Les vagues fugitives: Mystères et enquêtes surnaturelles (La Coureuse des grèves t. 2) (French Edition)
Épilogue
Sur la route, j’en profitai pour passer des appels, le premier à
Florence pour la rassurer et le second à Marie-Josephte pour l’informer de la situation à Pohénégamook. Les manigances de Ponik ne la surprirent pas vu le côté excentrique du personnage, et elle nous remercia au nom du conseil. J’avais des dizaines de questions sur le bout de la langue au sujet des enchanteresses, mais je n’osais rien demander en présence de Zacharie. J’aurais la chance de lui reparler bientôt, donc ce n’était que partie remise.
Après deux cafés et plusieurs heures de conduite, le manoir se
profila enfin devant nous. Le soleil n’était plus qu’un souvenir à l’horizon, mais toutes les fenêtres s’illuminaient d’un jaune réconfortant. Une tension invisible quitta mes épaules lorsque la porte s’ouvrit sur Florence. Enroulée dans un châle, elle avança sur la galerie et nous envoya la main tandis que je stationnais le pick-up.
Pour la première fois en plus d’un siècle, j’avais l’impression de
rentrer à la maison. Pas juste une habitation, mais un véritable chez-moi. L’émotion m’enserra la gorge, car je n’avais aucun souvenir de ma mère m'accueillant de la sorte. Les problèmes de Florence avec sa maison n’étaient peut-être que passagers, mais j’espérais que son séjour chez moi se prolongerait. Ce souhait était peut-être égoïste, mais ça ne m’empêcherait pas d’offrir à Florence de faire du manoir sa résidence permanente.
À l’invitation de la vieille dame, Zacharie me suivit à l’intérieur
pour récupérer une boîte remplie de galettes. Il en enfourna deux sous nos regards amusés. Je dégustais la mienne lorsque mon smartphone vibra. Un message texte en provenance de la Dame blanche s’afficha sur l’écran :
« Mon contact sera de passage dans la région cet hiver. Il sera
disposé à te parler des océanides à ce moment. Il y aura certainement un prix à payer, mais j’imagine que tu t’en doutes. »
Entre la toile offerte par Ponik et cet éventuel témoin, je n’avais
jamais été aussi près de mon but. La déclaration du monstre lacustre sur ma nature surnaturelle me revint à l’esprit. Un frisson horrifié me traversa la nuque à la perspective que je partage plus de points en commun avec la Dame blanche que je ne l’aurais cru possible. Comme si le manoir devinait mon malaise, le plancher grinça et les rideaux s’agitèrent.
À mes côtés, Florence éclata de rire à une blague de Zacharie que je
n’avais pas entendue. Baka, l’énorme Main Coon dont elle avait la garde, nous rejoignit, le nez dans les airs et les moustaches frémissantes. Florence attrapa un sac de friandises et lui en offrit quelques-unes. Le chat lui servit un regard hautain, mais il accepta l’offrande au bout de quelques secondes. Sa Majesté semblait s’être accoutumée à la vie au manoir.
Pour me donner le temps de digérer l'éventualité de mon statut
d’enchanteresse aussi bien que l’annonce d’une piste sérieuse, je me dirigeai vers la fenêtre et passai les doigts sur le cadre pour rassurer le manoir. Les tuyaux du chauffage chuintèrent en réponse.
Les questions se bousculaient dans mon esprit, semblables à une nuée
de têtards prisonniers d’une mare trop petite. Un mouvement attira mon attention vers le fossé en bordure de la route. Je me penchai vers l’avant, les mains de chaque côté du visage pour couper la lumière. La nuit recouvrait le paysage de son sombre manteau que l'éclairage de rue découpait par endroit.
Je poussai mes sens vers l’eau qui protégeait le périmètre du terrain et
elle me répondit d’un tourbillon joyeux. Elle aussi avait repéré la même présence que moi, mais elle n’en faisait aucun cas. Un nouveau mouvement me permit d’identifier notre visiteur nocturne : une bête se faufilait entre les buissons, trop grosse pour un chat, trop élancé pour un chien. Elle se figea et se tourna vers moi.
Je restai interdite en reconnaissant la silhouette d’un pékan. Était-ce le
même qui me suivait depuis le printemps dernier? Il baissa la tête puis se jeta sur le dos. Il se frotta avec vigueur dans une flaque de neige, puis il disparut d’un bond enjoué. Un sourire étira mes lèvres malgré mes inquiétudes. J'inspirai un bon coup, puis je lâchai prise sur toutes mes questions sans réponse. Pour le moment.
Mes prochains invités arriveraient au manoir dans quelques jours.
À en croire Florence, mon frigo et mes placards débordaient de plats cuisinés et de pâtisserie. Je pourrais lancer des recherches par correspondance d’images en utilisant les portraits dessinés par Ponik. J’avais aussi une liste de projets à fournir à Zacharie pour la journée qu’il viendrait passer ici. Puis, je devais choisir le mets que j’apporterais au souper du réveillon du jour de l’An.
Si le passé restait nébuleux, l’avenir devenait de plus en plus clair.
***
Un petit mot de la part de Mélanie
Cette aventure sur la route aura fourni autant de réponses que de
questions à Viviane. Laissons-lui un peu de temps pour se remettre de ses émotions.
Sa quête de vérité la poussera à explorer des possibilités difficiles à
accepter. Si elle est prête à y faire face, il n’en sera pas de même pour ses proches.
Quant au Sorcier Gamache, il n’a pas dit son dernier mot...
À suivre dans le tome 3 LE RESSAC MEURTRIER
***
En tant qu’auteure indépendante, votre opinion est ma plus belle
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Remerciements
Merci à mon critique le plus sévère (que j’ai failli trucider quand il
m’a demandé de réécrire le quart de cette intrigue…), David. Je suis éternellement reconnaissante de sa contribution à ma passion. Merci à mes enfants qui commencent à s’intéresser aux trucs absurdes qui passent de mon imagination à la page, même si le processus prend parfois trop de temps à leur goût. Merci à Nathy d’Eurveilher qui travaille avec toujours autant de dévouement à polir les joyaux bruts que je lui envoie. Merci à mes lectrices bêta qui me rassurent quand il le faut et qui me remettent en question le reste du temps, Lori Anne, Roselyne et Valérie. Enfin, merci à vous chers lecteurs et chères lectrices. Votre engouement nourrit le mien!
À propos de l’auteure
Mélanie est originaire de la banlieue ouest de Montréal, au Québec.
Déjà à 10 ans, elle passe une bonne partie de ses nuits à lire sous les draps avec une lampe de poche. Le reste du temps, elle rêve d’écrire ses propres histoires. À 17 ans, elle quitte sa ville natale pour poursuivre ses études. Elle rencontre son conjoint dans le Bas-du-Fleuve et lui offre une vie de servitude en échange de bons repas. Finalement, c’est lui qui cuisine et c’est mieux ainsi. Ils habitent en banlieue de la ville de Québec avec leurs deux merveilleux enfants et un chien affectueux, mais pas très brillant. Ses plaisirs coupables sont le chocolat et les romances paranormales.
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[1] Les Cercles des fermières du Québec sont des associations de femmes de type club de
service visant la transmission du patrimoine culturel et artisanal.
[2] Au Québec, l’expression Bed and breakfast a été traduite par Couette et Café.
[3] Tradition lancée en 1894 puis officialisée en 1955, le Carnaval de Québec est une
manifestation importante pour la population de la ville et un moteur de l’activité touristique hivernale.
[4] Au Canada, le canot désigne le canoë d'origine nord-amérindienne.
[5] La tuque et les mitaines désignent le bonnet et les moufles au Québec.
[6] Au Québec, la signification du mot dîner n'est pas le dernier repas de la journée. Il s'agit
en fait du déjeuner (repas que l'on mange à midi).
[7] Le Maymaygwashi est un esprit des eaux issu du folklore du peuple Ojibway dans la
région des Grands Lacs d’Amérique du Nord.
[8] Le kappa est un monstre du folklore japonais, décrit comme un génie ou un diablotin
d'eau, à l’apparence mi-homme mi-reptile.
[9] Aux États-Unis, le Parti républicain est globalement considéré comme un parti
politiquement à droite, socialement plus conservateur et économiquement plus libertarien que son homologue démocrate.
[10] Au Québec, VTT désigne les quatre-roues et les motos quads de type hors route.
[11] La région de Québec est une appellation courante pour désigner le territoire entourant la
ville de Québec, composé de portions de deux régions administratives, celles de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Elle n’a pas d’existence administrative propre.
[12] Avouez que vous êtes curieux vous aussi? Allez jeter un coup d’œil à la série Windigo.
De rien! :P
[13] Le peuple wolastoqey habite les vallées de la Wolastoq, aussi connue comme le fleuve
Saint-Jean, et de ses affluents, à cheval sur la frontière séparant le Nouveau-Brunswick et le Québec au Canada, et le Maine aux États-Unis.
[14] Le Pro Bono est une ancienne locution latine, provenant de « pro bono publico »
signifiant « pour le bien public », qui désigne le travail réalisé à titre gracieux par un professionnel à destination d'une population défavorisée.
[15] Au Québec, les chalets trois-saisons désignent les habitations qui ne sont pas
suffisamment isolées pour être habitable en hiver.
[16] Sexcapade est un néologisme anglophone né de l’union des mots escapade et sexe, pour
désigner une aventure amoureuse intense mais courte.
[17] Canada411 est l’annuaire des personnes au Canada.
[18] Le Publisac est un regroupement de dépliants publicitaires livrés dans un sac, de porte en
porte, à plus de 3 millions de foyers au Québec.
[19] Le maskinongé est une espèce nord-américaine de brochets, dont l’étymologie signifie
poisson-ours en langues algonquiennes.
[20] Le sandwich au pastrami est une spécialité gastronomique de la ville de New York dans
les restaurants de type delicatessen, d’où l’abréviation « déli ».
[21] Au Québec, les galettes désignent de petits gâteaux plats de la grosseur d’un biscuit, mais
plus moelleux.
[22] La barbotte brune est un poisson commun au Québec et fait partie du groupe des
poissons-chats.
[23] Vlimeux, vlimeuse : (Québec) (Familier) personne qui agit par des moyens détournés
pour en tromper une autre; malicieux.
[24] Le mot blonde est utilisé pour désigner une « petite amie » selon le contexte.
[25] Ogopogo est une créature lacustre qui vivrait ou aurait vécu dans le lac Okanagan, dans
la ville de Kelowna en la province de Colombie-Britannique au Canada.
[26] Tirer au renard est une expression qui s'utilise lorsqu'un cheval se jette brutalement en
arrière au risque de se blesser pour se soustraire à une menace perçue ou réelle.
[27] Ratoureux (ratoureuse) (Québec) (familier) : personne rusée ou espiègle.
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Mélanie Dufresne