L'hiver n'est jamais froid au petit café de l'amour

8. Où je manque de me faire arrêter par un certain policier zélé

8. Où je manque de me faire arrêter par un certain

 

policier zélé

 

Tout est noir dans la ruelle. Je ne perçois même plus les lumières des décorations de Noël en forme de lune suspendues aux lampadaires.

Ce n’est peut-être pas aussi grave que ça en a l’air…

Plantée au milieu de la rue, je regarde les maisons voisines et je prie pour qu’une lumière à l’intérieur de l’une d’entre elles s’allume.

Allez…

Rien. D’accord, c’est un désastre. Charlie n’était pas alarmiste. Il avait raison en me déconseillant d’utiliser les prises. J’ai probablement fait sauter les plombs des maisons situées aux alentours du café.

Pour me rassurer, je remonte le col de mon manteau et rejoins la place, dans l’espoir de voir briller une ampoule ou même un écran de télévision, je ne ferai pas la difficile.

Là-bas aussi, tout est plongé dans la pénombre d’une fin de journée hivernale. Les chances pour que l’absence de lumière soit une coïncidence sans lien avec le système électrique vétuste du café sont assez minces. D’autant que je n’ai jamais entendu parler d’une coutume locale qui impliquerait que les habitants de Saint-Martin éteignent toutes les lumières – lampadaires compris – le 1 er décembre à presque 17 heures. Moment où j’ai branché ce fichu chargeur.

Les feux d’une voiture me surprennent. Un véhicule s’approche et se gare sur la place. Un homme, la trentaine passée, emmitouflé dans une longue parka, ouvre sa portière et regarde un peu partout autour de lui, l’air surpris par l’obscurité qui a soudain enveloppé Saint-Martin.

Tu m’étonnes !

On dirait qu’un fléau vient de s’abattre sur le village.

Je le rejoins, pour le cas où, doté de super pouvoirs, il pourrait m’apporter son aide.

— Je crois qu’il y a un problème d’électricité, dis-je, une fois dans le halo de lumière émanant du plafonnier de sa voiture restée ouverte.

— Je vois ça, répond-il.

Il porte son attention sur l’une des maisons situées à l’angle de la place. Une fenêtre vient de s’ouvrir au premier étage et une voix tonne quelque chose à propos d’un « putain de réseau électrique ». Puis une femme apparaît à l’angle opposé et, même à presque cent mètres de distance, je devine son air furibond.

Un vent de panique me fait monter une bouffée de chaleur. Les joues brûlantes de honte à l’idée d’être à l’origine de ce remue-ménage, je reviens à l’homme qui est à côté de moi et décide qu’il sera mon allié.

— À tout hasard, est-ce que vous sauriez ce qu’on peut faire ?

Mon coéquipier malgré lui me fixe, surpris par le ton paniqué de ma question. Pour lui, c’est une simple coupure. Pour moi, c’est l’heure de mon exécution en place publique pour avoir grillé le système électrique du quartier. À moins d’un miracle – une illumination mystique ferait très bien l’affaire –, je doute d’échapper au sale quart d’heure qui va suivre.

— Je ne sais pas, dit-il tranquillement. Je dirais qu’il faut contacter la mairie.

Deux autres personnes déboulent sur la place, munies d’une lampe torche. L’une d’elles demande si quelqu’un sait ce qui se passe et qui est responsable de ce merdier – pour reprendre ses mots. Quand je me rappelle avoir laissé mon téléphone sur le comptoir du café, je perds mon sang-froid.

— Appelez-les tout de suite ! Je crois que c’est grave.

Mon allié me regarde à nouveau, l’air de se demander s’il ne vient pas de rencontrer la folle du village, celle qui erre toute la journée dans les rues et annonce le chaos à qui veut bien l’écouter.

Néanmoins, sans faire de commentaires, il s’écarte et sort son téléphone. Après quelques secondes de conversation, il revient vers moi.

— C’est bon, ils envoient quelqu’un.

— Merci, dis-je, soulagée.

Maintenant que la situation semble sous contrôle, je décrète que c’est le moment idéal pour disparaître et ne pas reparaître de sitôt. Sans perdre de temps, je prends la direction du café et remarque que l’homme m’emboîte le pas.

Ce n’est que lorsque nous nous arrêtons tous les deux face à la devanture que je comprends qu’il est le candidat pour le poste de gérant, puisque nous avions convenu qu’il passe aujourd’hui même. C’est ça, ou bien j’ai un autre problème.

— Sébastien Chaumin ?

Il acquiesce. Son regard passe de l’enseigne « Chez Madie » à moi.

— C’est vous, Aurélie Rivolier ?

Son air surpris me confirme que ma crédibilité a rendu l’âme quelque part entre la place et la rue du café.

— Moi-même. Et voici le café, je vous fais visiter ?

Mon téléphone en mode lampe torche en main, je tente de lui faire faire le tour du propriétaire. Mais, dans le halo de lumière blanche, le café reprend ses airs de décor de film d’épouvante que deux jours de travail intensifs avaient fini par gommer.

Déçue, je n’ose pas le faire monter à l’étage.

— Le poste, demande-t-il, c’est pour quand ?

— Je pensais à la fin décembre ou quelque chose comme ça.

Dans une poignée de jours. Le dire tout haut me semble absurde. Si je n’étais pas épuisée, je pourrais rire de ma naïveté. Seule, je vais avancer trop lentement, et même un miracle ne pourrait pas me permettre de rouvrir dans un délai si court.

Mon candidat hoche la tête, tout en regardant la salle d’un œil inquiet. Prise de court par la tournure de l’entretien d’embauche, je tente de le rassurer.

— Un électricien va passer faire les réparations, et je vais commander le matériel dès ce soir. Ou demain, ajouté-je en pensant à l’odeur de brûlé qui émane de mon ordinateur. Ensuite, ça ira vite et j’aurai besoin de vous. Enfin… de quelqu’un comme vous.

L’unique candidat à avoir montré un intérêt pour l’annonce glisse ses mains dans ses poches et s’avance vers la porte. Le message est clair, je viens de lui faire perdre son temps.

— On n’a qu’à dire que vous me contactez quand ce sera prêt.

Il n’y a pas d’agacement dans sa voix. Juste une volonté de se montrer franc. Je n’insiste pas, afin de ne pas paraître ridicule.

— D’accord, déclaré-je à regret.

Il regarde l’escalier un long moment, avant de revenir à moi.

— Vous vous êtes installée ici ?

Sa question me surprend. En suivant son regard, je tombe sur le sac contenant un nécessaire de toilette et des vêtements de rechange que j’ai amenés.

— Non, pas du tout ! Pour l’instant, je me contente d’y passer mes journées. Mais peut-être que je devrais envisager de rester ici la nuit aussi, dis-je dans un rire gêné. Il y a tellement à faire.

Sébastien hoche la tête. J’ai du mal à savoir ce qu’il pense derrière son masque d’impassibilité. Est-il intéressé par la perspective de prendre la gérance, ou non ?

— Bon, alors je vous recontacte dès que les travaux sont finis, c’est bien ça ?

— D’accord, répond-il sur ce même ton neutre.

Il saisit la poignée de la porte et je décide de le raccompagner, pour le cas très peu probable où cela me permettrait de gagner des points. Après quelques pas, nous sommes à nouveau sur la place. Cette fois, elle grouille de monde. Des habitants mécontents tentent de trouver des explications. Ils font de grands gestes, en colère, rassemblés sous le chêne pour éviter d’être mouillés par les premiers flocons de neige. Parmi eux, je reconnais Tom en tenue de policier.

Mon cœur manque un battement. Je sens les ennuis se profiler.

— Quand vous avez dit « ils envoient quelqu’un », je demande à Sébastien d’une voix blanche, est-ce que vous vouliez parler d’un policier ?

— Non, répond-il, surpris. On m’a parlé d’un électricien.

Une fourgonnette arrive en trombe et freine juste devant la Clio de Sébastien pour prendre la place de stationnement disponible. Le conducteur manœuvre de manière approximative, et à plusieurs reprises il manque d’emboutir la voiture de mon futur gérant du café. Si avec tout ça il décide de revenir, je l’embauche sur-le-champ !

La chance n’est clairement pas de mon côté aujourd’hui. Quand le chauffard descend de son véhicule, je reconnais la silhouette trapue et cette manière de maugréer à voix haute. C’est Charlie, alias l’arnaqueur du siècle, mais aussi celui qui m’a recommandé de ne pas utiliser les prises situées près du comptoir.

Il passe devant nous et m’adresse un signe de tête pas tout à fait chaleureux avant de rejoindre Tom. Je crois qu’il me soupçonne d’avoir joué un rôle dans cette sombre histoire. Et, comme je n’ai pas l’intention d’assumer d’être en tête d’affiche de la tragédie qui va l’occuper une bonne partie de sa soirée, je décide qu’il est temps de m’éclipser.

Je salue Sébastien, resté en retrait près de sa voiture, lui promettant de le recontacter au plus vite, et je me dirige vers le café à grandes enjambées.

— Lili ?

Je reconnais la voix de Tom. Son timbre est plus grave que d’habitude, presque inquiétant. Si j’étais paranoïaque, je dirais qu’il va procéder à une arrestation. La mienne, par exemple.

— Lili !

Sous le choc, je m’immobilise. Deux options s’offrent à moi. Soit je décide de coopérer, attitude mature et réfléchie qui débouchera sur une conversation au poste de police. En qualité de policier pédagogue, Tom me passera un long savon pour mon manque de vigilance.

Soit… je me mets à courir pour éviter ce moment de honte et je deviens la fugitive la plus recherchée du village. Ma foulée s’allonge, comme si mes jambes avaient décidé de valider l’option B.

— Lili !

La voix de Tom est plus proche, il est déjà derrière moi. Je vais en prendre pour mon grade !

— Oh ! bonsoir, Tom ! dis-je en me tournant dans sa direction, comme si je n’avais pas du tout entendu ses sommations.

Du coin de l’œil, je note que Sébastien, une cigarette à la main, n’a pas perdu une miette du spectacle. Il finit par monter dans sa voiture et s’en va.

En plus d’être ridicule, je crains de n’avoir plus aucune chance de lui faire prendre la gérance du café à l’issue des travaux. Comment se fait-il que, chaque fois que je mets un orteil dans ce village, les choses ne tournent jamais à mon avantage ?

— Je viens d’avoir une conversation avec Charlie, dit Tom sur un ton suspicieux. L’électricien qui est passé te voir aujourd’hui.

— Je sais qui est Charlie.

Un arnaqueur de première catégorie.

— Il dit que le problème peut venir du café.

Le traître.

— Vraiment ?

Je résiste. Je connais mes droits – enfin, ceux des séries télé américaines. C’est sa parole contre la mienne.

Tom croise les bras sur son torse et m’adresse un regard sévère. Dans son uniforme, il semble plus grand et plus impressionnant que dans mes souvenirs.

— Tu es sûre que tu n’as rien à voir là-dedans ?

D’accord. Je me rends. J’opte pour la voie de la sagesse.

— Peut-être que la coupure s’est produite quand j’ai branché le chargeur de mon ordinateur. Et peut-être que l’installation électrique du café est vétuste.

Tom expire bruyamment. Il se tourne vers la place et adresse un signe à Charlie, le sommant de nous rejoindre.

— On va aller y jeter un œil ensemble, dit Tom sur un ton qui ne souffre aucune négociation.

Nous prenons la ruelle et entrons dans le café. Charlie fait des allers-retours de la cuisine à la grande salle tandis que Tom tient une lampe torche pour faciliter son travail.

Quand je propose mon aide, les deux hommes répondent à l’unanimité :

— Hors de question !

— Tu en as déjà assez fait, ajoute Tom d’une voix dure.

Ils ont raison. Et, pendant qu’ils s’échinent à réparer mes erreurs, je regarde ce lieu qu’aime tant Madie. Je fixe les ombres qui dansent sur les murs abîmés, tout en refermant ma veste pour lutter contre le froid. Assise sur une chaise bancale, je frissonne. L’adrénaline qui m’a portée durant deux jours retombe doucement.

Ce soir, après m’être attiré des ennuis, je me sens stupide d’avoir ignoré l’avis des autres membres de ma famille. Depuis toujours, Élisa me taxe de rêveuse. Elle me reproche de me laisser guider par ce que dicte mon cœur, sans jamais me soucier des conséquences. Peut-être qu’elle a raison et que vouloir tenir la promesse qu’on a faite à une dame âgée est l’objectif d’idéalistes déconnectés de la réalité. Peut-être que je dois grandir et laisser partir le café, même si ma gorge se serre atrocement à cette idée.

Charlie me tire de mes songes quand il me passe devant pour quitter le café. Depuis la rue, il passe un coup de fil. Je devine qu’il appelle l’un de ses collègues. Quelques secondes après, un claquement retentit et la lumière revient.

Une ola enthousiaste nous parvient depuis la place du village. La coupure n’est plus qu’un mauvais souvenir. En temps normal, j’aurais souri devant cette manifestation de joie. Mais la fatigue et la présence électrique de Tom dans mon dos me ramènent à la réalité. Je vais devoir lui fournir quelques explications.

Je me tourne pour lui faire face et murmure un merci du bout des lèvres.

Tom ne me regarde pas. Il observe le café, maintenant éclairé par l’ampoule suspendue par son fil au milieu de la pièce. Il observe chaque détail, comme s’il découvrait la grande salle pour la première fois.

— Bon sang, qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Sa question me surprend. Je croyais être la dernière à découvrir l’état du café.

— C’est une longue histoire, me contenté-je de dire.

— OK. Je vais m’assurer que tout va bien sur la place et je reviens.

Tom s’en va. Durant les minutes qui suivent, je range tout ce qui me tombe sous la main. Je suis nerveuse à l’idée de le voir franchir à nouveau le seuil du café. À l’idée de me trouver seule avec lui, une fois de plus.

Dix minutes après, je me dis que, trop absorbé par l’attroupement sur la place, il a oublié de repasser par ici. Au bout d’une demi-heure, je souffle un bon coup. Il est probablement rentré chez lui. Alors que je tente d’évaluer les dégâts sur mon ordinateur ou ce qu’il en reste, la porte s’ouvre avec son tintement habituel.

Tom est là.

Il me fixe de ses grands yeux bruns. C’est la première fois que je le vois si… sérieux. Et je me demande si je ne préférerais pas le Tom intrépide et insupportable de mon enfance.

— Tout le monde est rentré, dit-il en guise d’introduction. Je n’ai pas jugé utile de mentionner ton rôle dans la coupure d’électricité.

— C’était un accident, dis-je, sur la défensive. Je n’ai pas pensé que ça pourrait générer un vent de panique.

Il se contente de hocher la tête.

— Il y a eu pas mal de problèmes d’électricité au village l’été dernier. Des coupures volontaires qui ont beaucoup inquiété la population. Ces derniers mois ont été plus calmes, jusqu’à ce soir.

— Des coupures volontaires ? répété-je.

— Une bande de voyous s’est amusée à saboter le système de certaines maisons. Ce qui, tu l’imagines, a causé beaucoup de tort par ici.

Je baisse les yeux, mal à l’aise. Évidemment, je ne pensais pas raviver autant de mauvais souvenirs en branchant le chargeur de mon ordinateur.

— L’installation du café est à revoir, dis-je. J’aurais dû me méfier avant d’utiliser les prises. Je te promets que ça ne se reproduira pas. D’ailleurs, ce matin, j’ai demandé à Charlie de me faire un devis, et j’espère qu’il pourra commencer le plus tôt possible.

Tom reste muet. Il observe le café comme s’il avait du mal à réaliser l’importance des travaux à mener pour lui rendre son aspect d’origine.

— Et donc qu’est-ce qui s’est passé ici ?

En guise de réponse, je lui répète ce que je sais.

— Le café est resté inoccupé quelques mois. Et je suppose que le gars que mon père avait embauché n’était pas très porté sur le rangement.

Tom semble inquiet. Comme s’il hésitait à s’exprimer. Puis il finit par le faire :

— La plupart des gens du village pensent que vous allez vendre. Enfin, c’est ce qui se dit au pub.

Au ton qu’il emploie, je comprends que cette option ne ravit pas les habitants, sans doute aussi attachés que moi à ce café. La contrariété du gérant du pub me revient en tête. S’est-il imaginé que je venais mettre de l’ordre avant de confier le bien à une agence immobilière ?

Je veux bien croire que vendre ne leur paraisse pas être une bonne idée. Pourtant, ce soir, après deux jours passés à tenter de remettre le café en état et une coupure de courant qui a failli me valoir un passage à tabac, je me demande si ce n’est pas ce qu’il faut faire.

— C’est vrai, dis-je, la gorge serrée. Ils ont raison. On pense à vendre. Mais, si je suis là, c’est pour permettre à Madie de passer un dernier Noël ici. Et peut-être pour trouver le moyen d’empêcher ça.

Conscient de mon malaise, Tom s’approche de moi. Il est suffisamment près pour que son parfum me chatouille les narines. Comme désarçonnée par sa soudaine proximité, j’ai le cœur qui accélère.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demande-t-il en me dévisageant.

— Les autres ont déjà pris leur décision, réponds-je en avalant ma salive. Si je ne réussis pas à remettre le café en état dans un délai d’un mois, et si je ne trouve pas quelqu’un pour y travailler, c’est exactement ce qui va se passer.

— Un mois, répète-t-il en regardant autour de lui. Ça représente beaucoup de travail.

— Je sais.

Ses yeux plongent dans les miens. J’ignore ce qu’il pense vraiment. Est-ce qu’il me trouve courageuse ou inconsciente ? Je finis par me dérober pour revenir à l’essentiel.

— Est-ce que je vais avoir des problèmes pour la coupure d’électricité ?

— Non, dit-il en secouant la tête. Tu l’as dit toi-même : c’était un accident.

Sa voix, plus douce, me pousse à lever les yeux pour trouver à nouveau son regard.

— Est-ce que je peux faire quelque chose ? dis-je tout bas.

— Rien. Pour éviter que ça se reproduise, je vais m’assurer que Charlie travaille ici en priorité.

Surprise, je me contente de hocher la tête. Ce soir, après avoir causé tant de désagréments, je m’attendais à tout sauf à une intervention de sa part pour plaider ma cause.

Nous restons quelques secondes à nous sonder en silence. La dernière fois que Tom et moi avons passé du temps dans ce café remonte à il y a si longtemps. Jamais je n’aurais pensé le croiser à nouveau sur ma route. Et encore moins dans ce lieu où nous avons tant de souvenirs.

— Est-ce que tu as besoin de mon aide ? demande-t-il.

— Non, dis-je sans prendre le temps de la réflexion. Je devrais pouvoir me débrouiller toute seule.

C’est faux, bien sûr. Je donnerais cher pour avoir de l’aide. Mais je ne nous imagine pas passer ne serait-ce qu’une heure seuls tous les deux. Sa présence rend l’atmosphère bien trop électrique pour que ce soit supportable.

Il me fixe de ses grands yeux bruns sans plus faire aucun commentaire. Et, après un vague signe de tête, il finit par quitter le café.

À présent que je suis seule, je suis soulagée. Mais j’ignore si c’est parce que l’incident est clos ou parce que la compagnie de Tom m’a rendue beaucoup trop nerveuse.

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