Les Ormes

Henry Gréville · Chapitre 6 sur 26

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Les Ormes

Chapitre V

 

Le rôle d’une maîtresse de maison serait trop facile si elle pouvait n’inviter à s’asseoir à sa table que des personnes sympathiques ; dans la bonne humeur communicative que présentent les plaisirs complexes et multipliés d’un repas élégant, on peut trouver les éléments d’un bonheur intellectuel à peu près aussi parfait, quoique moins idéal que celui que les anciens espéraient dans les Champs-Élysées. C’est après un tel dîner que les causeries sont plus brillantes, et, si l’occasion s’y prête, plus personnelles, plus intimes. Jamais dans une grande salle où se pressent deux cents personnes, on ne parlera de soi et des autres comme on le fait dans un coin de canapé, sous les feuilles d’un palmier, près d’une corbeille pleine de fleurs sans parfum, et que la chaleur fait mourir avec des enroulements d’une grâce délicieuse.

 

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Mais le charme de ces moments est un piège terrible, pour peu qu’à l’élément choisi se mêle quelqu’une de ces personnalités dangereuses que l’on invite parce qu’il faut bien les avoir quelquefois, ou parce qu’elles se font inviter et qu’il deviendrait désobligeant de ne pas comprendre leur désir, d’ailleurs parfois clairement exprimé, et c’était ici le cas.

– Nous avons lundi M. Avellin à dîner, avait dit un jour de visite Julie, vaine de cette supériorité nouvelle.

– Vraiment ? Oh ! invitez-nous aussi, je meurs d’envie de le connaître. Mais peut-être êtes-vous au complet ? Alors pour la prochaine fois, n’est-ce pas ?

Madame Dannault avait eu grande envie de s’excuser : elle considérait cette soirée que Marcel Avellin leur donnait comme un jour qui compterait dans sa vie ; elle s’apprêtait à recevoir cet hôte comme les anciens recevaient les demi-dieux, lorsque ceux-ci voyageaient sur terre.

La dernière phrase de madame Tirouin la décida à supporter l’ennui qui s’imposait à elle.

 

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S’il fallait avoir chez elle ces hôtes ennuyeux, autant valait cette fois-ci que toute autre ; elle n’avait que dix couverts pour ce dîner ; quel prétexte offrir pour un refus ? Julie la regardai, étonnée de son hésitation.

– Nous serons charmés de vous voir, ainsi que votre mari, dit-elle en se levant pour partir.

Madame Tirouin reconduisit ses visiteuses en les accablant de ses protestations de reconnaissance et d’amitié, puis elle revint à son fauteuil en souriant de l’habileté avec laquelle elle avait remporté cette victoire.

Cette femme qui n’était ni jeune, ni jolie, ni riche, ni intelligente, ni bonne, avait su se faire recevoir par une quantité de personnes qui lui étaient infiniment supérieures sous tous les rapports ; elle ne manquait jamais une occasion de pénétrer plus avant dans l’intimité de ceux auxquels elle avait su imposer sa présence. Une invitation à quelque bal, lancée avec trois cents autres, amenait une visite, qui provoquait un dîner, puis les petites visites intimes suivaient bientôt.

 

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Madame Tirouin ne se laissait jamais rebuter. On était sorti ? Oh ! cela ne faisait rien, elle reviendrait un autre jour ! Et elle revenait, le jour officiel n’étant pas favorable à ses petits épanchements sans importance. Elle revenait si bien qu’elle se trouvait introduite à toute heure par les domestiques qui prenaient volontiers sous leur protection cette femme si polie ! Lorsqu’on en était là, il n’y avait plus moyen de s’en débarrasser, car elle était trop habile pour se montrer gênante : elle voulait pouvoir venir à son gré, mais elle ne venait pas souvent, réservant les privilèges qu’elle s’était acquis pour des occasions vraiment importantes. En agissant de la sorte, elle avait fini par pénétrer bien des secrets. Inévitablement dans le cours de ses relations, elle arrivait un jour ou l’autre à tel moment où ses amies dans un mouvement d’humeur, d’irritation nerveuse ou de chagrin réel, lui confiaient quelque peine, quelque grief ; elle le soignait comme son propre enfant, venait en prendre des nouvelles, – et quand il le fallait, le laissait tomber au plus profond de sa mémoire comme une pierre dans un puits, mais, s’il ne remontait

 

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pas plus que les pierres ne reviennent à la surface de l’eau, il n’était pas perdu pour cela. Habilement, par un mot jeté au hasard, madame Tirouin savait prouver à son imprudente amie qu’elle n’avait rien oublié ; dès lors les deux femmes étaient liées, soit par la crainte d’une indiscrétion, soit par ce pacte secret qui s’établit entre deux personnes qui ont médit d’une troisième, et qui renforce leur alliance par l’amour-propre ou par la simple méchanceté.

Madame Tirouin avait un nombre extraordinaire d’amies, qu’elle n’aimait guère et qui ne l’aimaient pas non plus, mais qu’elle voyait assidûment. Elle recevait constamment des invitations à dîner, et se rejetait sur l’exiguïté de son logis pour ne pas traiter elle-même ; mais le vendredi, elle avait chez elle durant toute l’après-midi des artistes qui venaient chanter un morceau, ou des poètes qui disaient des vers, amenés là par ce pacte mystérieux et tacite qui la mettait à l’abri de tous les refus.

Elle traînait derrière elle dans le monde un mari inutile, peu encombrant d’ailleurs, dont elle

 

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ne se séparait jamais après sept heures du soir ; c’était son porte-respect. Le brave homme acceptait ce rôle sans objection ; enfermé tout le jour dans une administration, il aimait les bons dîners, les fauteuils moelleux, et les nuits de bal ; une petite sieste paisible dans un coin moins éclairé remplaçait fort bien pour lui le sommeil plus profond du lit. C’était un de ses dons : il dormait également bien partout et dans toutes les positions.

Madame Tirouin en voulait particulièrement à Flavie. Non seulement celle-ci ne lui avait fait jamais la plus petite confidence, mais elle avait muré devant elle les fenêtres de sa vie privée. Aussi la moindre occasion de pénétrer dans cet intérieur fermé était-elle saisie avec ardeur par la chercheuse de secrets domestiques. Pendant que madame Tirouin se félicitait d’avoir extorqué l’invitation à dîner qui allait lui faire connaître le héros du jour, Flavie pensait avec regret que la présence de cette femme allait détruire une partie du plaisir qu’elle s’était promis.

Le jour venu, cependant, madame Dannault

 

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reprit un peu de gaieté. Pendant que sa fille terminait sa toilette, toujours fort longue, elle passa dans la salle à manger pour inspecter le couvert, et de là au salon, déjà éclairé. Ses yeux se portèrent avec satisfaction sur l’ensemble harmonieux qui l’entourait, et elle se rendit cette justice que peu de maisons à Paris offraient un spectacle aussi doux au regard.

On n’eût pu dire en quoi consistait le charme de cet arrangement qui ne se distinguait par rien d’extraordinaire, mais tout y donnait aux sens un plaisir véritablement artistique, provoqué sans doute par un sentiment exquis des rapports entre les objets. Pas une nuance fausse, pas un ton disparate ne choquait le regard, qui se perdait dans mille détails charmants et revenait bientôt aux grandes lignes du mobilier élégant et somptueux, sous son apparente simplicité. Des petits coins favorables à la lecture ou à la rêverie se trouvaient partout ; on devinait à les voir que Flavie elle-même les avait arrangés ; tout y portait la marque de son goût pur et raffiné, de même que dans le service et dans l’ordonnance de sa maison tout était frappé au coin de son bon

 

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sens et de sa calme dignité.

– C’est joli ici, se dit-elle, et ramenée au souvenir de l’hôte qu’elle attendait : j’espère que cela lui plaira, ajouta-t-elle.

La porte s’ouvrit, et Marcel Avellin fut annoncé. En voyant Flavie seule, il s’aperçut qu’il s’était trompé d’une demi-heure et s’en excusa aussitôt.

– Je ne sais pas pourquoi je m’en excuse, dit-il l’instant d’après en regardant avec un sourire charmé le doux visage de madame Dannault ; je bénis au contraire une erreur qui va me permettre de causer avec vous un instant comme on ne peut le faire dans un salon peuplé de gens qui s’amusent. Avez-vous remarqué, madame, combien certaines idées, – les idées sérieuses, veux-je dire, – deviennent difficiles à exprimer quand le milieu ne s’y prête pas ? Non seulement on ne trouve point de mots pour les rendre, mais les idées elles-mêmes s’envolent, et on ne peut les retenir...

Il causait, et Flavie l’écoutait, charmée. Dans la vie solitaire de son cœur et de son intelligence,

 

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elle avait pensé tout ce qu’il lui disait, et beaucoup d’autres choses encore, mais sans pouvoir se formuler à elle-même les phrases qui lui auraient exprimé sa pensée, restée dans un état vague et indéfini. Voici que cet homme éloquent parlait comme la voix de sa propre intelligence, agrandie, ailée, qui planerait sur elle en essayant de l’entraîner dans l’espace.

Julie entra, et Marcel Avellin ne fut plus qu’un homme du monde, aimable et charmant, préoccupé de plaire à une brillante jeune fille. Les invités arrivèrent bientôt, et parmi eux madame Lenoissy, dont la bonté et les cheveux blancs étaient pour Flavie le plus bel ornement de ses petites fêtes.

Le dîner fut parfait ; M. Dannault, visiblement flatté de recevoir son hôte, se montra sous son meilleur jour ; une telle atmosphère de cordialité régnait parmi l’assistance que madame Tirouin elle-même, avec sa bonhomie jouée, ne pouvait y faire raisonner de fausse note. Il y a des jours où tout réussit à souhait, où tout le monde s’entend, où la paix semble régner avec la joie sur le coin

 

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de terre qu’elles bénissent de leur présence... De tels jours sont rares et n’ont guère de lendemains, – mais ils font époque dans la vie des âmes tendres. Madame Dannault devait garder jusqu’à son dernier jour l’impression de cette soirée unique.

Marcel Avellin avait ressenti quelque chose d’analogue, car lorsque après le dîner on se dispersa dans le salon, il s’approcha de Flavie, seule en ce moment.

– Quel salon merveilleux ! lui dit-il, et quel charme singulier dans toute votre maison ! on dirait qu’elle s’empare de nous comme un parfum, comme une atmosphère qu’on respire sans le savoir... Vos amis doivent y revenir souvent, madame ? .......

– J’ai beaucoup de relations et peu d’amis, répondit-elle, sans se rendre compte du motif qui la poussait à parler à cet étranger comme si elle le connaissait depuis longtemps ; madame Lenoissy m’aime, et je le lui rends ; en dehors d’elle...

Elle s’arrêta : le regard curieux de madame Tirouin venait de lui couper la parole.

 

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– Pour ma part, reprit Avellin, ce je ne sais quoi qui fait le charme de cette maison m’attire si bien que je n’ambitionne pas de plus grand bonheur que d’être admis à y revenir.

– Quand vous voudrez, dit Flavie à demi-voix, vous y serez toujours le bienvenu.

Elle quitta son hôte, qui alla s’asseoir près de Julie. Celle-ci était d’humeur folâtre ; fort en beauté ce soir-là, elle était capable de tenir les propos les plus fous. Au fond de son esprit un peu étroit, elle avait un trésor de drôlerie inépuisable, et, d’ailleurs, dans la bouche des jeunes filles, les choses les plus ordinaires prennent parfois un éclat et un charme bizarres ; Marcel Avellin n’était pas ennemi du rire ; il rit bientôt lui-même à belles dents, et se sentit de plus en plus saisi par ce contentement de soi-même et des autres qui à certains moments de notre existence nous fait voir la vie tout en bleu.

Un peu plus tard dans la soirée, Julie alla s’asseoir un instant près de madame Tirouin. Dans ce grand concert de sympathies, celle-ci était souvent seule et devait se sentir un peu

 

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négligée ; personne n’avait besoin d’elle, et les conversations l’effleuraient sans se poser.

– Eh bien ! ma chérie, dit-elle à la jeune fille, vous voilà un prétendant de plus, sans doute. Quel accueil allez-vous faire à celui-là ? Le ferez-vous languir comme les autres ?

En ce moment, Marcel ramené près de Flavie par une irrésistible attraction, lui parlait avec un sourire sérieux et presque affectueux. Julie tourna les yeux de leur côté.

– Oh ! celui-là ! dit-elle étourdiment, je pense bien que ce n’est pas pour moi qu’il vient ici ! C’est l’amoureux de maman !

La physionomie de madame Tirouin se décomposa et se recomposa avec une rapidité prodigieuse. Seule, madame Lenoissy avait eu le temps de remarquer ce changement, et effrayée par ce qu’elle avait vu, elle s’avançait vers le petit groupe.

– Il admire beaucoup madame Dannault, reprit l’adroite amie, c’est fort naturel. Elle est très belle, votre maman... N’est-ce pas, madame ?

 

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continua-t-elle en s’adressant à madame Lenoissy. N’est-ce pas que la maman de Julie redevient plus belle et plus jeune tous les jours ?

– Je l’ai toujours vue comme cela, fit tranquillement la vieille dame ; quand on mène une vie pure et calme, le visage reste reposé ; nulle femme plus que madame Dannault n’a droit à ce privilège.

– Elle a eu une existence fort paisible, en effet, répondit madame Tirouin, qui n’était pas sans se douter du contraire. Elle avait l’air un peu triste, ces dernières années, mais maintenant elle semble commencer une vie nouvelle, qui lui redonne la jeunesse et la beauté...

La belle parleuse s’était fait un visage impénétrable : les yeux clairvoyants de madame Lenoissy ne purent rien y déchiffrer ; elle emporta cependant de ce court entretien un sentiment d’insurmontable défiance contre celle qu’elle avait elle-même désignée sous ce surnom : l’amie de tout le monde.

– C’est vrai, maman, que tu es très belle, dit Julie à sa mère lorsque les derniers invités se

 

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furent retirés.

M. Dannault venait de rentrer dans sa chambre. Au milieu du grand salon, encore éclairé par toutes les bougies des lustres et des appliques, Flavie, dans sa robe blanche, se détachait sur le fond riche et sombre des meubles et des tentures, avec la grâce sculpturale d’une Mnémosyne ; légèrement appuyée d’une main à la tablette de la cheminée, elle relevait les feuillages d’une corbeille que la chaleur avait flétris. La grande pendule de Boule sonna lentement deux heures.

– Allons dormir, il est grand temps, dit madame Dannault.

Mais Julie ne se laissait jamais évincer.

– Tu es très belle, maman, c’est positif, madame Tirouin a grand-raison de le dire. Si tu voulais te faire faire la cour... Mais tu n’aimes pas cela !

– Julie ! fit la mère sur le ton du reproche.

– Oui, je sais, les vertus domestiques, les convenances sociales, l’honneur de la maison,

 

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etc.

De plus en plus surprise, madame Dannault regardait sa fille ; ce ton léger, ces paroles irrévérencieuses la frappaient pour la première fois, et cependant elles ne devaient pas être nouvelles dans la bouche de Julie.

– Voyons, maman, continua celle-ci, tu sais bien qu’on peut être la plus honnête femme du monde et ne pas détester les hommages ! Parce que tu vis comme une quakeresse, ce n’est pas une raison pour qu’on ne puisse pas plaisanter avec toi.

– Je souhaite, pour toi, ma fille, dit doucement Flavie, que ton mari... quand il sera choisi, aime également ce genre de plaisanterie.

– Mais ils parlent tous comme cela, maman ! Cela ne les empêchera pas d’être de bons maris, pas plus que cela ne m’empêchera d’être une bonne femme ! Je t’assure qu’ils sont tous pareils... Si tu les écoutais seulement ! Mais cela non plus ne t’amuse pas. Rien de ce qui est amusant ne t’amuse.

 

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Peut-être, en effet, étaient-ils tous tels que les dépeignait Julie... Pas tous, non ; Marcel Avellin ne devait ni goûter, ni même comprendre cette manière de plaisanter, et c’est à lui que Flavie avait pensé.

– Allons dormir, répéta-t-elle doucement. Poussée par un sentiment inexplicable où la tendresse, le reproche et la pitié se fondaient avec une sorte d’irritation, elle se pencha sur sa fille et la prit par la taille en la regardant jusqu’au fond de ses yeux. Julie répondit à ce regard par une sorte de bravade railleuse, accompagnée d’un petit éclat de rire.

– Voilà maman qui regrette de ne plus pouvoir me mettre en pénitence, dit-elle sans se soustraire à l’étreinte maternelle. Il n’y a plus moyen, maman ! Je suis une grande fille, je vais me marier.

– Avec qui ? demanda la mère, la scrutant toujours de son regard, qui devenait de plus en plus tendre et douloureux.

– Avec qui ? – Au fait, c’est une question qui vaut qu’on y pense. Que dirais-tu de M. Marcel

 

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Avellin ?...

Les mains qui tenaient la taille svelte de Julie se resserrèrent plus étroitement derrière elle.

– T’a-t-il parlé de mariage ? demanda madame Dannault, le cœur plein d’une émotion si grande qu’elle se sentait envie de pleurer.

– Pas encore ; mais en l’encourageant... Avoue-le, maman, cela t’ennuierait, tu le trouves trop bon pour moi ; une perfection comme toi serait tout au plus digne...

– Julie, dit lentement madame Dannault en desserrant ses mains qui tombèrent à son côté, si M. Avellin te demandait en mariage, ce serait pour moi le plus grand bonheur, car avec lui je te saurais à l’abri de tous les dangers dont l’appréhension empoisonne ma vie.

Julie se jeta au cou de sa mère, cette fois véritablement touchée.

– Tu es une bonne mère, lui dit-elle, la meilleure des mères... Mais vous me feriez mener une singulière existence, entre vous deux, gens parfaits, moi, pauvre petite chèvre capricieuse...

 

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En auriez-vous en réserve pour moi, de ces entraves !

– Allons dormir, dit pour la troisième fois madame Dannault, qui reconduisit sa fille jusqu’à la porte de sa chambre, où elle la quitta avec un baiser.

 

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