L'envol du papillon

Clara Nové · Chapitre 18 sur 30

Pages du PDF

L'envol du papillon

Chapitre 17

 

Blanche

Les mèches blondes s’écrasent sur le sol, formant un tapis clair sur le carrelage de la terrasse. L’avantage avec Lothaire ou Augustin, c’est que la coupe est simple : court sur les côtés, plus long sur le dessus. La fameuse coupe « Saint-Cyr », que je trouve, personnellement, d’un ridicule sans nom, mais que bon nombre de mes proches adulent. Comme si ressembler à un officier militaire était le comble de la beauté masculine.

Quand je termine aux ciseaux d’égaliser les dernières boucles du benjamin, je m’écarte pour évaluer mon travail. Ma foi, on a vu pire. De toute façon, mon jeune frère s’en fiche : il passe une main dans sa tignasse presque rase, sourit de toutes ses dents, m’embrasse sur le dessus du crâne en me remerciant, et s’enfuit par la porte de la terrasse, sans doute pour aller prendre une douche : je n’ai pas de cape, et j’imagine bien que les petits cheveux se sont glissés sous ses vêtements un peu partout.

Je souffle en avisant la masse moutonneuse répandue par terre, me rendant compte que ni Augustin ni Lothaire ne vont m’aider à ramasser : ils sont partis dès leur séance achevée. Sympa !

Balai en main, j’entreprends de réunir les touffes, quand une main sur le manche m’arrête brusquement.

— Tu m’avais promis une coupe, à moi aussi.

Je relève la tête vers le beau brun qui, penché sur moi à quelques centimètres à peine, m’observe, un sourire narquois aux lèvres.

Par instinct, mon regard dévie vers la maison, pour vérifier que personne ne nous voit : nous ne faisons rien de mal, mais le peu de distance qu’il a laissé entre nous risque de faire tiquer mes frères, et encore plus ma grand-mère.

Augustin a des soupçons, et je ne veux pas tenter le diable, même si rien n’est défini entre Baptiste et moi, finalement. Nous flirtons, rien de plus. Enfin, je crois que ça s’appelle comme ça. Et si ça semblerait bien innocent à tout un chacun, pour ma famille, c’est déjà inadmissible.

— T’inquiète, y a personne dans la cuisine.

Je mords ma lèvre inférieure. Je ne sais si c’est le stress, ou l’excitation de le voir. En tout cas, il n’a pas manqué mon geste et ses iris migrent vers ma bouche. Oh, bon sang, quand il fait ça, j’ai l’impression que mon corps prend dix degrés d’un coup !

— Alors assieds-toi.

Je lui désigne le tabouret du menton, en essayant de garder un air le plus impassible possible. Mais à l’intérieur, mon sang se met à bouillir et je me morigène de la réaction honteuse de mon cerveau dès qu’il se trouve dans les parages.

Je vire nymphomane, ce n’est pas possible !

Où est passée la jeune fille sage que j’étais encore il y a quelques semaines ? Je ne suis pas insensible au sexe opposé. Il m’est même arrivé de remarquer la présence d’hommes qui me plaisaient physiquement. Mais ça n’a jamais engendré pareille réaction chez moi. Pas comme Baptiste.

Quand il est là, je me liquéfie et je deviens flasque comme un chamallow. Bon sang, qu’est-ce qui m’arrive ?

Les mains tremblantes, je saisis la tondeuse et souffle un bon coup en essayant de me reprendre. Mais braquer les yeux sur la nuque du beau brun ne m’aide pas vraiment : c’est même pire ! À la vision de sa peau bronzée, je n’ai qu’une seule envie : poser mes lèvres et vérifier si son épiderme est aussi chaud et doux qu’il en a l’air.

Oh là, là, reprends-toi, Blanche !

— Tu veux quoi, comme coupe ?

— Ben, ça dépend, tu sais faire quoi ?

Ma grimace d’excuses arrache un rire franc à Baptiste, qui m’assène un regard chaud sous ses cils fournis à faire pâlir de jalousie toutes les filles.

— Euh… Comme sur mes frères…

Là, c’est sur son visage aux traits parfaits que s’imprime un rictus dégoûté, et je souris de son espièglerie.

— OK, allons-y pour une coupe militaire, alors… Au pire, ce sera repoussé pour la rentrée, hein ! Je n’ai pas envie de décevoir les Parisiennes à mon retour dans la civilisation.

Je fais mine d’être offusquée, mais me concentre sur le sabot le plus long de mon engin : je n’ai aucun désir de le ratiboiser. J’aime ses mèches longues, et passer les doigts dans sa chevelure est un plaisir auquel je n’ai pas envie de renoncer. Je ne l’ai pas fait souvent, par manque d’occasions. Il a les cheveux doux et brillants et leur contact sur mes phalanges est l’expérience la plus érotique qu’il m’ait été donné de vivre. Enfin, à l’exception des baisers parfaits qu’il m’offre de temps en temps.

Oh mince, j’ai pensé « érotique », sérieusement ?

Pour couper court à mes pensées malsaines, je pose l’appareil sur sa nuque et commence la coupe. Ça a l’avantage de me demander une telle concentration que je ne peux penser à rien d’autre.

— À quoi est-ce que tu cogites, Blanche, pour être dans un état pareil ?

Sa question me prend au dépourvu, et je cesse tout mouvement pour braquer mon regard vers son visage. Il arbore cet air arrogant et sexy qui le caractérise, ce mélange de mauvais garçon sûr de lui et de ses charmes, et auquel aucune fille ne pourrait résister. Moi encore moins, je crois.

— Quoi ? À rien ! Et d’abord, quel état ?

— Tu trembles.

— J’ai peur de te couper.

— Hum. Alors pourquoi tu frottes tes cuisses l’une contre l’autre ?

Oh Mon Dieu ! Il n’a pas dit ça ?

— Quoi ? Non. Chut, tais-toi, laisse-moi travailler.

Il glousse, tandis que je reprends l’ascension vers le haut. Ses jolis cheveux foncés rejoignent ceux, blonds comme les blés, de mes frères, à ses pieds.

Tout à coup, une main se pose sur l’intérieur de mon genou, et je manque crier de peur.

— Fais moins de bruit ! murmure-t-il d’un air coquin.

— Tu m’as fait peur ! Enlève ta main !

— Pourquoi, tu n’aimes pas ?

Que répondre sans mentir ? La vérité, c’est que j’apprécie bien trop la sensation de ses doigts sur la peau fine de l’arrière de ma jambe. C’est sans doute idiot, mais des frissons se déclenchent, remontant le long de mes cuisses pour aller se nicher dans un endroit bien trop interdit. Bon sang, il faut qu’il arrête ça !

D’un geste brusque, je m’écarte pour placer la tondeuse sur la table, et je saisis les ciseaux, essayant de garder un air impassible et sérieux. J’évite son regard, que je sais intense et posé sur moi, et me focalise sur le dessus de son crâne, m’efforçant d’évaluer la masse de cheveux à éliminer.

Sauf que lorsque j’arrive devant lui, ses grandes mains chaudes m’attrapent derrière les cuisses, et me ramènent entre ses jambes écartées, où il fait mine de m’emprisonner.

— Arrête, gémis-je, en jetant un coup d’œil vers la porte. Si quelqu’un…

Je n’arrive même pas à terminer, quand la sensation de ses pouces tournant sur ma peau imprègne mon épiderme. Je ferme les yeux, pour tenter de fuir la chaleur qui monte en moi. Mais peine perdue, ça ne fait que renforcer l’impact de ses caresses.

Je rouvre les paupières pour croiser son regard : ses iris ressemblent à du chocolat fondu qui glisse sur moi. Et je craque complètement. Les mains en l’air, incapable de réagir, je me statufie, le corps envahi d’attentes. De quoi, je ne sais rien, mais c’en est presque douloureux.

— Pas trop court, susurre-t-il.

— Quoi ?

— Ne coupe pas trop court, les filles aiment bien s’accrocher quand ça devient trop intense…

Je déglutis, alors que des images classées X s’impriment sur mes rétines. J’inspire un grand coup, détends mes épaules, et coupe une première fois. Un large sourire envahit son visage parfait, et ses yeux suivent la mèche qui tombe à terre.

Et moi, je ne sais plus si j’aime ce qu’il raconte, ou si l’étrange sentiment qui monte dans mon ventre n’est pas plutôt une vive jalousie envers toutes ces filles qu’il a connues jusqu’à présent. Il a de l’expérience, j’en suis certaine. Et penser qu’il a pu partager des moments intimes avec d’autres que moi me fait froncer les sourcils.

Un second passage voit plusieurs longues mèches filer vers le sol.

Je dois me calmer, où il risque de finir chauve.

Ignorant tout de mes pensées obscures, il joue avec ma tresse, qu’il a passée sur mon épaule gauche. Mais ce n’est pas le plus déstabilisant : non, ce sont ses doigts, qui, du côté droit, remontent le long de mon mollet, atteignent ma cuisse et se perdent sous ma jupe.

Gênée, je me tortille, mais impossible d’y échapper : il resserre les jambes, m’emprisonnant, et sa main glisse soudain à l’intérieur de ma cuisse, qu’il se met à caresser.

Je gémis, ma main ripe et il manque d’éclater de rire quand je jure comme un charretier.

— Oups, pardon.

Baptiste arque un sourcil, me jette un regard faussement outré, mais à aucun moment ne retire ses doigts. Et je ne sais même plus, en fait, si j’en ai envie. Ses mains m’électrisent, et font flamber toutes les terminaisons nerveuses de mon corps.

— Tu sembles manquer de concentration, Raiponce, raille-t-il. Un problème ?

— Aucun, claqué-je d’un ton plus sec que prévu. J’ai fini.

Je retire vivement mes ciseaux, de peur de le blesser, et décide que j’ai terminé. Si je reste une minute de plus, je vais faire n’importe quoi !

Mais quand je crois être sauvée, il dévie sa main et effleure ma culotte. Je tressaute et écarquille les yeux en sentant ses doigts se poser sur mon pubis, qu’il caresse à travers le tissu. Ses jambes se resserrent, m’emprisonnant un peu plus et je ferme les paupières pour ne pas gémir.

Dans un dernier sursaut, je parviens à me libérer et recule de trois pas, tandis qu’il se relève et passe une main dans ses cheveux ras. Et comme dans un rêve, il saisit le bas de son t-shirt pour le faire par-dessus sa tête.

Mon Dieu, il est torse nu !

Certes, je l’ai déjà vu à la plage, mais la vision de ses muscles me paralyse complètement. Ma gorge s’assèche, mes yeux refusent de quitter son ventre où des abdominaux bien dessinés captent mon attention. J’essaie de ne pas dévier, mais c’est perdu d’avance : ses pectoraux rebondis, ses biceps, ses épaules larges, tout appelle à la luxure.

Je devrais fuir, détourner le regard, mais rien ne me vient, si ce n’est une étrange sensation de moiteur entre mes jambes. Je suis vierge, mais pas idiote. Je sais bien ce que c’est. Et je devrais en être mortifiée. Mais c’est plus fort que moi : j’ai envie de lui.

— Je vais prendre une douche, murmure-t-il. Merci, ma Raiponce.

Et sans que je puisse l’en empêcher, il se penche et m’embrasse du bout des lèvres, achevant de m’embraser totalement.

Était-ce une invitation à le rejoindre ? Bon sang, si je m’écoutais… Si j’osais… Si…

J’attrape mon balai et entreprends de ramasser les vestiges capillaires de mon activité.

Ne pas penser, ne pas penser, ne pas penser…

 

OceanofPDF.com