Les Rois Maudits

Maurice Druon · Chapitre 6 sur 11 · partie 23/34

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Les Rois Maudits

Prologue

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 34 parties.

Les malheurs en effet étaient grands. Le roi Jean II, "le faux roi" disaient maintenant les Siennois, avait donné toute la mesure de son génie dans une grande bataille qui s'était livrée à l'ouest de son royaume, du côté de Poitiers. Parce que son père Philippe VI s'était fait battre à Crécy par des troupes de pied, Jean II, le jour de Poitiers, avait décidé de mettre à terre ses chevaliers, mais sans leur laisser ôter leurs armures, et de les faire marcher ainsi contre un ennemi qui les attendait en haut d'une colline. On les avait découpés dans leurs cuirasses comme des homards crus. Le fils aîné du roi, le dauphin Charles, qui commandait un corps de bataille, s'était éloigné du combat, sur l'ordre de son père assurait-on, mais avec bien de l'empressement à exécuter cet ordre. On racontait aussi que le dauphin avait les mains qui gonflaient et qu'à cause de cela il ne pouvait tenir longtemps une épée. Sa prudence, en tout cas, avait sauvé quelques chevaliers à la France, tandis que Jean II, isolé avec son dernier fils Philippe qui lui criait : " Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche ! " alors qu'il avait à se garder d'une armée entière, finissait par se rendre à un chevalier picard passé au service des

Anglais.

A présent le roi Valois était prisonnier du roi Edouard III. N'avançait-on pas, comme prix de sa rançon, le chiffre fabuleux d'un million de florins? Ah! il ne fallait pas compter sur les banquiers siennois pour y contribuer.

On commentait toutes ces nouvelles, avec beaucoup d'animation, un matin d'octobre 1356, devant le Municipio de Sienne, sur la belle place en amphithéâtre bordée de palais ocres et rosés; on en discutait, en faisant de grands gestes qui effarouchaient les pigeons, lorsque soudain Fra Bartolomeo s'avança dans sa robe blanche vers le groupe le plus nombreux, et, justifiant sa renommée de Frère Prêcheur, commença de parler comme s'il eût été en chaire. - On va voir enfin ce qu'est ce roi prisonnier et quels sont ses titres à la couronne de Saint Louis ! Le moment de la justice est arrivé ; les calamités qui s'appesantissent sur la France depuis vingt-cinq années ne sont que le châtiment d'une infamie, et Jean de Valois n'est qu'un usurpateur... Usurpâtore, usurpatore! hurlait Fra Bartolomeo devant la foule qui grossissait. Il n'a aucun droit au trône qu'il occupe. Le

véritable, le légitime roi de France, c'est à Sienne qu'il se trouve et tout le monde le connaît: on l'appelle Giannino Baglioni...

Son doigt indiquait par-dessus les toits la direction du palais Tolomei. - ... on le croit le fils de Guccio, fils de Mino; mais en vérité il est né en France, du roi Louis et de la reine Clémence de Hongrie.

La ville fut mise par ce prêche dans un tel émoi que le Conseil de la République se réunit sur l'heure au Municipio, demanda à Fra Bartolomeo d'apporter les pièces, les examina, et, après une grande délibération, décida de reconnaître Giannino comme roi de France. On allait l'aider à recouvrer son royaume ; on allait nommer un conseil de six d'entre les citoyens les plus avisés et les plus riches pour veiller à ses intérêts, et informer le pape, l'Empereur, les souverains, le Parlement de Paris, qu'il existait un fils de Louis X, honteusement dépossédé mais indiscutable, qui revendiquait son héritage. Et tout d'abord on lui vota une garde d'honneur et une pension. Giannino, effrayé de cette agitation, commença par tout refuser. Mais le Conseil insistait ; le Conseil brandissait devant lui ses propres documents et exigeait qu'il fût convaincu. Il finit par raconter ses entrevues avec Cola de Rienzi, dont la mort continuait de l'obséder, et alors l'enthousiasme ne connut pas de limites ; les plus nobles des jeunes Siennois se disputaient l'honneur d'être de sa garde ; on se serait presque battu entre quartiers, comme le jour du Palio. Cet empressement dura un petit mois, pendant lequel Giannino parcourut sa ville avec un train de prince. Son épouse ne savait trop quelle attitude adopter et se demandait si, simple bourgeoise, elle pourrait être ointe à Reims. Quant aux enfants, ils étaient habillés toute la semaine de leurs vêtements de fête. L'aîné du premier mariage, Gabriele, devrait-il être considéré comme l'héritier du trône? Gabriele Primo, roi de France... cela sonnait étrangement. Ou bien... et la pauvre Francesca Agazzano en tremblait... le pape ne serait-il pas forcé d'annuler un mariage si peu en rapport avec l'auguste personne de l'époux, afin de permettre que celui-ci contractât une nouvelle union avec une fille de roi?

Négociants et banquiers furent vite calmés par leurs correspondants. Les affaires n'étaient-elles pas assez mauvaises en France, qu'il fallût y faire surgir un roi de plus? Les Bardi de Florence se moquaient bien de ce que le légitime souverain fût siennois ! La France avait déjà un roi Valois, prisonnier à Londres où il menait une captivité dorée, en l'hôtel de Savoie sur la Tamise, et se consolait, en compagnie déjeunes écuyers, de l'assassinat de son cher La Cerda. La France avait également un roi anglais qui commandait à la plus grande part du pays. Et maintenant le nouveau roi de Navarre, petit-fils de Marguerite de Bourgogne, qu'on appelait Charles le Mauvais, revendiquait lui aussi

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le trône. Et tous étaient endettés auprès des banques italiennes... Ah! les Siennois étaient bien venus d'aller soutenir les prétentions de leur

Giannino !

Le Conseil de la République n'envoya aucune lettre aux souverains, aucun ambassadeur au pape, aucune représentation au Parlement de Paris. Et l'on retira bientôt à Giannino sa pension et sa garde

d'honneur.

Mais c'était lui, maintenant, entraîné presque contre son gré dans cette aventure, qui voulait la poursuivre. Il y allait de son honneur, et l'ambition, tardivement, le tourmentait. Il n'admettait plus qu'on tînt pour rien qu'il eût été reçu au Capitole, qu'il eût dormi au Château Saint-Ange et marché sur Rome en compagnie d'un cardinal. Il s'était promené un mois avec une escorte de prince, et ne pouvait supporter qu'on chuchotât, le dimanche, quand il entrait au Duomo dont on venait d'achever la belle façade noire et blanche : " Vous savez, c'est lui qui se disait héritier de France ! " Puisqu'on avait décidé qu'il était roi, il continuerait de l'être. Et, tout seul, il écrivit au pape Innocent VI, qui avait succédé en 1352 à Pierre Roger; il écrivit au roi d'Angleterre, au roi de Navarre, au roi de Hongrie, leur envoyant copie de ses documents et leur demandant d'être rétabli dans ses droits. L'entreprise en fût peut-être restée là si Louis de Hongrie, seul de tout le parentage, n'eût répondu. Il était neveu direct de la reine Clémence; dans sa lettre il donnait à Giannino le titre de roi et le félicitait de sa

naissance !

Alors, le 2 octobre 1357, trois ans jour pour jour après sa première entrevue avec Cola de Rienzi, Giannino, emportant avec lui tout son dossier, ainsi que deux cent cinquante écus d'or et deux mille six cents ducats cousus dans ses vêtements, partit pour Bude, pour demander protection à ce cousin lointain qui acceptait de le reconnaître. Il était accompagné de quatre écuyers fidèles à sa fortune.

Mais quand il arriva à Bude, deux mois plus tard, Louis de Hongrie ne s'y trouvait pas. Tout l'hiver, Giannino attendit, dépensant ses ducats. Il découvrit là un Siennois, Francesco del Contado, qui était

devenu évêque.

Enfin, au mois de mars, le cousin de Hongrie rentra dans sa capitale, mais ne reçut pas Giovanni di Francia. Il le fit interroger par plusieurs de ses seigneurs qui se déclarèrent d'abord convaincus de sa légitimité, puis, huit jours plus tard, faisant volte-face, affirmèrent que ses prétentions n'étaient qu'imposture. Giannino protesta; il refusait de quitter la Hongrie. Il se constitua un conseil, présidé par l'évêque siennois; il parvint même à recruter, parmi l'imaginative noblesse hongroise toujours prête aux aventures, cinquante-six gentilshommes qui s'engagèrent à le suivre avec mille cavaliers et quatre mille archers,

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poussant leur aveugle générosité jusqu'à offrir de le servir à leurs frais aussi longtemps qu'il ne serait pas en état de les récompenser.

Encore leur fallait-il, pour s'équiper et partir, l'autorisation du roi de Hongrie. Celui-ci, qui se faisait nommer "le Grand", mais ne paraissait pas briller par la rigueur de jugement, voulut réexaminer lui-même les documents de Giannino, les approuva comme authentiques, proclama qu'il allait fournir appuis et subsides à l'entreprise, puis, la semaine suivante, annonça que, tout bien réfléchi, il abandonnait ce projet.

Et pourtant le 15 mai 1359, l'évêque Francesco del Contado remettait au prétendant une lettre datée du même jour, scellée du sceau de Hongrie, par laquelle Louis le Grand " enfin éclairé par le soleil de la vérité" certifiait que le seigneur Giannino di Guccio, élevé dans la ville de Sienne, était bien issu de la famille royale de ses ancêtres, et fils du roi Louis de France et de la reine Clémence de Hongrie, d'heureuses mémoires. La lettre confirmait également que la divine Providence, se servant du secours de la nourrice royale, avait voulu qu'un échange substituât au jeune prince un autre enfant à la mort duquel Giannino devait son salut. "Ainsi autrefois la Vierge Marie, fuyant en Egypte, sauvait son enfant en laissant croire qu'il ne vivait plus... " Toutefois l'évêque Francesco conseillait au prétendant de partir au plus vite, avant que le roi de Hongrie ne fût revenu sur sa décision, d'autant qu'on n'était pas absolument certain que la lettre eût été dictée par lui, ni le sceau apposé par son ordre...

Le lendemain, Giannino quittait Bude, sans avoir eu le temps de réunir toutes les troupes qui s'étaient offertes à le servir, mais néanmoins avec une assez belle suite pour un prince qui avait si peu de terres.

Giovanni di Francia se rendit alors à Venise où il se fît tailler des habits royaux, puis à Trévise, à Padoue, à Ferrare, à Bologne, et enfin il rentra à Sienne, après un voyage de seize mois, pour se présenter aux élections du Conseil de la République.

Or, bien que son nom fût sorti le troisième des boules, le Conseil invalida son élection, justement parce qu'il était le fils de Louis X, justement parce qu'il était reconnu comme tel par le roi de Hongrie, justement parce qu'il n'était pas de la ville. Et on lui ôta la citoyenneté siennoise. Vint à passer par la Toscane le grand sénéchal du royaume de Naples, qui se rendait en Avignon. Giannino s'empressa de l'aller trouver ; Naples n'était-elle pas le berceau de sa famille maternelle? Le sénéchal, prudent, lui conseilla de s'adresser au pape.

Sans escorte cette fois, les nobles hongrois s'étant lassés, il arriva au printemps 1360 dans la cité papale, en simple habit de pèlerin. Innocent VI refusa obstinément de le recevoir. La France causait au Saint-

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Père trop de tracas pour qu'il songeât à s'occuper de cet étrange roi posthume.

Jean II le Bon était toujours prisonnier ; Paris demeurait marqué par l'insurrection où le prévôt des marchands, Étienne Marcel, avait péri assassiné après sa tentative d'établir un pouvoir populaire. L'émeute était aussi dans les campagnes où la misère soulevait ceux qu'on appelait " les Jacques ". On se tuait partout, on ne savait plus qui était ami ou ennemi. Le dauphin aux mains gonflées, sans troupes et sans finances, luttait contre l'Anglais, luttait contre le Navarrais, luttait contre les Parisiens même, aidé du Breton du Guesclin auquel il avait remis l'épée qu'il ne pouvait tenir. Il s'employait en outre à réunir la rançon de son père.

L'embrouille était totale entre des factions toutes également épuisées ; des compagnies, qui se disaient de soldats mais qui n'étaient que de brigands, rendaient les routes incertaines, pillaient les voyageurs, tuaient par simple vocation du meurtre.

Le séjour d'Avignon devenait, pour le chef de l'Église, aussi peu sûr que celui de Rome, même avec les Colonna. Il fallait traiter, traiter au plus vite, imposer la paix à ces combattants exténués, et que le roi d'Angleterre renonçât à la couronne de France, fût-ce à garder par droit de conquête la moitié du pays, et que le roi de France fût rétabli sur l'autre moitié pour y ramener un semblant d'ordre. Qu'avait-on à faire d'un pèlerin agité qui réclamait le royaume en brandissant l'incroyable relation de moines inconnus, et une lettre du roi de Hongrie que celui-ci démentait? Alors Giannino erra, cherchant quelque argent, essayant d'intéresser à son histoire des convives d'auberge qui disposaient d'une heure à perdre entre deux pichets de vin, accordant de l'influence à des gens qui n'en avaient point, s'abouchant avec des intrigants, des malchanceux, des routiers de grandes compagnies, des chefs de bandes anglaises qui, venues jusque-là, écumaient la Provence. On disait qu'il était fou et, en vérité, il le devenait. Les notables d'Aix l'arrêtèrent un jour de janvier 1361 où il semait le trouble dans leur ville. Ils s'en débarrassèrent dans les mains du viguier de Marseille lequel le jeta en prison. Il s'évada au bout de huit mois pour être aussitôt repris ; et puisqu'il se réclamait si haut de sa famille de Naples, puisqu'il affirmait avec tant de force être le fils de Madame Clémence de Hongrie, le viguier l'envoya à Naples.

On négociait justement dans ce moment-là le mariage de la reine Jeanne, héritière de Robert l'Astrologue, avec le dernier fils de Jean II le Bon. Celui-ci, à peine revenu de sa joyeuse captivité, après la paix de Brétigny conclue par le dauphin, courait en Avignon où Innocent VI venait de mourir. Et le roi Jean II proposait au nouveau pontife Urbain V un magnifique projet, la fameuse croisade que ni son

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père Philippe de Valois ni son grand-père Charles n'avaient réussi à faire partir ! A Naples, Jean le Posthume, Jean l'Inconnu, fut enfermé au château de l'ouf; par le soupirail de son cachot il pouvait voir le Château-Neuf, le Maschio Angioino, d'où sa mère était partie si heureuse, quarante-six ans plus tôt, pour devenir reine de France. Ce fut là qu'il mourut, la même année, ayant partagé, lui aussi, par les détours les plus étranges, le sort des Rois maudits.

Quand Jacques de Molay, du haut de son bûcher, avait lancé son anathème, était-il instruit, par les sciences divinatoires dont les Templiers passaient pour avoir l'usage, de l'avenir promis à la race de Philippe le Bel? Ou bien la fumée dans laquelle il mourait avait-elle ouvert son esprit à une vision prophétique?

Les peuples portent le poids des malédictions plus longtemps que les princes qui les ont attirées. Des descendants mâles du Roi de fer, nul n'avait échappé au destin tragique, nul ne survivait, sinon Edouard d'Angleterre, qui venait d'échouer à régner sur la France. Mais le peuple, lui, n'était pas au bout de souffrir. Il lui faudrait connaître encore un roi sage, un roi fou, un roi faible, et soixante-dix ans de calamités, avant que les reflets d'un autre bûcher, allumé pour le sacrifice d'une fille de France, n'eussent dissipé, dans les eaux de la Seine, la malédiction du grand-maître.

Paris, 1954-1960 Essendiéras, 1965-1966

NOTES HISTORIQUES

1. - L'Église n'a jamais imposé de législation fixe ou uniforme au rituel du mariage et s'est plutôt contentée d'entériner des usages particuliers.

La diversité des rites et la tolérance de l'Église à leur égard reposent sur le fait que le mariage est par essence un contrat entre individus et un sacrement dont les contractants sont l'un envers l'autre mutuellement les ministres. La présence du prêtre, et même de tout témoin, n'était nullement requise dans les églises chrétiennes primitives. La bénédiction n'est devenue obligatoire qu'à partir d'un décret de Charlemagne. Jusqu'à la réforme du Concile de Trente au xvie siècle, les fiançailles, par leur caractère d'engagement, avaient presque autant d'importance que le mariage lui-même.

Chaque région avait ses usages particuliers qui pouvaient varier d'un diocèse à un autre. Ainsi le rite de Hereford était différent du rite d'York. Mais de façon générale l'échange de voux constituant le sacrement proprement dit avait lieu en public à l'extérieur de l'église. Le roi Edouard Ier épousa de la sorte Marguerite de France, en septembre 1299, à la porte de la cathédrale de Canterbury. L'obligation faite de nos jours de tenir ouvertes les portes de l'église pendant la cérémonie du mariage, et dont la non-observance peut constituer un cas d'annulation, est une précise survivance de cette tradition.

Le rite nuptial de l'archidiocèse d'York présentait certaines analogies avec celui de Reims, en particulier en ce qui concernait l'application successive de l'anneau aux quatre doigts, mais à Reims le geste était accompagné de la formule suivante :

Par cet anel l'Église enjoint

Que nos deux cours en ung soient joints

Par vray amour, loyale foy;

Pour tant je te mets en ce doy.

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2. - Après l'annulation de son mariage avec Blanche de Bourgogne (voir notre précédent volume : La Louve de France), Charles IV avait épousé successivement Marie de Luxembourg, morte en couches, puis Jeanne d'Évreux. Celle-ci, nièce de Philippe le Bel par son père Louis de France comte d'Évreux, était également nièce de Robert d'Artois par sa mère Marguerite d'Artois, sour de Robert.

3. - Par un traité conclu à la fin de 1327, Charles IV avait échangé le comté de la Marche, constituant précédemment son fief d'apanage, contre le comté de Clermont en Beauvaisis que Louis de Bourbon avait hérité de son père, Robert de Clermont. C'est à cette occasion que la seigneurie de Bourbon avait été élevée en duché.

4. - Cette année 1328 fut pour Mahaut d'Artois une année de maladie. Les comptes de sa maison nous apprennent qu'elle dut se faire saigner le surlendemain de ce conseil, 6 février 1328, et encore les 9 mai, 18 septembre et 19 octobre.

5. - Un chapeau d'or: terme employé au Moyen Age concurremment à celui de couronne. Également en orfèvrerie, doigt signifiait: bague.

6. - Pierre Roger, précédemment abbé de Fécamp, avait fait partie de la mission chargée des négociations entre la cour de Paris et la cour de Londres, avant l'hommage d'Amiens. Il fut nommé au diocèse d'Arras le 3 décembre 1328 en remplacement de Thierry d'Hirson ; puis il fut successivement archevêque de Sens, archevêque de Rouen ; et, enfin, élu pape en 1342 à la mort de Benoît XII, il régna sous le nom de Clément VI.

7. - Jusqu'au xvie siècle, les grands miroirs, pour s'y voir en buste ou en pied, n'existaient pas ; on ne disposait que de miroirs de petites dimensions destinés à être pendus ou posés sur les meubles, ou encore de miroirs de poche. Ils étaient soit de métal poli, comme ceux de l'Antiquité, soit, et seulement depuis le xnie siècle, constitués par une plaque de verre derrière laquelle une feuille d'étain était appliquée à la colle transparente. L'étamage des glaces avec un amalgame de mercure et d'étain ne fut inventé qu'au xvie siècle.

8. - Cet hôtel de la Malmaison, de dimensions palatiales, devait devenir par la suite l'Hôtel de ville d'Amiens.

9. - On nomme hortillonnages des cultures maraîchères qui se pratiquaient, et se pratiquent toujours, dans la large vallée maréca-

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geuse de la Somme, aménagée, selon un procédé et un aspect très particuliers, pour le maraîchage. Ces jardins, artificiellement créés en surélevant le sol à l'aide du limon dragué dans le fond de la vallée, sont sillonnés de canaux qui drainent l'eau du sous-sol, et sur lesquels les maraîchers, ou hortillons, se déplacent dans de longues barques noires et plates, poussées à la perche, et qui les amènent jusqu'au Marché d'Eau dans Amiens.

Les hortillonnages couvrent un territoire de près de trois cents hectares. L'origine latine du nom (hortus: jardin) permet de supposer que ces cultures datent de la colonisation romaine. 10. - On appelait princes à fleur de lis tous les membres de la famille royale capétienne, parce que leurs armes étaient constituées d'un semé de France (d'azur semé de fleurs de lis d'or) avec une bordure variant selon leurs apanages ou fiefs.

11. - Guillaume de la Planche, bailli de Béthune, puis de Calais, se trouvait en prison pour l'exécution hâtive d'un certain Tassard le Chien, qu'il avait, de sa propre autorité, condamné à être traîné et pendu.

La Divion était venue le voir en sa prison et elle lui avait promis que, s'il témoignait dans le sens qu'elle lui indiquait, le comte d'Artois le tirerait d'affaire en faisant intervenir Miles de Noyers. Guillaume de la Planche, lors de la contre-enquête, se rétracta et déclara qu'il n'avait déposé que "par peur des menaces et par doute de demeurer très longtemps et mourir en prison, s'il refusait d'obéir à Monseigneur Robert qui était si grand, si puissant et si avant environ le roi". 12. - Mesquine ou meschine (du wallon eskène, ou méquène en Hainaut, ou encore, en provençal, mesquin) signifiant : faible, pauvre, chétif, ou misérable, était le qualitatif généralement appliqué aux servantes.

13. - En juin 1320, Mahaut avait fait marché avec Pierre de Bruxelles, peintre demeurant à Paris, pour la décoration à fresques de la grande galerie de son château de Conflans, situé au confluent de la Marne et de la Seine. L'accord indiquait très précisément les sujets de ces fresques - portraits du comte Robert II et de ses chevaliers en batailles de terre et de mer - les vêtements que devaient porter les personnages, les couleurs, et la qualité des matériaux utilisés. Les peintures furent achevées le 26 juillet 1320.

14. - Ces recettes de sorcellerie, dont l'origine remonte au plus haut Moyen Age, étaient encore utilisées du temps de Charles IX et

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même sous Louis XIV; certains assurèrent que la Montespan se prêta à la préparation'de telles pâtes conjuratoires. Les recettes de la composition des philtres d'amour, qu'on lira plus loin, sont extraites des recueils du Petit ou du Grand Albert.

15. - Nous rappelons qu'après un emprisonnement de onze ans à Château-Gaillard, Blanche de Bourgogne fut transférée au château de Gournay, près Coutances, pour prendre enfin le voile à l'abbaye de Maubuisson où elle mourut en 1326. Mahaut, sa mère, devait être elle-même inhumée à Maubuisson; ses restes ne furent transférés que plus tard à Saint-Denis où se trouve toujours son gisant, le seul, à notre connaissance, qui soit fait de marbre noir. 16. - De la Chandeleur de 1329 jusqu'au 23 octobre, Mahaut semble avoir été en excellente santé et n'avoir eu à faire que très peu appel à ses médecins ordinaires. Du 23 octobre, date de son entrevue avec Philippe VI à Maubuisson, jusqu'au 26 novembre, veille de sa mort, on peut suivre presque jour par jour l'évolution de sa maladie, grâce aux paiements faits par son trésorier aux mires, physiciens, barbiers, herbière, apothicaires et espiciers, pour leurs soins ou leurs fournitures.

17. - Le premier des douze enfants d'Edouard III et de Philippa de Hainaut, Edouard de Woodstock, prince de Galles, qu'on appela le Prince Noir, à cause de la couleur de son armure. C'est lui qui devait remporter la victoire de Poitiers sur le fils de Philippe VI de Valois, Jean II, et faire ce dernier prisonnier.

Au cours d'une existence de grand chef de guerre, il vécut surtout sur le Continent, fut l'un des personnages dominants des débuts de la guerre de Cent Ans, et mourut un an avant son père, en 1376.

18. - Le texte original du jugement de Roger Mortimer fut rédigé en français. 19. - Les Common Gallows de Londres (le Montfaucon des Anglais), où étaient exécutés la plupart des condamnés de droit commun, étaient situés en bordure des bois de Hyde Park, au lieu appelé Tyburn, et qu'occupé actuellement Marble Arch. Pour y parvenir, depuis la Tour, il fallait donc traverser tout Londres, et sortir de la ville. Ce gibet fut utilisé jusqu'au milieu du xvme siècle. Une plaque discrète en signale l'emplacement.

20. - La reine Jeanne la Boiteuse était coutumière de pareils méfaits et lorsqu'elle avait pris en détestation l'un des amis, conseillers

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ou serviteurs de son époux, usait des pires moyens pour assouvir sa haine. Ainsi, voulant se débarrasser du maréchal Robert Bertrand, dit le Chevalier au Vert Lion, elle adressa au prévôt de Paris une lettre " de par le roi " lui ordonnant d'arrêter le maréchal pour trahison, et de l'envoyer pendre sur-le-champ au gibet de Montfaucon. Le prévôt était l'intime ami du maréchal; cet ordre soudain que n'avait précédé aucune action de justice le stupéfia; au lieu de conduire Robert Bertrand à Montfaucon, il l'emmena d'urgence trouver le roi, lequel leur fit le meilleur accueil, embrassa le maréchal et ne comprit rien à l'émoi de ses visiteurs. Quand ils lui montrèrent l'ordre d'arrestation, il reconnut aussitôt que l'ordre venait de sa femme et il enferma celle-ci, dit le chroniqueur, dans une chambre où il la battit à coups de bâton et tellement " qu'il s'en fallut de peu qu'il la tuât ".

L'évêque Jean de Marigny faillit lui aussi être victime des criminelles manouvres de la Boiteuse. Il lui avait déplu et ne le savait pas. Il revenait d'une mission en Guyenne ; la reine feint de l'accueillir avec de grandes effusions d'amitié et pour le défatiguer lui fait préparer un bain au Palais. L'évêque d'abord refuse, n'en voyant pas l'urgente nécessité; mais la reine insiste, lui disant que son fils Jean, le duc de Normandie (le futur Jean II), va se baigner également. Et elle l'accompagne aux étuves. Les deux bains sont prêts; le duc de Normandie, par mégarde ou indifférence, se dirige vers le bain destiné à l'évêque et s'apprête à y entrer, quand sa mère, brusquement, l'en empêche, donnant des signes d'affolement. On s'étonne. Jean de Normandie, qui était fort ami de Marigny, flaire un piège, prend un chien qui rôdait là et le jette dans la cuve ; le chien meurt aussitôt. Le roi Philippe VI, quand l'incident lui fut raconté, à nouveau enferma sa femme et la roua "à coup de torches".

Quant à l'hôtel de Nesle, il lui avait été donné par son mari en 1332, c'est-à-dire deux ans après que celui-ci eut acheté l'hôtel aux exécuteurs testamentaires de la fille de Mahaut, Jeanne de Bourgogne la Veuve, qui le tenait elle-même de son époux Philippe V. En exécution d'une clause du testament de Jeanne la Veuve, le produit de la vente, mille livres en espèces plus un revenu de deux cents livres, servit à la fondation et à l'entretien d'une maison d'écoliers installée dans une dépendance de l'hôtel. C'est là l'origine du célèbre Collège de Bourgogne ; c'est également la cause de la confusion qui s'est établie, dans la mémoire populaire, entre les deux belles-sours, Marguerite et Jeanne de Bourgogne. Les débauches d'écoliers qu'on attribua à Marguerite, et qui n'existèrent jamais que dans la légende, trouvent là leur explication.

21. - Fautre, oufaucre: crochet fixé au plastron de l'armure et 1348 LES ROIS MAUDITS

destiné à y appuyer le bois de la lance et à en arrêter le recul au moment du choc. Lefautre était fixe jusqu'à la fin du xiv* siècle ; on le fit ensuite à charnière ou à ressort pour remédier à la gêne que causait cette saillie dans les combats à l'épée.

22. - Ce séjour secret d'Edouard III en France dura quatre jours, du 12 au 16 avril 1331, à Saint-Christophe-en-Halatte.

23. - Le roi d'armes, personnage qui avait des fonctions d'ordonnateur, présidait à toutes les formalités du tournoi.

24. - La compagnie des Tolomei, comme nous l'avons dit précédemment, était la plus importante des compagnies siennoises, après celle des Buonsignori. Sa fondation remontait à Tolomeo Tolomei, ami ou tout au moins familier d'Alexandre III, pape de 1159 à 1181, lui-même siennois, et qui fut l'adversaire de Frédéric Barberousse. Le palais Tolomei à Sienne fut édifié en 1205. Les Tolomei furent souvent les banquiers du Saint-Siège ; ils établirent leurs filiales en France vers le milieu du xme siècle, d'abord autour des foires de Champagne, puis en créant de nombreux comptoirs, dont celui de Neauphle, avec une maison principale à Paris. Au moment des ordonnances de Philippe VI, et quand de nombreux négociants italiens furent emprisonnés pendant trois semaines pour ne recouvrer leur liberté qu'au prix de versements considérables, les Tolomei partirent subrepticement, emportant toutes les sommes déposées chez eux soit par d'autres compagnies italiennes, soit par leurs clients français, ce qui créa d'assez sérieuses difficultés au Trésor.

25. - Ces "remontrances" avaient été poussées fort loin puisque Jean de Luxembourg, pour complaire à Philippe VI, avait monté une coalition et menacé le duc de Brabant d'envahir ses terres. Le duc de Brabant préféra expulser Robert d'Artois, mais non sans avoir, à cette occasion, négocié une opération fructueuse : le mariage de son fils aîné avec la fille du roi de France. Jean de Bohême, de son côté, fut remercié de son intervention par la conclusion du mariage de sa fille Bonne de Luxembourg avec l'héritier de France, Jean de Normandie. 26. - Le 2 octobre 1332. Le serment demandé par Philippe VI à ses barons était un serment de fidélité au duc de Normandie " qui droit hoir et droit sire doit être du royaume de France ". N'étant pas héritier direct de la couronne et n'ayant reçu celle-ci que par choix des pairs, Philippe VI revenait aux coutumes de la monarchie élective, celle des premiers Capétiens. LE LIS ET LE LION

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27. - Le vieux roi lépreux Robert Bruce, qui avait tenu si longtemps en échec Edouard II et Edouard III, était mort en 1329, laissant sa couronne à un enfant de sept ans, David Bruce. La minorité de David fut une occasion pour les différentes factions de rouvrir leur querelle. Le petit David fut emmené pour sa sauvegarde par des barons de son parti qui prirent refuge avec lui à la cour de France, tandis qu'Edouard III soutenait les prétentions d'un gentilhomme français d'origine normande, Edouard de Baillol, parent des anciens rois d'Ecosse et qui acceptait que la couronne écossaise fût placée sous la suzeraineté anglaise.

28. - Jean Buridan, né vers 1295 à Béthune en Artois, était disciple d'Occam. Son enseignement philosophique et théologique lui valut une immense réputation ; il devint à trente ou trente-deux ans recteur de l'Université de Paris. Sa controverse avec le vieux pape Jean XXII, et le schisme qu'elle faillit entraîner, accrurent encore sa célébrité. Il devait, dans la seconde partie de sa vie, se retirer en Allemagne où il enseigna principalement à Vienne. Il mourut en 1360. Le rôle que l'imagination populaire lui prêta dans l'affaire de la tour de Nesle est de pure fantaisie et n'apparaît d'ailleurs que dans des récits de deux siècles postérieurs. 29. - On relève, dans les comptes du trésorier de FÉchiquier, pour les seuls premiers mois de 1337 : en mars, un ordre de payer deux cents livres à Robert d'Artois comme don du roi ; en avril, un don de trois cent quatre-vingt-trois livres, un autre de cinquante-quatre livres, et l'octroi des châteaux de Guilford, Wallingford et Somerton; en mai, l'attribution d'une pension annuelle de douze cents marcs esterlins ; en juin, le remboursement de quinze livres dues par Robert à la Compagnie des Bardi, etc.

30. - L'imagination du romancier hésiterait devant pareille coïncidence, qui semble vraiment trop grossière et volontaire, si la vérité des faits ne l'y obligeait. D'avoir été le lieu où fut présenté le défi d'Edouard III, acte qui ouvrit juridiquement la guerre de Cent Ans, ne termine pas d'ailleurs l'étrange destin de l'hôtel de Nesle.

Le connétable Raoul de Brienne, comte d'Eu, habitait l'hôtel de Nesle lorsqu'il fut arrêté en 1350 par ordre de Jean le Bon pour être condamné à mort et décapité. L'hôtel fut encore le séjour de Charles le Mauvais, roi de Navarre (le petit-fils de Marguerite de Bourgogne), qui prit les armes contre la maison de France.

Plus tard, Charles VI le Fou devait le donner à sa femme, Isabeau r

1350

LES ROIS MAUDITS

LE LIS ET LE LION

1351

de Bavière, qui livra par traité la France aux Anglais en dénonçant son propre fils, le dauphin, comme adultérin.

A peine l'hôtel fut-il donné à Charles le Téméraire par Charles VII que ce dernier mourut, et que le Téméraire entra en conflit avec le nouveau roi Louis XI.

François Ier céda une partie des bâtiments à Benvenuto Cellini ; puis Henri II y fit installer un atelier pour la fabrication des pièces de monnaie, et la Monnaie de Paris est toujours à cet emplacement. On voit par là l'ampleur qu'avait l'ensemble du terrain et des édifices. Charles IX, pour pouvoir payer ses gardes suisses, fit mettre en vente l'hôtel et la Tour qui furent acquis par le duc de Nevers, Louis de Gonzague ; celui-ci les fit raser pour édifier à la place l'hôtel de Nevers.

Enfin Mazarin se rendit acquéreur de l'hôtel de Nevers pour le démolir et le remplacer par le Collège des Quatre Nations, qui subsiste toujours : c'est le siège aujourd'hui de l'Institut de France. 31. - La reine Isabelle devait vivre encore vingt ans, mais sans reprendre jamais aucune participation aux affaires de son siècle. La fille de Philippe le Bel mourut le 23 août 1358, au château de Hertford, et son corps fut inhumé en l'église des franciscains de Newgate à Londres. 32. - En dépit des luttes politiques, émeutes, rivalités entre les classes sociales ou avec les cités voisines qui sont le lot commun des républiques italiennes à cette époque, Sienne connut au xiv6 siècle sa grande période de prospérité et de gloire, autant pour ses arts que pour son commerce. Entre l'occupation de la ville par Charles de Valois en 1301 et sa conquête en 1399 par Jean Galeazzo Visconti, duc de Milan, le seul malheur véritable qui s'abattit sur Sienne fut l'épidémie de peste de 1347-1348.

33. - Tout le temps qu'il passa en Avignon, Pétrarque ne cessa d'exhaler, avec un rare talent de pamphlétaire, sa haine contre cette ville. Ses lettres, où il faut faire la part de l'exagération poétique, nous ont laissé une saisissante peinture d'Avignon au temps des papes. "... J'habite maintenant, en France, la Babylone de l'Occident, tout ce que le soleil voit de plus hideux, sur les bords du Rhône indompté qui ressemble au Cocyte ou à l'Achéron du Tartare, où régnent les successeurs, jadis pauvres, du pêcheur, qui ont oublié leur origine. On est confondu de voir, au lieu d'une sainte solitude, une affluence criminelle et des bandes d'infâmes satellites répandus partout; au lieu de jeûnes austères, des festins pleins de sensualité; au lieu de pieuses pérégrinations, une oisiveté cruelle et impudique; au lieu des pieds nus des apôtres, les coursiers rapides des voleurs, blancs comme la neige, couverts d'or, logés dans l'or, rongeant de l'or, et bientôt chaussés d'or. Bref, on dirait les rois des Perses ou des Parthes, qu'il faut adorer c: qu'il n'est pas permis de visiter sans leur offrir des présents... " (Lettre V)

"... Aujourd'hui Avignon n'est plus une ville, c'est la patrie des larves et des lémures; et pour le dire en un mot, c'est la sentine de tous les crimes, et de toutes les infamies; c'est cet enfer des vivants signalé par la bouche de David... "

(Lettre VIII)

"...Je sais par expérience qu'il n'y a là aucune pitié, aucune charité, aucune foi, aucun respect, aucune crainte de Dieu, rien de saint, rien de juste, rien d'équitable, rien de sacré, enfin rien d'humain... Des mains douces, des actes cruels; des voix d'anges, des actes de démons; des chants harmonieux, des cours de fer... "

(Lettre XV)

"... C'est le seul endroit de la terre où la raison n'a aucune place, où tout se meurt sans réflexion et au hasard, et parmi toutes les misères de cet endroit, dont le nombre est infini, le comble de la déception c'est que tout y est plein de glu, de grappins, en sorte que, quand on croit s'échapper on se trouve enlacé et enchaîné plus étroitement. En outre il n'y a là ni lumière ni guide... Et, pour employer le mot de Lucain, "une nuit noire de crimes "... Vous ne diriez pas un peuple, mais une poussière que le vent fait tournoyer... "

(Lettre XVI)

"... Satan regarde en riant ce spectacle et prend plaisir à cette danse inégale, assis comme arbitre entre ces décrépits et ces jeunes filles... Il y avait dans le nombre (des cardinaux) un petit vieillard capable de féconder tous les animaux; il avait la lascivité d'un bouc ou s'il y a quelque chose de plus puant qu'un bouc. Soit qu'il eût peur des rats ou des revenants, il n'osait pas dormir seul. Il trouvait qu'il n'y a rien de plus triste et de plus malheureux que le célibat. Il célébrait tous les jours un nouvel hymen. Il avait depuis longtemps dépassé la soixante-dixième année et il lui restait tout au plus sept dents... "

(Lettre XVIII)

(Pétrarque, Lettres sans titre, à Cola de Rienzi, tribun de Rome, et à d'autres.)

VII

QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

"Notre plus longue guerre, la guerre de Cent Ans, n'a été qu'un débat judiciaire, entrecoupé de recours aux armes. "

Paul Claudel

INTRODUCTION

Les tragédies de l'Histoire révèlent les grands hommes: mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies.

Au début du XIVe siècle, la France est le plus puissant, le plus peuplé, le plus actif, le plus riche des royaumes chrétiens, celui dont les interventions sont redoutées, les arbitrages respectés, la protection recherchée. Et l'on peut penser que s'ouvre pour l'Europe un siècle français. Qu'est-ce donc qui fait, quarante ans après, que cette même France est écrasée sur les champs de bataille par une nation cinq fois moins nombreuse, que sa noblesse se partage en factions, que sa bourgeoisie se révolte, que son peuple succombe sous l'excès de l'impôt, que ses provinces se détachent les unes des autres, que des bandes de routiers s'y livrent au ravage et au crime, que l'autorité y est bafouée, la monnaie dégradée, le commerce paralysé, la misère et l'insécurité partout installées? Pourquoi cet écroulement? Qu'est-ce donc qui a retourné le destin? C'est la médiocrité. La médiocrité de quelques rois, leur infatuation vaniteuse, leur légèreté aux affaires, leur inaptitude à bien s'entourer, leur nonchalance, leur présomption, leur incapacité à concevoir de grands desseins ou seulement à poursuivre ceux conçus avant eux. Rien ne s'accomplit de grand, dans l'ordre politique, et rien ne dure, sans la présence d'hommes dont le génie, le caractère, la volonté inspirent, rassemblent et dirigent les énergies d'un peuple. Tout se défait dès lors que des personnages insuffisants se succèdent au sommet de l'État. L'unité se dissout quand la grandeur s'effondre.

La France, c'est une idée qui épouse l'Histoire, une idée volontaire qui, à partir de l'an mille, habite une famille régnante et qui se transmet si opiniâtrement de père à fils que la primogéniture dans la branche aînée devient rapidement une légitimité suffisante.

La chance, certes, y eut sa part, comme si le destin voulait favoriser, à travers une dynastie robuste, cette nation naissante. De l'élection du

1358

LES ROIS MAUDITS

premier Capétien à la mort de Philippe le Bel, onze rois seulement en trois siècles et quart, et chacun laissant un héritier mâle.

Oh! tous ces souverains ne furent pas des aigles. Mais, presque toujours, à l'incapable ou à l'infortuné succède immédiatement, comme par une grâce du ciel, un monarque de haute stature; ou bien un grand ministre gouverne aux lieu et place d'un prince défaillant. La toute jeune France manque de périr dans les mains de Philippe Ier, homme de petits vices et de vaste incompétence. Survient alors le gros Louis VI, l'infatigable, qui trouve, à son avènement, un pouvoir menacé à cinq lieues de Paris, et le laisse, à sa mort, restauré ou établi jusque s aux Pyrénées. L'incertain, l'inconséquent Louis VII engage le royaume dans les désastreuses aventures d'outre-mer; mais l'abbé Suger maintient, au nom du monarque, la cohésion et l'activité du pays. Et puis la chance de la France, chance répétitive, c'est d'avoir ensuite, répartis entre la fin du xif siècle et le début du XIVe, trois souverains de génie ou d'exception, chacun servi par une assez longue durée au trône - quarante-trois ans, quarante et un ans, vingt-neuf ans de règne-pour que son dessein principal devienne irréversible. Trois hommes de nature et de vertus bien différentes, mais tous trois très au-dessus du commun

des rois.

Philippe Auguste, forgeron de l'Histoire, commence, autour et au-delà des possessions royales, à sceller réellement l'unité de la patrie. Saint Louis, illuminé par la piété, commence d'établir, autour de la justice royale, l'unité du droit. Philippe le Bel, gouvernant supérieur, commence d'imposer, autour de l'administration royale, l'unité de l'État. Aucun n'eut pour souci premier de plaire, mais celui d'être agissant et efficace. Chacun dut avaler l'amer breuvage de l'impopularité. Mais ils furent plus regrettés après leur mort qu'ils n'avaient été, de leur vivant, décriés, moqués ou haïs. Et surtout ce qu'ils avaient voulu se mit à exister.

Une patrie, une justice, un État: les fondements définitifs d'une nation. La France, avec ces trois suprêmes artisans de l'idée française, était sortie du temps des virtualités. Consciente de soi, elle s'affirmait dans le monde occidental comme une réalité indiscutable et rapidement prééminente. Vingt-deux millions d'habitants, des frontières bien gardées, une armée rapidement mobilisable, des féodaux maintenus dans l'obéissance, des circonscriptions administratives assez exactement contrôlées, des routes sûres, un commerce actif; quel autre pays chrétien peut alors se comparer à la France, et lequel ne l'envie pas? Le peuple se plaint, certes, de sentir sur lui une main qu'il juge trop ferme; il gémira bien plus quand il sera livré à des mains trop molles ou trop folles. Avec la mort de Philippe le Bel, soudain, c'est la brisure. La longue chance successorale est épuisée.

Les trois fils du Roi de fer défilent au trône sans laisser de descendance mâle. Nous avons conté précédemment les drames que connut alors la

QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

1359

cour de France, autour d'une couronne mise et remise aux enchères des ambitions. Quatre rois au tombeau en l'espace de quatorze ans; il y a de quoi consterner les imaginations! La France n'était pas habituée de courir si souvent à Reims. Le tronc de l'arbre capétien est comme foudroyé. Et ce n'est pas de voir la couronne glisser à la branche Valois, la branche agitée, qui va rassurer personne. Princes ostentatoires, irréfléchis, d'une présomption énorme, tout en gestes et sans profondeur, les Valois s'imaginent qu'il leur suffit de sourire pour que le royaume soit heureux. Leurs devanciers confondaient leur personne avec la France. Eux confondent la France avec l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes. Après la malédiction des trépas rapides, la malédiction de la médiocrité.

Le premier Valois, Philippe VI, qu'on appelle "le roi trouvé", autrement dit le parvenu, n'a pas su en dix ans bien assurer son pouvoir puisque c'est au bout de ce temps que son cousin germain, Edouard III d'Angleterre, se décide à rouvrir la querelle dynastique; il se déclare en droit roi de France, ce qui lui permet de soutenir, en Flandre, en Bretagne, en Saintonge, en Aquitaine, tous ceux, villes ou seigneurs, qui ont à se plaindre du nouveau règne. En face d'un plus efficace monarque, l'Anglais eût sans doute continué d'hésiter.

Pas davantage, Philippe de Valois n'a su repousser les périls; sa flotte est détruite à l'Écluse par la faute d'un amiral choisi, sans doute, pour sa méconnaissance de la mer; et lui-même, le roi, erre à travers champs, au soir de Crécy, pour avoir laissé ses troupes à cheval charger par-dessus leur propre infanterie.

Quand Philippe le Bel instituait des impôts dont on lui faisait grief, c'était afin de mettre la France en état de défense. Quand Philippe de Valois exige des taxes plus lourdes encore, c'est pour payer le prix de ses défaites.

Dans les cinq dernières années de son règne, le cours des monnaies sera modifié cent soixante fois ; l'argent perdra les trois quarts de sa valeur. Les denrées, vainement taxées, atteignent des prix vertigineux. Une inflation sans précédent rend les villes grondantes. Lorsque les ailes du malheur tournent au-dessus d'un pays, tout s'en mêle, et les calamités naturelles s'ajoutent aux erreurs des hommes.

La peste, la grande peste, partie du fond de l'Asie, frappe la France plus durement qu'aucune région d'Europe. Les rues des villes sont des mouroirs, les faubourgs, des charniers. Ici un quart de la population, ailleurs un tiers succombent. Des villages entiers disparaissent dont il ne restera, parmi les friches, que des masures ouvertes au vent.

Philippe de Valois avait un fils que la peste, hélas! épargna.

Il restait à la France quelques degrés à descendre dans la ruine et la détresse; ce sera l'ouvre de celui-là, Jean II, dit par erreur le Bon.

Cette lignée de médiocres fut tout près défaire écarter, dès le Moyen 1360

LES ROIS MAUDITS

Age, un système qui confiait à la nature de produire, au sein d'une même famille, le détenteur du pouvoir souverain. Mais les peuples sont-ils plus souvent gagnants à la loterie des urnes qu'à celle des chromosomes?Les foules, les assemblées, même les collèges restreints ne se trompent pas moins que la nature; et la providence, de toute manière, est avare de grandeur. PREMIÈRE PARTIE

LES MALHEURS VIENNENT DE LOIN

I

LE CARDINAL DE PÉRIGORD PENSE...

J'aurais dû être pape. Comment ne pas penser et repenser que, par trois fois, j'ai tenu la tiare entre mes mains; trois fois! Tant pour Benoît XII que pour Clément VI, ou que pour notre actuel pontife, c'est moi, en fin de lutte, qui ai décidé de la tête sur laquelle la tiare serait posée. Mon ami Pétrarque m'appelle le faiseur de papes... Pas si bon faiseur que cela, puisque ce ne put jamais être sur la mienne. Enfin, la volonté de Dieu... Ah! l'étrange chose qu'un conclave! Je crois bien que je suis le seul des cardinaux vivants à en avoir vu trois. Et peut-être en verrai-je un quatrième, si notre Innocent VI est aussi malade qu'il se plaint de l'être...

Quels sont ces toits là-bas? Oui, je reconnais, c'est l'abbaye de Chancelade, dans le vallon de la Beauronne... La première fois, certes, j'étais trop jeune. Trente-trois ans, l'âge du Christ ; et cela se murmurait en Avignon, dès qu'on sut que Jean XXII... Seigneur, gardez son âme dans votre sainte lumière; il fut mon bienfaiteur... ne se relèverait pas. Mais les cardinaux n'allaient pas élire le plus jeunot d'entre leurs frères ; et c'était raisonnable, je le confesse volontiers. Il faut en cette charge l'expérience que j'ai acquise depuis. Tout de même, j'en possédais assez, déjà, pour ne point m'enfler la tête de vaines illusions... En faisant suffisamment chuchoter aux Italiens que jamais, jamais, les cardinaux français ne voteraient pour Jacques Fournier, j'ai réussi à précipiter leurs votes sur lui, et à le faire élire à l'unanimité. " Vous avez élu un âne ! " C'est le remerciement qu'il nous a crié sitôt son nom proclamé. Il connaissait ses insuffisances. Non, pas un âne ; pas un lion non plus. Un bon général d'Ordre, qui avait assez bien su se faire obéir, à la tête des chartreux. Mais diriger l'entière chrétienté... trop minutieux, trop tatillon, trop inquisiteur. Ses réformations, finalement, ont fait plus de mal que de bien. Seulement, avec lui, on était 1364

LES ROIS MAUDITS

QUAND UN ROI PERD LA FRANCE

1365

absolument certain que le Saint-Siège ne retournerait pas à Rome. Sur ce point-là, un mur, un roc... et c'était l'essentiel.

La seconde fois, au conclave de 1342... ah! la seconde fois, j'aurais eu toutes mes chances si... si Philippe de Valois n'avait pas voulu faire élire son chancelier, l'archevêque de Rouen. Nous, les Périgord, nous avons toujours été obéissants à la couronne de France. Et puis, comment aurais-je pu continuer d'être le chef du parti français si j'avais prétendu m'opposer au roi? D'ailleurs Pierre Roger a été un grand pape, le meilleur à coup sûr de ceux que j'ai servis. Il suffit de voir ce qu'est devenue Avignon avec lui, le palais qu'il a fait construire, et ce grand afflux de lettrés, de savants et d'artistes... Et puis, il a réussi à acheter Avignon. Cette négociation-là, c'est moi qui l'ai faite, avec la reine de Naples; je peux bien dire que c'est mon ouvre. Quatre-vingt mille florins, ce n'était rien, une aumône. La reine Jeanne avait moins besoin d'argent que d'indulgences pour tous ses mariages successifs, sans parler de ses amants.

Sûrement, l'on a mis à mes chevaux de somme des harnais neufs. Ma litière manque de moelleux. C'est toujours ainsi quand on prend le départ, toujours ainsi... Dès lors, le vicaire de Dieu a cessé d'être comme un locataire, assis du bout des fesses sur un trône incertain. Et la cour que nous avons eue, qui donnait l'exemple au monde ! Tous les rois s'y pressaient. Pour être pape, il ne suffit pas d'être prêtre; il faut aussi savoir être prince. Clément VI fut un grand politique ; il entendait volontiers mes conseils. Ah! la ligue navale qui groupait les Latins d'Orient, le roi de Chypre, les Vénitiens, les Hospitaliers... Nous avons nettoyé l'archipel de Grèce des barbaresques qui l'infestaient ; et nous allions faire plus. Et puis il y eut cette absurde guerre entre les rois français et anglais, dont je me demande si elle finira jamais, et qui nous a empêchés de poursuivre notre projet, ramener l'Église d'Orient dans le giron de la Romaine. Et puis, il y eut la peste... et puis Clément est

mort...

La troisième fois, au conclave d'il y a quatre ans, c'est ma naissance qui m'a fait empêchement. J'étais trop grand seigneur, paraît-il, et nous venions d'en avoir un. Moi, Hélie de Talleyrand, qu'on appelle le cardinal de Périgord, pensez donc, c'eût été une insulte aux pauvres que de me choisir ! Il y a des moments où l'Église est saisie d'une soudaine fureur d'humilité et de petitesse. Ce qui ne lui vaut jamais rien. Dépouillons-nous de nos ornements, cachons nos chasubles, vendons nos ciboires d'or et offrons le Corps du Christ dans une écuelle de deux deniers, vêtons-nous comme des manants, et bien crasseux s'il se peut, de sorte que nous ne sommes plus respectés de personne, et d'abord point des manants... Dame! si nous nous faisons pareils à eux, pourquoi nous honoreraient-ils? et nous en arrivons à ne plus nous respecter nous-mêmes... Les acharnés d'humilité, lorsque vous leur

opposez cela, vous mettent le nez dans l'Évangile, comme s'ils étaient seuls à le connaître, et ils insistent sur la crèche, entre le bouf et l'âne, et ils insistent sur l'échoppe du charpentier... Faites-vous semblable à Nôtre-Seigneur Jésus... Mais Nôtre-Seigneur, où est-il en ce moment, mes petits clercs vaniteux? N'est-il pas à la droite du Père et confondu en lui dans sa Toute-Puissance? N'est-il pas le Christ en majesté, trônant dans la lumière des astres et la musique des cieux? N'est-il pas le roi du monde, entouré des légions de séraphins et de bienheureux? Qu'est-ce donc qui vous autorise à décréter laquelle de ces images vous devez, à travers votre personne, offrir aux fidèles, celle de sa brève existence terrestre ou celle de son éternité triomphante? ... Tiens, si je passe par quelque diocèse où je vois l'évêque un peu trop porté à rabaisser Dieu en épousant les idées nouvelles, voilà ce que je prêcherai... Marcher en supportant vingt livres d'or tissé, et la mitre, et la crosse, ce n'est pas plaisant tous les jours, surtout quand on le fait depuis plus de trente années. Mais c'est nécessité.

On n'attire pas les âmes avec du vinaigre. Quand un pouilleux dit à d'autres pouilleux " mes frères ", cela ne leur produit pas grand effet. Si c'est un roi qui le leur dit, là, c'est différent. Procurer aux gens un peu d'estime d'eux-mêmes, voilà bien la première charité qu'ignorent nos fratricelles et autres gyrovagues. Justement parce que les gens sont pauvres, et souffrants, et pécheurs, et misérables, il faut leur donner quelque raison d'espérer en l'au-delà. Eh oui ! avec de l'encens, des dorures, des musiques. L'Église doit offrir aux fidèles une vision du royaume céleste, et tout prêtre, à commencer par le pape et ses cardinaux, refléter un peu l'image du Pantocrator... Au fond, ce n'est pas mauvaise chose de me parler ainsi à moi-même ; j'y trouve arguments pour mes prochains sermons. Mais je préfère les trouver en compagnie... J'espère que Brunet n'a pas oublié mes dragées. Ah! non, les voilà. D'ailleurs, il n'oublie jamais... Moi, qui ne suis pas grand théologien, comme ceux qui nous pleuvent de partout ces temps-ci, mais qui ai charge de tenir en ordre et propreté la maison du bon Dieu sur la terre, je me refuse à réduire mon train et mon hôtel ; et le pape lui-même, qui sait trop ce qu'il me doit, ne s'est pas avisé de m'y contraindre. S'il lui plaît de s'apetisser sur son trône, c'est affaire qui le regarde. Mais moi qui suis son nonce, je veille à préserver la gloire de son sacerdoce. Je sais que d'aucuns daubent sur ma grande litière pourpre à pommeaux et clous dorés où je vais à présent, et mes chevaux housses de pourpre, et les deux cents lances de mon escorte, et mes trois lions de Périgord brodés sur ma bannière et sur la livrée de mes sergents. Mais à cause de cela, quand j'entre dans une ville, tout le peuple accourt pour se prosterner, on vient baiser mon manteau, et j'oblige les rois à s'agenouiller... pour votre gloire, Seigneur, pour votre gloire. 1366

Continuer : partie 24 sur 34