L'envol du papillon
Chapitre 20
Baptiste
Assis sur le bord de la fontaine à fleurs du jardin arrière, j’observe d’un œil torve l’intérieur de la maison. Par l’embrasure de la porte me parviennent des bribes de conversation, dont je connais la teneur.
Les pompiers viennent de partir et une vive discussion a lieu entre la grand-mère et les enfants. Tout le monde a été convoqué dans la cuisine. Les garçons, que nous avons retrouvés à la maison dès notre retour, les filles, qui ont dû expliquer l’aventure de la plus jeune à leur grand-mère à peine rentrée de son rendez-vous médical.
Je ne sais pas trop ce qui se dit, mais les mots « imprudence », « manque de vigilance », « égoïsme » sont arrivés jusqu’à mes oreilles. Je ne sais pas à qui ils étaient adressés, mais vu les mines sombres des uns et des autres, j’imagine que tout le monde en a pris pour son grade. Moi, tout ce qui m’intéresse, c’est de retrouver Blanche.
J’ai besoin de connaître son état d’esprit, de savoir qu’elle va bien. Quand son cri perçant a retenti tout à l’heure, lorsqu’elle s’est rendu compte que Bertille était en danger, je n’ai pas réfléchi : j’ai foncé. Je savais que c’était inconscient, mais l’épouvante dans la voix de la belle blonde, je n’ai pas pu l’esquiver. J’ai agi par instinct, comme si la douleur dans ses cordes vocales avait appuyé sur un bouton dans mon cerveau. La savoir malheureuse, je ne pouvais pas.
Et puis, je dois bien avouer que la gosse, je l’aime bien aussi. Est-ce parce qu’elle ressemble au gamin que j’étais, mis de côté et un peu oublié par les adultes ? Possible. Cependant, il n’y a pas que ça. Ce n’est pas que de la pitié. Je crois que je l’apprécie. Pas de la même manière que son aînée, c’est vrai, mais plus comme la petite sœur que je n’ai jamais eue.
Mon regard, alerté par un mouvement dans ma vision périphérique, me fait tourner la tête vers la terrasse, où apparaît justement la gamine. À l’intérieur, les discussions continuent, entre « grands », et sans doute a-t-elle été priée de laisser les adultes converser tranquillement, à l’abri des oreilles indiscrètes de la fillette.
Elle s’approche et s’assied à côté de moi, sur le bord en pierre taillée. Aucun son ne traverse la barrière de ses lèvres, mais à la manière qu’ont ses doigts de triturer le bord de sa robe à fleurs, je sens qu’elle n’est pas sereine.
Je ne bouge pas, attendant qu’elle se décide à parler. Il ne fait aucun doute qu’elle a des choses à me dire, mais elle demeure silencieuse, comme incapable de se lancer.
— Ça va ?
Ma question la prend au dépourvu. J’ai amorcé le dialogue, histoire de voir si ça peut l’aider à causer un peu. Nous avons peu conversé après que je l’ai ramenée sur la terre ferme. L’urgence n’était pas aux discussions. Mais là, je sens que l’heure est venue.
Elle relève ses yeux bleus en amande vers moi, et soupire, comme vaincue. Je ne sais pas ce qui se passe dans sa jolie tête, mais j’imagine que se voir prise par les eaux, alors que la marée monte, n’est pas anodin. Elle a dû avoir peur, même si elle ne semblait pas paniquer outre mesure quand je me suis approché d’elle. Ou alors peut-être qu’elle était paralysée de frayeur. Ils l’ont tous engueulée, mais est-ce que quelqu’un s’est demandé si elle n’était pas traumatisée par l’expérience ?
— Pardon, murmure-t-elle. Et merci, Baptiste. Tu m’as sauvé la vie.
J’inspire et j’expire, bruyamment, pour essayer de faire le point. Est-ce que c’est vraiment ce que j’ai fait ? Merde, je n’en ai pas eu l’impression. J’ai juste sauté sans réfléchir, comme tout le monde l’aurait fait, non ?
— Pas de quoi, me contenté-je de répondre en haussant les épaules.
Ce n’est pas à moi d’enfoncer le clou. Je crois qu’avec le défilé dans la cuisine, elle a eu son compte de remontrances. Ses frères ont hurlé, la grand-mère s’est énervée et les pompiers ont ajouté une couche finale. Elle sait qu’elle a merdé, pas la peine que je remette ça sur le tapis. De toute façon, je n’en ai pas envie.
Je suis fatigué par la course contre les eaux, exténué physiquement comme moralement. Trop d’adrénaline en une seule matinée, trop de dramas pour une journée.
— Je ne recommencerai plus, continue-t-elle. J’ai retenu la leçon, tu sais.
— Tant mieux, me contenté-je de répondre.
J’avise ses cheveux encore mouillés, qui sécheront au soleil assez vite. Comme moi, elle a pris une douche, et s’est changée. C’est une bonne chose pour nous permettre d’oublier et de passer à autre chose. Et j’en appelle de tous mes vœux, cet après-midi et pour le reste du séjour.
Peut-être qu’au moins, quelqu’un fera gaffe à cette gosse, maintenant. Et si ce n’est pas le cas, je me fais la promesse de m’en occuper, si ça n’a rien changé. Elle mérite un peu plus de considération. Ils lui ont tout interdit, depuis son arrivée. Le seul truc qu’elle a vu, c’est la ferme aux papillons.
Je sais que Blanche tient à elle et s’en occupe. Mais ça la décidera peut-être à s’imposer un peu plus vis-à-vis de sa grand-mère et de ses frères. Elle n’en pense pas moins, mais son éducation la fait souvent s’écraser à leur profit. Espérons que ça change.
Je veux la voir épanouie, et l’entendre s’affirmer. Projet ambitieux, vu l’enfance dans laquelle elle a été formatée. Mais je peux peut-être jouer un rôle dans son émancipation ?
Bordel, c’est pas du tout le plan initial. Je devais la baiser et rien d’autre. Non seulement je ne l’ai pas touchée, mais en plus je m’engage dans une voie dangereuse. Une où je m’investis. Pas mon genre, du tout.
Je ricane, conscient que de toute façon, j’ai dépassé les limites que je m’impose à chaque fois et que je me suis engagé sur un chemin inconnu, sur lequel je ne sais pas si je peux faire marche arrière. Le veux-je d’ailleurs ?
— Mamie a téléphoné à mes parents, reprend tristement Bertille. Je crois qu’ils parlent de venir me chercher.
Je me raidis, en comprenant qu’ils ne viendront pas pour elle seule. Mon regard dévie vers la cuisine, qui, plongée dans la pénombre intérieure, ne me permet que de deviner la silhouette de Blanche.
Je ne veux pas qu’elle parte. Pas juste parce que je ne l’ai pas baisée. Non, à la rigueur, je m’en fous. Enfin presque. Mais parce que… quoi, au fait ? Je n’en sais rien. Je veux qu’elle reste là, avec moi. Comme si sa présence m’était indispensable. Et d’un coup, son absence me paraît trop dure à supporter. Ce n’est pas possible, elle ne peut pas partir !
Qu’est-ce que je suis censé faire ? Accélérer les choses ? Aller la rejoindre dans sa chambre ce soir, et voir si je peux concrétiser ?
Bordel, à présent, l’initiative me semble ignoble. Je ne peux pas faire ça.
J’ai cru que je pourrais rester détaché de cette famille, mais c’est faux. Et Blanche, j’ai pensé bêtement qu’elle ne serait qu’une fille lambda. Mais c’est n’importe quoi. Je la connais assez pour l’apprécier, maintenant. Et même plus que ça, si je veux bien me l’avouer. La baiser et la jeter, putain, c’est devenu impossible.
Dégoûté de la tournure que prennent les événements, je me lève et plante la gosse dans la cour. Pour éviter de croiser le conseil de guerre, je fais le tour de la maison, et y pénètre par la porte d’entrée.
Direction ma chambre, où je compte bien m’enfermer pour un moment.
Repas pris sur le pouce, journée abracadabrante, relations tendues, voilà à peu près à quoi je peux résumer mes dernières douze heures. L’ambiance est pourrie depuis le déjeuner. Même s’il n’avait pas été trop cuit, le poulet de midi, mangé dans un silence de mort, ne serait pas mieux passé que le dîner qui s’est résumé à quelques sandwichs jambon-beurre, debout dans la cuisine.
L’atmosphère était tellement lourde que j’ai fini le mien dans ma chambre.
J’y suis, depuis, à déprimer comme le premier jour où je suis arrivé.
Est-ce qu’ils vont partir ? Est-ce qu’elle va rentrer chez elle ? Bordel, non !
Je n’ai qu’un couloir à franchir, pour le lui demander, mais je ne m’y décide pas. Pas après tout ce qui s’est passé. Je passerais pour le gros lourdaud qui veut juste tirer son coup avant de ne plus en avoir l’occasion. Et ce n’est vraiment pas ce que je veux.
Allongé sur mon lit, en boxer, je navigue sur les réseaux sociaux depuis des heures. Je ne sais même pas ce que j’y regarde. Des conneries. L’intimité des gens étalée sur l’écran de tout le monde, à se vanter de leur vie parfaite, de leurs dernières expériences, et à foutre à la tronche des autres le kiff total de leurs existences.
Sacrés mensonges en vérité. Je suis bien placé pour le savoir : je passe ma vie à poster des photos merdiques destinées à hurler ma branchitude à la terre entière. Enfin, ça, c’était avant. Quand je vivais à Paris et que mes journées ressemblaient à un marathon du « regardez comme je m’éclate dans ma life ! ». Un leurre, de l’esbroufe.
Je fais défiler les photos de mon compte, en remontant le fil de mon actualité. Au jeu du « cherchez Baptiste », c’était facile de gagner : j’étais partout. En soirée, en boîte, en sorties, dans tous les endroits de la capitale où il fallait se montrer. The place to be… pendant un an ! Pourtant, plus je focalise sur les clichés et moins je reconnais le mec en photo. Il me ressemble, copie conforme, mais en même temps, c’est un étranger.
Il s’amuse, rit, fume, se tape des nanas. À des années-lumière pour moi. Un mois que je suis ici, et je me fais l’impression que ça fait des années.
Ma dernière publication Insta date de la veille de mon arrivée. Depuis, néant complet. Je n’ai même pas répondu aux questions sur ma disparition subite des réseaux. Qu’est-ce que je pouvais dire, de toute façon ? « Ma maman m’a expédié dans le trou du cul du monde pour réviser mes partiels » ? Pathétique !
Alors j’ai déconnecté, en me disant que ça apporterait à mon aura, et que je ferais le buzz, en revenant en septembre, bronzé et en forme. Facile de faire croire aux vacances paradisiaques dans des contrées lointaines, après ça.
Pourtant, en ce moment même, tout cela m’apparaît bien futile. Et pas seulement parce que j’ai frôlé la mort ce matin. Ni parce qu’une gosse aurait pu mourir si je n’étais pas intervenu. Non. En vrai, ma vie parisienne me semble creuse et vide, avec le recul des semaines passées ici. Une fake life. En vérité, et à la lumière de tous ces jours loin de la capitale, je faisais semblant d’être heureux.
Excédé, je zappe la page, trop tenté d’effacer absolument tout de ce simulacre de vie. Le plus con finalement ? C’est que dans la chambre en face, une fille a une existence pas plus vraie que la mienne : elle n’est que l’instrument de sa famille. Jolie marionnette blonde dont on agite les ficelles selon ses envies. C’est ce que font ses parents : ils la manipulent.
Jamais je n’aurais cru qu’en fait, nous nous ressemblions autant. Deux vies opposées, mais pas si éloignées que ça en fin de compte. Nous ne sommes que des pantins manipulés par les autres. Moi par la futilité, elle par ses parents. Mais si semblables.
— Salut… je peux entrer ?
La voix est à peine audible, mais me fait sursauter. Et j’écarquille les yeux en me rendant compte que c’est Blanche qui se tient, hésitante, dans l’embrasure de la porte qu’elle tient entre ses mains, comme si elle voulait pouvoir fuir à tout instant.
Surpris, je me redresse, et me remets debout, dans l’expectative. La seule fois où elle est entrée dans ma grotte, c’était pour joindre son frère. Mais là, je doute que ce soit pour ça. Il est presque une heure du matin.
Qu’est-ce qu’elle fait encore debout ? Je fronce le nez, en avisant sa tenue : une chemise de nuit digne de La petite Maison dans la prairie, à fleurettes et dentelles, qui descend jusqu’aux mollets. Pourtant, putain, qu’est-ce qu’elle est belle ! Les cheveux lâchés, le visage dénué de tout maquillage, elle me paraît la fille la plus belle du monde !
J’essaie de me fixer sur son visage, à la recherche d’un signe de pleurs ou de tristesse. Je sais que l’événement de ce matin l’a chamboulée. Elle a à peine parlé, depuis.
— Est-ce que tu vas bien ? commencé-je. Tu n’arrives pas à dormir à cause de…
Impossible de terminer ma phrase. Sous mes yeux étonnés, à la vitesse de la lumière, elle fonce sur moi et plaque ses lèvres sur les miennes, me clouant le bec, alors que ses mains crochètent ma nuque.
J’écarquille les yeux. Oh, une demi-seconde, avant de les fermer sous le choc du baiser : rien de timide dans son approche ! Elle me dévore comme si elle avait fait ça toute sa vie. Ses lèvres investissent les miennes, m’obligent à laisser passer sa langue. Et je me laisse faire, sans aucun remords, c’est trop bon ! Nous entamons une valse endiablée, nous goûtant, nous savourant, sans nous arrêter.
Dans mon boxer, c’est l’apocalypse, et je me sens durcir sans pouvoir stopper l’incendie qui dévale dans mes veines. Mes mains passent dans son dos et la plaquent contre mon torse. Je ne fais même plus attention au fait que la preuve de mon excitation soit visible. Tant pis ! Deux fins tissus nous séparent à peine : elle m’a forcément senti, impossible autrement. Pourtant, elle ne recule pas.
Pire, je tressaute quand une main se pose sur mon boxer. Je recule mes lèvres, mettant fin à ce baiser de rêve, incapable de me concentrer sur autre chose que sur les doigts qui électrisent mon sexe. Je plonge mes iris dans les siens, à la recherche d’une réponse à laquelle je n’ose croire. Cependant, elle ne peut pas s’être trompée. Elle sait parfaitement ce qu’elle fait !
Putain !
Je lâche un grognement quand elle commence à me caresser à travers le tissu. J’ai l’impression de prendre feu de partout. Ma bite palpite de ses effleurements. Et moi ? Je me noie dans ses iris clairs, qui me snobent avec fierté. Et si ce n’était cet éclair de vulnérabilité qui traverse ses yeux de temps à autre, je pourrais croire qu’elle n’a pas peur.
Mais c’est faux : elle fait semblant. Elle a pris sur elle. Et elle me nargue de sa volonté nouvelle. Je devrais l’arrêter, pourtant j’en suis incapable. C’est l’extase !
Mes paupières se ferment à nouveau, sous l’afflux des sensations. Une fille expérimentée ne me ferait pas meilleur effet. Sa délicatesse et ses gestes maladroits sont encore plus enivrants.
Ma main descend plus bas, tire sur le tissu, remonte la chemise jusqu’à pouvoir se faufiler en dessous, se pose sur sa cuisse, agrippe sa fesse gauche. Mes doigts s’enfoncent dans la chair ferme et douce à la fois. Elle a le cul le plus bandant du monde !
Et c’est là que je me rends compte qu’elle ne porte rien d’autre que sa robe de nuit immonde. Pas de sous-vêtements, aucun barrage à mes doigts qui se faufilent entre ses fesses.
De nouveau, elle reprend mes lèvres d’assaut, comme si elle avait faim de moi. Et je sais de quoi je parle : j’ai envie de la bouffer.
— On va jusqu’au bout, cette fois-ci ! susurre-t-elle contre ma bouche.
Je bugge une seconde, le temps que l’information parvienne à mon cerveau. Et j’ai envie de hurler à la lune. Putain, enfin !
— Alléluia, murmuré-je en retour. Merci mon Dieu !
— Non, c’est moi qui te remercie, Baptiste. Merci d’avoir sauvé ma sœur.
Ses quelques mots ont l’effet d’une douche froide sur ma libido. Je me fige, me crispe, immobile, terrassé par sa réponse : c’est pour ça qu’elle est là, pour me remercier ? Sonné, je recule, mes mains en l’air. Le tissu de sa robe retombe, nos corps se séparent, alors qu’elle ouvre grand les yeux.
— Baptiste ? Qu’est-ce que…
— C’est pour ça que tu es là ? la coupé-je. Tu veux me remercier en couchant avec moi ?
Sa bouche s’ouvre puis se referme, sans émettre le moindre bruit.
Putain !
— C’est… je…
— C’est hors de question ! hurlé-je presque avant de me souvenir que nous ne sommes pas seuls dans cette grande baraque. C’est… n’importe quoi.
Soudain, énervé, je me mets à fourrager mes cheveux désormais courts de gestes désordonnés, qui doivent donner à ma coiffure des allures de nid de corneilles. Puis je me fige pour la regarder. Elle n’a pas bougé, mais sa mine défaite est presque triste.
— Pardon, lâche-t-elle soudainement en se rapprochant à nouveau.
Cette fois-ci, elle ne m’embrasse pas. Elle passe les bras autour de mon buste et pose sa tête sur mon épaule, dans un geste tendre que je ne tente même pas de repousser. Ce n’est plus sexuel, c’est doux. Je ne sais plus où mettre mes mains et je finis par placer mes doigts sur sa taille. Un long soupir passe mes lèvres.
La tranquillité et la sérénité remplacent l’excitation et la frénésie des dernières minutes, et nous ne bougeons plus, vaincus par la solennité du moment.
— Je croyais que c’était ce que tu voulais…
— C’est le cas, réponds-je dans un souffle. Mais pas comme ça, miss. Je ne veux pas que tu te donnes à moi parce que tu m’es redevable de quoi que ce soit.
Un hoquet la secoue et je l’attire encore un peu plus près.
— Viens, couche-toi. Tu vas prendre froid, comme ça.
Doucement, je la pousse vers le lit, où elle s’allonge, tandis que je m’installe à côté d’elle, le dos contre le mur. Mais contrairement à ce que je pensais, elle ne garde pas ses distances, se rapproche et colle son corps froid au mien. Par instinct autant que par envie, je passe un bras autour de ses épaules. Et c’est tout naturellement que sa tête échoue sur mon omoplate.
Les minutes s’égrènent. Mais rien de lourd. Juste un silence prégnant et agréable, entrecoupé de nos respirations. Légère pour elle, plus sonore pour moi, dont le corps en ébullition retombe peu à peu.
Mes doigts caressent son bras, en des cercles concentriques qui me font du bien. Et vu les soupirs de contentement qu’elle émet, et la décontraction progressive de ses muscles, je sais qu’elle aime aussi.
— Je veux que tu en aies autant envie que moi, Blanche.
Mes mots la font se redresser sur un coude et ce sont deux yeux plissés qui se posent sur moi, comme indécis.
— Je t’ai dit que j’en avais envie, il y a quelques jours. C’est toujours le cas.
— Mais tu n’étais pas prête.
— Mais maintenant, je le suis.
Son affirmation me plonge dans l’expectative. Et je ne sais plus quoi penser.
— Non, tu es juste bouleversée par ce qui est arrivé.
— Je le suis. Mais ça n’a rien à voir. J’avais déjà pris ma décision hier soir. Quand tu es parti de ma chambre, je me suis retenue de ne pas te rejoindre, après. Je n’en ai pas dormi de la nuit, tu sais. Je m’en suis voulu de ne pas être venue à toi.
Mes yeux scannent son visage, à la recherche de la vérité. Est-ce qu’elle dit vrai ? Est-ce que même sans l’incident de ce matin, elle le voulait ?
Pour toute réponse, et sans doute parce que je ne bouge plus, elle prend l’initiative. Et encore une fois, c’est elle qui effectue le rapprochement. Ses lèvres trouvent les miennes à nouveau, encore plus volontaires, encore plus exigeantes.
Et je fonds sous l’assaut.
— Blanche, non…
Je ne dois pas être très autoritaire, parce qu’elle continue, m’imposant sa langue. Et moi je me noie dans les sensations. À nouveau, mon sexe reprend vigueur et un nouvel incendie éclate dans mes cellules, se répand dans mes veines, inonde mon corps tout entier.
Je veux protester, mais aucun son ne parvient à franchir la barrière de mes lèvres.
— J’en ai envie, susurre-t-elle contre ma bouche. Fais-moi tienne.
Merde de merde !
Il ne me reste plus beaucoup de volonté. Une bribe, que je tente de saisir à la volée. Mais elle m’échappe soudainement, lorsqu’une main passe l’élastique de mon boxer, libère ma queue et l’entoure de ses doigts chauds.
Putain !
Elle ne sait clairement pas quoi faire : hésitante, maladroite, mais hautement addictive ! La fille la plus expérimentée ne pourrait pas m’électriser comme elle le fait de ses gestes imprécis, innocents et carrément gauches. Pourtant, c’est la perfection !
Je manque de jouir sous la pulpe de ses doigts, et pour me reprendre, je la pousse sur le dos et me dresse au-dessus d’elle. Pourtant, elle ne m’a pas lâché, bien que l’étonnement se lise sur ses traits parfaits.
— Blanche… est-ce que tu es sûre ?
Mes yeux sondent ses iris. Peur ? Réticence ? Hésitation ? Même pas. Je n’y trouve que l’envie, le désir, l’acceptation.
— Certaine, susurre-t-elle sans me quitter du regard. Je veux que ce soit toi, Baptiste. Toi et personne d’autre.
Et là, d’un coup, c’est moi qui ai peur. Peur de lui faire mal, peur de la décevoir, peur de ne pas être à la hauteur.
Jusqu’à présent, mon seul but était de me la faire. Et je n’avais pas bien pris conscience de sa virginité. De la responsabilité qui m’incombait dans cet acte qui restera gravé dans son esprit toute sa vie.
Une goutte de sueur dévale mon dos, quand je me rends compte que je ne peux pas faire ça n’importe comment. Que c’est important, et pas seulement pour elle. Ça l’est pour moi aussi. Plus que toutes les baises mécaniques que j’ai eues dans ma vie, et que j’ai déjà oubliées, parce que sans enjeu.
Là, il est énorme. Et la cause me tombe dessus comme un couperet. Sa beauté me submerge, sa blondeur, sa candeur, la finesse de ses traits. Sa gentillesse, son intelligence, sa résilience, sa force et sa fragilité. J’aime tout, chez elle. Je l’aime. Je suis amoureux d’elle.
L’évidence me frappe de plein fouet, comme un tsunami. Et j’ai autant envie de fuir que de m’enfouir en elle pour ne plus jamais en ressortir.
— Blanche…
Son prénom comme une prière, celle de me lier à elle, celle de l’aimer. Si j’en crois sa main qui vient de se refermer à nouveau sur mon sexe et qui se met à coulisser, c’est maintenant ou jamais. Et je le veux.
Je saisis le bas de sa robe et la fais remonter. Je prends tout mon temps, lui laissant la possibilité de refuser. Mais elle ne le fait pas et m’accompagne même dans le geste. Quand le tissu passe ses épaules, je balance l’affreux vêtement derrière moi, sans même regarder où il atterrit, avec l’envie sourde de le brûler.
Plus tard. Là, j’ai mieux à faire, comme de prendre enfin le temps d’admirer ces seins ronds et fermes, plus gros que ce que j’avais imaginé à travers son maillot de bain, ou le soutif blanc que j’avais aperçu. Carrément parfaits.
Je ne résiste pas, me penche et passe ma langue sur l’aréole rose pâle qui me nargue. Blanche gémit, me faisant encore monter d’un cran. D’ailleurs, si elle n’arrête pas de faire bouger ses doigts sur mon sexe, je vais finir avant d’avoir commencé.
Tandis que je prends en bouche son téton tendu, elle s’arrête, sans doute trop concentrée sur ses propres sensations pour continuer ses caresses. Et j’en profite pour retirer sa main. La mienne ne va pas bien loin. J’effleure sa hanche fine, étalant mes doigts sur son épiderme soyeux. Puis migre vers des contrées plus chaudes et interdites.
Elle ne m’en empêche pas. Et mes doigts se faufilent entre ses plis, se recouvrant d’une moiteur que je ne pensais pas rencontrer si intense : elle est trempée !
Je grogne, impatient, mais me retiens. Je dois la préparer, coûte que coûte. Et même si je sais que ça ne suffira pas à empêcher la douleur, je veux l’atténuer le plus possible. Faire de cette première fois un moment agréable, à défaut d’être spectaculaire. Nous forger un souvenir impérissable de notre première communion des corps.
J’enfonce un doigt, doucement, en essayant de ne pas lui faire peur. Elle se cambre, et j’en profite pour tracer des cercles sur son clitoris, de mon pouce. Là encore, je la sens se détendre encore un peu plus. Ses paupières se ferment, sa respiration s’accélère.
J’attrape la boîte de capotes dans le tiroir de la table de nuit, en
séparer un emballage argenté, et l’ouvrir. Sans cesser mes mouvements, je fais glisser mon boxer le long de mes jambes et m’en débarrasse d’un coup de pied, pour me retrouver aussi nu qu’elle. Et
la sensation de nos épidermes en contact étroit est comme une vague de plaisir supplémentaire.
Doucement, sans cesser de caresser son bouton de plaisir, je m’équipe. J’ai l’impression de marcher sur un fil en équilibre, attentif à ses gémissements.
Ils deviennent de plus en plus rauques et sa tête se renverse en arrière. Ses jambes se mettent à trembler, puis je la sens vibrer sous mes doigts. Et l’orgasme la prend enfin. Elle étouffe ses cris en mordant sa lèvre inférieure, dans un geste qui me fait presque venir à mon tour.
Mais je n’en ai pas le droit. Ce soir, elle m’offre tout, et c’est à moi de faire de sa première fois un instant mémorable.
Pendant qu’elle se perd dans le plaisir, je me positionne entre ses jambes. Mon gland, pressé contre ses plis, tremble de s’enfoncer. Mais je résiste, encore, pour l’interroger du regard. Elle peut encore dire non. Et même si ça me tuerait, je crois, je l’accepterai.
— Blanche… murmuré-je. Est-ce que tu…
— Chuuuut. Et viens.
Et dans un geste que je n’avais pas anticipé, elle passe ses jambes autour de mes hanches, pose ses pieds sur mes fesses et m’attire à elle. Et mon sexe s’enfonce. J’essaie de ralentir et mords ma joue, en fermant les yeux. C’est putain de trop bon ! Et pourtant, je n’ai que quelques centimètres à peine à l’intérieur d’elle.
Partagé entre la peur de lui faire mal et l’envie sourde de progresser, je me fige. Mes muscles hurlent leur désapprobation et je me mets à trembler, tant la tension est à son comble. Alors n’y tenant plus, je me décide à continuer.
La petite résistance à laquelle je m’attendais cède en une fraction de seconde, et la grimace que je décèle sur le visage de ma belle blonde ne dure pas bien longtemps. Enfoui jusqu’à la garde, je respire enfin. Elle est étroite, tellement étroite ! Et je meurs d’envie de repartir. Putain, faut que je bouge !
Lentement, je me retire, attentif au moindre signe d’inconfort sur son visage. Mais ses paupières qui s’écartent ne me laissent voir qu’un sentiment de sérénité, confirmé par un sourire qui s’imprime sur ses traits parfaits.
Mes premiers va-et-vient sont doux, lents, mesurés. Et lorsque je suis sûre que tout va bien, j’imprime un rythme plus régulier, plus assuré. Le plaisir monte dans mon sexe, mon bas-ventre, mon échine. Mes yeux se ferment par instinct, mais je les rouvre immédiatement : je dois pouvoir voir si ça ne va plus, et si elle réagit. Je refuse de louper tout signe d’inconfort, ou de renoncement. Parce que oui, si elle me le demandait, j’arrêterais tout, et ce, même si ça risquait de me tuer.
Je l’aime. Une vague d’amour et de tendresse embrase mes cellules. Pourtant, j’accélère, sans pouvoir me retenir. J’ai besoin de plus, tellement plus !
Ma main dégage une de ses mèches rebelles, qui retombe sur son front, puis caresse sa joue qui a pris des teintes rosées. Elle respire fort et je me demande, sur l’instant, si elle aussi n’est plus loin du point de non-retour.
Ses hanches se relèvent, emprisonnant les miennes, m’amenant vers le précipice. Ses reins se cambrent, tandis que les miens prennent feu. Et je ne gère soudain plus rien : un incendie se déclare dans ma colonne vertébrale, déchaînant l’apocalypse, emportant tout dans son passage. Et je jouis avec violence, retenant un cri en plaquant mes lèvres contre son cou.
Une myriade d’étoiles envahit mon champ de vision et mon sexe se met à pulser en elle.
Il me faut plusieurs minutes pour redescendre.
Ma première pensée va vers elle : rouvrant les yeux, je me mets à l’étudier avec urgence. Dans mon orgasme, je l’ai oubliée. Putain !
Pourtant, je ne découvre que douceur sur ses traits. Elle sourit. Elle me sourit, putain, comme si j’étais le Messie en personne. J’observe avec étonnement ses doigts effleurer ma mâchoire, caresser le chaume dru qui couvre mes joues et s’arrêter sur ma lèvre inférieure. Et je me love contre sa main, dont je prends la tendresse avec avidité.
Je ne suis pas sûr qu’elle ait joui une seconde fois. Mais elle n’a pas l’air de m’en tenir rigueur. En attestent le sourire sur son visage et la main qui flatte ma fesse gauche sans aucune timidité.
— Ça va ? murmuré-je contre ses doigts.
— Merveilleusement.
Je n’ose lui en demander plus. Nous aurons tout le temps plus tard, de discuter. Là, ses paupières se ferment toutes seules et je vois bien qu’elle lutte pour rester éveillée.
Je roule sur le côté, me débarrasse du préservatif, et reviens la presser contre mon flanc. Elle ne se dérobe pas. Au contraire, elle niche son front contre mon pectoral ; le soupir de bien-être qui s’échappe de ses poumons me comble de bonheur.
Putain, je me sens si bien.
Et à mon tour, je sombre. Heureux comme je ne me suis pas senti depuis des mois. Ou même des années, je crois.
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