L'heure de 80 minutes
Chapitre XVIII
L E soir approchait, et l’heure à laquelle on rentre chez soi après le travail. Tout en haut de l’immeuble du C.O. à Houston, Dictionnaire Technique Chambers alla regarder par les baies de polydre. Le crépuscule
avait déjà pris possession des canyons, irrigué par une lumière artificielle.
Un immense néon de Trotsky et de l’Oncle Sam s’alluma sous ses yeux ; la
barbiche de Trotsky s’embrasa en premier.
Les sorties de bureaux traditionnellement torrentueuses des temps
modernes se réduisaient en cette année « fin de siècle » à une mince rigole.
Les communications étaient moins primitives ; on pouvait maintenant faire
son travail chez soi la plupart du temps, grâce au réseau holovisuel. Mais
une modeste marée s’éloignait vers des régions aux maisons plus rares et
plus basses. Une chance s’offrait à lui de se joindre à cette marée.
Chambers n’était pas assez payé pour pouvoir s’offrir un double qui ferait
ses heures de bureau à sa place ; mais on le payait assez pour qu’il puisse
prendre un avion et fuir dans le désert vers son petit ranch de béton armé.
Bien d’autres employés de l’immeuble administratif en faisaient autant,
chacun selon ses moyens, arrachant à la nécessité consacrée du gagne-pain
leur petit îlot d’intimité menacée, partout où c’était possible.
Tout en débranchant pour la nuit sa série de terminaux, Chambers chanta
pour lui-même.
Je fus élevé il y a longtemps
Il y a longtemps et très loin d’ici,
Et je croyais à la nécessité.
Quoi que sur la Terre on veuille bouger
Ou quoi que soit ainsi réarrangé
Pour moi rien ne sera jamais changé.
Tous les bouleversements du progrès
Tout coup que la technologie assène
Peuvent mettre en danger la société
Peuvent bien balayer ce qui était ;
Mais la nécessité tient à jamais ses rênes,
Le cours d’une charrue, rien ne peut l’entraver –
Nos vieux impératifs, rien ne peut les changer !
L’ascension millénaire de l’homme
Jusqu’aux sommets les plus ardus
N’a rien à voir avec la volonté
Mais tout à voir avec le temps
Aidé par la colère, et le sexe pour but,
Aiguillonné enfin par l’agressivité.
Ces vieux impératifs, qui pourra les changer ?
Je dois partir d’ici sur l’heure,
D’ici sur l’heure et loin m’enfuir,
Cette nécessité s’impose.
L’atmosphère a mauvaise odeur,
Du fond des temps je sens la peur –
Mon caractère à moi s’oppose !
Qu’il parte ou qu’il reste, C.O. continuerait, aussi sûr que les saisons ou
les impôts ; Thunderbird Smith, et les autres projections du C.O. autour
d’un globe de plus en plus exigu, resteraient à jamais derrière leurs bureaux,
vingt-quatre heures sur vingt-quatre, quatre-vingts minutes par heure. C.O.
n’était jamais en grève, ne rêvait d’aucun foyer, d’aucune famille, ne
courait jamais après son quinze heures trente de banlieue. Il continuait son
travail en aveugle, tel la Volonté Immanente de Hardy, tissant d’éternels
chefs-d’œuvre de causes et d’effets. Incontestablement, il était devenu la
Volonté Immanente de la Terre.
Il n’avait aucun noir dessein. Il n’avait aucun dessein.
Le fait qu’il projetât de tourner son attention vers Mars et Vénus n’avait
rien de noir. Il n’était programmé que pour l’efficacité maxima.
Il ne prenait aucune décision noire. Il n’avait pas le matériel pour
prendre des décisions.
Sa seule fonction, c’était le travail. Le fait qu’il travaillait sans relâche,
inexorablement, impitoyablement, et à des vitesses que les esprits non
spécialisés considéraient comme terrifiantes, n’avait rien de noir. Il ne faisait que satisfaire aux exigences de sa conception, à savoir, être le nègre
de l’homme.
À cet égard, C.O. n’était qu’une pelle, un levier magnifié. Il était le
produit final (jusqu’ici) du cours de la pensée humaine qui avait commencé
avec la pelle et le levier. En tout cas, il n’était pas plus noir qu’une infinité
de pelles avec une infinité de palettes, creusant inlassablement jour et nuit,
nuit et jour, complètement étrangères à toute notion de limite, de jardin, de
topographie, ou de sensibilité, résolues à une chose et une seule : creuser la
planète entière, la creuser et la recreuser jusqu’à la profondeur de mille
puits. La mort par mille coupures n’est comparativement pas plus noire
qu’un seul doigt coupé – elle n’en est tout au plus que l’extension logique.
Bien sûr, il y avait un aspect du C.O. que l’étrange va-et-vient humain
pouvait considérer comme noir. Le travail de nègre que faisait le C.O. était
programmé par des hommes, et fondé sur des valeurs qui se rapportaient
intégralement à l’homme.
L’homme économique, très précisément.
Pour raisons d’efficacité, une petite section du C.O. cherchait les
coordonnées du véritable Attica Saïgon Smix. Ces gens avaient besoin de
savoir exactement. Sinon, Smix n’était pas entièrement sous contrôle, les
opérations risquaient de ne pas être menées avec le minimum d’inefficacité.
Cette recherche s’effectuait tout le long du spectre électromagnétique aussi
bien que dans le monde physique. La biosphère, au sens le plus large, était
passée au peigne fin. Quelques douzaines de petits relais s’occupaient du
problème, quelque part à un kilomètre sous terre, quatre-vingts minutes par
heure. Ils finiraient par l’avoir.
Une autre section du C.O. envoyait de nouveaux émissaires, souvent
sous forme humaine, dans différentes parties du globe. Ces nouveaux
émissaires étaient dotés d’appareillages qui avaient pour fonction de faire
un relevé de l’ensemble des turbulences temporelles apparues sur la Terre,
et de découvrir en quoi leurs paramètres d’impulsions et leurs
manifestations physiques différaient de la norme. Bref, ces nouveaux
émissaires avaient pour fonction d’aller se paumer. « Paumez-vous et
revenez au rapport. » Voilà peut-être le message qu’un dieu aveugle donne à
ses enfants à leur naissance.
(De Dinah Sorbutt est né un fils à 23 h 16 LST, le 12/5/99, à la Maternité
d’État 66853/B, Slavonsky Brod. Poids : 36.059 hectogrammes. Nom :
Roderick Geraldo Mike. NOC 8342696/119/3112401AX. 116.) Message envoyé au C.O., Division du Recensement. Message signifiant que
l’accouchement avait été normal et le système Schally-Chaplain implanté
dans le cerveau du nouveau-né.
Les nouveaux émissaires envoyaient de curieuses informations.
Certaines faisaient apparaître plus clairement la forme générale. D’autres
l’embrouillaient.
Cinq turbulences temporelles dûment authentifiées se déplaçaient autour
du globe. Elles avaient été six, mais la sixième, qui s’était matérialisée sur
la Fédération arabe au-dessus du Caire et de Tel-Aviv, s’était
dématérialisée. Datée de 1879.
L’espace ainsi défini s’approchait, en gros, de la sphère. Ce qui était
réconfortant pour les responsables réunis pour discuter des résultats. Le
cerveau humain est accoutumé aux sphéroïdes. Une turbulence temporelle
septemfide eût été impensable.
Les cinq autres turbulences temporelles étaient les suivantes :
Un. Localisée près de la mer Noire, incluant en partie la Bulgarie, la
Grèce et la Turquie. Grossièrement sphérique elle aussi, diamètre estimé à
deux cents kilomètres. Époque, 1878.
Deux. Proche d’Un, spatialement. Localisée en Gironde, France. Incluant
Bordeaux. Grossièrement sphérique. Diamètre réduit, estimé à soixante-dix
kilomètres. Époque, lointaine – peut-être le XV e siècle, peut-être encore
plus loin.
Trois. Proche d’Un, temporellement. Manque d’information sur le
périmètre. Incluant de vastes régions d’Afrique du Sud, comprenant le
Transvaal, mordant sur le Kalahari à l’ouest, et, à l’est, Port-Natal et une
partie de la côte. Pas moins de mille kilomètres. Forme encore inconnue.
Époque, 1879. Note : T-T Trois pourrait ne pas être temporellement
homogène. Un rapport de Bloemfontein fait mention de baluchiteria aux
abords de la ville. Ce mammifère géant s’est éteint au milieu du Miocène, il
y a quelque vingt millions d’années. Enquête en cours sur cette situation
ambiguë, gênée par la mauvaise qualité des communications.
Quatre. Petite turbulence signalée à Pise, Italie, datée de 1872 ; pourrait
être en relation temporelle avec Un ou géographique avec Deux. Moins de
deux kilomètres de diamètre. S’est maintenant dématérialisée, comme Six.
Une autre turbulence, datée de 1880, s’est dématérialisée de la région
Albanie-Yougoslavie méridionale. Enquêtes en cours sur d’autres petites
turbulences aux propriétés et aux dates similaires, signalées dans des régions aux communications difficiles : Afghanistan, le Grand Ram de
Katch, Belo Horizonte, Maracaïbo, le Grand Désert de Victoria, et la
province chinoise de Yunnan.
Note : mises à part ces dernières turbulences mal authentifiées, on verra
que les quatre turbulences sus-nommées, plus la sixième (Égypte) disparue,
sont toutes connectées, géographiquement ou temporellement. Des calculs
d’ordinateurs suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une seule et même anomalie
topologique de l’espace-temps, d’une présentation complexe en Temps
apparent mais, en Temps réel, vertex apparents formant les nœuds d’une
seule surface d’arc asymétrique mais homogène. Auquel cas, elle serait
susceptible de disparaître aussi vite qu’elle est apparue. Il faudrait donc
interpréter T-T Cinq comme une incohérence, ou une turbulence dont seule
une théorie unifiée rendrait compte.
Cinq. Couvre une section elliptique des U.S.A., de La Nouvelle-Orléans
au sud, au Dakota du Nord au nord. Largeur maximum Dodge-City-Saint-
Louis, neuf cents kilomètres. Rapports authentifiés du sud de la turbulence
donnent la date de 1803. Silence complet sur tout le reste du territoire
délimité. Hypothèse : anomalie temporelle profonde, région en préhistoire.
Rapports suivront.
Plusieurs rapports font état de témoignages sur la taille gigantesque de
certaines personnes au sein des turbulences. L’enquête suit son cours.
Dwight Ploughrite Castle, assis dans ses foyers du désert de Mojave,
Californie, digérait les rapports. Comme d’habitude, il ne disait rien. Il y
avait avec lui un autre membre de l’Exécutif mondial, Sue Fox, cette
matrone autoritaire qui avait connu et en partie aimé Castle tout au long des
nombreux mariages de ce dernier, mais qui ne pouvait toujours pas
supporter ses silences.
Elle regarda au travers de la baie la danse extatique des fontaines, les
planètes roses et vertes qui tournaient au plafond ; elle tapotait du pied avec
impatience.
« Dwight, ça doit faire trois fois que tu les relis. Maintenant qu’est-ce
que tu as à en dire ?
— Je ne lisais pas. Je regardais.
— Et qu’est-ce que tu en dis ? Allons, parle ! »
Il se leva et s’étira. Il était fort, la soixantaine toujours droite, et battu par
les vents comme une vieille jetée.
« Je pensais à prendre ma retraite, Sue. Tu sais que Thunderbird Smith et
Attica Saïgon Smix seraient contents de me voir partir.
— J’en mourrais si tu nous lâchais, même si tu ne l’ouvres que tous les
premiers de l’an. »
Elle alla vers lui, ils se regardèrent. Il restait là, tranquillement, avec ses
poings fermés à la hauteur des oreilles.
« Démissionne, toi aussi Sue. Envoie donc tout promener. On ne peut pas
arrêter le monde. Partons en vacances en Afrique. Du baluchiterium tout
piaffant. Tu te rends compte ? L’occasion unique de chasser le
baluchiterium ! Tu sais à quoi ça ressemblait ? J’en ai vu des dessins au
muséum – des rhinocéros au long cou, de six mètres à l’encolure !
— C’est tout ce que tu trouves à dire sur les rapports ? Tu me déçois. »
Il débrancha l’holoscillation ; la nuit et le désert réapparurent au-dehors.
La nuit et le désert seyaient mieux à la pièce. Elle était longue, fraîche, nue,
ses murs de brique passés à la chaux, un crâne ou une roue çà et là et un
tableau énorme, style mexicain, avec des enfants, des fruits, du sang, une
crucifixion, un coucher de soleil, des lis. Par terre, des peaux authentiques.
« Allons nous faire avaler par cette turbulence, là-bas en Afrique, et
traversons-la en camion, avec tout l’équipement qu’il faut. Toi et moi, nous
deux les vieux durs, on va se taper une bonne tranche de Miocène. »
Elle rit avec bonne humeur. « Je fais partie des quelques personnes qui
peuvent dire exactement où s’arrête la plaisanterie chez toi, Dwight. Tes
convictions politiques t’ont gâché la vie. C’est dans l’Himalaya, pendant
ton premier mariage, que tu as passé tes meilleurs moments, pas vrai ? C’est
pour ça que je ne t’épouserai pas, à part le fait que je sois trop vieille pour
me lancer comme autrefois dans des affaires scabreuses : tu es resté collé
dans ton ère personnelle. Je sais ce que tu vas dire – nous entrons dans une
nouvelle turbulence temporelle qui s’appelle le XXI e siècle… Mais il faut
rester pour accompagner l’unité Cap-Com aussi loin que possible, pour voir
si on peut encore sauver quelques domaines de la machine. »
Il était reparti dans son mutisme. Elle se jucha sur une table et reprit :
« D’ailleurs, dans des crises comme celle-là, nous en avons besoin, des
machines. Regarde comment C.O. rassemble tous les fils, les analyse, et
montre l’unité de ce qui nous apparaît comme un fouillis informe.
— D’accord, d’accord, je vais te dire ce qui me travaille en fait. Je ferais
peut-être mieux de la fermer. Ça ressemble à du délire mystique. En plus, je
n’arrive pas à l’expliquer correctement.
— Vas-y. Essaie au moins d’être cohérent.
— Je pense que cette analyse des turbulences temporelles est
complètement bidon. Et peut-être que toute l’histoire est bidon. Voilà. »
Elle rumina la chose. Son laconisme – elle n’était jamais arrivée à savoir
s’il provenait d’une force ou d’une faiblesse intérieure ; cette incertitude la
maintenait constamment dans ses parages, même hors-service.
« Tu crois que les turbulences temporelles n’existent pas ? Tu crois que
c’est un truc du C.O., peut-être pour lancer son heure de quatre-vingts
minutes ?
— Je ne crois pas que ce soit dans le domaine du possible pour l’instant
– pas avant une dizaine d’années. Il existe des milieux où le C.O. ne s’est
pas encore infiltré, et il y a toujours le mystère du terrier d’Attica. Non, les
turbulences temporelles ne sont pas un truc. Et en même temps, elles
n’existent pas.
— Je m’y perds.
— Eh bien ce sont des illusions. Comme les sorcières et les soucoupes
volantes étaient des hallucinations collectives. Les turbulences temporelles
sont des hallucinations collectives. Le désir généralisé de s’échapper d’un
présent pourri.
— Elles existent assez pour que le C.O. les analyse.
— D’accord, on peut prendre un anti-histaminique pour traiter une
allergie. Mais inévitablement, l’approche du C.O. ne peut être
qu’analytique. Il ramène déjà tout à la topologie. Ce que je crois, c’est qu’il
s’agit d’un problème de mystique.
— On t’exclurait du comité si tu allais raconter ça à Thunderbird Smith.
— Exactement le genre de signe qui me confirme dans mon idée. » Il sua
un peu et ajouta : « Nous avons besoin du mysticisme – d’une forme de
mysticisme. Sinon nous mourrons. »
— Dwight, tu t’es toujours débrouillé sans mysticisme, si ce n’est la
mystique du Fusionnisme. Depuis ton adolescence, tu travailles comme un
obsédé à réaliser l’unité est-ouest. Ne jette pas les fruits de la victoire
maintenant que tu les as en mains. Quant à cette chasse au baluchiterium, si
tu parles sérieusement, alors tu es fou.
— Et si je te disais que tout à coup je ne crois plus aux solutions
politiques. Si je te disais que j’ai eu tout à coup l’illumination qu’il existait
des facteurs au-delà de la politique qui défient toute législation… les vieux
démons de la condition humaine…
— Je me dirais que tu es très émotif et que tu fais une espèce de cinéma
romantique auquel, intellectuellement, tu ne crois pas. »
Il faisait les cent pas. Il indiqua de la main le grand tableau rutilant.
« Tu aimes ce tableau ?
— De Diego Rivera. Je l’ai toujours admiré. J’aime cette espèce de
vigueur cubiste naïve.
— J’ai acheté ce tableau au troisième mari de ma première femme, à
l’époque où elle était en avance d’un mariage sur moi. Tu sais ce qu’il a
fait, Rivera. Il avait une maison dans la banlieue de Mexico. Il a prêté cette
maison à Trotsky quand il est parti en exil. Trotsky, l’un des fondateurs de
l’état communiste, donc de Cap-Com, un homme au cerveau énorme et au
cœur gigantesque. Trotsky, c’est le Grand Personnage Secret du siècle. Je
voulais être son émule. Mais les machines sont arrivées, et qu’est-ce que tu
veux qu’un homme fasse de sérieux ?
Il se jeta dans un fauteuil de cuir.
— C’est du défaitisme ça, mon vieux, dit Sue Fox, pas du mysticisme.
— Le mysticisme, c’est tout ce qui reste pour combattre le matérialisme
des machines.
— On croirait entendre mon amie Becky Hornbeck. Laisse donc le
mysticisme aux N.D. C’est tout ce qu’ils ont. »
Il baissa les yeux au plancher, et elle baissa les yeux sur lui, sensible à
quelque silence léthal dans la pièce, quelque immobilité émanant des objets
aussi bien que d’eux-mêmes. Il ne lui avait jamais parlé de croyances
mystiques. Peut-être n’en avait-il jamais parlé à personne. Elle était face à
face avec la vie de Dwight et ses silences, ses inconforts, ses continuités.
Avait-il réussi à tirer de la vie une conclusion valide qu’il mettait
maintenant en application, peut-être avec plus d’efficacité qu’auparavant, et
qui mettait en cause des facteurs dont le credo du fusionnisme, qui avait été
si longtemps le sien, ne pouvait pas rendre compte – ou était-ce le premier
signe de l’âge, un petit coup par-ci, un petit coup par-là, qui trouvait la
petite faille du caractère, et entamait son lent travail de sape égarant et
glaçant ?
Sue Fox avait de l’orgueil et un genou gauche plutôt raide. Mais elle se
mit à ses pieds et lui prit le bras de ses deux mains.
« Je ne crois qu’au mysticisme concret, dit-elle. Et je sais ce qu’on peut
faire, très concrètement.
— Agir ?
— Agir !
— Sainte gale, on n’arrête pas de s’agiter, à droite, à gauche, comme un
peloton de spermatozoïdes ! »
Il lui souriait.
« N’oublie pas tout le sens qu’il y a derrière la queue frétillante de tes
spermatozoïdes ! » Elle lui souriait. « D’abord, nos analogons, pour rendre
visite à Mr. Dictionnaire Technique Chambers.
— Ce laquais ! Mais qu’est-ce qu’on lui veut ?
— J’ai idée qu’il est plus qu’un laquais ; j’ai idée qu’il sert d’autres
maîtres qu’Attica Saïgon Smix. Il faudrait en parler avec lui. Et aussi, il
habite au bord de la turbulence temporelle la plus profonde. Pendant que
nous y sommes, enquêtons donc sur le terrain, et testons un peu cette
théorie de l’hallucination collective. »
Il s’arracha de son fauteuil.
« La mystique de l’action ! La meilleure ! »
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