Les vagues fugitives: Mystères et enquêtes surnaturelles (La Coureuse des grèves t. 2) (French Edition)

Chapitre 14

Janie m’entraîna vers les profondeurs du lac. Le choc thermique me

coupa le souffle et mes muscles se tétanisèrent. Je me débattis dans l’espoir de la faire lâcher prise, mais elle m’emportait toujours plus loin. La lumière du jour s’amenuisait à une vitesse alarmante.

Lorsque la pression commença à me vriller les tympans, Janie s’arrêta

enfin. Elle retira ses mains de mes chevilles et je devinai aussitôt sa cible suivante : ma gorge. Je ramenai mes jambes sous moi et lui assenai un coup de pied en pleine poitrine. Son cri rageur se réverbéra.

La métamorphose de Janie ne signifiait qu’une chose : je m’étais

méprise sur sa nature. Cisaillant l’eau de mes jambes et de mes bras pour mettre de la distance entre nous, j’appelai l’eau à s’écarter pour qu’elle m’apporte une bulle d’air. Respirer sous l’eau m’était impossible, mais ma magie de nymphe me permettait de manipuler l’eau pour me fournir l’oxygène nécessaire.

Janie plongea vers moi et dissipa mes efforts d’un coup de pied. Elle

ne me laissait pas le choix. Je tendis les paumes vers elle et amassai une petite boule d'air. Dès qu’elle piqua dans ma direction, je claquai la bulle entre mes mains. L’onde de choc la fouetta au visage. Son corps dériva quelques secondes, avant qu’elle ne secoue la tête et revienne à la charge.

Ma réserve d’oxygène ne tiendrait plus que quelques secondes. Déjà,

mes poumons brûlaient à chaque geste. Ma gorge se crispait sous l’effort nécessaire pour retenir mon souffle. Je devais mettre fin à cet affrontement.

Je lançai un appel à la ronde, en quête de n’importe quelle créature.

Le froid rendait les poissons léthargiques, mais un maskinongé[19] répondit présent et nagea jusqu’à s’interposer entre Janie et moi. Elle ouvrit la bouche et un son horrible se répercuta tout autour de nous. Le maskinongé ne demanda pas son reste et il s’éloigna à toute vitesse. Janie montra les dents en une parodie de sourire triomphale. Puis elle fonça sur moi.

Je tentai une deuxième impulsion magique, lorsque le pouvoir obscur

jaillit hors de sa cachette. Il infusa tout mon corps en une fraction de seconde. Des points noirs commençaient à envahir mon champ de vision, signe que mon temps était compté. Je n’aurais jamais l’énergie de le contrôler.

Janie profita de mon hésitation pour m’agripper. Je me débattis, mais

le froid engourdissait mes membres et j’avais de plus en plus de difficulté à bouger. Malgré mes efforts, ses mains palmées se refermèrent autour de mon cou. Entre-temps, le pouvoir obscur enflait et gonflait dans ma poitrine. La panique me gagnait, et pas qu’en raison de l’acharnement de Janie. Le pouvoir obscur avait déjà agi de la sorte par le passé avec de funestes résultats. Je devais me libérer et l’empêcher d’intervenir.

Je me tortillai pour briser la poigne de Janie, mais j’avais perdu toute

sensibilité dans mes doigts. Mes bottes pesaient une tonne et me tiraient vers le fond. Je levai les yeux vers le visage de Janie, en contrepoint de la lumière de la surface. Un spasme parcourut ma cage thoracique, alors que le besoin de respirer menaçait de prendre le dessus. Le pouvoir obscur exploserait dans quelques secondes et il détruirait tout; Janie, le lac, moi.

Lorsqu’une ombre passa au-dessus de nous.

Des sabots fendirent l’eau. Une crinière ondula, accompagnée d’une

nuée de bulles. Janie me lâcha avec un couinement et fit face au cheval-bâtisseur.

La noirceur envahit ma vision alors que le pouvoir obscur se figeait. Il

aimait bien Zacharie. S’il détonait, il risquait de le tuer. Je battis des jambes. Je devais atteindre la surface.

Trop tard.

Mes pensées clignotèrent avant de s’éteindre.

 

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