L'hiver n'est jamais froid au petit café de l'amour
Dédicace
À ce petit bout de chou, mon filleul, que j’ai hâte de rencontrer,
Avec tout mon amour.
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Les souvenirs s’écrivent dans notre cœur.
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Prologue
Madie
Le café ne désemplit pas, ces derniers jours. Chaque année, les vacances de décembre amènent quantité de familles au village, ravies de boire un chocolat chaud après une journée passée sur les pistes.
Monique, ma plus vieille amie, feuillette un journal, assise au comptoir, tandis que je vais de table en table pour contenter les nouveaux arrivants. Pour me rendre service, elle a emmené un délicieux gâteau au chocolat que j’ai pu servir en accompagnement des boissons chaudes. Dès que le flot de clients se tarit, je la rejoins pour m’accorder une pause et boire un thé à la cannelle. Mon breuvage favori quand le temps sent la neige.
— Tu sais, lui dis-je, l’air de rien, tu devrais me préparer un gâteau par jour.
Du menton, je lui montre le plateau sur lequel il ne reste que quelques miettes en souvenir de celui qu’elle a déposé ce matin. Elle secoue la tête, comme si j’avais perdu la raison.
— Je n’ai pas le temps pour ça.
— Un jour, tu diras oui !
Je n’ai pas l’occasion d’insister, car la porte du café s’ouvre en trombe. Lili entre en pleurant, suivie de près par le petit Thomas. Le fils d’un couple d’amis qui vit de l’autre côté de la place.
À vue de nez, je dirais qu’ils se sont encore chamaillés. Il faut admettre que ce petit bout d’homme ne sait pas encore comment s’y prendre avec ma Lili.
— Allons, dis-je pour les calmer. Que se passe-t-il ?
Le rouge aux joues, Lili m’explique que Thomas lui a jeté une araignée vivante au visage.
— Elle était morte, affirme le petit garçon du haut de ses sept ans.
— C’est faux. Je te déteste ! réplique ma petite-fille.
— Je crois qu’il est temps de passer à autre chose, déclaré-je tout en regardant Monique d’un air amusé.
Je montre le sapin que j’ai installé dans un coin près de la vitre. À côté, j’ai laissé la caisse contenant les décorations de Noël.
— Et si tu commençais à décorer ? proposé-je à Lili.
Elle sèche ses larmes et un immense sourire se peint sur son visage poupin. Cette petite blonde aux yeux verts va en faire tomber, des cœurs, pensé-je tandis qu’elle se rapproche du sapin. À commencer par celui de ce petit garçon. Même s’il semble l’ignorer pour l’instant.
— Quant à toi, Thomas, que penses-tu d’une tasse de chocolat chaud avec des guimauves ?
Il sourit et s’installe à sa table habituelle.
Monique arque un sourcil ironique en observant les deux bambins se jeter des regards de biais.
— Je me demande s’ils finiront par s’entendre un jour, ces deux-là…
— Je suis certaine que oui. Lili adore venir ici. Et tu verrais Thomas quand je lui annonce que ma petite-fille va passer quelques jours dans le coin !
Pendant que je prépare le chocolat chaud, Monique me tient informée des derniers événements du village. Elle m’explique que Mario, le gérant du pub, va tirer sa révérence et que ses fils, Sandro et Enzo, vont prendre la relève.
— Il a raison d’arrêter, dis-je. Il arrive un moment où tout ça, ça n’est plus de notre âge.
— Oh ! arrête de jouer la vieille retraitée aigrie avant l’heure ! me répond mon amie, toujours très sympathique. Tu n’es pas près d’abandonner le navire.
— C’est vrai, mais je pense à l’après, figure-toi. Un jour, il faudra bien que je laisse ma place.
— Claude ?
— Tu rigoles ! Mon fils déteste ce café.
Je soupire tandis que mon regard se pose sur ma Lili.
— Lili ?
Mon cœur bondit dans ma poitrine. Parmi mes trois petits-enfants, je pressens que ce sera elle. C’est elle qui apprécie le plus de passer du temps ici.
— Peut-être.
Je vais poser sa tasse fumante devant le petit garçon, qui me gratifie d’un regard émerveillé.
— Merci, dit-il.
Pendant qu’il plonge les morceaux de guimauve dans son chocolat chaud, je passe une main dans ses cheveux bruns. Je l’aime bien, ce petit gars.
Quand je reviens au comptoir, Monique a refermé son magazine. Elle lit la carte de visite que cet escroc de Charlie m’a laissée ce matin.
— Toi aussi, il est passé te voir ? demande-t-elle.
Je ris au souvenir de la visite du nouvel électricien du village. Un Parisien doté d’une âme commerciale très prononcée.
— Il m’a proposé de refaire mon système électrique pour une somme modique. Même en vendant un rein, je ne pourrais pas lui payer la moitié de ce qu’il demande. Pour me convaincre, il est allé jusqu’à me mettre en garde sur l’installation actuelle, il prétend qu’elle est trop vétuste et pourrait être dangereuse. Encore un de ces gars qui pensent se faire une clientèle en misant sur la peur. Mais mon café n’est pas près de rendre l’âme. Parole de capitaine.
Des cris interrompent notre conversation. Nous nous tournons toutes les deux vers les deux garnements, qui ont repris les hostilités.
— Je te dis que c’est moche, Lili-putienne, dit Thomas en scandant le surnom dont il affuble ma petite-fille.
Il a quitté sa table et pointe du doigt le sapin orné de quelques boules dorées. Lili perd patience et, en réponse, le menace de lui jeter une boule à la figure, en ripostant par un « espèce de Tom l’intrépide » qui se veut la pire insulte qu’elle sache proférer à son âge.
— Tu es sûre que ça va s’arranger entre eux ? me demande Monique sur ce même ton ironique qu’elle manie décidément à merveille.
— J’en suis certaine.
Une boule vole soudain à travers la grande salle. Je me demande s’il est vraiment raisonnable de croire que ces deux-là finiront par s’entendre…
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