Les vagues fugitives: Mystères et enquêtes surnaturelles (La Coureuse des grèves t. 2) (French Edition)
Chapitre 9
Le chalet se situait en retrait de la route principale, nous accordant
une dose supplémentaire d’intimité. Le flanc du massif montagneux s’étendait derrière nous en parallèle au lac. Cette position nous éloignait de la berge, mais elle offrait une vue imprenable sur les alentours.
Zacharie me précéda sur les marches du perron, nos bagages en main,
où il attendit que je déverrouille la porte. Fidèle au dépliant, La Tanière possédait une pièce à vivre centrale avec une minuscule mezzanine qui n’accueillait rien hormis l’unique lit. Le poêle au bois divisait l’espace en deux, avec la zone cuisine d’un côté et le « salon » de l’autre. J’accrochai mon manteau et frissonnai dans l’air frais. Même si le chalet était connecté au réseau électrique, le poêle à bois restait la seule source de chauffage.
Zacharie attrapa la boîte d’allume-feu et un paquet de bûches
écologiques pour démarrer le feu. Vu la température des dernières semaines, l’accès à l’eau avait été coupé et les tuyaux purgés pour éviter un bris à cause du gel. Si nous voulions avoir l’eau courante pour se brosser les dents et utiliser la toilette, il nous fallait maintenir une température raisonnable.
Laissant Zacharie jouer avec le feu (littéralement), j’en profitai pour
fouiller dans la penderie et dénicher un ensemble de draps. Janie s’était excusée en nous expliquant que le chalet avait été fermé pour l'hiver, et qu’en l’absence d’employés, nous aurions à être un peu plus autonomes. La distraction était la bienvenue le temps que la température monte un peu. Je redescendis au moment où Zacharie remettait son manteau.
– Je vais aller ouvrir la valve pour l’eau.
– Veux-tu un thé? offris-je en me frictionnant les bras. J’ai vu des
sachets dans la cuisine.
Il acquiesça et je l’entendis marmonner quelque chose au sujet d'un
café cognac avant que la porte ne se referme. Je secouai la tête, amusée, puis je me mis en quête d’une bouilloire. Un chatouillement à l’arrière de mon esprit signala le retour de l’eau dans les conduites du chalet. J’ouvris le robinet à plein débit et attendis un moment avant de remplir la bouilloire.
L’eau commençait à frissonner lorsque Zacharie revint à l’intérieur.
Il frappa ses bottes sur le cadre de porte pour en retirer la neige avant de refermer la porte et la verrouiller. Je fronçai les sourcils à sa mine sombre. Une fois son manteau accroché aux côtés du mien, il fit le tour des fenêtres, vérifiant les barrures et tirant les rideaux.
– Y a-t-il un problème?
Il me rejoignit à la petite table de cuisine, les lèvres pincées.
– Pas vraiment. J’ai juste eu l’impression de voir une ombre rôder.
Il haussa les épaules, son regard passant d’une fenêtre à l’autre.
– C’est peut-être un cerf de Virginie, dis-je en repensant à l’affiche
que nous avions croisée sur notre chemin. Il y a un ravage aménagé tout près.
Son hochement de tête n’avait rien pour me rassurer. Je préparai
nos tasses de thé en silence, mes pensées tournées vers la disparition de Ponik. Tout le monde avait passé sous silence la probabilité que le monstre lacustre soit mort. Si c’était le cas, nous étions face à un vide de pouvoir dangereux. Sans connaître les raisons de sa mort, nous ne pouvions pas déterminer les dangers potentiels, car si nous avions affaire à un meurtre, la porte s’ouvrait sur tout un éventail de complications.
Je pris une bonne inspiration. La première étape consistait à découvrir
si Ponik avait bel et bien disparu ou s’il avait connu une fin tragique. Le reste n’était que spéculation, et nous ne pouvions pas laisser la paranoïa nous gagner.
– J’ai vérifié et le chauffe-eau fonctionne, si jamais tu veux prendre
une douche, offrit Zacharie.
Je le remerciai et terminai mon thé. J’attrapai ensuite ma trousse de
toilette et m’enfermai dans la minuscule salle de bain. Je fis au plus vite, non seulement pour laisser de l’eau chaude à Zacharie, mais aussi parce que mon imagination alternait entre cette menace intangible dehors et la possibilité que Zacharie perde son pari, qu’il cède à la tentation et qu’il vienne me rejoindre dans la douche.
Je secouai la tête pour chasser ces idées et fouillai les armoires,
soulagée de mettre la main sur un sèche-cheveux. Hors de question d’aller au lit les cheveux mouillés, surtout avec la fraîcheur qui subsistait dans l’air.
À ma sortie, Zacharie étudia mon pyjama. Le haut gris présentait
un mouton bien ébouriffé accompagné d’une série de Z, tandis que le pantalon rose s’ornait d’une mosaïque de moutons multicolores. Ses lèvres frémirent et il haussa un sourcil en prenant une gorgée de thé.
– Bien essayé, mais je ne serai pas aussi facile à séduire.
Je lui offris une grimace.
– Ce n’est que partie remise, ma liste de projets est déjà prête.
Il leva sa tasse en un toast silencieux. Je dansai d’un pied à l’autre.
– Je vais me coucher. Bonne nuit?
Bien malgré moi, la salutation flottait entre nous comme une
question, voire une invitation. Loin de moi l’idée de lui tendre une perche, mais cette colocation s’avérait bien trop intime. J’avais l’impression de me tenir sur un bateau, agité par la houle en haute mer, sans rambardes ni capitaine à la barre. Une étincelle amusée traversa le regard de Zacharie, mais son expression redevint sérieuse trop vite.
– Je n’ai pas sommeil. Ne m’attends pas.
Je haussai les épaules en réponse et grimpai sur la mezzanine. Je
me glissai sous les draps, frissonnant au contact glacial. Ce ne fut que lorsque je l’entendis faire le tour des fenêtres à nouveau que je réalisai qu’il prenait son rôle de renfort au sérieux. Les circonstances de notre séjour avaient mis à mal mes bonnes résolutions face à notre relation. Malheureusement, si je voulais revenir au manoir le plus vite possible, je ne pouvais me laisser distraire de ma mission.
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