Les vagues fugitives: Mystères et enquêtes surnaturelles (La Coureuse des grèves t. 2) (French Edition)
Chapitre 15
Des secousses me tirèrent de l’obscurité. La surface sous mon
oreille vibrait en contrepoint aux éclats de voix. Un homme et une femme se lançaient la réplique, mais je n’arrivais pas à saisir le sens de leurs paroles. Des menaces. Des excuses? Je clignai des yeux, mes paupières si lourdes que le sommeil semblait la meilleure option. Un nouveau soubresaut m’empêcha de sombrer. Ce que je ne tardai pas à regretter.
Une sensation de brûlure se répandit dans mes extrémités, alors
qu’elles avaient été engourdies quelques secondes plus tôt. Après un cahot supplémentaire, je me retrouvai sur le siège passager du pick-up de Zacharie. Un claquement de portière, suivi du grondement du moteur, puis la ventilation me souffla au visage. Je grimaçai, mais malgré l’inconfort, je n’arrivais pas à bouger mes membres. À mes côtés, Zacharie enchaîna les jurons, tous plus colorés les uns que les autres. Je fermai les paupières une fraction de seconde, pour les rouvrir lorsqu’il m’extirpa du véhicule. Je tentai de poser les pieds au sol, mais mes jambes se dérobèrent sous moi.
– Doucement, laisse-moi t’aider, murmura Zacharie, sur un ton bien
différent de sa litanie blasphématoire.
Il m’attrapa sous les épaules et les genoux, et ma joue se cala contre
sa poitrine. Une trace sombre ornait son manteau, et je réalisai qu’il s’agissait de la forme de ma tête, parce que j’étais détrempée. Il allait avoir froid, lui aussi.
– Ce n’est pas grave, répondit Zacharie.
Je clignai des yeux, surprise d’avoir parlé à voix haute. Des
soubresauts signalèrent qu’il gravissait les marches du perron. Mes pieds accrochèrent la moulure lorsqu’il manœuvra le cadre de porte et un éclair de douleur remonta mes jambes. Des points noirs envahirent ma vision à nouveau et je serrai les dents pour contenir mon gémissement.
Lorsque je repris connaissance, j’étais assise sur le couvercle de la
toilette. Zacharie se démenait avec mes bottes. Il me fallut quelques secondes pour comprendre : à côté, la douche coulait déjà, et de la vapeur s'élevait entre le mur et le rideau. Dans un effort pour me rendre utile, je tentai d’ouvrir la fermeture éclair de ma veste, mais la languette échappait à mes doigts encore trop gourds. Zacharie écarta mes mains avec douceur, puis il me débarrassa de mes vêtements mouillés avec une efficacité redoutable. Avant de retirer les siens.
Je restai sans mot devant ce spectacle inattendu. Mon regard restait
fixé sur ses bras, alors qu’une petite voix répétait que c’était le moment d’en profiter. Mais profiter de quoi? Mes pensées coulaient entre mes doigts et j’étais incapable de les retenir. Je n’arrivais pas à m’en inquiéter, même si cette idée tournait en rond dans mon esprit, comme un Betta dans son bocal.
Zacharie glissa un bras sous mon épaule et le contact de sa peau sur la
mienne m’électrisa tout entière. Mes pieds refusaient toujours de porter mon poids et mon nez piqua sur son sternum. Un nuage de poils noirs y traçait des ailes de chauve-souris, mais je les sentais à peine contre ma peau gelée.
Son bras se resserra autour de moi et il m’embarqua dans la douche. Il
ajusta le jet et me positionna pour que l’eau tombe sur mon torse avant de couler vers mes jambes et mes bras. Rien ne se passa les premiers instants, puis ma respiration se libéra. Mes dents claquèrent violemment. De mémoire, c’était bon signe si les muscles parvenaient à se contracter dans un effort de se réchauffer. L’absence de frisson signalait une hypothermie avancée. Un fourmillement débuta aux articulations, prit de l’ampleur pour se transformer en une horrible sensation de brûlure. Mon souffle devint haletant et les bras de Zacharie se refermèrent un peu plus fort autour de moi.
– Ça va passer, respire, ne lutte pas, murmurait-il sans relâche.
J’appuyai mon front contre sa clavicule et tentai de tout oublier à
l’exclusion de cette voix grave. Au bout d’un – très long – moment, la tension me quitta enfin et je soupirai de soulagement tandis que les derniers picotements désertaient mes extrémités. Et c’est à ce moment que je pris conscience de la situation : j’étais nue sous la douche, dans les bras de Zacharie.
Je n’allais pas me plaindre. Il y avait pire que ça. Mais nous avions passé un pacte la veille, et déjà, je peinais à me
rappeler les conditions. Est-ce que promener mes mains dans son dos contrevenait à notre entente? Si je flanchais la première, je pourrais sûrement trouver un moyen de le convaincre de me filer un coup de main quand même.
Mes doigts avaient bel et bien retrouvé toute leur sensibilité, et je les
laissai explorer la fermeté souple de la peau de Zacharie. De toute façon, les finances du manoir permettraient amplement de rémunérer son temps. La respiration de Zacharie hoqueta et il ajusta sa prise, moins en support et plus en étreinte. Mes paumes remontèrent vers ses épaules et rencontrèrent de fines lignes. Je suivis leur trajet, à la manière d’une carte marine, toute en dénivelé et en courant, avec la terre d’un côté et la mer de l’autre.
J’avais déjà vu ses cicatrices, et le temps avait estompé la plupart
d’entre elles, témoins silencieux de la détermination de Zacharie à vivre libre et à défendre ses valeurs. Je glissai vers ses côtes pour descendre jusqu’à sa taille, chaque creux et chaque vallon se traduisait par une symphonie d’images derrière mes paupières.
Les mains de Zacharie caressèrent mon dos puis mes hanches,
enflammant ma peau partout sur leur passage. Son membre se pressait contre mon bas-ventre, et même si je n’avais pas eu la présence d’esprit d’y jeter un coup d’œil plus tôt, je sentais sans l’ombre d’un doute qu’il n’était pas en reste dans ce département.
Je décollai ma joue et effleurai ses pectoraux de mon nez, alors que
mes mains atteignaient la rondeur parfaite de ses fesses. Un grondement secoua sa poitrine et je rouvris les yeux pour me retrouver captive du brasier dans les siens.
– Je n’ai même plus envie de respecter notre pacte, déplora-t-il.
Mes doigts se crispèrent sur ses fessiers tandis que mon cerveau
essayait d’interpréter ses paroles.
– Tu ne veux pas que je vienne célébrer le Nouvel An chez toi?
Un rire silencieux agita ses côtes, puis ses bras m’enlacèrent plus
étroitement pour nous plaquer l’un contre l’autre des cuisses à la poitrine. Je me laissai aller sans résister, satisfaite de me prélasser dans la chaleur de son corps.
– Je tiens absolument à ce que tu viennes, mais je veux que ce soit
parce que tu en as envie.
Je fronçai les sourcils, mes pensées encore un peu ralenties par les
vestiges d’hypothermie.
– Si tu perds le pacte par exprès, tu devras m’offrir une journée de
travail. Mais si je viens quand même au Nouvel An… je n’arrive pas à décider si c’est équitable ou non.
Ses mains encadrèrent mon visage et il souleva mon menton, ses
pouces s’attardant sur mes pommettes. La tendresse du geste envoya une marée de frissons le long de mon dos – et ceux-là n’avaient rien à voir avec le froid. Ses yeux trouvèrent mes lèvres et je restai suspendue quelques secondes dans l’attente de ce qui allait suivre, mon cœur rivalisant un tambour.
Enfin, sa bouche couvrit la mienne. Ses lèvres pleines et chaudes
embrasèrent mes sens. Le baiser passa de délicat à exigeant en quelques secondes et je laissai Zacharie nous mener dans cette danse charnelle. Là où ses mains avaient caressé, elles empoignaient avec ferveur. Sa passion attisa la mienne. Mes entrailles se transformèrent en lave, et j’étais prête à donner autant qu’à recevoir.
Zacharie rompit le baiser avec un grognement torturé, sa respiration
aussi saccadée que la mienne. Je clignai des yeux, confuse. Nous étions sur une bonne lancée, pourquoi nous arrêter maintenant? Mes pensées devaient être limpides sur mon visage, car un sourire contrit étira les lèvres de Zacharie.
– Janie nous attend dans le salon.
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