Les Rois Maudits

Maurice Druon · Chapitre 6 sur 11 · partie 12/34

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Les Rois Maudits

Prologue

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 34 parties.

Elle secoua la tête et répondit :

- Je ne puis. J'aime mieux courir tous les hasards que d'en venir à cette issue. Je t'en prie, Roger, ne souillons pas nos mains de ce sang-là.

Mortimer eut un ricanement bref.

- D'où te vient, répliqua-t-il, ce soudain respect du sang de tes ennemis? Le sang du comte d'Arundel, le sang des Despensers, le sang de Baldock, tout ce sang-là qui coulait sur les places des villes, tu n'en as pas détourné les yeux. J'avais même cru, certaines nuits, que le sang te plaisait assez. Et lui, le cher Sire, n'a-t-il pas les mains plus rouges que les nôtres pourront jamais l'être? N'aurait-il pas volontiers versé mon sang et le tien, si nous lui en avions laissé le loisir? Il ne faut pas être roi, Isabelle, si l'on a peur du sang, il ne faut pas être reine ; il faut se retirer dans quelque couvent, sous un voile de nonne, et n'avoir ni amour ni pouvoir ! Ils s'affrontèrent un moment du regard. Les prunelles couleur de silex brillaient trop fort sous les sourcils épais, à la lueur des chandelles ; la cicatrice blanche ourlait une lèvre au dessin trop cruel. Isabelle fut la première à baisser les yeux.

- Rappelle-toi, Mortimer, qu'il t'a fait grâce autrefois, dit-elle. Il doit penser à présent que s'il n'avait pas cédé aux prières des barons, des évêques, à mes propres prières, et t'avait fait décapiter comme il en a ordonné de Thomas de Lancastre...

- Non point, non point, je m'en souviens, et justement je ne voudrais pas avoir à connaître un jour des regrets semblables aux siens. Je trouve cette compassion que tu lui portes bien étrange et bien obstinée.

Il prit un temps.

- L'aimes-tu donc encore? ajouta-t-il. Je ne vois point d'autre raison. Elle haussa les épaules. - C'est donc pour cela, dit-elle, pour que je te fournisse une preuve de plus! Cette fureur de jaloux ne s'éteindra donc jamais en toi? Ne t'ai-je pas assez montré devant tout le royaume de France, et tout celui d'Angleterre, et devant mon fils même, que je n'avais au cour d'autre amour que le tien? Mais que me faut-il faire?

- Ce que je te demande, et rien d'autre. Mais je vois que tu ne veux pas t'y résoudre. Je vois que la croix que tu te fis au cour, devant moi, et qui devait nous allier en tout, et ne nous donner qu'une volonté, n'était pour toi que simulacre. Je vois bien que le destin m'a fait engager ma foi à une créature faible !

Oui, un jaloux, voilà ce qu'il était! Régent tout-puissant, nommant aux emplois, gouvernant le jeune roi, vivant conjugalement avec la reine, et ceci aux yeux de tous les barons, Mortimer demeurait un jaloux!... "Mais a-t-il complètement tort de l'être?" pensa soudain Isabelle. Le danger de toute jalousie est de forcer celui qui en est l'objet à rechercher en lui-même s'il n'y a pas motif aux reproches qu'on lui adresse. Ainsi s'éclairent certains sentiments auxquels on n'avait pas pris garde... Comme c'était étrange ! Isabelle était sûre de haïr Edouard autant que femme pouvait ; elle ne songeait à lui qu'avec mépris, dégoût et rancune à la fois. Et pourtant... Et pourtant le souvenir des anneaux échangés, du couronnement, des maternités, les souvenirs qu'elle gardait non pas de lui, mais d'elle-même, le souvenir simplement d'avoir cru qu'elle l'aimait, c'était tout cela qui la retenait à présent. Il lui semblait impossible d'ordonner la mort du père des enfants qu'elle avait mis au monde... " Et ils m'appellent la Louve de France ! " Le saint n'est jamais aussi saint, ni le cruel jamais aussi complètement cruel que les autres le croient. Et puis Edouard, même déchu, était un roi. Qu'on l'eût dépossédé, dépouillé, emprisonné, n'empêchait pas qu'il fût personne royale. Et Isabelle était reine elle-même, et formée à l'être. Toute son enfance, elle avait eu l'exemple de la vraie majesté royale, incarnée dans un homme qui, par le sang et le sacre, se savait au-dessus de tous les autres hommes, et se faisait connaître pour tel. Attenter à la vie d'un sujet, fût-il le plus grand seigneur du royaume, n'était jamais qu'un crime. Mais l'acte de supprimer une vie royale comportait un sacrilège et la négation du caractère sacerdotaïpdivïn, dont les souverains étaient investis.

- Et cela, Mortimer, tu ne peux le comprendre, car tu n'es pas roi, et tu n'es pas né d'un roi. Elle s'aperçut, trop tard, qu'elle venait de penser tout haut.

Le baron des Marches, le descendant du compagnon de Guillaume le Conquérant, le Grand Juge du Pays de Galles, prit rudement le coup. Il recula de deux pas, s'inclina. - Je ne pense pas que ce soit un roi, Madame, qui vous ait rendu votre trône ; mais il paraît que c'est perdre son temps que d'attendre que vous en conveniez. Comme de vous rappeler que je descends des rois de Danemark qui n'ont pas dédaigné de donner l'une de leurs filles à mon aïeul le premier Roger Mortimer. Mes efforts pour vous m'ont acquis peu de mérite. Laissez donc vos ennemis délivrer votre royal

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époux, ou bien, même, allez lui rendre la liberté de vos propres mains. Votre puissant frère de France ne manquera pas alors de vous protéger, comme il le fit si bien quand vous eûtes à fuir, soutenue par moi en votre selle, vers le Hainaut. Mortimer, lui, n'étant point roi, et sa vie de la sorte n'étant pas protégée contre une mésaventure de la fortune, s'en va, Madame, chercher refuge ailleurs avant qu'il soit trop tard, hors d'un royaume dont la reine l'aime si peu qu'il ne se sent plus rien à y faire.

Sur quoi il gagna la porte. Il était contrôlé dans sa colère ; il ne fit point battre le vantail de chêne mais le repoussa lentement, et ses pas décrurent.

Isabelle connaissait assez l'orgueilleux Mortimer pour savoir qu'il ne reviendrait pas. Elle bondit hors du lit, courut en chemise à travers les couloirs du château, rattrapa Mortimer, le saisit par ses vêtements, se pendit à ses bras.

- Demeure, demeure, gentil Mortimer, je t'en supplie ! s'écria-t-elle sans se soucier qu'on l'entendît. Je ne suis qu'une femme, j'ai besoin de ton conseil et de ton appui ! Demeure ! demeure, de grâce, et agis ainsi que tu crois.

Elle était en larmes et s'appuyait, se blottissait contre ce torse, ce cour sans lesquels elle ne pouvait vivre.

- Je veux ce que tu veux ! dit-elle encore.

Les serviteurs, attirés par le bruit, étaient apparus et tout aussitôt se dissimulaient, gênés d'être témoins de cette querelle d'amants.

- Tu veux vraiment ce que je veux?., demanda-t-il en prenant le visage de la reine entre ses mains. Alors ! Gardes ! cria-t-il. Qu'on aille me quérir aussitôt Monseigneur Orleton. Depuis quelques mois Mortimer et Adam Orleton se battaient froid. Leur brouille stupide avait pour cause cet évêché de Worcester attribué à Orleton par le pape, tandis que Mortimer le promettait à un autre candidat. Que Mortimer n'avait-il su que son ami souhaitait cet évêché ! Mais à présent, sa parole engagée, il ne voulait plus se dédire. Le Parlement, saisi de la question, à York, avait décrété la confiscation des revenus du diocèse de Worcester... Orleton, qui donc n'était plus évêque de Hereford et ne l'était pas non plus de Worcester, jugeait bien ingrat l'homme qu'il avait fait évader de la Tour. L'affaire demeurait en débat, et Orleton continuait de suivre la cour dans ses déplacements.

" Mortimer, quelque jour, aura de nouveau besoin de moi, se disait-il, et alors il cédera. " Ce jour, ou plutôt cette nuit, était arrivé. Orleton le comprit aussitôt qu'il eut pénétré dans la chambre de la reine. Isabelle, recouchée, gardait des traces de larmes sur le visage. Mortimer marchait à grands pas autour du lit. Pour qu'on se gênât si peu devant le prélat, il fallait que l'affaire fût grave !

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- Madame la reine, déclara Mortimer, considère avec raison, à cause des menées que vous savez, que la vie de son époux met en péril la paix du royaume, et elle s'inquiète que Dieu tarde tant à le rappeler à lui.

Adam Orleton regarda Isabelle, Isabelle regarda Mortimer, puis ramena les yeux vers l'évêque et fit un signe d'assentiment. Orleton eut un bref sourire, non de cruauté, ni même vraiment d'ironie, plutôt une expression de pudique tristesse.

- Madame la reine se voit placée devant le grand problème qui se pose toujours à ceux qui ont la charge des États, répondit-il. Faut-il, pour ne point détruire une seule vie, risquer d'en faire périr beaucoup d'autres?

Mortimer se tourna vers Isabelle, et dit:

- Vous entendez !

Il était fort satisfait de l'appui que lui portait l'évêque et regrettait simplement de ne pas avoir trouvé lui-même cet argument.

- C'est de la sauvegarde des peuples qu'il s'agit là, reprit Orleton, et c'est à nous, évêques, qu'on s'adresse pour éclairer les volontés divines. Certes, les Saints Commandements nous interdisent de hâter toute fin. Mais les rois ne sont pas hommes ordinaires, et ils s'exceptent eux-mêmes des Commandements lorsqu'ils condamnent à mort leurs sujets... Je croyais toutefois, my Lord, que les gardiens que vous avez nommés autour du roi déchu allaient vous épargner de vous poser ces questions.

- Les gardiens paraissent avoir épuisé leurs ressources, répondit Mortimer. Et ils n'agiront pas plus avant sans avoir reçu des instructions écrites.

Orleton hocha la tête, mais ne répondit point.

- Or un ordre écrit, poursuivit Mortimer, peut tomber en d'autres mains que celles auxquelles il est destiné ; il peut également fournir une arme à ceux qui ont à l'exécuter contre ceux qui le donnent. Me comprenez-vous ?

Orleton sourit à nouveau. Le prenait-on pour un niais?

- En d'autres mots, my Lord, dit-il, vous voudriez envoyer l'ordre et ne pas l'envoyer. - Je voudrais plutôt envoyer un ordre qui soit clair pour ceux qui doivent l'entendre, et qui demeure obscur à ceux qui le doivent ignorer. C'est là-dessus que je veux me consulter avec vous qui êtes homme de ressources, si vous consentez à m'apporter votre concours. - Et vous demandez cela, my Lord, à un pauvre évêque qui n'a même pas de siège, ni de diocèse où planter sa crosse? Ce fut au tour de Mortimer de sourire : - Allons, allons, my Lord Orleton, ne parlons plus de ces choses. Vous m'avez beaucoup fâché, vous le savez. Si vous m'aviez seulement

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averti de vos souhaits! Mais puisque vous y tenez tant, je ne m'opposerai plus. Vous aurez Worcester, c'est parole dite... J'en ferai mon affaire avec le Parlement... Et vous êtes toujours mon ami, vous le savez bien aussi.

L'évêque hocha le front. Oui, il le savait; et lui-même gardait toujours autant d'amitié à Mortimer, et leur brouille récente n'avait rien changé; il suffisait qu'ils fussent face à face pour en prendre conscience. Trop de souvenirs les liaient, trop de complicités et une réciproque admiration. Ce soir même, dans la difficulté où Mortimer se trouvait après avoir enfin arraché à la reine un consentement si longtemps attendu, qui donc appelait-il? L'évêque aux épaules tombantes, à la démarche de canard, à la vue fatiguée par l'étude. Ils étaient même si fort amis qu'ils en avaient oublié la reine qui les observait, de ses larges yeux bleus, et se sentait mal. - C'est votre beau sermon "Doleo caput meum ", nul ne l'a oublié, qui a permis de déchoir le mauvais roi, dit Mortimer. Et c'est vous encore qui avez obtenu l'abdication. Voilà que la gratitude revenait ! Orleton s'inclina sous les compliments. - Vous voulez donc que j'aille jusqu'au bout de la tâche, dit-il. Il y avait dans la chambre une table à écrire, des plumes et du papier. Orleton réclama un couteau parce qu'il ne pouvait écrire qu'avec une plume taillée par lui-même. Cela l'aidait à réfléchir. Mortimer respectait sa méditation.

- L'ordre n'a pas besoin d'être long, dit Orleton au bout d'un moment. Il regardait en l'air, d'un air amusé. Il avait visiblement oublié qu'il s'agissait de la mort d'un homme ; il éprouvait un sentiment d'orgueil, une satisfaction de lettré qui vient de résoudre un difficile problème de rédaction. Les yeux près de la table, il ne traça qu'une seule phrase d'une écriture bien formée, répandit dessus de la poudre à sécher, et tendit la feuille à Mortimer en disant :

- J'accepte même de sceller cette lettre de mon propre sceau, si vous-même ou Madame la reine considérez ne point devoir y apposer les vôtres.

Vraiment, il paraissait content de lui.

Mortimer s'approcha d'une chandelle. La lettre était en latin. Il lut assez lentement : - Eduardum occidere nolite timere bonum est. Il réfléchit un moment, puis, revenant à l'évêque : - Eduardum occidere, cela je comprends bien ; nolite : ne faites pas... timere: craindre... bonum est: il est bon... Orleton souriait. - Faut-il entendre : " Ne tuez pas Edouard, il est bon de craindre... LA LOUVE DE FRANCE

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de faire cette chose ", poursuivit Mortimer, ou bien " Ne craignez pas de tuer Edouard, c'est chose bonne"? Où est la virgule?

- Elle n'est pas, répondit Orleton. La volonté de Dieu se manifestera par la compréhension de celui qui recevra la lettre. Mais la lettre elle-même, à qui peut-on en faire reproche? Mortimer restait perplexe.

- C'est que j'ignore, dit-il, si Maltravers et Gournay entendent bien le latin. - Le frère Guillaume, que vous avez placé auprès d'eux, l'entend assez bien. Et puis le messager pourra transmettre de bouche, mais de bouche seulement, que toute action découlant de cet ordre devra demeurer sans traces.

- Et vraiment, demanda Mortimer, vous êtes prêt à y apposer votre propre sceau? - Je le ferai, dit Orleton.

C'était vraiment un bon compagnon. Mortimer le raccompagna jusqu'au bas de l'escalier, puis remonta à la chambre de la reine.

- Gentil Mortimer, lui dit Isabelle, ne me laissez point dormir seule cette nuit. La nuit de septembre n'était pas si froide qu'elle dût grelotter autant. IX LE FER ROUGE

Comparé aux forteresses démesurées de Kenilworth ou de Corfe, Berkeley peut être regardé comme un petit château. Ses pierres de teinte rosé, ses dimensions humaines, ne le rendent en rien effrayant... Il communique directement avec le cimetière qui entoure l'église et où les dalles, en quelques années, se couvrent d'une petite mousse verte, fine comme un tissu de soie42. Thomas de Berkeley, assez brave jeune homme que n'animait aucune férocité à l'égard de son semblable, ne possédait pas de raisons toutefois de se montrer bienveillant à l'excès envers l'ancien roi Edouard II qui l'avait tenu quatre ans en prison à Waliingford, en compagnie de son père Maurice, mort pendant cette détention. En revanche, tout l'incitait au dévouement envers son puissant beau-père, Roger Mortimer, dont il avait épousé la fille aînée en 1320, qu'il avait suivi dans la révolte .de 1322, et auquel il devait sa délivrance, l'année précédente. Thomas recevait la considérable somme de cent shillings par jour pour la garde et l'hébergement du roi déchu. Ni sa femme Marguerite Mortimér, ni sa sour Éva, l'épouse de John Maltravers, n'étaient non plus de mauvaises personnes.

N'aurait-il eu affaire qu'à la famille Berkeley, Edouard II eût trouvé le séjour acceptable. Par malheur, il lui fallait subir les trois tourmen-teurs, le Maltravers, le Gournay et leur barbier Ogle. Ceux-ci ne laissaient pas de répit à l'ancien roi; ils avaient l'esprit fécond en cruauté, et ils se livraient à une sorte de compétition, rivalisant d'invention et de raffinement dans le supplice. Maltravers avait imaginé d'installer Edouard, à l'intérieur du keep, dans un réduit circulaire de quelques pieds de diamètre au centre duquel s'ouvrait un ancien puits maintenant asséché. Aucune margelle n'entourait le puits. Il eût suffi d'un faux mouvement pour que le prisonnier tombât dans cette oubliette. Aussi Edouard devait-il rester

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constamment attentif; cet homme de quarante-quatre ans, mais qui maintenant en paraissait plus de soixante, demeurait là, gisant sur une brassée de paille, le corps collé contre la muraille ou ne se déplaçait qu'en rampant, et lorsqu'il s'assoupissait, il se réveillait aussitôt, tout en sueur, craignant de s'être rapproché du vide.

A ce supplice de la peur, Gournay en ajouta un autre, celui de l'odeur. Il faisait ramasser dans la campagne des charognes de bêtes puantes, blaireaux pris au terrier, renards, putois, et aussi les oiseaux morts, bien pourris, que l'on jetait dans le puits afin que la pestilence qu'ils dégageaient infestât le peu d'air dont disposait le prisonnier. - Voilà de la bonne venaison pour le crétin! disaient les trois tortionnaires, chaque matin, quand ils voyaient arriver la cargaison de bêtes mortes.

Eux-mêmes n'avaient pas le nez très fin car ils se tenaient ensemble, ou à tour de rôle, dans une petite pièce en haut de l'escalier du keep et qui commandait le réduit où s'anémiait le roi. D'écourantes bouffées venaient parfois jusqu'à eux; mais c'était alors l'occasion de grosses plaisanteries :

- Ce qu'il peut puer, le gâteux! s'écriaient-ils en abattant leurs cornets à dés et en lampant leurs pots de bière.

Le jour où leur parvint la lettre d'Adam Orleton, ils se concertèrent longuement. Le frère Guillaume leur avait traduit la missive, sans hésiter le moins du monde sur son sens véritable, mais en leur faisant apprécier l'habile ambiguïté de la rédaction. Les trois méchants s'en étaient frappé les cuisses pendant un quart d'heure, en répétant: "bonum est... bonum est!" et en se tordant de rire.

Le chevaucheur un peu obtus qu'on leur avait dépêché avait fidèlement délivré son message oral : " Sans traces. "

C'était là-dessus précisément qu'ils se consultaient.

- Ils ont vraiment d'étranges exigences, les gens de la cour, évêques et autres Lords ! dit Maltravers. Ils vous commandent de tuer et que cela ne se voie pas. Comment procéder? Le poison laissait les corps noirs; et puis le poison, il fallait s'en fournir auprès de gens qui pouvaient parler. La strangulation? La marque du lacet demeure autour du cou, et la face reste toute bleue.

Ce fut Ogle, l'ancien barbier de la tour de Londres, qui eut le trait de génie. Thomas Gournay apporta au plan proposé quelques perfectionnements ; et Maltravers rit bien fort, découvrant les gencives en même temps que les dents.

- Il sera puni par où il a péché ! s'écria-t-il. L'idée lui semblait vraiment astucieuse. - Mais il nous faudra bien être quatre, pour le moins, dit Gournay. Berkeley devra nous prêter la main.

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- Ah! tu sais comment est mon beau-frère Thomas, répondit Maltravers. Il touche ses cinq livres la journée, mais il a le cour sensible. Il serait plus gênant qu'utile. - Le gros Towurlee, pour la promesse de quelques shillings, nous aidera volontiers, dit Ogle. Et puis il est si bête que, même s'il parle, personne ne le croira. On attendit le soir. Gournay fit préparer aux cuisines un excellent repas pour le prisonnier, avec un pâté moelleux, de petits oiseaux rôtis sur broche, une queue de bouf en sauce. Edouard n'avait pas fait pareil souper depuis les soirées de Kenilworth, chez son cousin Tors-Col. Il fut tout étonné, un peu inquiet d'abord, puis réconforté, par cette chère inhabituelle. Au lieu de lui jeter une écuelle qu'il devait loger au bord de la fosse puante, on l'avait installé dans la pièce attenante, sur une escabelle, ce qui lui semblait un confort miraculeux ; et il dégustait ces mets dont il avait presque oublié le goût. On ne lui ménageait pas le vin non plus, un bon vin claret que Thomas de Berkeley faisait venir d'Aquitaine. Les trois geôliers assistaient à cette ripaille en échangeant des clins d'oeil.

- Il n'aura même pas le temps de le digérer, souffla Maltravers à Gournay.

Le colosse Towurlee se tenait dans la porte qu'il obstruait complètement. - Voilà, on se sent mieux à présent, n'est-il pas vrai, my Lord, dit Gournay quand l'ancien souverain eut terminé son repas. Maintenant on va te conduire dans une bonne chambre où tu trouveras un lit de plumes.

Le prisonnier au crâne rasé, au long menton tremblant, regarda ses gardiens avec surprise. - Vous avez reçu de nouveaux ordres? demanda-t-il.

Son ton était plein d'humilité craintive. - Ah oui ! pour sûr, on a reçu des ordres et l'on va bien te traiter, my Lord ! répondit Maltravers. On t'a même commandé du feu, là où tu vas dormir, parce que les soirées commencent à fraîchir, n'est-ce pas Gournay? Eh ! c'est la saison qui le veut; on est déjà fin septembre. On fit descendre au roi l'étroit escalier, puis traverser la cour herbue du keep, puis remonter de l'autre côté, dans la muraille. Ses geôliers avaient dit vrai ; ils le menaient à une chambre, pas une chambre de palais, bien sûr, mais une bonne pièce, propre et passée à la chaux, avec un lit à gros matelas de plumes, et un brasero, plein de tisons ardents. Il faisait presque trop chaud. Le vin, la chaleur... Le roi déchu sentait la tête lui tourner un peu. Suffisait-il donc d'un bon repas pour reprendre espérance? Quels étaient les nouveaux ordres et pourquoi lui témoignait-on tant d'égards soudains? Une révolte dans le royaume peut-être ; Mortimer tombé en LA LOUVE DE FRANCE

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disgrâce... Ou simplement le jeune roi s'était inquiété enfin du sort de son père et avait exigé qu'on le traitât de façon humaine... Mais, si même il y avait révolte, si même tout le peuple s'était soulevé en sa faveur, jamais Edouard n'accepterait de reprendre son trône, jamais, il en faisait serment à Dieu. Parce que roi de nouveau, il recommencerait à commettre des fautes ; il n'était pas fait pour régner. Un calme couvent, voilà tout ce qu'il souhaitait, et pouvoir se promener dans un beau jardin, être servi de mets à son goût... prier aussi. Et puis se laisser repousser la barbe et les cheveux, à moins qu'il ne gardât la tonsure... Quelle négligence de l'âme et quelle ingratitude que de ne pas remercier le Créateur de ces simples choses qui suffisent à rendre une vie agréable, une nourriture savoureuse, une chambre chaude... Il y avait un tisonnier dans le poêle à braise. - Étends-toi donc, my Lord! La couche est bonne, tu verras, dit Gournay. Et de fait, le matelas était doux. Retrouver un vrai lit, quel bienfait ! Mais pourquoi les trois autres restaient-ils là? Maltravers était assis sur une escabelle, les cheveux pendant sur les oreilles, les mains entre les genoux, et regardait le roi. Gournay tisonnait le feu. Le barbier Ogle tenait une corne de bouf à la main et une petite scie.

- Dors, Sire Edouard, ne t'occupe pas de nous, nous avons à travailler, insista Gournay. - Que fais-tu, Ogle? demanda le roi. Tu tailles une corne pour boire? - Non, my Lord, pas pour boire. Je taille une corne, voilà tout. Puis, se tournant vers Gournay et marquant une place sur la corne, avec l'ongle du pouce, le barbier dit: - Je crois que c'est la bonne longueur, ne pensez-vous pas? Le rouquin au visage de truie regarda par-dessus son épaule et répondit :

- Oui, cela doit convenir. Bonum est.

Puis il se remit à éventer le feu.

La scie criait sur la corne de bouf. Quand celle-ci fut partagée, le barbier en tendit la partie effilée à Gournay, qui la prit, l'examina, y enfonça le tisonnier rouge. Une acre odeur s'échappa qui d'un coup empesta la pièce. Le tisonnier ressortit par la pointe brûlée de la corne. Gournay le remit au feu. Comment voulait-on que le roi dormît avec tout ce travail autour de lui? Ne l'avait-on éloigné de l'oubliette aux charognes que pour l'enfumer à présent avec de la corne brûlée? Soudain Maltravers, toujours assis et toujours regardant Edouard, lui demanda : - Ton Despenser que tu aimais tant, avait-il la parure solide? Les deux autres s'esclaffèrent. A cause de ce nom prononcé, Edouard sentit comme un déchirement dans son esprit et comprit que ces gens

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allaient l'exécuter sur l'heure. Se préparaient-ils à lui infliger le même et atroce traitement qu'à Hugh le Jeune?

- Vous n'allez pas faire cela? Vous n'allez pas me tuer? s'écria-t-il, s'étant brusquement redressé sur son lit.

- Nous, te tuer, Sire Edouard? dit Gournay sans même se retourner. Qui pourrait te faire croire cela?... Nous avons des ordres. Bonum est, bonum est... - Allons, recouche-toi, dit Maltravers.

Mais Edouard ne se recouchait pas. Son regard, dans sa tête toute chauve et amaigrie, allait, comme celui d'une bête piégée, de la nuque rousse de Thomas Gournay au long visage jaune de Maltravers et aux joues poupines du barbier. Gournay avait ressorti le tisonnier du feu et en examinait l'extrémité incandescente.

- Towurlee ! appela-t-il. La table !

Le colosse, qui attendait dans la pièce voisine, entra soulevant une lourde table. Maltravers alla refermer la porte et y donna un tour de clé. Pourquoi cette table, cette épaisse planche de chêne, qu'on posait ordinairement sur des tréteaux? Il n'y avait pas de tréteaux dans la pièce. Et parmi tant de choses étranges qui se passaient autour du roi, cette table tenue à bout de bras par un géant devenait l'objet le plus insolite, le plus effrayant. Comment pouvait-on tuer avec une table? Ce fut la dernière pensée claire qu'eut le roi.

- Allons ! dit Gournay faisant signe à Ogle. Ils s'approchèrent, chacun d'un côté du lit, se jetant sur Edouard, le tournèrent pour le mettre à plat-ventre.

- Ah ! les gueux, les gueux ! cria-t-il. Non, vous n'allez pas me tuer. Il s'agitait, se débattait, et Maltravers était venu leur prêter la main, et ils n'étaient pas trop de trois ; et le géant Towurlee ne bougeait pas. - Towurlee, la table ! cria Gournay.

Towurlee se rappela ce qu'on lui avait commandé. Il avança et laissa tomber l'énorme planche en travers des épaules du roi. Gournay releva la robe du prisonnier, abaissa les braies dont l'étoffe usée se déchira. C'était grotesque, misérable, un fondement ainsi exposé; mais maintenant les assassins n'avaient plus le cour à rire.

Le roi, à demi assommé par le coup et suffoquant sous la table qui l'enfonçait dans le matelas, se débattait, ruait. Que d'énergie il lui restait !

- Towurlee, tiens-lui les chevilles! Mais non, pas ainsi, tiens-les écartées ! ordonna Gournay. Le roi était parvenu à sortir sa nuque dénudée de dessous la planche, et tournait le visage de côté, pour prendre un peu d'air. Maltravers lui pesa des deux mains sur la tête. Gournay se saisit du tisonnier et dit :

- Ogle ! Enfonce la corne, à présent.

Le roi Edouard eut un sursaut d'une force désespérée quand le fer LA LOUVE DE FRANCE

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rouge lui pénétra dans les entrailles; le hurlement qu'il poussa, traversant les murs, traversant le keep, passant par-dessus les dalles du cimetière, alla réveiller les gens jusque dans les maisons du bourg. Et ceux qui entendirent ce long, ce lugubre, cet effroyable cri, eurent dans l'instant même la certitude qu'on venait d'assassiner le roi.

Le lendemain matin les habitants de Berkeley montèrent au château, pour s'informer. On leur répondit qu'en effet l'ancien roi était trépassé dans la nuit, soudainement, en jetant un grand cri. - Venez donc le voir, mais oui, approchez, disaient Maltravers et Gournay aux notables et au clergé. On fait présentement sa toilette mortuaire. Qu'on entre ; tout le monde peut entrer. Et les gens du bourg constatèrent qu'il n'y avait aucune marque de coup, aucune plaie, aucune blessure sur ce corps qu'on était en train de laver, et qu'on ne cherchait nullement à leur dissimuler.

Thomas Gournay et John Maltravers se regardaient ; c'avait été une brillante idée que cette corne de bouf pour enfoncer le tisonnier à travers. Vraiment, une mort sans traces; dans ce temps si inventif en matière d'assassinat, ils pouvaient s'enorgueillir d'avoir découvert là une parfaite méthode.

Ils étaient inquiets seulement du départ inopiné de Thomas de Berkeley, avant l'aube, sous le prétexte, avait-il fait dire par sa femme, d'une affaire qui l'appelait dans un château voisin. Et puis Towurlee, le colosse au petit crâne, réfugié aux écuries, depuis plusieurs heures pleurait, assis par terre.

Gournay dans la journée partit à cheval pour Nottingham où se trouvait la reine, afin d'annoncer à celle-ci le trépas de son époux.

Thomas de Berkeley resta éloigné une bonne semaine et se montra en divers lieux d'alentour, essayant d'accréditer qu'il n'avait pas été dans son château au moment de la mort. Il eut, à son retour, la mauvaise surprise d'apprendre que le cadavre était toujours chez lui. Aucun des monastères voisins ne s'en voulait charger. Berkeley dut garder son prisonnier en bière, pendant tout un mois, durant lequel il continua de percevoir ses cent shillings quotidiens. Tout le royaume, maintenant, connaissait la mort de l'ancien souverain; d'étranges récits, mais qui n'étaient guère éloignés de la vérité, circulaient, et l'on chuchotait que cet assassinat ne porterait bonheur ni à ceux qui l'avaient accompli, ni à ceux, si haut qu'ils fussent, qui l'avaient ordonné. Enfin, un abbé vint prendre livraison du corps, au nom de l'évêque de Gloucester qui acceptait de le recevoir dans sa cathédrale. La dépouille du roi Edouard II fut mise sur un chariot recouvert d'une toile noire. Thomas de Berkeley et sa famille l'accompagnèrent, et les gens des environs suivirent en cortège. A chaque halte que fit le convoi de mille en mille, les paysans plantèrent un petit chêne.

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Après six cents ans écoulés, certains de ces chênes sont toujours debout et projettent des places d'ombre noire sur la route qui va de Berkeley à Gloucester.

NOTES HISTORIQUES

1. - La tour de Londres formait encore au xive siècle la limite orientale de la ville, et même était séparée de la Cité proprement dite par les jardins des monastères. Le Tower Bridge naturellement n'existait pas ; la Tamise n'était franchie que par le seul London Bridge, en amont de la Tour. Si l'édifice central, la White Tower, entrepris vers 1078 sur l'ordre de Guillaume le Conquérant par son architecte le moine Gandulf, se présente à nous, au bout de neuf cents ans, sensiblement dans son apparence initiale - la restauration de Wren, malgré l'élargissement des fenêtres, l'a peu modifié - en revanche l'aspect général de l'ensemble fortifié était, à l'époque d'Edouard II, assez différent.

Les ouvrages de l'actuelle enceinte n'étaient pas encore construits, à l'exception de la St-Thomas Tower et de la Middle Tower, dues respectivement à Henri II et à Edouard Ier. Les murailles extérieures étaient celles qui forment aujourd'hui la seconde enceinte, ensemble pentagonal à douze tours bâti par Richard Cour de Lion et constamment remanié par ses successeurs. On peut constater l'étonnante évolution du style médiéval au cours d'un siècle en comparant la White Tower (fin du xie) qui, malgré l'énormité de sa masse, garde dans sa forme et ses proportions le souvenir des anciennes villas gallo-romaines, et l'appareil fortifié de Richard Cour de Lion (fin du xne) dont elle est entourée ; ce second ouvrage a déjà les caractéristiques du classique château fort, du type de Château-Gaillard en France, édifié d'ailleurs par le même Richard Ier, ou, ultérieurement, des constructions angevines de Naples. White Tower est le seul monument pratiquement intact, parce que constamment utilisé au cours des siècles, qui témoigne du style de construction de l'an mille. 2. - Le terme de constable, forme contractée de connétable, et qui désigne de nos jours un officier de police, était le titre officiel du commandant de la Tour. Le constable était assisté d'un lieutenant 1076

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commandant en second. Ces deux fonctions d'ailleurs existent toujours, mais elles sont devenues purement honorifiques et sont remises à des militaires illustres en fin de carrière. Le commandement effectif de la Tour est de nos jours exercé par le major qui est lui-même officier général. Comme on le voit, ces dignités ont une hiérarchie inverse à celle des grades de l'armée.

Le major réside à la Tour, dans le Logis du Roi - ou de la Reine - construction de l'époque Tudor, accotée à la Bell Tower ; le premier Logis du Roi, qui datait du temps d'Henry Ier, a été démoli sous Cromwell. Également à l'époque de notre récit - 1323 - la chapelle Saint-Pierre n'était constituée que par la partie romane de l'édifice actuel.

3. - En 1054, contre le roi Henri Ier de France. Roger Ier Mortimer, petit-fils de Herfast de Danemark, était neveu de Richard Ier Sans Peur, troisième duc de Normandie, grand-père du Bâtard Conquérant.

4. - Le shilling était à cette époque une unité de valeur, mais non une monnaie proprement dite. De même pour la livre ou le marc. Le penny était la plus haute pièce de monnaie en circulation. Il faut attendre le règne d'Edouard III pour voir apparaître des monnaies d'or, avec \tflorin et le noble. Le shilling d'argent ne commencera d'être frappé qu'au xvie siècle. 5. - Très vraisemblablement dans la tour de Beauchamp - mais qui ne portait pas encore ce nom. Elle ne fut appelée ainsi qu'à partir de 1397, à cause de Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, qui y fut incarcéré et qui était, coïncidence curieuse, petit-fils de Roger Mortimer. Ce bâtiment était une construction d'Edouard II, donc toute récente à l'époque de Mortimer. Les lucarnes des latrines étaient souvent le point faible des édifices fortifiés. C'est par une ouverture de cette sorte que les soldats de Philippe Auguste purent, après un siège qui menaçait de demeurer vain, s'introduire une nuit dans Château-Gaillard, la grande forteresse française de Richard Cour de Lion.

6. - Le terme de Parlement, qui signifie très exactement assemblée, s'est appliqué en France et en Angleterre à des institutions de commune origine, c'est-à-dire au départ une extension de la curia régis, mais qui prirent rapidement des formes et des attributions complètement différentes. Le Parlement français, d'abord ambulant, puis fixé à Paris avant que des parlements secondaires ne fussent par la suite institués en province, était une assemblée judiciaire exerçant le pouvoir de justice sur l'ordre

et au nom du souverain. Les membres en étaient d'abord désignés par le roi et pour la durée d'une session judiciaire ; à partir de la fin du xnie siècle et au début du xiv6, c'est-à-dire du règne de Philippe le Bel, les maîtres du Parlement furent désignés à vie. Le Parlement français avait à connaître des grands conflits d'intérêts privés comme des procès opposant des particuliers à la couronne, des procès criminels important à la vie de l'État, des contestations s'élevant à propos de l'interprétation des coutumes et de tout ce qui touchait, en somme, à la législation générale du royaume, y compris même la loi de succession au trône, comme on le vit au début du règne de Philippe V. Mais encore une fois le rôle du Parlement et ses attributions étaient uniquement judiciaires ou juridiques.

La seule puissance politique du Parlement français venait de ce qu'aucun acte royal, ordonnance, édit, grâce, etc., n'était valable sans avoir été enregistré et entériné par ledit Parlement, mais il ne commença vraiment d'user de ce pouvoir de refus que vers la fin du xiv* et le début du xv* siècle, quand la monarchie se trouva affaiblie.

Le Parlement anglais, lui, était une assemblée à la fois judiciaire, puisque les grands procès d'État y étaient évoqués, en même temps que déjà une assemblée politique. Nul n'y siégeait de droit ; c'était toujours une sorte de Grand Conseil élargi où le souverain appelait qui il voulait, c'est-à-dire les membres de son Conseil étroit, les grands seigneurs du royaume, tant laïcs qu'ecclésiastiques, et les représentants des comtés et des villes choisis généralement par les shérifs. Le rôle politique du Parlement anglais devait à l'origine se borner à une double mission d'information, le roi informant les représentants de son peuple, choisis par lui, des dispositions générales qu'il entendait prendre, et les représentants informant le souverain, par voie de pétition ou d'exposé oral, des desiderata des classes ou des régions administratives auxquelles ils appartenaient.

En théorie, le roi d'Angleterre était seul maître de son Parlement qui restait en somme comme un auditoire privilégié auquel il ne demandait rien d'autre qu'une sorte d'adhésion symbolique et passive aux actes de sa politique. Mais dès que les rois d'Angleterre se trouvèrent dans de graves difficultés, ou bien lorsqu'il leur arriva de se montrer faibles ou mauvais gouvernants, les Parlements qu'ils avaient désignés devinrent plus exigeants, adoptèrent des attitudes franchement délibé-ratives et imposèrent leurs volontés au souverain; du moins le souverain eut-il à compter avec les volontés exprimées.

Le précédent de la Grande Charte de 1215, imposée à Jean Sans Terre par ses barons, et qui portait en essence le règlement des libertés anglaises, demeura toujours présent à l'esprit des Parlements. Celui qui se tint en 1311 contraignit Edouard II à accepter une charte instituant autour du roi un conseil d'ordonnateurs composé de grands barons

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élus par le Parlement et qui exerçaient vraiment le pouvoir au nom du souverain. Edouard II lutta toute sa vie contre ces dispositions, les ayant d'abord refusées puis s'y étant soumis après sa défaite de 1314 par les Écossais. Il ne s'en délivra vraiment, et pour son malheur, qu'en 1322 lorsque, les luttes d'influence ayant divisé les ordonnateurs, il put écraser aux batailles de Shrewsbury et de Boroughbridge le parti Lancastre-Mortimer qui avait pris les armes contre lui.

Rappelons enfin que le Parlement anglais n'avait pas de siège fixe, mais qu'un Parlement pouvait être convoqué par le souverain, ou réclamer d'être convoqué, en toute ville du royaume où le roi se trouvait.

7. - Enl318,donccinqansplustôt,RogerMortimerdeWigmore, nommé Grand Juge et lieutenant du roi d'Angleterre en Irlande, avait battu, à la tête d'une armée de barons des Marches, Edouard Bruce, roi d'Irlande et frère du roi Robert Bruce d'Ecosse. La prise et l'exécution d'Edouard Bruce marquèrent la fin du royaume irlandais. Mais l'autorité anglaise y fut encore pour longtemps tenue en échec.

8. - L'affaire du comté de Gloucester, fort sombre et embrouillée, naquit des fabuleuses prétentions émises sur ce comté par Hugh Le Despenser le Jeune, prétentions qu'il n'aurait eu aucune chance de voir triompher s'il n'avait été le favori du roi.

Hugh le Jeune, non content d'avoir reçu tout le Glamorgan en part d'héritage de sa femme, exigeait contre tous ses beaux-frères, et en particulier contre Maurice de Berkeley, l'intégralité des possessions du feu comte son beau-père. Toute la noblesse du sud et de l'ouest de l'Angleterre s'en était alarmée et Thomas de Lancastre avait pris la tête de l'opposition avec d'autant plus d'ardeur que dans le clan adverse se trouvait son pire ennemi, le comte de Warenne, lequel lui avait enlevé sa femme, la belle Alice.

Les Despensers, un moment exilés par un arrêt du Parlement rendu sous la pression des Lancastriens en armes, avaient été vite rappelés, Edouard ne supportant pas de vivre ni sans son amant, ni sous la tutelle de son cousin Thomas.

Le retour des Despensers au pouvoir avait été l'occasion d'une reprise de la rébellion, mais Thomas de Lancastre, aussi infortuné au combat qu'il l'avait été en ménage, avait fort mal dirigé la coalition. Ne se portant pas à temps au secours des barons des Marches galloises, il avait laissé ceux-ci se faire battre, en janvier 1322, dans l'ouest, à Shrewsbury, où les deux Mortimer avaient été faits prisonniers, tandis que lui-même, attendant vainement dans le Yorkshire des renforts LA LOUVE DE FRANCE

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écossais, avait été défait deux mois plus tard à Boroughbridge et condamné à mort immédiatement après.

9. - La commission de l'évêque d'Exeter, d'après le Calendar of close rolls, est du 6 août 1323. D'autres ordres furent expédiés concernant l'affaire Mortimer, notamment le 10 août aux shérifs du comté^de Kent, le 26 au comte de Kent lui-même. Il ne semble pas que le roi Edouard ait eu connaissance avant le 1er octobre de la destination du fugitif. 10. - Marie de France, la plus ancienne des poétesses françaises, vécut dans la seconde moitié du xne siècle à la cour d'Henry II Plantagenet, où elle avait été amenée, ou appelée, par Aliéner d'Aquitaine, princesse infidèle, au moins à son premier époux le roi de France, mais certainement exquise, et qui avait créé autour d'elle, en Angleterre, un véritable centre d'art et de poésie. Aliénor était petite-fille du duc Guillaume IX, poète lui-même.

Les ouvres de Marie de France connurent une immense faveur, non seulement du vivant de leur auteur, mais encore pendant tout le xme et le début du xiv6 siècle. 11. - La compagnie des Tolomei, l'une des plus importantes banques siennoises avec celle des Buonsignori, était fort puissante et célèbre depuis le début du xme siècle. Elle avait la papauté comme principal client ; son fondateur, Tolomeo Tolomei, avait participé à une ambassade auprès du pape Alexandre III. Les Tolomei furent sous Alexandre IV banquiers exclusifs du Saint-Siège. Urbain IV les excepta nominalement de l'excommunication générale décrétée contre Sienne entre 1260 et 1273. Ce fut vers cette époque (fin du règne de Saint Louis, début du règne de Philippe III) que les Tolomei commencèrent d'apparaître aux grandes foires de Champagne et que Spinello fonda la branche française de la compagnie. Il existe encore à Sienne une place et un palais Tolomei.

12. - L'ordonnance de Charles IV sur l'interdiction de sortie des monnaies françaises fut certainement l'occasion d'un trafic, puisqu'une autre ordonnance, publiée quatre mois plus tard, défendit d'acheter l'or et l'argent à plus haut cours que celui des monnaies du royaume. Une année après, le droit de bourgeoisie fut retiré aux marchands italiens, ce qui ne signifie pas qu'ils eurent à quitter la France, mais simplement à racheter, une fois de plus, l'autorisation d'y tenir commerce. 13. - 19 novembre 1323. Jean de Cherchemont, seigneur de

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Venours en Poitou, chanoine de Notre-Dame de Paris, trésorier de la cathédrale de Laon, avait été déjà chancelier à la fin du règne de Philippe V. Charles IV, à son avènement, l'avait remplacé par Pierre Rodier. Mais Charles de Valois, dont il avait su gagner les faveurs, le réimposa dans sa charge à cette date.

14. - Le règlement proposé au pape, à la suite d'un Conseil royal tenu à Gisors en juillet 1323, prévoyait que le roi serait bénéficiaire de 300000 livres sur les 400000 de frais accessoires. Mais il était spécifié également - et Valois montrait là le bout de sa grande oreille - que si le roi de France, pour quelque raison que ce fût, ne prenait pas la tête de l'expédition, ce rôle reviendrait de droit à Charles de Valois qui bénéficierait alors à titre personnel des subsides fournis par le pape. 15. - On oublie généralement qu'il y eut entre la France et l'Angleterre, deux guerres de cent ans. La première, qui va de 1152 à 1259, fut considérée comme terminée par le traité de Paris, conclu entre Saint Louis et Henry III Plantagenet. En fait, entre 1259 et 1338, les deux pays entrèrent en conflit armé deux fois encore, toujours pour la question d'Aquitaine: en 1294 et, comme on le verra, en 1324. La seconde guerre de Cent Ans, qui s'ouvrit en 1328, n'aura plus véritablement pour objet le différend d'Aquitaine, mais la succession au trône de France. 16. - Ceci donne un exemple de l'état d'imbroglio extrême auquel était parvenu le système féodal, système qu'on se représente ordinairement comme fort simple, et qui l'était, effectivement, mais qui finit par s'étouffer dans les complications nées de son usage. Il faut bien se rendre compte que la question de Saint-Sardos, ou l'affaire d'Aquitaine en général, n'étaient pas des exceptions, et qu'il en allait de même pour l'Artois, pour la Flandre, pour les Marches galloises, pour les royaumes d'Espagne, pour celui de Sicile, pour les principautés allemandes, pour la Hongrie, pour l'Europe entière.

17. - Ces chiffres ont été calculés par les historiens à partir des documents du xiv* siècle, en se basant sur le recensement du nombre des paroisses, et des feux par paroisse, à quatre habitants en moyenne par feu. Ils s'entendent pour la période environnant 1328. Au cours de la seconde guerre de Cent Ans, les combats, les famines et les épidémies firent tomber le total de la population de plus d'un tiers ; il fallut attendre quatre siècles pour que la France retrouvât à la fois le niveau démographique et le niveau de richesse qui étaient les siens sous Philippe le Bel et ses fils. Au début du xixe siècle encore, on pouvait considérer que dans cinq départements français, la densité

moyenne de population n'avait pas réatteint ses chiffres de 1328. De nos jours même, certaines villes, prospères au Moyen Age et ruinées par la guerre de Cent Ans, demeurent au-dessous de leur situation d'alors. On peut mesurer à cela ce qu'a coûté cette guerre à la nation. 18. - Les busines (même origine que le buccin des Romains) étaient de longues trompes droites ou légèrement recourbées qui servaient à rallier les armées au combat. La trompette courte, qui commença d'être en usage au xnie siècle, ne supplanta la busine qu'au cours du xv" siècle. 19. - Jeu de dés et de jetons qui paraît avoir été l'ancêtre du trictrac et du jacquet. 20. - Nos lecteurs seront peut-être surpris par cet emploi de bouches à feu au siège de La Réole en 1324. En effet, on ne date traditionnellement l'apparition de l'artillerie à poudre que de la bataille de Crécy en 1346.

En vérité Crécy fut la première bataille où l'artillerie fut uulisée en rase campagne et en guerre de mouvement. Il ne s'agissait d'ailleurs que d'armes de relativement petits calibres et qui ne firent ni gros dégâts, ni grosse impression. Certains historiens français en ont exagéré l'effet pour expliquer une défaite due bien plus à la fougueuse sottise du roi Philippe VI et de ses barons qu'à cet emploi par l'adversaire d'armes nouvelles.

Mais les "traits à poudre" de Crécy étaient une application de la grosse artillerie à feu employée pour les sièges depuis une vingtaine d'années déjà, concurremment à l'artillerie classique - on peut presque dire l'artillerie antique, car elle avait peu varié depuis César et même Alexandre le Grand - et qui lançait sur les villes par systèmes de leviers, de balanciers, de contrepoids ou de ressorts, des boulets de pierre ou des matières ardentes. Les premières bombardes ne lançaient rien d'autre que ces boulets de pierre semblables à ceux des balistes, mangonneaux et autres catapultes. C'était le moyen de projection qui était nouveau. Il paraît bien que ce fut en Italie que l'artillerie à poudre prit naissance, car le métal dont étaient cerclées les bombardes était qualifié de " fer lombard ". Les Pisans usaient de ces engins dans les années qui nous intéressent. Charles de Valois fut vraisemblablement le premier stratège, en France, à se servir de cette artillerie nouvelle. Il en avait passé commande dès le mois d'avril 1324 et s'était entendu avec le sénéchal de Languedoc pour qu'elle fût rassemblée à Castelsarrasin. Donc son fils Philippe VI ne dut pas être tellement surpris des petits boulets qu'on lui envoya à Crécy. 1082

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21. - Le roi de France, rappelons-le, n'était pas à cette époque suzerain d'Avignon. Philippe le Bel, en effet, avait pris soin de céder au roi de Naples ses titres de coseigneur d'Avignon afin de ne point paraître, aux yeux du monde, tenir le pape en tutelle directe. Mais par la garnison installée à Villeneuve, et par la seule situation géographique de l'établissement papal, il tenait le Saint-Siège et l'Église tout entière sous forte surveillance.

22. - C'est ce qui arriva effectivement sept ans plus tard, en 1330, quand les Romains élirent l'antipape Nicolas V.

23. - Le Palais des Papes, tel que nous le connaissons, est très différent du château de Jean XXII dont il ne reste que quelques éléments dans la partie qu'on nomme "le palais vieux". L'énorme édifice qui fait la célébrité d'Avignon est surtout l'ouvre des papes Benoît XII, Clément VI, Innocent VI et Urbain V. Les constructions de Jean XXII y furent complètement remaniées et absorbées au point de disparaître à peu près dans le nouvel ensemble. Il n'en demeure pas moins que Jean XXII fut le véritable fondateur du Palais des Papes. 24. - Fils d'un boulanger de Foix en Ariège, Jacques Fournier, confident du pape Jean XXII, devait devenir pape lui-même, dix ans plus tard, sous le nom de Benoît XII. 25. - Jean XXII qui aimait les animaux exotiques, avait également dans son palais une ménagerie qui contenait un lion, deux autruches et un chameau.

26. - La question méritait en effet d'être posée, car les princes du Moyen Age avaient fréquemment six et même huit parrains et marraines. Mais n'étaient réputés comme tels, en droit canon, que ceux qui avaient réellement tenu l'enfant sur les fonts. Le procès d'annulation du mariage de Charles IV et de Blanche de Bourgogne, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, est l'un des documents les plus riches en renseignements sur les cérémonies religieuses dans les familles royales. L'assistance était nombreuse et très mélangée ; le menu peuple se pressait comme à un spectacle et les officiants étaient presque étouffés par la foule. L'affluence et la curiosité y étaient aussi grandes qu'aux actuels mariages des étoiles de cinéma, et le recueillement pareillement absent.

27. - Les affrèrements par échange et mélange des sangs, pratiqués depuis la plus haute antiquité et les sociétés dites primitives, étaient encore en usage à la fin du Moyen Age. Ils existaient en Islam; ils

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étaient également d'usage dans la noblesse d'Aquitaine, peut-être par tradition héritée des Maures. On en retrouve les traces dans certaines dépositions au procès des Templiers. Il semble qu'ils se perpétuent, comme acte de contre-magie, chez certaines tribus de gitans. L'affrè-rement pouvait sceller le pacte d'amitié, de compagnonnage, aussi bien que le pacte d'amour, spirituel ou non. Les plus célèbres affrèrements rapportés par la littérature médiévale chevaleresque sont ceux contractés par Girart de Roussillon et la fille de l'empereur de Byzance (et devant leurs époux respectifs), par le chevalier Gauvain, par la comtesse de Die, par le fameux Perceval. 28. - Cette dispense lui avait été accordée par Clément V en 1313, Charles de Valois n'ayant alors que quarante-trois ans.

29. - Wautier (ou Wauter, ou Vautier, selon les rédactions différentes) pour Walter. Il s'agissait toujours du Lord Trésorier Stapledon, Walter de son prénom. L'original de cette lettre, ainsi que des suivantes, est en français.

30. - Rappelons que l'année traditionnelle commençait au premier janvier alors que l'année administrative commençait à Pâques.

31. - Cette manière de faire voyager un enfant n'est pas anormale, encore qu'elle ne soit guère confortable. En effet, les selles de voyage, à la fin du xme siècle et au début du xiv" siècle, si elles possédaient un très haut troussequin, ou bâte arrière, en forme de dossier auquel s'appuyait le cavalier, étaient sans pommeau et se présentaient fort plates sur le garrot du cheval. C'était la selle de combat qui possédait une bâte avant très relevée, afin que le chevalier, lourdement armé et ayant à subir des chocs violents, fût comme enchâssé entre le troussequin et le pommeau.

32. - La transaction avait été faite, en août 1317, entre Philippe V et Clémence. 33. - Louis XVI devait sortir, par cette même porte, de la tour du Temple, 467 ans plus tard, et pour aller à l'échafaud. On ne peut s'empêcher d'être frappé de cette coïncidence, et du lien fatidique entre le Temple et la dynastie capétienne.

34. - Chaâlis, en forêt d'Ermenonville, est un des tout premiers monuments gothiques de l'Ile-de-France. Sur cet ancien prieuré dépendant des moines de Vézelay, le roi Louis le Gros fonda, un an avant sa mort, en 1136, un vaste monastère dont il ne reste, depuis les 1084

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démolitions de la Révolution, que quelques ruines imposantes. Saint Louis y résidait fréquemment. Charles IV y fit deux brefs séjours en mai et en juin 1322, et celui dont il s'agit ici en juin 1326. Philippe VI y demeura au début mars 1329, et plus tard Charles V. A la Renaissance, quand Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare, en était abbé commendataire, le Tasse y passa deux mois.

Cette fréquence des séjours royaux dans les abbayes et monastères, en France comme en Angleterre, ne doit pas être tant imputée aux pieuses dispositions des souverains qu'au fait que les moines, au Moyen Age, détenaient une sorte de monopole de l'industrie hôtelière. Il n'était pas de couvent un peu important qui n'eût son "hôtellerie", et plus confortable que la plupart des châteaux avoisinants. Les souverains en déplacement s'y installaient donc, avec leur cour ambulante, comme de nos jours ils se font réserver, pour eux et leur suite, un étage dans un palace de capitale, de ville d'eau ou de station balnéaire.

35. - Par la lettre du 19 juin 1326: "Et aussi, beau fils, vous chargeons que vous ne vous mariiez nulle part tant que vous ne serez revenu à nous, ni sans notre assentiment et commandement... Et ne croyez à nul conseil contraire à la volonté de votre père, selon ce que sage roi Salomon vous apprend... "

36. - Harwich avait reçu son statut de bourg communal par une charte accordée en 1318 par Edouard II. Ce port devait rapidement devenir la tête du commerce avec la Hollande et le lieu des embarquements royaux pour le Continent pendant la guerre de Cent Ans. Edouard III, quatorze ans après y avoir abordé avec sa mère comme nous le racontons ici, devait en partir pour livrer la bataille de l'Écluse, première de la longue série de défaites infligées aux flottes françaises par l'Angleterre. Au xvie siècle sir Francis Drake et l'explorateur sir Martin Frobisher s'y rencontrèrent après que le premier eut détruit l'Armada de Philippe V. Ce fut à Harwich également que s'embarquèrent pour l'Amérique les fameux passagers du Mayflower commandé par le capitaine Christopher Jones ; Nelson lui-même y séjourna.

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