Les Rois Maudits

Maurice Druon · Chapitre 6 sur 11 · partie 32/34

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Les Rois Maudits

Prologue

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 34 parties.

Et là, au matin du 12, que voit-il arriver? Deux cents lances, précédées d'une bannière jaune et blanche, et au milieu des lances une grande litière rouge d'où sort un cardinal... J'ai accoutumé mes sergents et valets, vous l'avez vu, à mettre genou en terre quand je descends. Cela fait toujours impression sur ceux chez qui je parviens. Beaucoup aussitôt s'agenouillent de même, et se signent. Mon apparition mit de l'émotion, je vous le donne à croire, dans le camp anglais. J'avais la veille quitté le roi Jean à Amboise. Je savais qu'il n'attaquerait pas encore, mais que le moment ne pouvait plus être éloigné. Alors, à moi d'engager mon affaire. J'étais passé par Bléré, où j'avais pris peu de sommeil. Flanqué des armures de mon neveu de Durazzo et de messire de Hérédia, et suivi des robes de mes prélats et clercs, j'allai au Prince et lui demandai de s'entretenir avec moi, seul à seul.

Il me parut pressé, me disant qu'il levait le camp dans l'heure. Je lui assurai qu'il avait un moment, et que mon propos, qui était celui de notre saint-père le pape, méritait qu'il l'entendît. De savoir, comme je m'en portais certain, qu'il ne serait pas attaqué ce jour lui donna certainement du répit ; mais tout le temps que nous parlâmes, bien qu'il voulût se montrer sûr de soi, il continua de marquer de la hâte, ce que je trouvai bon.

Il a de la hauteur dans le naturel, ce prince, et comme j'en ai aussi, cela ne pouvait pas nous faire le début facile. Mais moi, j'ai l'âge, qui me sert...

Bel homme, belle taille... En effet, en effet, il est vrai, mon neveu, que je ne vous ai point encore décrit le prince de Galles!... Vingt-six ans. C'est l'âge d'ailleurs de toute la nouvelle génération qui devient maîtresse des affaires. Le roi de Navarre a vingt-cinq ans, et Phobus de même; seul le Dauphin est plus jeune... Galles a un sourire avenant qu'aucune dent gâtée ne dépare encore. Pour le bas du visage et pour la carnation, il tient du côté de sa mère, la reine Philippa. Il en a les manières enjouées, et il grossira comme elle. Pour le haut du visage, 1538 LES ROIS MAUDITS il tirerait plutôt vers son arrière grand-père, Philippe le Bel. Un front lisse, des yeux bleus, écartés et grands, d'une froideur de fer. Il vous regarde fixement, d'une façon qui dément l'aménité du sourire. Les deux parties de cette figure, d'expressions si différentes, sont séparées par de belles moustaches blondes, à la saxonne, qui lui encadrent la lèvre et le menton... Le fond de sa nature est d'un dominateur. Il ne voit le monde que du haut d'un cheval. Vous connaissez ses titres? Edouard de Woodstock, prince de Galles, prince d'Aquitaine, duc de Cornouailles, comte de Chester, seigneur de Biscaye... Le pape et les rois couronnés sont les seuls hommes qu'il ait à regarder pour supérieurs. Toutes les autres créatures, à ses yeux, n'ont que des degrés dans l'infériorité. Il a le don de commander, c'est certain, et le mépris du risque. Il est endurant; il garde tête claire dans le danger. Il est fastueux dans le succès et couvre de dons ses amis.

Il a déjà un surnom, le Prince Noir, qu'il doit à l'armure d'acier bruni qu'il affectionne et qui le rend très remarquable, surtout avec les trois plumes blanches de son heaume, parmi les chemises de mailles toutes brillantes et les cottes d'armes multicolores des chevaliers qui l'entourent. Il a commencé de bonne heure dans la gloire. A Crécy, il avait donc seize ans, son père lui confia toute une bataille à commander, celle des archers gallois, en l'entourant, bien sûr, de capitaines éprouvés qui avaient à le conseiller et même à le diriger. Or, cette bataille fut si durement attaquée par les chevaliers français qu'un moment, jugeant le prince en péril, ceux-là qui avaient charge de le seconder dépêchèrent vers le roi pour lui demander de se porter au secours de son fils. Le roi Edouard III, qui observait le combat depuis la butte d'un moulin, répondit au messager : " Mon fils est-il mort, atterré ou si blessé qu'il ne se puisse aider lui-même? Non?... Alors, retournez vers lui, ou vers ceux qui vous ont envoyé, et dites-leur qu'ils ne viennent me requérir, quelque aventure qu'il lui advienne, tant qu'il sera en vie. J'ordonne qu'ils laissent à l'enfant gagner ses éperons; car je veux, si Dieu l'a ordonné, que la journée soit sienne et que l'honneur lui en demeure. " Voilà le jeune homme donc devant lequel je me trouvais, pour la

première fois.

Je lui dis que le roi de France... "Devant moi, il n'est pas le roi de France", fit le prince. - Devant la Sainte Église, il est le roi oint et couronné", lui renvoyai-je; vous jugez du ton... que le roi de France donc venait à lui avec son ost qui comptait près de trente mille hommes. Je forçais un peu, à dessein ; et pour être cru, j'ajoutais : " D'autres vous parleraient de soixante mille. Moi, je vous dis le vrai. C'est que je n'inclus pas la piétaille qui est demeurée en arrière. " J'évitai de lui dire qu'elle avait été renvoyée; j'eus le sentiment qu'il le savait déjà. Mais n'importe; soixante ou trente, ou même vingt-cinq mille,

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chiffre qui s'approchait plus du vrai: le prince n'avait que six mille hommes avec lui, tous archers et coutilliers compris. Je lui représentai que, dès lors, ce n'était plus question de vaillance, mais de nombre.

Il me dit qu'il allait être rejoint d'un moment à l'autre par l'armée de Lancastre. Je lui répondis que je le lui souhaitais de tout mon cour, pour son salut.

Il vit qu'à jouer l'assurance, il ne serait pas mon maître, et, après avoir marqué un court silence, il me dit tout à trac qu'il me savait plus favorable au roi Jean... à présent, il lui rendait son titre de roi... que je ne l'étais à son père. " Je ne suis favorable qu'à la paix entre les deux royaumes, lui répondis-je, et c'est elle que je viens vous proposer. "

Alors il commença avec beaucoup de grandeur à me représenter que l'an précédent il avait traversé tout le Languedoc et mené ses chevaliers jusqu'à la mer latine sans que le roi s'y pût opposer ; que cette saison même, il venait de faire chevauchée de la Guyenne jusqu'à la Loire; que la Bretagne était quasiment sous la loi anglaise ; que bonne part de la Normandie, amenée par Monseigneur Philippe de Navarre, était tout près d'y passer ; que moult seigneurs d'Angoumois, du Poitou, de Saintonge, et même du Limousin lui étaient ralliés... il eut le bon goût de ne point mentionner le Périgord... et en même temps, il regardait la hauteur du soleil par la fenêtre... pour enfin me lâcher: " Après tant de succès pour nos armes, et toutes les emprises que nous avons, de droit et de fait, dans le royaume de France, quelles seraient les offres que nous ferait le roi Jean pour la paix?"

Ah ! si le roi avait bien voulu m'entendre à Breteuil, à Chartres... Que pouvais-je répondre, qu'avais-je dans les mains? Je dis au prince que je ne lui apportais aucune offre du roi de France car ce dernier, fort comme il l'était, ne pouvait songer à la paix avant d'emporter la victoire qu'il escomptait ; mais que je lui portais le commandement du pape, qui voulait qu'on cessât d'ensanglanter les royaumes d'Occident, et qui priait impérieusement les rois, insistai-je, de s'accorder afin de se porter au secours de nos frères de Constantinople. Et je lui demandai à quelles conditions l'Angleterre...

Il regardait toujours monter le soleil, et rompit l'entretien en disant: " II revient au roi mon père, non à moi, de décider de la paix. Je n'ai point d'ordre de lui qui m'autorise à traiter. " Puis il souhaita que je voulusse bien l'excuser s'il me précédait sur la route. Il n'avait en tête que de mettre distance avec l'armée poursuivante. " Laissez-moi vous bénir, Monseigneur, lui dis-je. Et je resterai proche, s'il vous advenait d'avoir besoin de moi. "

Vous me direz, mon neveu, que j'emportais petite pêche dans mon filet, en m'en repartant de Montbazon derrière l'armée anglaise. Mais je n'étais point aussi mécontent que vous le pourriez croire. La situation étant ce que je la voyais, j'avais ferré le poisson et lui laissais 1540 LES ROIS MAUDITS

du fil. Cela dépendait des remous de la rivière. Il me fallait seulement ne pas m'éloigner du bord.

Le prince avait piqué vers le sud, vers Châtellerault. Les chemins de la Touraine et du Poitou, ces journées-là, virent passer d'étonnants cortèges. D'abord, l'armée du prince de Galles, compacte, rapide, six mille hommes, toujours en bon ordre, mais tout de même un peu essoufflés et qui ne musent plus à brûler les granges. C'est plutôt la terre qui semble brûler les sabots de leurs montures. A un jour de marche, lancée à leur poursuite, l'armée formidable du roi Jean, lequel a regroupé, comme il le voulait, toutes ses bannières, ou presque, vingt-cinq mille hommes, mais qu'il presse trop, qu'il fatigue et qui commencent à moins bien s'articuler et à laisser des traînards. Et puis, entre Anglais et Français, suivant les premiers, précédant les seconds, mon petit cortège qui met un point de pourpre et d'or dans la campagne. Un cardinal entre deux armées, cela ne s'est pas vu souvent ! Toutes les bannières se hâtent à la guerre, et moi, avec ma petite escorte, je m'obstine à la paix. Mon neveu de Durazzo trépigne; je sens qu'il a comme de la honte à escorter quelqu'un dont toute la prouesse serait de faire qu'on ne combattît point. Et mes autres chevaliers, Heredia, La Rue, tous pensent de même. Durazzo me dit: "Laissez donc le roi Jean rosser les Anglais, et qu'on en finisse. D'ailleurs qu'espérez-vous empêcher? "

Je suis au fond de moi assez de leur avis, mais je ne veux point lâcher. Je vois bien que si le roi Jean rattrape le prince Edouard, et il va le rattraper, il ne peut que l'écraser. Si ce n'est en Poitou, ce sera en

Angoumois.

Tout, apparemment, donne Jean pour vainqueur. Mais ces journées-ci, ses astres sont mauvais, très mauvais, je le sais. Et je me demande comment, dans une situation qui l'avantage si fort, il va essuyer un si funeste aspect. Je me dis qu'il va peut-être livrer une bataille victorieuse, mais qu'il y sera tué. Ou bien qu'une maladie va le saisir

en chemin...

Sur les mêmes routes avancent aussi les chevauchées des retardataires, les comtes de Joigny, d'Auxerre et de Châtillon, les bons compères, toujours joyeux et prenant leurs aises, mais comblant petit à petit leur écart avec le gros de l'armée de France. " Bonnes gens, avez-vous vu le roi? " Le roi? Il est parti le matin de La Haye. Et l'Anglais? Il y a dormi la veille...

Jean II, puisqu'il suit son cousin anglais, est renseigné fort exactement sur les routes de son adversaire. Ce dernier, se sentant talonné, gagne Châtellerault, et là, pour s'alléger et dégager le pont, il fait passer la Vienne, de nuit, à son convoi personnel, tous les chariots qui portent ses meubles, ses harnachements de parade, ainsi que tout son butin, les soieries, les vaisselles d'argent, les objets d'ivoire, les trésors d'églises

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qu'il a raflés au cours de sa chevauchée. Et fouette vers Poitiers. Lui-même, ses hommes d'armes et ses archers, dès le petit matin, prennent un moment la même route; puis, pour plus de prudence, il jette son monde dans des voies de traverse. Il a un calcul en tête : contourner par l'est Poitiers, où le roi sera bien forcé de laisser reposer sa lourde armée, ne serait-ce que quelques heures, et ainsi augmenter son avance.

Ce qu'il ignore, c'est que le roi n'a pas pris le chemin de Châtellerault. Avec toute sa chevalerie qu'il emmène à un train de chasse, il a piqué sur Chauvigny, encore plus au levant, pour tenter de déborder son ennemi et lui couper la retraite. Il va en tête, droit sur sa selle, le menton en avant, sans prendre garde à rien, comme il est allé au banquet de Rouen. Une étape de plus de douze lieues, d'un trait.

Toujours courant à sa suite, les trois seigneurs bourguignons, Joigny, Auxerre et Châtillon. " Le roi?... - Sur Chauvigny. - Va donc pour Chauvigny ! " Ils sont contents ; ils ont presque rejoint l'ost ; ils seront là pour l'hallali.

Ils parviennent donc à Chauvigny, que surmonte son gros château dans une courbe de la Vienne. Il y a là, dans le soir qui tombe, un énorme rassemblement de troupes, un encombrement sans pareil de chariots et de cuirasses. Joigny, Auxerre et Châtillon aiment leurs aises. Ils ne vont pas se jeter, après une dure étape, dans une telle cohue. A quoi bon se presser? Prenons plutôt un bon dîner, tandis que nos varlets panseront les montures. Cervellière ôtée, jambières délacées, les voilà qui s'étirent, se frottent les reins et les mollets, et puis s'attablent dans une auberge non loin de la rivière. Leurs écuyers, qui les savent gourmands, leur ont trouvé du poisson, puisqu'on est vendredi. Ensuite, ils vont dormir... tout cela me fut conté après, par le menu... et le matin suivant s'éveillent tard, dans un bourg vide et silencieux. "Bonnes gens... le roi?" On leur désigne la direction de Poitiers. "Le plus court? - Par la Chaboterie. "

Voilà donc Châtillon, Joigny et Auxerre, leurs lances à leur suite, qui s'en vont à bonne allure dans les chemins de bruyères. Joli matin; le soleil perce les branches, mais sans trop darder. Trois lieues sont franchies sans peine. On sera rendu à Poitiers dans moins d'une demi-heure. Et soudain, au croisement de deux layons, ils tombent nez à nez avec une soixantaine d'éclaireurs anglais. Ils sont plus de trois cents. C'est l'aubaine. Fermons nos ventailles, abaissons nos lances. Les éclaireurs anglais, qui sont d'ailleurs gens du Hainaut que commandent messires de Ghistelles et d'Auberchicourt, font demi-tour et prennent le galop. "Ah! les lâches, ah! les couards! A la poursuite, à la poursuite ! "

La poursuite ne dure guère car, la première futaie franchie, Joigny, Auxerre et Châtillon s'en vont donner dans le gros de la colonne anglaise qui se referme sur eux. Les épées et les lances s'entrechoquent

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un moment. Ils se battent bien les Bourguignons ! Mais le nombre les étouffe. "Courez au roi, courez au roi, si vous pouvez!" lancent Auxerre et Joigny à leurs écuyers, avant d'être démontés et de devoir

se rendre.

Le roi Jean était déjà dans les faubourgs de Poitiers lorsque quelques hommes du comte de Joigny, qui avaient pu échapper à une furieuse chasse, s'en vinrent, hors d'haleine, lui conter l'affaire. Il les félicita fort. Il était tout joyeux. D'avoir perdu trois grands barons et leurs bannières? Non, certes; mais le prix n'était pas lourd pour la bonne nouvelle. Le prince de Galles, qu'il croyait encore devant lui, était derrière. Il avait réussi; il lui avait coupé la route. Demi-tour vers la Chaboterie. Conduisez-moi, mes braves! L'hallali, l'hallali... Il venait de vivre sa bonne journée, le roi Jean. Moi-même, mon neveu? Ah! J'avais suivi la route venant de Châtellerault. J'arrivais à Poitiers, pour y loger à l'évêché, où je fus, dans la soirée, informé de tout. VI

LES DÉMARCHES DU CARDINAL

Ne vous surprenez pas, à Metz, Archambaud, de voir le Dauphin rendre l'hommage à son oncle l'Empereur. Eh bien oui, pour le Dauphiné, qui est dans la mouvance impériale... Non, non, je l'y ai fort engagé ; c'est même un des prétextes au voyage ! Cela ne diminue point la France, au contraire; cela lui établit des droits sur le royaume d'Arles, si l'on venait à le reconstituer, puisque le Viennois jadis s'y trouvait inclus. Et puis c'est de bon exemple, pour les Anglais, de leur montrer que roi ou fils de roi, sans s'abaisser, peut consentir l'hommage à un autre souverain, quand des parties de ses États relèvent de l'antique suzeraineté de l'autre... C'est la première fois, depuis bien longtemps, que l'Empereur paraît résolu à pencher un peu du côté de la France. Car jusqu'ici, et bien que sa sour Madame Bonne ait été la première épouse du roi Jean, il était plutôt favorable aux Anglais. N'avait-il pas nommé le roi Edouard, qui s'était montré bien habile avec lui, vicaire impérial? Les grandes victoires de l'Angleterre, et l'abaissement de la France ont dû le conduire à réfléchir. Un empire anglais à côté de l'Empire ne lui sourirait guère. Il en va toujours ainsi avec les princes allemands; ils s'emploient autant qu'ils peuvent à diminuer la France et, ensuite, ils s'aperçoivent que cela ne leur a rien rapporté, au contraire...

Je vous conseille, quand nous serons devant l'Empereur, et si l'on vient à parler de Crécy, de ne point trop insister sur cette bataille. En tout cas, n'en prononcez pas le nom le premier. Car, tout à la différence de son père Jean l'Aveugle, l'Empereur, qui n'était pas encore empereur, n'y a pas fait trop belle figure... Il a fui, tout bonnement, ne mâchons pas les mots... Mais ne parlez pas trop de Poitiers non plus, que tout le monde forcément a en tête, et ne croyez point nécessaire d'exalter le courage malheureux des chevaliers français, cela par égard pour le Dauphin... car lui non plus ne s'est pas distingué par un excès

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de vaillance. C'est une des raisons pour lesquelles il a quelque peine à asseoir son autorité. Ah non! ce ne sera pas une réunion de héros... Enfin, il a des excuses, le Dauphin; et s'il n'est pas homme de guerre, ce n'est pas lui qui aurait manqué de saisir la chance que j'offris à soa père...

Je vous reprends le récit de Poitiers, que nul ne pourrait vous faire plus complètement que moi, vous allez comprendre pourquoi. Nous en étions donc au samedi soir, lorsque les deux armées se savent toutes voisines l'une de l'autre, presque à se toucher, et que le prince de Galles comprend qu'il ne peut plus bouger...

Le dimanche, tôt le matin, le roi entend messe, en plein champ. Une messe de guerre. Celui qui officie porte mitre et chasuble par-dessus sa cotte de mailles; c'est Regnault Chauveau, le comte-évêque de Châlons, un de ces prélats qui conviendraient mieux à l'ordre militaire qu'aux ordres religieux... Je vous vois sourire, mon neveu... oui, vous vous dites que j'appartiens à l'espèce; mais moi, j'ai appris à me contraindre, puisque Dieu m'a désigné mon chemin. Pour Chauveau, cette armée agenouillée dans les prés mouillés de rosée, en avant du bourg de NouaiHé, doit lui offrir la vision des légions célestes. Les cloches de l'abbaye de Maupertuis sonnent dans leur gros clocher carré. Et les Anglais, sur la hauteur, derrière les boqueteaux qui les dissimulent, entendent le formidable Gloria que poussent les chevaliers de France.

Le roi communie entouré de ses quatre fils et de son frère d'Orléans, tous en arroi de combat. Les maréchaux regardent avec quelque perplexité les jeunes princes auxquels il leur a fallu donner des commandements bien qu'ils n'aient aucune expérience de la guerre. Oui, les princes leur sont un souci. N'a-t-on pas amené jusqu'aux enfants, le jeune Philippe, le fils préféré du roi, et son cousin Charles d'Alençon? Quatorze ans, treize ans; quel embarras que ces cuirasses naines ! Le jeune Philippe restera auprès de son père, qui tient à le veiller lui-même ; et l'on a commis l'Archiprêtre à la protection du petit

Alençon.

Le connétable a réparti l'armée en trois grosses batailles. La première, trente-deux bannières, est aux ordres du duc d'Orléans. La deuxième aux ordres du Dauphin, duc de Normandie, secondé de ses frères, Louis d'Anjou et Jean de Berry. Mais en vérité, le commandement est à Jean de Landas, à Thibaut de Vodenay et au sire de Saint-Venant, trois hommes de guerre qui ont charge de serrer étroitement l'héritier du trône et de le gouverner. Le roi prendrait la tête de la troisième bataille.

On le hisse en selle, sur son grand destrier blanc. Du regard, il parcourt son armée et s'émerveille de la voir si nombreuse et si belle. Que de heaumes, que de lances côte à côte, sur des rangs profonds ! Que

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de lourds chevaux qui encensent de la tête et font cliqueter leurs mors ! Aux selles pendent les épées, les masses d'armes, les haches à deux tranchants. Aux lances flottent les pennons et les banderoles. Que de couleurs vives peintes sur les écus et les larges, brodées sur les cottes des chevaliers et sur les housses de leur monture ! Tout cela poudroie, luit, scintille, éclate sous le soleil du matin.

Le roi s'avance alors et s'écrie: "Mes beaux sires, quand vous étiez entre vous à Paris, à Chartres, à Rouen ou à Orléans, vous menaciez les Anglais et vous souhaitiez être le bassinet en tête devant eux ; or, vous y êtes à présent ; je vous les montre. Aussi veuillez leur montrer vos talents et venger les ennuis et dépits qu'ils nous ont faits, car, sans faute, nous les battrons! " Et puis après l'énorme: "Dieu y ait part. Nous le verrons ! " qui lui répond, il attend. Il attend, pour donner l'ordre d'attaquer, que soit revenu Eustache de Ribemont, le bailli de Lille et de Douai, qu'il a envoyé avec un petit détachement reconnaître exactement la position anglaise. Et toute l'armée attend, dans un grand silence. Moment difficile que celui où l'on va charger et où l'ordre tarde. Car chacun alors se dit: "Ce sera peut-être mon tour aujourd'hui... Je vois peut-être la terre pour la dernière fois." Et toutes les gorges sont nouées, sous la mentonnière d'acier ; et chacun se recommande à Dieu plus vivement encore que pendant la messe. Le jeu de la guerre devient tout à coup solennel et terrible.

Messire Geoffroy de Charny portait l'oriflamme de France que le roi lui avait fait l'honneur de lui confier, et l'on m'a dit qu'il avait l'air tout transfiguré.

Le duc d'Athènes semblait des plus tranquilles. Il savait d'expérience que, le plus gros de son travail de connétable, il l'avait assuré auparavant. Dès que le combat serait engagé, il ne verrait guère à plus de deux cents pas ni ne se ferait entendre à plus de cinquante ; on lui dépêcherait des divers points du champ de bataille des écuyers qui arriveraient ou n'arriveraient pas ; et, à ceux qui parviendraient à lui, il crierait un ordre qui serait ou ne serait pas exécuté. Qu'il soit là, qu'on puisse dépêcher à lui, qu'il fasse un geste, qu'il crie une approbation, rassurerait. Peut-être une décision à prendre dans un moment difficile... Mais dans cette grande confusion de chocs et de clameurs, ce ne serait plus lui, vraiment, qui commanderait, mais la volonté de Dieu. Et vu le nombre des Français, il semblait bien que Dieu se fût déjà prononcé. Le roi Jean, lui, commençait à s'irriter parce que Eustache de Ribemont ne revenait pas. Aurait-il été pris, comme hier Auxerre et Joigny? La sagesse serait d'envoyer une seconde reconnaissance. Mais le roi Jean ne supporte point l'attente. Il est saisi de cette coléreuse impatience qui monte en lui chaque fois que l'événement n'obéit pas

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tout de suite à sa volonté, et qui le rend impuissant à juger sainement des choses. Il est au bord de donner l'ordre d'attaque... tant pis, on verra bien... quand reviennent enfin messire de Ribemont et ses

patrouilleurs.

"Alors, Eustache, quelles nouvelles? - Fort bonnes, Sire; vous aurez, s'il plaît à Dieu, bonne victoire sur vos ennemis. - Combien sont-ils? - Sire, nous les avons vus et considérés. A l'estimation, les Anglais peuvent être deux mille hommes d'armes, quatre mille archers et quinze cents ribauds. " Le roi, sur son destrier blanc, a un sourire vainqueur. Il regarde les vingt-cinq mille hommes, ou presque, rangés autour de lui. "Et comment est leur gîte? - Ah ! Sire, ils occupent un fort lieu. On peut tenir pour sûr qu'ils n'ont pas plus d'une bataille, et petite, à opposer aux nôtres, mais ils l'ont bien ordonnée. "

Et de décrire comment les Anglais sont installés, sur la hauteur, de part et d'autre d'un chemin montant, bordé de haies touffues et de buissons derrière lesquels ils ont aligné leurs archers. Pour les attaquer, il n'est d'autre voie que ce chemin, où quatre chevaux seulement pourront aller de front. De tous autres côtés, ce sont seulement vignes et bois de pins où l'on ne saurait chevaucher. Les hommes d'armes anglais, leurs montures gardées à l'écart, sont tous à pied, derrière les archers qui leur font une manière de herse. Et ces archers ne seront pas légers à déconfire.

" Et comment, messire Eustache, conseillez-vous de nous y rendre? " Toute l'armée avait les yeux tournés vers le conciliabule qui réunissait, autour du roi, le connétable, les maréchaux et les principaux chefs de bannière. Et aussi le comte de Douglas, qui n'avait pas quitté le roi depuis Breteuil. Il y a des invités, parfois, qui coûtent cher. Guillaume de Douglas dit : " Nous, les Escots, c'est toujours à pied que nous avons battu les Anglais... " Et Ribemont renchérit, en parlant des milices flamandes. Et voici qu'à l'heure d'engager combat, on se met à disserter d'art militaire. Ribemont a une proposition à faire, pour la disposition d'attaque. Et Guillaume de Douglas l'approuve. Et le roi invite à les écouter, puisque Ribemont est le seul qui ait exploré le terrain, et parce que Douglas est l'invité qui a si bonne connaissance

des Anglais.

Soudain un ordre est lancé, transmis, répété. " Pied à terre ! " Quoi? Après ce grand moment de tension et d'anxiété, où chacun s'est préparé au fond de soi à affronter la mort, on ne va pas combattre? Il se fait comme un flottement de déception. Mais si, mais si; on va combattre, oui, mais à pied. Ne resteront à cheval que trois cents armures, qui iront, emmenées par les deux maréchaux, percer une brèche dans les lignes des archers anglais. Et, par cette brèche, les hommes d'armes s'engouffreront aussitôt, ponr combattre, main à main, les hommes du QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

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prince de Galles. Les chevaux sont gardés à toute proximité, pour la poursuite. Déjà Audrehem et Clermont parcourent le front des bannières pour choisir les trois cents chevaliers les plus forts, les plus hardis et les plus lourdement armés qui formeront la charge. Ils n'ont pas l'air content, les maréchaux, car ils n'ont même pas été conviés à donner leur avis. Clermont a bien tenté de se faire entendre et demandé qu'on réfléchisse un instant. Le roi l'a rabroué. " Messire Eustache a vu, et messire de Douglas sait. Que nous apporterait de plus votre discours? " Le plan de l'éclaireur et de l'invité devient le plan du roi. " II n'y a qu'à nommer Ribemont maréchal et Douglas connétable", grommelle Audrehem. Pour tous ceux qui ne sont pas de la charge, pied à terre, pied à terre... "Otez vos éperons, et taillez vos lances à la longueur de cinq pieds! "

Humeur et grogne dans les rangs. Ce n'était pas pour cela qu'on était venu. Et pourquoi alors avoir licencié la piétaille à Chartres, si l'on devait à présent en faire le travail? Et puis raccourcir les lances, cela leur brisait le cour, aux chevaliers. De belles hampes de frêne, choisies avec soin pour être tenues horizontales, coincées contre la targe, et va le galop ! Maintenant ils allaient se promener, alourdis de fer, avec des bâtons. "N'oublions point qu'à Crécy..." disaient ceux qui voulaient malgré tout donner raison au roi. "Crécy, toujours Crécy", répondaient les autres. Ces hommes qui, la demi-heure d'avant, avaient l'âme tout exaltée d'honneur bougonnaient comme des paysans qui ont cassé un essieu de chariot. Mais le roi lui-même, pour donner l'exemple, avait renvoyé son destrier blanc et piétinait l'herbe, les talons sans éperons, faisant sauter sa masse d'armes d'une main dans l'autre.

C'est au milieu de cette armée occupée à couper ses lances à coups de hache d'arçon que, arrivant de Poitiers, je dévalai au galop, couvert par la bannière du Saint-Siège, et escorté seulement de mes chevaliers et de mes meilleurs bacheliers, Guillermis, Cunhac, Élie d'Aimery, Hélie de Raymond, ceux-là avec lesquels nous voyageons. Ils ne sont pas près d'oublier! Ils vous ont conté... non?

Je descends de cheval en lançant mes rênes à La Rue ; je recoiffe mon chapeau que la course m'avait rabattu dans le dos ; Brunet défroisse ma robe, j'avance vers le roi les gants joints. Je lui dis d'entrée, avec autant de fermeté que de révérence : " Sire, je vous prie et vous supplie, au nom de la foi, de surseoir un moment au combat. Je viens m'adresser à vous d'ordre et de la volonté de notre Saint-Père. Vous plaira-t-il de m'écouter?"

Si surpris qu'il fût par l'arrivée, en un tel instant, de ce gêneur d'Église, que pouvait-il faire, le roi Jean, sinon me répondre, du même

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ton de cérémonie : " Volontiers, Monseigneur cardinal. Que vous plaît-il de me dire?" Je restai un moment les yeux levés vers le ciel, comme si je le priais de m'inspirer. Et je priais, en effet; mais aussi j'attendais que le duc d'Athènes, les maréchaux, le duc de Bourbon, l'évêque Chauveau en qui je pensais trouver un allié, Jean de Landas, Saint-Venant, Tancarville et quelques autres, dont l'Archiprêtre, se fussent rapprochés. Car ce n'étaient plus à présent paroles seul à seul ou entretiens de dîner, comme à Breteuil ou Chartres. Je voulais être entendu, non seulement du roi, mais des plus hauts hommes de France, et qu'ils soient bien témoins de ma démarche. "Très cher Sire, repris-je, vous avez ici la fleur de la chevalerie de votre royaume, en multitude, contre une poignée de gens que sont les Anglais au regard de vous. Ils ne peuvent tenir contre votre force; et il serait plus honorable pour vous qu'ils se missent à votre merci sans bataille, plutôt que d'aventurer toute cette chevalerie, et de faire périr de bons chrétiens de part et d'autre. Je vous dis ceci sur l'ordonnance de notre très saint-père le pape, qui m'a mandé comme son nonce, avec toute son autorité, afin d'aider à la paix, selon le commandement de Dieu qui la veut entre les peuples chrétiens. Aussi je vous prie de souffrir, au nom du Seigneur, que je chevauche vers le prince de Galles, pour lui remontrer en quel danger vous le tenez, et lui parler raison. " S'il avait pu me mordre, le roi Jean, je crois qu'il l'aurait fait. Mais un cardinal sur un champ de bataille cela ne laisse pas d'impressionner. Et le duc d'Athènes hochait le front, et le maréchal de Clermont, et Monseigneur de Bourbon. J'ajoutai: "Très cher Sire, nous sommes dimanche, jour du Seigneur, et vous venez d'entendre messe. Vous plairait-il de surseoir au travail de mort le jour consacré au Seigneur? Laissez au moins que j'aille parler au prince. "

Le roi Jean regarda ses seigneurs autour de lui, et comprit que lui, le roi très chrétien, ne pouvait point ne pas déférer à ma demande. Si jamais quelque accident funeste survenait, on l'en tiendrait pour coupable et l'on y verrait le châtiment de Dieu.

" Soit, Monseigneur, me dit-il. Il nous plaît de nous accorder à votre souhait. Mais revenez sans tarder. "

J'eus alors une bouffée d'orgueil... le bon Dieu m'en pardonne... Je connus la suprématie de l'homme d'Église, du prince de Dieu, sur les rois temporels. Eusse-je été comte de Périgord, au Heu de votre père, jamais je n'aurais été investi de cette puissance-là. Et je pensai que j'accomplissais la tâche de ma vie.

Toujours escorté de mes quelques lances, toujours signalé par la bannière de la papauté, je piquai vers la hauteur, par le chemin qu'avait éclairé Ribemont, en direction du petit bois où campait le prince de Galles.

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" Prince, mon beau fils... " car cette fois, quand je fus devant lui, je ne lui donnai plus du Monseigneur, pour mieux lui laisser sentir sa faiblesse... "si vous aviez justement considéré la puissance du roi de France comme je viens de le faire, vous me laisseriez tenter une convention entre vous, et de vous accorder, si je le puis. " Et je lui dénombrai l'armée de France que j'avais pu contempler devant le bourg de Nouaillé. "Voyez où vous êtes, et combien vous êtes... Croyez-vous donc que vous pourrez tenir longtemps?"

Eh non, il ne pourrait longtemps tenir, et il le savait bien. Son seul avantage, c'était le terrain; son retranchement était vraiment le meilleur qu'on pût trouver. Mais ses hommes déjà commençaient à souffrir de la soif, car il n'y avait pas d'eau sur cette colline ; il eût fallu pouvoir aller en puiser au ruisseau, le Miosson, qui coulait en bas; or les Français le tenaient. Des vivres, il n'en était guère pourvu que pour une journée. Il avait perdu son beau rire blanc sous ses moustaches à la saxonne, le prince ravageur ! S'il n'avait pas été qui il était, au milieu de ses chevaliers, Chandos, Grailly, Warwick, Suffolk, qui l'observaient, il serait convenu de ce qu'eux-mêmes pensaient, que leur situation ne permettait plus d'espérance. A moins d'un miracle... et le miracle, c'était peut-être moi qui le lui apportais. Néanmoins, par souci de grandeur, il discuta un peu: "Je vous l'ai dit à Montbazon, Monseigneur de Périgord, je ne saurais traiter sans l'ordre du roi mon père... - Beau prince, au-dessus de l'ordre des rois, il y a l'ordre de Dieu. Ni votre père le roi Edouard, sur son trône de Londres, ni Dieu sur le trône du ciel ne vous pardonneraient de faire perdre la vie à tant de bonnes et braves gens remis à votre protection, si vous pouvez agir autrement. Acceptez-vous que je discute les conditions où vous pourriez, sans perdre l'honneur, épargner un combat bien cruel et bien douteux?"

Armure noire et robe rouge face à face. Le heaume aux trois plumes blanches interrogeait mon chapeau rouge et semblait en compter les glands de soie. Enfin le heaume fit un signe d'acquiescement.

Le chemin d'Eustache dévalé, où j'aperçus les archers anglais en rangs tassés, derrière les palissades de pieux qu'ils avaient plantés, et me voici revenu devant le roi Jean. Je tombai en pleine palabre ; et je compris, à certains regards qui m'accueillirent, que tout le monde n'avait pas dit du bien de moi. L'Archiprêtre se balançait, efflanqué, goguenard, sous son chapeau de Montauban.

" Sire, dis-je, j'ai bien vu les Anglais. Vous n'avez point à vous hâter de les combattre, et vous ne perdez rien à vous reposer un peu. Car, placés comme ils sont, ils ne peuvent vous fuir, ni vous échapper. Je pense en vérité que vous les pourrez avoir sans coup férir. Aussi je vous prie que vous leur accordiez répit jusques à demain, au soleil levant. " Sans coup férir... J'en vis plusieurs, comme le comte Jean d'Artois, 1550

LES ROIS MAUDITS

Douglas, Tancarville lui-même, qui bronchèrent sous le mot et secouèrent le col. Ils avaient envie de férir. J'insistai : " Sire, n'accordez rien si vous le voulez à votre ennemi, mais accordez son jour à Dieu. " Le connétable et le maréchal de Clermont penchaient pour cette suspension d'armes... "Attendons de savoir, Sire, ce que l'Anglais propose et ce que nous en pouvons exiger; nous n'y risquons rien... " En revanche, Audrehem, oh ! simplement parce que, Clermont étant d'un avis, il était de l'autre... disait assez haut pour que je l'entendisse : "Sommes-nous donc là pour batailler ou pour écouter prêche?" Eustache de Ribemont, parce que sa disposition de combat avait été adoptée par le roi, et qu'il était tout énervé de la voir en ouvre, poussait à l'engagement immédiat. Et Chauveau, le comte-évêque de Châlons qui portait heaume en forme de mitre, peint en violet, le voilà soudain qui s'agite et presque s'emporte.

"Est-ce le devoir de l'Église, messire cardinal, que de laisser des pillards et des parjures s'en repartir sans châtiment?" Là, je me fâche un peu. " Est-ce le devoir d'un serviteur de l'Église, messire évêque, que de refuser la trêve à Dieu? Veuillez apprendre, si vous ne le savez pas, que j'ai pouvoir d'ôter office et bénéfices à tout ecclésiastique qui voudrait entraver mes efforts de paix... La Providence punit les présomptueux, messire. Laissez donc au roi l'honneur de montrer sa grandeur, s'il le veut... Sire, vous tenez tout en vos mains ; Dieu décide à travers vous. "

Le compliment avait porté. Le roi tergiversa quelque temps encore, tandis que je continuais de plaider, assaisonnant mon propos de compliments gros comme les Alpes. Quel prince, depuis Saint Louis, avait montré tel exemple que celui qu'il pouvait donner? Toute la chrétienté allait admirer un geste de preux, et viendrait désormais demander arbitrage à sa sagesse ou secours à sa puissance !

"Faites dresser mon pavillon, dit le roi à ses écuyers. Soit, Monseigneur cardinal; je me tiendrai ici jusqu'à demain, au soleil levant, pour l'amour de vous. - Pour l'amour de Dieu, Sire ; seulement pour l'amour de Dieu. "

Et je repars. Six fois au long de la journée, je devais faire la navette, allant suggérer à l'un les conditions d'un accord, venant les rapporter à l'autre ; et chaque fois, passant entre les haies des archers gallois vêtus de leur livrée mi-partie blanchç et verte, je me disais que si quelques-uns, se méprenant, me lançaient une volée de flèches, je serais bien assaisonné. Le roi Jean jouait aux dés, pour passer le temps, sous son pavillon de drap vermeil. Tout à l'alentour, l'armée s'interrogeait. Bataille ou pas bataille? Et l'on en disputait ferme jusque devant le roi. Il y avait les sages, il y avait les bravaches, il y avait les timorés, il y avait les QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

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coléreux... Chacun s'autorisait à donner un avis. En vérité, le roi Jean restait indécis. Je ne pense pas qu'il se posa un seul moment la question du bien général. Il ne se posait que la question de sa gloire personnelle qu'il confondait avec le bien de son peuple. Après nombre de revers et de déboires, qu'est-ce donc qui grandirait le plus sa figure, une victoire par les armes ou par la négociation? Car l'idée d'une défaite bien sûr ne le pouvait effleurer, non plus qu'aucun de ses conseillers.

Or les offres que je lui portais, voyage après voyage, n'étaient point négligeables. Au premier, le prince de Galles consentait à rendre tout le butin qu'il avait fait au cours de sa chevauchée, ainsi que tous les prisonniers, sans demander rançon. Au second, il acceptait de remettre toutes les places et châteaux conquis, et tenait pour nuls les hommages et ralliements. A la troisième navette, c'était une somme d'or, en réparation de ce qu'il avait détruit, non seulement pendant l'été, mais encore dans les terres de Languedoc l'année précédente. Autant dire que de ses deux expéditions, le prince Edouard ne conservait aucun profit.

Le roi Jean exigeait plus encore? Soit. J'obtins du prince le retrait de toutes garnisons placées en dehors de l'Aquitaine... c'était un succès de belle taille... et l'engagement de ne jamais traiter dans l'avenir ni avec le comte de Foix... à ce propos, Phobus était dans l'armée du roi, mais je ne le vis pas; il se tenait fort à l'écart... ni avec aucun parent du roi, ce qui visait précisément Navarre. Le prince cédait beaucoup ; il cédait plus que je n'aurais cru. Et pourtant je devinais qu'au fond de lui il ne pensait pas qu'il serait dispensé de combattre.

Trêve n'interdit pas de travailler. Aussi tout le jour il employa ses hommes à fortifier leur position. Les archers doublaient les haies de pieux épointés aux deux bouts, pour se faire des herses de défense. Ils abattaient des arbres qu'ils tiraient en travers des passages que pourrait emprunter l'adversaire. Le comte de Suffolk, maréchal de l'ost anglais, inspectait chaque troupe l'une après l'autre. Les comtes de Warwick et de Salisbury, le sire d'Audley participaient à nos entrevues et m'escortaient à travers le camp.

Le jour baissait quand j'apportai au roi Jean une ultime proposition que j'avais moi-même avancée. Le prince était prêt à jurer et signer que, pendant sept ans entiers, il ne s'armerait pas ni n'entreprendrait rien contre le royaume de France. Nous étions donc tout au bord de la paix générale.

"Oh! on connaît les Anglais, dit l'évêque Chauveau. Ils jurent, et puis renient leur parole. " Je répliquai qu'ils auraient peine à renier un engagement pris par-devant le légat papal; je serais signataire à la convention.

"Je vous donnerai réponse au soleil levant", dit le roi.

Et je m'en allai loger à l'abbaye de Maupertuis. Jamais je n'avais tant

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chevauché dans une même journée, ni tant discuté. Si recru de fatigue que je fusse, je pris le temps de bien prier, de tout mon cour. Je me fis éveiller à la pointe du jour. Le soleil commençait juste à jaillir quand ---: j--u^f Hp.vant le tref du roi Jean. Au soleil levant,

impression. Toute l'armée ae rraiu,c ^<m "- ... _

bataille, à pied, sauf les trois cents désignés pour la charge, et n'attendant que le signal d'attaquer.

" Monseigneur cardinal, me déclare brièvement le roi, je n'accepterai de renoncer au combat que si le prince Edouard et cent de ses chevaliers, à mon choix, se viennent mettre en ma prison. - Sire, c'est là demande trop grosse et contraire à l'honneur ; elle rend inutiles tous nos pourparlers d'hier. J'ai pris suffisante connaissance du prince de Galles pour savoir qu'il ne la considérera même pas. Il n'est pas homme à capituler sans combattre, et à venir se livrer en vos mains avec la fleur de la chevalerie anglaise, dût ce jour être pour lui le dernier. Le feriez-vous, ou aucun de vos chevaliers de l'Étoile, si vous en étiez en sa place? - Certes non! - Alors, Sire, il me paraît vain que j'aille porter une requête avancée seulement pour qu'elle soit repoussée. - Monseigneur cardinal, je vous sais gré de vos offices; mais le soleil est levé. Veuillez

vous retirer du champ. "

Derrière le roi, ils se regardaient par leur ventaille, et échangeaient sourires et clins d'oeil, l'évêque Chauveau, Jean d'Artois, Douglas, Eustache de Ribemont et même Audrehem et bien sûr l'Archiprêtre, aussi contents, semblait-il, d'avoir fait échec au légat du pape qu'ils le seraient d'aplatir les Anglais.

Un instant, je balançai, tant la colère me montait au nez, à lâcher que j'avais pouvoir d'excommunication. Mais quoi? Quel effet cela aurait-il eu? Les Français seraient tout de même partis à l'attaque, et je n'aurais gagné que de mettre en plus grande évidence l'impuissance de l'Église. J'ajoutai seulement : " Dieu jugera, Sire, lequel de vous deux se sera montré le meilleur chrétien. "

Et je remontai, pour la dernière fois, vers les boqueteaux. J'enrageais. "Qu'ils crèvent tous, ces fous! me disais-je en galopant. Le Seigneur n'aura pas besoin de les trier; ils sont tous bons pour sa fournaise. "

Arrivé devant le prince de Galles, je lui dis : " Beau fils, faites ce que vous pourrez; il vous faut combattre. Je n'ai pu trouver nulle grâce d'accord avec le roi de France. - Nous battre est bien notre intention, me répondit le prince. Que Dieu m'aide ! "

Là-dessus, je m'en repartis, fort amer et dépité, vers Poitiers. Or ce fut le moment que choisit mon neveu de Durazzo pour me dire : " Je vous prie de me relever de mon service, mon oncle. Je veux aller combattre. - Et avec qui? lui criai-je. - Avec les Français, bien sûr! - Tu ne les trouves donc pas assez nombreux? - Mon oncle, comprenez qu'il va y avoir bataille, et il n'est pas digne d'un chevalier de n'y pas prendre part. Et messire de Heredia vous en prie aussi... " J'aurais dû le tancer bien fort, lui dire qu'il était requis par le Saint-Siège pour m'escorter dans ma mission de paix, et que, tout au contraire d'acte de noblesse, ce pourrait être regardé comme une forfaiture d'avoir rejoint l'un des deux partis. J'aurais dû lui ordonner, simplement, de rester... Mais j'étais las, j'étais irrité. Et d'une certaine façon, je le comprenais. J'aurais eu envie de prendre une lance, moi aussi et de charger je ne sais trop qui, l'évêque Chauveau... Alors je lui criai : " Allez au Diable, tous les deux ! Et grand bien vous fasse ! " C'est la dernière parole que j'adressai à mon neveu Robert. Je me la reproche, je me la reproche bien fort... VII LA MAIN DE DIEU

C'est chose bien malaisée, quand on n'y fut pas, que de reconstituer une bataille, et même quand on y fut. Surtout lorsqu'elle se déroule aussi confusément que celle de Maupertuis... Elle me fut contée, quelques heures après, de vingt façons différentes, chacun ne la jugeant que de sa place et ne prenant pour important que ce qu'il avait fait. Particulièrement les battus qui, à les entendre, ne l'eussent jamais été sans la faute de leurs voisins, lesquels en disaient tout autant. Ce qui ne peut être mis en doute, c'est que, aussitôt après mon départ du camp français, les deux maréchaux se prirent de bec. Le connétable, duc d'Athènes, ayant demandé au roi s'il lui plaisait d'ouïr son conseil, lui dit à peu près ceci : " Sire, si vous voulez vraiment que les Anglais se rendent à votre merci, que ne les laissez-vous s'épuiser par défaut de vivres? Car leur position est forte, mais ils ne la soutiendront guère quand ils auront le corps faible. Ils sont de toute part encerclés, et s'ils tentent sortie par la seule issue où nous pouvons nous-mêmes les forcer, nous les écraserons sans peine. Puisque nous avons attendu une journée, que ne pouvons-nous attendre encore une ou deux autres, d'autant qu'à chaque moment nous nous grossissons des retardataires qui rejoignent?" Et le maréchal de Clermont d'appuyer: "Le connétable dit bien. Un peu d'attente nous donne tout à gagner, et rien à

perdre."

C'est alors que le maréchal d'Audrehem s'emporta. Atermoyer, toujours atermoyer ! On devrait en avoir terminé depuis la veille au soir. " Vous ferez tant que vous finirez par les laisser échapper, comme souvent il advint. Regardez-les qui bougent. Ils descendent vers nous pour se fortifier plus bas et se ménager refuite. On dirait, Clermont, que vous n'avez pas grand-hâte de vous battre, et qu'il vous peine de voir les Anglais de si près. "

La querelle des maréchaux, il fallait bien qu'elle éclatât. Mais était- QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

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ce le moment le mieux choisi? Clermont n'était pas homme à prendre si gros outrage en plein visage. Il renvoya, comme à la paume: "Vous ne serez point si hardi aujourd'hui, Audrehem, que vous mettiez le museau de votre cheval au cul du mien. "

Là-dessus il rejoint les chevaliers qu'il doit entraîner à l'assaut, se fait hisser en selle, et donne de lui-même l'ordre d'attaquer. Audrehem l'imite aussitôt, et avant que le roi n'ait rien dit, ni le connétable rien commandé, voici la charge lancée, non point groupée comme il en avait été décidé, mais en deux escadrons séparés qui semblent moins se soucier de rompre l'ennemi que de se distancer ou de se poursuivre. Le connétable à son tour demande son destrier et s'élance, cherchant à les rameuter.

Alors le roi fait crier l'attaque pour toutes les bannières ; et tous les hommes d'armes, à pied, patauds, alourdis des cinquante ou soixante livres de fer qu'ils ont sur le dos, commencent à s'avancer dans les champs vers le chemin pentu où déjà la cavalerie s'engouffre. Cinq cents pas à franchir...

Là-haut, le prince de Galles, quand il a vu la charge française s'ébranler, s'est écrié: "Mes beaux seigneurs, nous sommes petit nombre, mais ne vous en effrayez pas. La vertu ni la victoire ne vont forcément à grand peuple, mais là où Dieu veut les envoyer. Si nous sommes déconfits, nous n'en aurons point de blâme, et si la journée est pour nous, nous serons les plus honorés du monde. " Déjà la terre tremblait au pied de la colline; les archers gallois se tenaient genou en terre derrière leurs pieux pointus, et les premières flèches se mirent à siffler... Tout d'abord le maréchal de Clermont fonça sur la bannière de Salisbury, se ruant dans la haie pour s'y faire brèche. Une pluie de flèches brisa sa charge. Ce fut une tombée atroce, au dire de ceux qui en ont réchappé. Les chevaux qui n'avaient pas été atteints allaient s'empaler sur les pieux pointus des archers gallois. De derrière la palissade, les coutilliers et bidaux surgissaient avec leurs gaudendarts, ces terribles armes à trois fins dont le croc saisit le chevalier par la chemise de mailles, et parfois par la chair, pour le jeter à bas de sa monture... dont la pointe disjoint la cuirasse à l'aîné ou à l'aisselle quand l'homme est à terre, dont le croissant enfin sert à fendre le heaume... Le maréchal de Clermont fut des premiers tués, et presque personne d'entre les siens ne put vraiment entamer la position anglaise. Tous défaits dans le passage conseillé par Eustache de Ribemont.

Au lieu de se porter au secours de Clermont, Audrehem avait voulu le distancer en suivant le cours du Miosson pour tourner les Anglais. Il était venu donner sur les troupes du comte de Warwick dont les archers ne lui firent pas meilleur parti. On devait vite apprendre que Audrehem était blessé, et prisonnier. Du duc d'Athènes, on ne savait

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rien. Il avait disparu dans la mêlée. L'armée avait, en quelques moments, vu disparaître ses trois chefs. Mauvais début. Mais cela ne faisait que trois cents hommes tués ou repoussés, sur vingt-cinq mille qui avançaient, pas à pas. Le roi était remonté à cheval pour dominer ce champ d'armures qui marchait, lentement.

Alors se produisit un étrange remous. Les rescapés de la charge Clermont, déboulant d'entre les deux haies meurtrières, leurs chevaux emportés, eux-mêmes hors de sens et incapables de freiner leurs montures, vinrent donner dans la première bataille, celle du duc d'Orléans, renversant comme des pièces d'échec leurs compagnons qui s'en venaient à pied, péniblement. Oh! ils n'en renversèrent pas beaucoup : trente ou cinquante peut-être, mais qui dans leur chute en chavirèrent le double.

Du coup, voici la panique dans la bannière d'Orléans. Les premiers rangs, voulant se garer des chocs, reculent en désordre ; ceux de derrière ne savent pas pourquoi les premiers refluent ni sous quelle poussée ; et la déroute s'empare en quelques moments d'une bataille de près de six mille hommes. Combattre à pied n'est pas leur habitude, sinon en champ clos, un contre un. Là, pesants comme ils sont, peinant à se déplacer, la vue rétrécie sous leurs bassinets, ils s'imaginent déjà perdus sans recours. Et tous se jettent à fuir alors qu'ils sont encore bien loin de portée du premier ennemi. C'est une chose merveilleuse qu'une armée qui se repousse elle-même ! Les troupes du duc d'Orléans et le duc lui-même cédèrent ainsi un terrain que nul ne leur disputait, quelques bataillons allant chercher refuge derrière la bataille du roi, mais la plupart courant droit, si l'on peut dire courir, aux chevaux tenus par les varlets, alors que rien d'autre en vérité ne talonnait tous ces fiers hommes que la peur qu'ils s'inspiraient à eux-mêmes. Et de se faire hisser en selle pour détaler aussitôt, certains partant plies comme des tapis en travers de leurs montures qu'ils n'étaient pas parvenus à enfourcher. Et disparaissant à travers le pays... La main de Dieu, ne peut-on s'empêcher de penser... n'est-ce pas, Archambaud?... Et seuls les mécréants oseraient en sourire.

La bataille du Dauphin, elle aussi, s'était portée en avant... "Montjoie Saint-Denis!"... et n'ayant reçu aucun retour ni reflux, poursuivit son progrès. Les premiers rangs, haletants déjà de leur marche, s'engagèrent entre les mêmes haies qui avaient été funestes à Clermont, butant sur les chevaux et les hommes abattus là, un petit moment fait. Ils furent accueillis par de mêmes nuées de flèches, tirées de derrière les palissades. Il y eut grand bruit de glaives heurtés, et de cris de fureur ou de douleur. Le goulot étant fort étroit, très peu se trouvaient au choc, tous les autres derrière eux pressés et ne se pouvant plus mouvoir. Jean de Landas, Voudenay, le sire Guichard aussi se

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tenaient, comme ils en avaient l'ordre, autour du Dauphin lequel aurait été bien en peine, et ses frères de Poitiers et de Berry comme lui, de bouger ou de commander aucun mouvement. Et puis, encore une fois, à travers les fentes d'un heaume, quand on est à pied, avec plusieurs centaines de cuirasses devant soi, le regard n'a guère de champ. A peine le Dauphin voyait-il plus loin que sa bannière, tenue par le chevalier Tristan de Meignelay. Quand les chevaliers du comte de Warwick, ceux-là qui avaient fait Audrehem prisonnier, fondirent à cheval sur le flanc de la bataille du Dauphin, il fut trop tard pour se disposer à soutenir charge. C'était bien le comble ! Ces Anglais, qui si volontiers se battaient à pied et en avaient tiré leur renommée, s'étaient remis en selle dès lors qu'ils avaient vu leurs ennemis venant à l'attaque démontés. Sans avoir à être bien nombreux, ils produisirent la même carambole, mais plus durement, dans le corps de bataille du Dauphin, que celle qui s'était faite toute seule parmi les gens du duc d'Orléans. Et avec plus de confusion encore. " Gardez-vous, gardez-vous ", criait-on aux trois fils du roi. Les chevaliers de Warwick poussaient vers la bannière du Dauphin, lequel Dauphin avait laissé choir sa courte lance et peinait, bousculé par les siens, à seulement soutenir son épée.

Continuer : partie 33 sur 34