L'hiver n'est jamais froid au petit café de l'amour
1. Mettre le feu à la dinde
Vingt ans plus tard
Aurélie
C’est la pire soirée de mon existence, pensé-je en claquant la porte.
L’oreille dressée, je patiente sur le perron. Avec un peu de chance, les éclats de voix vont retomber et la soirée pourra reprendre son cours.
— Bon sang ! ruminé-je tout haut, c’est quand même Noël !
Je jette un œil à la rue, déserte à cette heure de la nuit. J’éprouve le besoin de faire quelques pas pour prendre l’air. C’est ça ou retourner dans le café surchauffé pour un deuxième round.
Le café de ma grand-mère est situé au centre du village de Saint-Martin. C’est ici que nous avons pris l’habitude de passer le réveillon, qui, jusqu’à aujourd’hui, se déroulait dans la joie et la bonne humeur.
Contrariée par la tournure de la soirée, et prête à mener mon plan d’évasion à terme, je quitte la protection de l’auvent et je fais quelques pas en direction de la place. Aussitôt, une bouffée d’air glacial me saisit. Je découvre avec horreur que l’univers s’est ligué contre moi pour rendre ma fuite aussi pénible que possible. Un épais brouillard a réduit la visibilité de manière significative, l’humidité sature l’air et une bise désagréable me cingle le visage tout en se frayant un chemin sous mes couches de vêtements. Tous mes membres grelottent et me supplient de faire demi-tour. Mais il est hors de question que je rentre. Ils peuvent manger la dinde sans moi.
Rassemblant tout mon courage, ce qui, au vu de ma motivation, ne prend pas plus de trois secondes, j’enfonce mon bonnet sur ma tête et je fourre les mains dans mes poches. Je suis prête à affronter le froid.
Les lampadaires, auxquels sont suspendues des décorations scintillantes en forme de lune, éclairent la rue. Après quelques pas d’une marche militaire, je débouche sur la place centrale. Un jeu de boules et trois bancs en béton me font face près du grand chêne. Ça fera l’affaire.
Ravie d’avoir trouvé une terre d’asile, je traverse à la hâte et, convaincue que la position assise me permettra de glaner un peu de chaleur, je m’installe sur le premier banc venu.
Grave erreur. Mes fesses congèlent aussitôt qu’elles entrent en contact avec la pierre froide. Je suis glacée – à deux doigts de l’hypothermie – mais je ne céderai pas. Je refuse de montrer à quel point la conversation m’a bouleversée.
Après quelques secondes, le silence s’installe tout autour de moi. Je retrouve un peu de quiétude, mais ce n’est pas suffisant pour faire passer la bombe lâchée par mon père un peu plus tôt. Si au moins il pouvait neiger. Juste quelques flocons pour rendre ce réveillon moins morose. Je ne me rappelle plus le dernier Noël que nous avons passé sous un épais manteau blanc, ni même la dernière fois où j’ai pris le temps de flâner au marché de Noël, de décorer un sapin ou de boire un verre de vin chaud, avant de me rendre compte que les jours avaient filé et qu’il était déjà l’heure de penser aux bonnes résolutions de janvier.
Dans le calme de la nuit, je scrute les fenêtres des maisons alentour. Le brouillard me permet seulement de distinguer des jeux de lumières, ce qui est suffisant pour deviner des convives installés autour de la grande table dressée pour l’occasion. Des familles qui partagent toutes la joie de se retrouver autour d’un bon repas, d’un verre et d’un sourire chaleureux. Toutes, sauf la mienne. J’imagine qu’ils sont en passe de se jeter des restes de crevettes au visage pour clore cette soirée en bonne et due forme.
Comme en réponse à ma prière silencieuse, il se met à neiger. Recroquevillée sur mon banc, je regarde la danse hypnotique des flocons de neige. Un bruit de pas me tire de mes songes. Je frissonne, convaincue de sentir une présence derrière moi. Quelqu’un ? Ici ? C’est aussi saugrenu qu’impossible. Pourtant, tout à coup, l’idée de trouver refuge sur cette place déserte à près de 22 heures me semble être une erreur tactique.
J’avale ma salive et tâche de me montrer optimiste. Au moins, maintenant que je suspecte de ne pas être seule, mes pensées ne sont plus focalisées sur le froid qui s’infiltre sous mes vêtements.
Arrête de flipper, c’est juste un animal…
Convaincue que l’un de ces adorables petits écureuils de dessin animé va faire son apparition, je tente un coup d’œil circulaire. Mais le brouillard m’empêche de distinguer ce qui pourrait se trouver dans la zone située derrière l’autre banc, loin du halo sécurisant du lampadaire.
Un autre bruit se fait entendre. Beaucoup plus près, cette fois. Exactement comme si quelqu’un approchait. Difficile de ne pas y prêter attention. Terrorisée par ce qui pourrait surgir et qui ne serait ni adorable ni petit, je décide de retourner au café de ma grand-mère. Prestement.
Au moment où je me lève – « où je bondis » serait plus proche de la réalité –, une silhouette se détache de la zone d’ombre et se matérialise à mes côtés.
— Salut !
Consciente que je vis les dernières secondes de ma vie, je me tétanise, la respiration coupée. Devant moi se tient un homme. Grand, vêtu d’un épais bomber noir.
Un dealer ? Ou pire… un exhibitionniste !
— Lili ?
L’homme agite la main devant mes yeux, comme pour me faire revenir à la réalité. Je note qu’il m’appelle par mon diminutif, celui que mes amis et les membres de ma famille emploient quand ils s’adressent à moi.
— Est-ce que ça va ? me demande-t-il.
La voix ne m’est pas inconnue. Il me faut une poignée de secondes pour reconnaître l’individu sous son bonnet et son énorme blouson. C’est Thomas, ou plutôt Tom, le fils d’amis de mes grands-parents qui vivent un peu plus haut dans le village. L’un des visages de mon enfance que je n’ai pas recroisés depuis des années.
Il me fixe en souriant, conscient qu’à cause de lui j’ai frôlé la crise cardiaque. Manifestement, ça le fait rire. Ma peur retombe aussitôt.
— Ça va, dis-je, la main sur le cœur. C’est juste que tu m’as fichu la trouille !
Son sourire, un brin espiègle, s’élargit devant mon aveu. Aussitôt, quelques souvenirs de mes plus jeunes années au village remontent. Enfants, Tom et moi avons passé pas mal de temps à jouer ensemble sur cette place. Nous étions comme chien et chat. Nous passions le plus clair de nos journées à nous disputer et finissions par nous réconcilier, la plupart du temps devant un chocolat chaud dans le café de ma grand-mère.
À l’adolescence, notre relation a changé. Notre unique point commun, c’est-à-dire d’avoir fait du vélo dans les rues du village, n’a pas suffi à nous permettre de développer d’éventuels atomes crochus. Ni lui ni moi ne nous sommes jamais donné la peine de dépasser ce problème épineux. Nous avons pris le parti de nous ignorer, voire de nous snober dès lors qu’il nous fallait nous croiser. J’ignore même ce qu’il fait aujourd’hui, hormis poursuivre les jeunes femmes le soir de Noël pour les terroriser.
— Désolé, je passais par ici et je t’ai vue sur le banc. Je voulais juste m’assurer que tout allait bien.
Est-ce que je vais bien ? Je hausse les épaules, pour ne pas avoir à rentrer dans les détails.
— Je passe Noël dans le café de ma grand-mère et j’ai eu besoin d’air frais. Merci de t’être arrêté.
Ça me fait drôle d’être sur cette place avec lui, maintenant que nous sommes devenus adultes. Pour calmer son inquiétude et surtout pour ne pas le retenir davantage, je lui adresse un maigre sourire. Ce soir, c’est Noël. Alors j’imagine qu’il a mieux à faire que de discuter avec une ancienne connaissance.
Maintenant rassurée d’avoir identifié le bruit suspect, je me rassieds sur
le banc pour entamer ma deuxième séance de cryolipolyse 1, et j’attends que Tom passe son chemin pour retrouver sa famille. Mais, au lieu de s’en aller, il lève les yeux vers moi, plus curieux que soucieux de rentrer chez lui.
— Tu n’es pas censée être assise autour d’une dinde aux marrons ? demande-t-il, sincèrement inquiet.
— J’ai décidé de faire une pause entre le foie gras et les crevettes, dis-je d’un ton détaché.
Mon trait d’humour tombe à plat. Visiblement, Tom est toujours aussi perspicace. Je suppose qu’il a compris que j’essayais d’éviter un sujet sensible. Par exemple, une dispute familiale aux allures de conflit intergalactique.
Tom s’apprête à répondre, mais nous sommes interrompus par le tintement d’une clochette. Nous levons les yeux en même temps pour distinguer d’où provient le bruit. Je comprends avec effroi qu’il s’agit du café de ma grand-mère, situé à environ cinquante mètres, dans la ruelle, là où toute la famille s’est réunie ce soir.
Pourvu que personne ne parle, pensé-je en croisant les doigts. Car à cette distance, et au milieu du calme de cette nuit d’hiver, il faudrait se boucher les oreilles pour ne rien entendre.
La voix tendue de mon père s’élève depuis la rue. Sans même le distinguer, je devine qu’il se tient sous l’auvent. Une autre voix lui répond sur le même ton, c’est celle de ma mère. Impossible de passer à côté de l’esclandre.
— C’est… , commence Tom.
— Mes parents, le coupé-je d’une voix enjouée, comme si je n’avais absolument rien remarqué d’anormal.
Pourtant, la tonalité de leur échange indique qu’il y a bien quelque chose qui ne va pas. Et je constate, quand Tom fronce les sourcils, que je n’aurai pas à lui expliquer que le traditionnel repas en famille a tourné au fiasco.
La neige redouble d’intensité. D’épais flocons virevoltent dans le ciel et commencent à recouvrir le sol. Dans le silence gêné que nous nous efforçons de garder, des bribes de conversation nous parviennent. Les mots « hospitalisation », « décision » et « longue durée » résonnent et se fichent dans mon cœur une fois de plus. À croire que je n’avais pas eu ma dose pour ce soir.
Quand leurs voix se taisent, signe qu’ils sont rentrés, Tom se tourne vers moi, en quête d’une explication. Visiblement, il ne sait rien de l’accident de ma grand-mère.
— C’est Madeleine, dis-je, la gorge serrée. Elle est tombée au début de la semaine dernière et mon père l’a emmenée à l’hôpital. La chute elle-même n’était pas grave, mais ils ont jugé nécessaire de lui faire passer des examens.
J’essaye de parler d’une voix claire, mais je flanche avant la fin de mon explication. J’accuse le coup.
— Merde…
Comme moi, Tom sait que Madie souffre d’Alzheimer depuis plus de quatre ans et que ce genre d’incidents n’augure rien de bon quant à l’évolution de la maladie.
Tom semble désolé. Et cette image de lui si compatissant chasse momentanément celle du petit garçon qui fouillait le sol à la recherche d’un insecte à me jeter au visage.
Je lève les yeux vers lui.
— Ils disent que la maladie a beaucoup progressé, déclaré-je d’une voix alourdie par le chagrin. Ils la gardent en observation jusqu’à la fin de la semaine et…
J’ai besoin de faire une pause, car annoncer la suite me noue l’estomac. J’inspire un bon coup avant de lâcher la bombe qui a ébranlé la famille ce soir et m’a obligée à fuir.
— Mon père s’est mis en tête de trouver un Ehpad pour l’accueillir à sa sortie de l’hôpital. Il a pris rendez-vous et rempli un dossier d’inscription. Elle entre aux Gentianes à la fin de la semaine.
« Une maison de retraite pour personnes dépendantes », je répète tout bas, encore sonnée par la nouvelle. Je n’imagine pas Madie dans l’un de ces hospices où l’on attend la mort entre une barquette de repas aseptisé et les rediffusions de téléfilms ennuyeux. Je refuse de la savoir entre ces murs, privée de sa liberté, quand bien même cet établissement serait situé à moins de dix kilomètres d’ici.
— Les autres sont d’accord ? demande Tom, abasourdi.
Je secoue la tête.
— Pas vraiment. Mon père a pris cette décision seul, et il s’est dit que le meilleur moment pour l’annoncer c’était ce soir.
Donc le soir de Noël. Tom se montre aussi surpris que moi. Il est inutile de mentionner que, depuis l’annonce de sa maladie et la mort de mon grand-père, c’est mon père qui gère tout ce qui concerne Madeleine.
Tom rompt la distance entre nous. Il s’approche et s’assoit sur le banc.
— Madie… aux Gentianes, je n’arrive pas à y croire, pense-t-il tout haut.
Moi non plus. Lui et moi sommes passés des centaines de fois devant cet immense établissement. « Là où l’on remise les vieux », me disait ma grand-mère. Est-ce qu’elle se doutait qu’un jour son propre fils signerait les papiers pour l’y faire entrer à son tour ?
— Qui va s’occuper du café ? reprend-il.
Le café.
Je me contente de baisser les yeux, sans réponse à lui donner. Et, durant le silence qui s’ensuit, je prends conscience des changements à venir. Ce soir, je réalise ce qui va se passer de manière irrémédiable.
Madie va s’en aller petit à petit. Il n’y aura plus de repas en famille bruyants aux tables de son café. Il n’y aura plus de longues balades durant lesquelles je lui racontais les moindres détails de mon existence. Il n’y aura plus de listes de recommandations interminables quand je lui parlais d’un rendez-vous galant. Plus de biscuits à la cannelle et de séances de dégustation de vin chaud. Plus de SMS rédigés en lettres majuscules… Plus de Madie.
Désemparée, je me pince l’arête du nez. Elle est à l’hôpital depuis une semaine seulement et déjà la famille se déchire.
— Hé… , souffle Tom en se tournant vers moi.
Je voudrais me montrer plus forte, mais ce soir c’est au-dessus de mes forces.
— Madie ne peut pas nous laisser tomber, dis-je dans un sanglot. On a besoin d’elle.
Elle est le pilier des Rivolier. Chaque membre de notre famille a besoin de Madie dans sa vie.
— Tu veux marcher ? me demande Tom d’une voix douce.
Surprise par sa proposition, je me tourne vers lui. Nous discutons depuis quelques minutes déjà. N’a-t-il rien de mieux à faire ce soir ? D’ailleurs, pourquoi n’est-il pas avec les siens, en ce moment même ?
Je ne sais plus grand-chose le concernant, mais je ne l’imagine pas faire l’impasse sur le réveillon de Noël.
Une conversation animée démarre devant le café et interrompt le fil de mes pensées, avant que j’aie eu l’occasion d’interroger Tom sur son emploi du temps de la soirée. Immédiatement, je reconnais la voix de mon frère et celle, plus bourrue, de mon père. Leur échange est plutôt musclé.
— Je crois que je devrais y aller, dis-je.
Tom me regarde, l’air grave.
— Tu veux que je t’accompagne ?
Sa proposition m’arrache un sourire. On dirait qu’il veut jouer les gros bras.
— Non, ça va aller.
Et puis je préfère éviter que mes parents me voient arriver en sa compagnie. Ma mère pourrait se faire des idées qu’il me faudra des mois pour lui faire sortir du crâne. Elle a toujours été convaincue que Tom et moi finirions ensemble. Tom et moi ensemble… Ce serait ironique, étant donné que nous avons passé le plus clair de notre enfance à nous détester.
Je lui adresse un petit signe de la main pour le remercier de m’avoir tenu compagnie et de s’être montré si prévenant. Un sentiment d’inachevé m’accompagne quand je me lève. J’aurais eu tant de questions à lui poser, celles qu’on pose à une connaissance qu’on n’a pas vue depuis des années : Qu’est-ce que tu deviens ? Comment vont tes parents ?
Je n’ai pas fait trois pas que sa voix me retient.
— Lili ?
Je pivote pour lui faire face.
— Joyeux Noël, dit-il.
— Joyeux Noël à toi aussi, réponds-je en souriant.
Je traverse la route recouverte d’une fine pellicule de neige et m’enfonce dans la rue. Devant le café, je trouve l’ensemble de la famille. Ma sœur, sa fille Chloé et mon frère ont enfilé leur veste. Ils semblent sur le départ, faisant front devant mes parents, encore sur le seuil.
— Te voilà, dit mon père quand il m’aperçoit. On peut savoir où tu étais ?
Je soupire. Ma désertion semble lui avoir déplu.
— Tu sais bien que dès que ça chauffe Lili trouve le moyen de décamper, déclare ma sœur Élisa.
Elle est en colère et j’en fais les frais. Pourtant, je ne suis en rien responsable du conflit de ce soir.
— J’avais besoin de prendre l’air. Vous partez ? demandé-je à mon frère et ma sœur.
Élisa remonte la bride de son sac à main sur son épaule.
— C’est ce qu’il y a de mieux à faire. De toute façon, on n’arrivera pas à le faire changer d’avis. Et je n’ai aucune envie de faire semblant de passer une bonne soirée.
Elle fusille mon père du regard tandis que mon frère croise les bras sur son torse.
— Je n’arrive pas à croire que tu aies pris la décision sans nous en parler.
C’est la première fois que Quentin se montre si incisif. D’habitude, il se range toujours du côté de mon père, dans un élan de solidarité masculine qui a fait ses preuves par le passé. Mais le bouleversement lié à l’entrée de Madie en maison de retraite chamboule tous nos repères.
— Je fais ce qui est nécessaire, répète l’accusé pour la centième fois ce soir. Les médecins disent que son état va s’aggraver de jour en jour. Imaginez qu’elle tombe à nouveau ! Je vous rappelle qu’elle vit seule au village.
Cette fois, c’est un long silence qui accueille sa justification. Aucun de nous ne croit à ce scénario catastrophe, ou plutôt n’a envie d’y croire. Madie est une battante. Elle est de la trempe de celles qui mènent la vie dure à n’importe quel importun. Qu’il s’agisse ou non d’une maladie. Comment imaginer qu’aujourd’hui elle ait besoin d’une surveillance constante ?
Quentin se détourne et extrait ses clés de voiture de la poche de son jean.
— Je te ramène ?
Il s’adresse à moi. Mes parents sont venus me chercher en fin d’après-midi à la gare, mais je n’ai aucune envie de passer la nuit chez eux. Je suppose que la proposition de Quentin fait office d’invitation à dormir chez lui.
— D’accord. Je vais prendre mes affaires.
Mon père nous retient.
— Il faudra qu’on reparle de tout ça, il va y avoir beaucoup à gérer.
D’un geste, il désigne l’enseigne « Chez Madie ». Je n’ignore pas qu’il projette de vendre. Ma mère l’interrompt.
— Arrête, Claude, c’est trop tôt.
Il n’ajoute rien et me laisse entrer. Mais je sais, à sa manière de froncer les sourcils, qu’il n’a pas dit son dernier mot.
Quand je ressors du café, Élisa et Chloé sont déjà parties. Après avoir adressé un signe de la main à ma mère, je grimpe à bord du pick-up de mon frère, stationné un peu plus bas dans la rue. Et, durant le trajet du retour vers le centre d’Albertville, je me rends compte que c’est notre premier Noël sans Madie.
Le premier Noël sans elle, et la famille est au bord de l’implosion.
Les yeux rivés aux décorations qui jalonnent la route, je ne cesse de m’interroger : comment réagira-t-elle quand elle saura qu’il est question de vendre son café ?
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