu’elle ne le pense elle-même.

Bon sang, ma belle, laisse-moi t’initier !

— Quels sont vos projets pour demain ? s’enquiert subitement la grand-mère.

Tout le monde a l’air de sortir de son petit univers personnel, vu les regards étonnés qui partent vers la vieille dame. Blanche rougit, comme à son habitude, me confortant dans mon idée qu’elle ne devait pas être bien loin de mes propres pensées.

— Pêche à pied ! s’exclame Lothaire, tout sourire.

Augustin roule des yeux, mais ne le contredit pas.

— Quoi ? se renfrogne le cadet des garçons. On n’y est pas allés depuis plusieurs jours.

— C’est vrai, enfonce la grand-mère. Ramenez-moi des moules, je pourrais les accompagner de frites.

— J’avais prévu de jouer quelques parties avec Baptiste…

L’intervention d’Augustin me prend un peu au dépourvu. Putain, on n’avait rien prévu ! Pas que ça me gêne vraiment. Les jeux vidéo, je ne dis jamais non. Mais le mec n’a pas l’habitude et c’est une vraie brêle ! Il manque d’entraînement, clairement. Néanmoins, je décide de ne rien dire, ce n’est pas le moment de m’en faire un ennemi. Il m’a déjà à l’œil à cause de sa sœur, et il est hors de question qu’il se mette en travers de ma route !

— Ouais, effectivement, entériné-je. On avait dit qu’on essaierait ce nouveau jeu, celui dont je t’ai parlé.

Le blond se fend d’un sourire jusqu’aux oreilles, heureux que je le conforte dans son mensonge. Solidarité masculine…

— N’as-tu pas des révisions à faire ? me demande madame Klein en plissant les yeux.

— J’ai tellement bien avancé que je peux me permettre des pauses avec mes amis, riposté-je en lui balançant un sourire à dix mille euros.

Ça marche toujours, avec toutes les nanas, de cinq à quatre-vingt-cinq balais. Et celle-ci, toute catholique intégriste qu’elle est, elle n’y coupe pas. Bingo, elle pince les lèvres et me gratifie d’un regard apaisé. Bordel, je suis trop fort !

— Si Augustin ne veut pas y aller, moi je veux bien ! intervient Bertille.

La gamine, sous des airs détendus, ne réussit pas à me convaincre : ses yeux trahissent son excitation, tandis que ses doigts s’agitent et s’entrecroisent sur la nappe, dont elle triture le tissu avec nervosité. Elle essaie de faire passer sa demande pour anodine, mais rien dans son attitude ne le laisse penser : elle crève d’y aller.

— Certainement pas, la réprimande sa grand-mère. Lothaire est trop jeune pour prendre la responsabilité de t’emmener avec lui. Il ira seul, voilà tout.

— Mais non ! s’exclame la gamine. Je serai sage, promis ! Je lui obéirai ! Allez, Mamie, laisse-moi y aller ! J’en rêve !

Je n’interviens pas. Ce n’est pas à moi de le faire. Mais quand la vieille claque un « non » qui n’appelle à aucun retour, j’ai presque mal pour la gosse. Ses yeux se parent d’une humidité qu’elle parvient difficilement à réprimer, et le reniflement sonore qui s’ensuit me donne à penser qu’elle lutte pour ne pas fondre en larmes.

Bordel, mais c’est quoi leur problème avec cette gosse ? Ça fait presque un mois qu’elle est là, et tout ce qu’elle a fait, c’est des devoirs le matin et du point de croix l’après-midi ! Elle a huit ans ! À cet âge-là, les gamins ont besoin de courir, de se dépenser, d’expérimenter, de jouer ! De faire des conneries, aussi, ça fait partie de l’apprentissage de la vie !

À mes côtés, je sens que Blanche s’est raidie, mais comme d’habitude, elle ne dit rien, même si je sens qu’elle en meurt d’envie. Sauf qu’à l’instar de sa jeune sœur, elle a été formatée pour ne jamais réagir et à obéir. Et je me jure, sur l’instant, que je vais tout faire pour changer ça : ma belle, compte sur moi pour te faire découvrir un peu de liberté ! Sexuelle, j’entends bien…

— Demain matin, tu as des devoirs à faire, de toute façon, jeune fille. On verra si éventuellement, on peut faire une visite l’après-midi.

Le pas en avant de la grand-mère atteint son objectif : la gosse relève la tête dans un regard plein d’espoir.

— On pourrait aller au passage du Goi ? J’en rêve, tu le sais, Mamie ! Et je…

— On verra, claque la grand-mère d’un ton sec. J’ai mal au genou, et c’est loin.

— Tu nous saoules, avec ton Goi, renâcle Lothaire d’un air dédaigneux. Lâche-nous les baskets.

Je hausse un sourcil, tandis que la vieille s’étrangle presque dans son infusion de verveine-camomille, qu’elle prend tous les soirs sans exception.

— Lothaire Joseph Leroy ! s’écrie-t-elle, offusquée. Où as-tu appris ce genre de vocabulaire ?

Je me rencogne dans mon fauteuil de jardin, avec une envie sourde de glousser comme une dinde : il semblerait que je n’aie pas une super influence sur le plus jeune garçon Leroy. Mais je me garde bien d’avouer être l’auteur de ces paroles, et joue même les spectateurs scandalisés. Putain, c’est trop marrant. Enfin, pas pour la gosse.

Bertille est à nouveau au bord des larmes, et agrippe les bras de son fauteuil avec la force de ses huit ans. Elle prend sur elle, visiblement.

Mais sa grand-mère s’en détourne déjà, comme si elle n’était pas intéressée par les états d’âme d’une gosse aussi jeune. Comme si elle ne les avait jamais eus. Pourtant, je suis sûr et certain que cette injustice, elle l’a vécue elle-même, un jour. Cette différence de sexe, elle en a été victime, elle aussi. Et je ne comprends pas qu’elle reproduise un schéma dont elle a souffert à une période où elle était sans doute encore plus marquée.

Ça fait écho en moi. Pas parce que c’est une fille, non. Mais ce rejet de l’enfant, et cette sensation de n’être ni aimé, ni désiré, ni pris en compte. Chose insignifiante qu’on oublie dans un coin, qu’on voudrait ne pas se tirer comme un boulet permanent au pied. Je l’ai vécu, et c’est moche, quand on vous fait comprendre que vous gênez. C’est le genre de sentiment qui reste gravé comme une cicatrice indélébile dans le cœur.

Nombre de gens imaginent que ce n’est rien. Qu’un gosse, ça ne pense pas vraiment, que ça oublie. C’est faux. C’est même le contraire. Un gamin, ça ressent tout puissance mille, et son cœur est inversement proportionnel à sa taille : il souffre bien plus qu’un adulte. Je suis bien placé pour le savoir.

— Au fait, reprend madame Klein en reposant sa tasse en porcelaine anglaise sur la nappe à fleurs. Vos parents ont appelé, tout à l’heure.

— Ah ? s’exclame Blanche qui se redresse sur sa chaise. Ils vont bien ?

J’avoue ne pas comprendre cette famille où les parents ne donnent même pas un coup de fil à leurs gosses, alors qu’ils ne les ont pas vus depuis un mois. Même ma mère m’appelle tous les trois jours depuis mon arrivée. Pas plus, parce que j’ai dix-neuf ans, et que je lui ai clairement dit de ne pas abuser avec ses coups de fil. Mais eux, bordel, ils ont la palme des mère et père bien distants ! Les aînés, je veux bien, mais la gamine, bordel, elle n’a pas dix ans !

— Disons qu’ils sont rentrés un peu plus tôt que prévu, répond la grand-mère d’un ton plus hésitant. Ils sont revenus à Metz.

Je tends l’oreille, aux aguets. Merde, ça veut dire quoi, ça ?

— Il y a eu un problème ? s’inquiète Augustin. Ils ne devaient pas prendre un avion aussi tôt !

Madame Klein hésite, je le sens bien. Et les coups d’œil dans ma direction me confortent dans l’idée que ma présence la gêne un peu.

— C’était un peu… tendu, avec les maris de vos sœurs. Votre père a préféré écourter le séjour.

Je réprime mon envie de ricaner, en imaginant la scène, entre les deux gros durs tatoués aperçus en photo et les deux catholiques pratiquants en face. Jouissif.

— Donc ils sont à la maison… répète Blanche, songeuse.

Et aussitôt, je m’alarme : elle n’est là que parce qu’elle n’avait nulle part où aller, cet été. Est-ce qu’elle va partir, du coup ? Mon regard affolé se pose sur elle, et malgré son intention évidente de ne pas me calculer, je sens qu’elle a compris ce que je lui demande implicitement : savoir si elle se barre.

Putain, non ! J’avais tout un été pour la séduire, et voilà que mon projet tombe en miettes en quelques secondes ! Mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine, alors que des images d’elle en train de faire ses valises dès ce soir me submergent.

Merde, calme-toi, mec ! Tu veux juste tirer ton coup !

Ou pas ? C’est quoi mon putain de problème ? Qu’est-ce qui me prend, bon sang ! Y a autre chose, je le sais, je le sens, mais j’essaie de me concentrer sur mon palpitant pour occulter d’autres pensées qui m’effraient. Comme de tenir à la blonde pour une raison différente que son joli cul bombé qui ne nargue en permanence.

— Ils veulent savoir si vous préférez rentrer, du coup.

Putain ! Ça y est, la sentence tombe comme un couperet. Le silence plonge toute la tablée dans un état de stupeur sans pareille : les gamins Leroy, immobiles, se mettent à se jeter des coups d’œil interrogateurs. Aucun ne bouge, malgré la fébrilité ambiante et une sorte de tension malsaine et sous-jacente menace de faire flamber l’atmosphère nocturne.

— J’aime bien être ici…

La voix de Lothaire, qui hésite encore entre les accents enfantins et la rugosité masculine, fait tourner toutes les têtes vers lui.

— Moi aussi, répond Augustin de façon plus sûre. Je préfère rester aussi. Je n’ai rien de spécial à faire, à Metz. Ici, on s’amuse bien. Y a la plage, la mer, les paysages… et toi, bien sûr, Bonne-Maman.

Sa pathétique tentative de sauver son discours, en flattant sa grand-mère, me donnerait envie de ricaner, si je n’étais pas si tendu. Mais j’ai les nerfs à fleur de peau, dans l’attente insoutenable du verdict de la belle blonde.

— Moi, c’est hors de question que je parte d’ici avant d’avoir pris le passage du Goi ! Je reste aussi !

J’arque un sourcil quand la gosse prend la parole, d’une tessiture douce mais volontaire, alors qu’elle croise les bras sur sa poitrine frêle en espérant se donner du coffre. En vérité, elle me donne envie de rire, cette gamine !

Cette fois-ci, personne ne la remet à sa place et elle lève le menton avec une arrogance qui me rend fier d’elle. Bon sang, j’aimerais tant que sa sœur aînée ait le même cran d’affronter sa famille !

Une nouvelle fois, je me sens mal, parce que ma blonde n’a toujours pas répondu. Ouais, la mienne. Putain, il est temps que je la fasse mienne. Qu’elle soit à moi ! Je n’en peux plus. Et si dans deux minutes elle me sort qu’elle veut se barrer, je jure que je la balance sur mon épaule pour aller la baiser comme un dératé !

Pourtant, quand elle daigne enfin ouvrir la bouche, mon cœur menace de sortir de ma cage thoracique. Et pas de peur, cette fois-ci, mais de soulagement.

— Je reste aussi, murmure-t-elle. J’ai encore pas mal de choses… à découvrir, ici.

Je ne sais pas si ses paroles me sont adressées, mais je décide que c’est le cas. Qu’elle a dit ça pour moi. Pour me faire comprendre qu’elle me veut, et qu’elle est prête.

Mes iris trouvent les siens, et s’y figent. Nos regards s’arriment et s’ancrent. Et je ne veux plus jamais la quitter des yeux.

— Alors parfait, vous restez tous, conclut la grand-mère en se relevant avec difficulté.

Même le grincement de sa chaise sur le carrelage fendu de la terrasse ne m’atteint pas.

Elle reste.

Et putain, faut que je passe la vitesse supérieure.

— Je vous aide à débarrasser et je monte pour réviser un peu. J’ai encore quelques chapitres à reprendre.

Une bonne centaine… sur cent. Mais je me garde bien de le leur dire. La vieille acquiesce et je m’exécute sans plus attendre.

J’ai bien conscience que Blanche m’observe, pourtant je fais comme si de rien n’était. Et dès ma tâche terminée, je remonte à l’étage, pour m’enfermer dans ma piaule.

J’allume l’ordi et débute une partie de Call of Duty L’avantage, avec ce genre de site, c’est qu’on trouve toujours un adversaire quelque part sur cette planète, prêt à jouer à n’importe quel moment, peu importe sur quel continent il habite.

Autre point positif : les heures défilent sans qu’on s’en rende compte. Enfin presque. Mon esprit n’est pas totalement connecté : et quand j’entends le grincement du bois que fait la porte en face de la mienne en se fermant, mon cerveau revient instantanément à l’instant présent. La réalité m’appelle, et c’est sans aucun remords que je quitte le jeu, abandonnant mon avatar en plein merdier. Il sera sans doute mort dans les dix secondes qui vont suivre, mais je m’en fous.

J’attends encore quelques minutes, avant de me décider. Puis j’ouvre ma porte, traverse le couloir, pénètre dans la chambre de Blanche sans m’annoncer et referme son battant en prenant soin de tourner la clé dans la serrure.

— Qu’est-ce que… ?

Je ne lui laisse pas le temps de me répondre. Je fonce sur elle. Elle n’est pas bien loin, occupée à tirer les rideaux. Prise par surprise, elle lâche le tissu en ouvrant la bouche, mais son cri demeure silencieux, étouffé par mes lèvres. Je les colle aux siennes, sans autre forme de procès. Mû par une envie sourde, j’investis sa bouche et ma langue part à la recherche de la sienne.

Le goût du chocolat noir, amer mais sucré, perdure sur ses papilles et ravit les miennes. Une putain de friandise à laquelle on ne peut pas résister. Comme ce parfum fleuri qui émane de sa peau pâle qui prend quelques couleurs, depuis quelques jours. J’ai une envie folle de la dévorer.

— J’ai envie de toi.

Ma phrase, prononcée à haute voix, sonne comme une plainte. J’espérais la garder à l’intérieur de mon esprit, mais il semble que mes cordes vocales n’en aient fait qu’à leur tête. Je m’attends à ce qu’elle me repousse, qu’elle s’éloigne, sous la peur. J’ai été trop direct, je le sais, je le sens. Pourtant, lorsqu’elle retire ses lèvres, elle ne recule pas. Blanche se contente de poser ses iris sur les miens, comme si elle sondait les tréfonds de mon âme.

C’est sombre, là-dedans, et j’espère qu’elle n’en verra que la surface. Celle qui n’aspire qu’à lui faire l’amour. Bordel, je crois que c’est la première fois que j’emploie ces mots. Je baise, moi. Pourtant, ils me semblent justes, sur l’instant. J’ai envie d’elle, mais pas de façon violente. J’ai besoin de douceur, et de prendre mon temps.

Mais j’ai certainement gâché ma chance.

Ou pas ?

Lorsqu’elle prend l’initiative de recoller nos lèvres, j’en suis carrément étonné. Et quand sa main se pose sur ma nuque, pour me rapprocher d’elle, je me laisse faire. Elle aussi, elle me veut. Et en moi, c’est un tsunami d’émotions.

J’ai été sur les dents toute la journée. Je me suis retenu de la prendre comme un dératé sur la terrasse, pendant la coupe de cheveux la plus érotique de toute ma vie. J’ai rongé mon frein pendant des heures en la croisant sans pouvoir la toucher. Et là, je ne peux plus faire autrement que de le faire.

Mes mains tremblent d’anticipation en se posant sur sa taille. Un bref mouvement, et je colle nos bassins. Tant pis pour l’érection monstrueuse qui déforme mon bas de pyjama, et qui ne retient pas grand-chose de mon sexe dressé. De toute façon, elle sait ce que je veux d’elle. Et elle n’a pas l’air de fuir l’évidence.

Elle est presque aussi grande que moi. Et son visage à la hauteur du mien, c’est une nouveauté que j’apprécie. J’ai toujours cru aimer les petites nanas, mais Blanche, j’adore sa taille de mannequin, ses seins tendus contre mes pectoraux et son pubis contre mon sexe.

— Blanche…

Je crois que c’est une des premières fois que je prononce son vrai prénom, et pas un des personnages de contes à la con dont je l’affuble à chaque fois. Comme une vénération.

Mes mains descendent, comme mues par leur propre volonté. Elles passent sous sa robe, remontent le long de ses cuisses. Si douces, si fines que je ne peux m’empêcher de m’y attarder.

Mais d’autres choses plus cachées, plus agréables, m’appellent telle une sirène. Mes doigts trouvent le coton de sa culotte, puis se faufilent dessous. Putain !

Et je me retrouve au paradis.

Mon pouce écarte ses plis, se recouvre d’une moiteur qui manque me faire tourner de l’œil, quand j’imagine ma queue s’y glisser. Je persiste, trouve son bouton de plaisir, et caresse. Un gémissement s’échappe de sa bouche, frôlant mes lèvres au passage de l’air qu’elle expire. Et mon grognement de satisfaction lui répond.

Mais soudain, tout s’arrête.

Blanche bondit d’un pas, et j’ouvre de grands yeux étonnés quand j’avise sa main plaquée sur sa bouche.

— Oh mon Dieu ! C’est… Désolée.

C’est trop ? Putain, j’y étais presque ! Qu’est-ce qu’elle fait, là ?

Ma respiration filante me fait presque mal à chaque inspiration. Mais pas autant que mon sexe qui pulse douloureusement dans mon fute. Merde, je vais mourir d’auto-combustion et de frustration !

— Tu… ne veux pas ? C’est ça ?

La blonde me balance un regard plein de contrition qui me donne envie de me jeter par la fenêtre.

— J’en ai envie, murmure-t-elle au bout de quelques secondes. Mais je t’ai menti.

J’arque un sourcil, inquiet. Merde, qu’est-ce qu’elle raconte ?

— T’es pas vierge, c’est ça ? Ou t’as décidé que c’était non ?

Un rire nerveux sort de ses lèvres, me faisant soudain peur.

— Si, je le suis, susurre-t-elle d’une voix tellement basse que je l’entends à peine. Je… j’ai envie de toi.

— Mais ?

— J’ai peur. Je t’ai dit que ce n’était pas le cas, mais en fait, si, un peu.

Je ne sais pas ce que je dois en penser, sur le coup. Elle ne me repousse pas totalement, alors ?

— Tu veux quand même, c’est ça ? Mais… c’est trop tôt ?

— Peut-être, oui. Je veux dire, pas ce soir. Enfin, je… Laisse-moi encore un peu de temps, s’il te plaît.

Je me mords la joue, effrayé et plein d’espoir en même temps. Mais quand elle se rapproche à nouveau et pose son front sur le mien, c’est comme un baume apaisant sur mon esprit en ébullition, qui fait ralentir ma respiration erratique.

— Alors, ce n’est pas un « non » ?

— C’est même un « oui ». Je te demande juste d’être un peu patient. C’est une grosse étape pour moi. Je ne sais pas si tu te rends compte.

Non, je ne le peux pas, mais j’en ai une vague idée. Je les ai tous observés, pendant presque un mois. Chapelet, prières, tout est réglé en fonction de la religion. Et ce que je lui demande, c’est de renier tout ce qu’elle croit depuis sa naissance.

Et à l’instant, je me rends compte de ce que j’attends d’elle. De ce qu’elle vient d’accepter. Et même si ce n’est pas pour tout de suite, c’est juste magistral.

— La patience n’est pas mon fort, miss, réponds-je contre ses lèvres. Mais je crois que je peux faire un effort.

Enfin ça, c’est si je ne m’attarde pas trop. Parce qu’en bas, j’en connais un qui n’est pas vraiment d’accord avec la décision que je viens de prendre.

Alors je lâche ma blonde, recule d’un pas, lui assène un baiser bref, et je fais demi-tour pour rejoindre ma chambre.

Ce soir, je vais me débrouiller seul. Avec la promesse d’un corps à corps charnel pour bientôt.

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