L'hiver n'est jamais froid au petit café de l'amour

14. La jalousie n’est pas un vilain défaut, c’est juste un surplus de curiosité

14. La jalousie n’est pas un vilain défaut, c’est juste

 

un surplus de curiosité

 

Le lendemain matin

 

Mon père, Quentin et son ami Nuggets – j’ose espérer que ce n’est pas son prénom – travaillent dans la salle de bains depuis une heure.

Après une estimation alarmante des dégâts occasionnés par mes vingt minutes de douche de la veille, mon père a estimé qu’il était plus sûr de procéder aux réparations, même dans le cas où l’on déciderait de vendre. Je le soupçonne surtout de vouloir s’assurer que je n’occasionne pas d’autres dégâts rendant tout simplement la vente impossible. Ce en quoi il n’a sans doute pas tort.

En milieu de matinée, j’oblige mon équipe de sauveteurs à descendre pour boire un café.

— Qu’est-ce que ça donne ? demandé-je, inquiète.

Par chance, l’eau n’a coulé que sur une partie du plafond de la grande salle et ne semble pas s’être infiltrée dans la cuisine.

— Ça devrait aller, me dit mon frère. J’ai démonté la baignoire et trouvé la fuite. Maintenant, il faut remplacer la robinetterie et replacer la baignoire, à moins qu’on en mette une autre. Ensuite, il faut arracher le plâtre mouillé, laisser sécher et repeindre, mais ça c’est la partie de Nuggets.

Sonnée par le catalogue de tâches à accomplir, je hoche la tête. Si mon frère n’affichait pas un sourire serein, je crois que je me jetterais par la fenêtre.

— J’oubliais, ajoute-t-il. Il y a aussi le parquet. Il est imbibé d’eau. Il faudrait le changer. Par contre, je ne m’y connais pas dans ce domaine. Je pourrais demander à Kignon.

S’agit-il encore d’un surnom, ou tous ses amis ont un prénom en rapport avec la nourriture ? Je renonce à poser la question.

— Non, laisse tomber, pour le parquet. Je vais le laisser sécher. Ce sera comme un rappel des combats que j’ai menés pour remettre ce café sur pied.

— Comme tu veux, dit mon frère en souriant.

Nuggets m’adresse un sourire rassurant. Nous nous sommes déjà entraperçus au BZ quand je suis passée avec Tom pour récupérer mon frère. Grand, maigre, pas très bavard, une casquette à l’envers sur le crâne, il semble doux et sympathique. Il termine son café et dresse l’escabeau qu’il a emmené ce matin. À l’aide d’une truelle, il éventre le plafond alourdi par l’eau et fait tomber les bandes abîmées, sous mes yeux ébahis. L’expression « Le ciel vous tombe sur la tête » prend tout son sens.

Mon père s’approche de moi et me prend par les épaules.

— Haut les cœurs, ma Lili !

Il a raison. Je ne vais pas me laisser abattre par quelques morceaux de plâtre. Et puis ils sont là pour m’aider. Il y a encore une semaine, je n’aurais pas misé là-dessus !

 

Mon père nous quitte vers midi, n’ayant pas pu reporter un rendez-vous de dépannage informatique.

En fin de journée, Quentin et Nuggets m’expliquent le déroulement des festivités à venir. Il faudra compter deux jours pour le séchage, à condition que les radiateurs restent allumés. Plus une journée pour combler et une autre pour la peinture. Quand je parle du tarif, Nuggets lève les deux mains en signe de protestation.

— Hors de question que je te demande un centime.

— Ne dis pas ça, réponds-je. Je voudrais aussi que tu donnes un coup de peinture au reste du café.

Du menton, je lui montre la grande salle. Nuggets examine les murs et convient qu’il y a du travail. Selon lui, il faut boucher les trous, lisser et repeindre. Mon frère s’approche et, d’un geste de la main, me montre un creux plus profond que les autres.

— C’est quand même bizarre.

Je me tourne vers lui. Il fronce les sourcils, les yeux braqués sur le mur.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Les taches de brûlure sur les tables et les trous dans les murs. Je veux bien que le café soit resté vide un bon moment, mais quand même, ça ressemble beaucoup à des dégradations volontaires.

Sans parler du système électrique. Je passe la main sur le mur et m’attarde sur les irrégularités à certains endroits. Si j’avais l’ancien gérant sous la main, j’aurais bien quelques questions à lui poser.

Nuggets me tire de mes pensées.

— Tu veux que je m’occupe seulement de la grande salle ?

Comme lui, je lève les yeux vers l’escalier.

— L’étage mériterait un rafraîchissement, lui aussi, ajoute-t-il.

Nous faisons le tour du café. De son œil expert, Nuggets me conseille sur le choix des couleurs, en fonction de la luminosité. À travers ses explications, j’imagine les changements s’opérer sous mes yeux. Quand il a fini, je suis conquise.

— Ça a l’air génial, je signe où ?

— Si tu achètes la peinture, dit-il, ravi de m’avoir convaincue, je peux me mettre au travail dès demain.

Je regarde mon frère, intriguée. Pourquoi son ami s’obstine-t-il à se montrer aussi généreux ?

— Nuggets est au chômage, m’explique Quentin.

Son ami prend un air triste.

— Ce qui veut dire que j’ai pas mal de temps libre à occuper. Et je dois beaucoup à ton frère. J’ai eu quelques coups durs par le passé et il a toujours été là pour moi.

— Tu parles ! dit l’intéressé. T’aurais fait la même chose.

Au fond, je ne suis pas étonnée d’apprendre que Quentin a aidé un ami traversant une période difficile. Mon frère donne l’air d’un rêveur insouciant, mais je sais qu’il est très attentionné. Aujourd’hui, c’est moi qui profite de cette entraide, et ça me fait chaud au cœur.

— Ça représente beaucoup de travail, précisé-je.

— Ce sera toujours mieux que de rester à l’appartement à tourner en rond, ajoute Nuggets. Tu n’auras qu’à me rejoindre quand tu auras fini le boulot, dit-il à l’attention de mon frère.

— Tu es sûr ? demandé-je à Quentin. Tu as déjà un emploi du temps bien chargé. Je pourrais comprendre que tu ne veuilles pas passer tous tes moments libres ici.

Je m’en veux de lui rappeler cette conversation, chez mes parents, il y a près de dix jours. Mais je refuse qu’il se sente obligé de m’aider. Retaper le café est mon idée.

— Je veux participer. Je te l’ai dit : tu m’as convaincu.

— Bien ! dis-je, émue d’avoir un vrai allié. Alors, pour fêter ça, j’offre ma tournée de bières.

Nuggets et mon frère poussent un hourra enthousiaste.

 

Un quart d’heure plus tard, nous quittons le café sous la neige. Cette fois, j’ai l’impression que les flocons se sont épaissis. Ils ont l’air plus dodus que ceux d’hier, comme de petits soldats survitaminés, prêts à conquérir le secteur.

Un sourire aux lèvres, je tente d’en attraper un pour vérifier mon hypothèse par moi-même.

— Ce soir, la neige pourrait bien tenir, me confirme Nuggets.

Il ne semble pas mécontent. Au contraire, l’arrivée d’un épisode neigeux paraît être une bonne nouvelle.

— Ça ne t’inquiète pas ? demandé-je. S’il neige beaucoup, mon frère et toi allez rester coincés ici.

Mon frère émet un petit rire.

— Aucun risque, on est équipés. Par contre, ce n’est pas le cas de ta camionnette.

— J’ai des chaînes dans le coffre, dis-je pour lui clouer le bec.

Mon frère et Nuggets éclatent de rire.

— Génial, dit ce dernier. Et tu sais les mettre ?

— Pas encore, réponds-je du tac au tac. Mais, si vous êtes capables de le faire, je suppose que ça ne doit pas être si compliqué.

Nous continuons de nous taquiner jusque devant la porte du pub et entrons dans la bonne humeur. La salle est bondée. La météo a attiré du monde et probablement les premiers touristes. Mon frère avise une table sur le point de se libérer et nous fait signe de le suivre. Je me laisse tomber sur la banquette et glisse jusqu’à la fenêtre pour pouvoir continuer de regarder la neige. D’aussi loin que je me souvienne, ce spectacle m’a toujours hypnotisée. J’ai toujours aimé me coller à la vitre et regarder ces délicates pastilles blanches danser dans le ciel.

— Je vais commander, dit Nuggets, qu’est-ce que vous prenez ?

— Une bière de Noël, dit mon frère.

— J’y vais ! dis-je. J’ai quelques mots à dire au gérant.

Nuggets insiste, mais je le fais taire en levant un doigt autoritaire.

— Je te rappelle que c’est moi qui invite. Et je suis plutôt du genre têtue.

Mon frère hoche la tête, un sourire amusé au coin des lèvres.

— Tu peux la croire sur parole ! Je ne citerai que l’exemple du café de Madie, qu’elle s’est mis en tête de remettre en état avant Noël.

Nuggets s’avoue vaincu. Je me lève et rejoins le comptoir pour passer notre commande. Quand il me reconnaît, Sandro m’adresse une moue pincée, sans doute celle qu’il afficherait si je brandissais un badge de la

DGCCRF 1.

— Bonjour, dis-je en lui offrant le sourire d’une Sioux venue pour demander la paix.

— Bonsoar.

Il brique avec énergie le verre qu’il tient entre ses mains. À ce rythme, il va le briser en mille morceaux avant que j’aie eu le temps de lui dire quoi que ce soit.

— Je voudrais passer commande.

— Je soui occoupé.

Quel culot !

Je patiente, tandis qu’il nettoie consciencieusement trois autres verres. Quand je n’y tiens plus, je l’interpelle :

— S’il vous plaît, j’attends toujours !

Il plisse les yeux comme un chat agacé et finit par s’approcher. En guise de « Que désirez-vous boire ? », il m’adresse un vague signe de la tête. Ce gars a la rancœur tenace.

— Trois bières de Noël et deux minutes de votre temps.

— OK por les bières, dit-il en ricanant.

Je suppose que pour les deux minutes je peux repasser. J’attends qu’il serve mes verres et décide de lui dire ce que j’ai sur le cœur, qu’il veuille m’écouter ou non.

— Vous vous trompez sur mes intentions.

Sandro pousse les pintes devant moi et me regarde comme si, justement, il avait vu clair dans mon jeu.

— Je ne suis pas là pour faire des travaux et revendre le café. C’est l’inverse. Ce que je voudrais, c’est réussir à le remettre en état et permettre à Madie d’y passer l’après-midi de Noël.

Cette fois, Sandro me prête une oreille attentive. Il m’écoute lui parler des travaux à venir, sans m’interrompre. Quand j’ai fini, il me parle de mon père et de la conversation qu’ils ont eue, le jour où je l’attendais, à deux doigts de mourir congelée, sous l’auvent du café.

— On n’est pas d’accord, précisé-je. Si je me donne autant de mal, c’est pour qu’il change d’avis. Lui et les autres membres de la famille. J’espère même trouver quelqu’un pour assurer le service et empêcher la revente.

Au moins pour un ou deux ans, le temps de me faire à la situation. Le regard de Sandro s’est radouci. Toute trace d’animosité s’en est allée.

— Il fallait le dire tout dé souite.

— Il fallait m’en laisser l’occasion.

Après une pause, il ajoute :

— Ta grand-mère, elle y tenait, à son café. Elle n’aurait pas aimé ce gars que toun père a pris pour le gérer à sa place. Et elle n’aurait pas aimé que vous le revendiez non plou.

— Je sais. Je vais faire de mon mieux.

Sandro pousse les verres devant moi.

— Si je peux t’aider, tou n’as qu’à demander.

— Merci.

Je ne sais pas trop si je ferai appel à lui et à son sale caractère, mais je suis soulagée que nos relations s’apaisent.

— Enzo ! dit-il à l’attention du serveur. Aide…

Sandro revient à moi, il cherche mon prénom.

— Aurélie, dis-je.

— Aide Aurélie à emmener sa commande à sa table.

Le fameux Enzo s’approche. C’est la copie conforme de Sandro, quelques années en moins. La ressemblance ne laisse que peu de doutes sur le lien qui les unit. Enzo est le frère de Sandro. Le pub, comme bon nombre de commerces ici, est une entreprise familiale. De celles qu’on se transmet de génération en génération pour entretenir l’âme du village.

En deux temps trois mouvements, mes bières sont sur un plateau. Soulagée de ne plus être persona non grata dans l’unique établissement où l’on peut boire un verre d’alcool à Saint-Martin, je rejoins notre table, accompagnée du serveur.

Mon frère et Nuggets ne sont plus seuls. Je découvre avec stupeur que deux autres invités se sont joints à eux. Tom et la jeune femme brune de l’autre soir. Celle qu’il avait éconduite pour m’emmener à l’hôpital.

— Lili, dit mon frère avec enthousiasme. Regarde qui est là…

Il me montre Tom tandis que tous les regards se posent sur moi.

Sois naturelle, me dis-je pour éviter de montrer à quel point je suis troublée par sa présence.

— Salut ! dis-je, ne sachant si je dois m’asseoir à côté de Tom ou à côté de la jeune femme, qui me fusille du regard.

— Bonsoir, dit Tom en se poussant un peu pour que je m’installe à côté de lui. La salle est pleine et, comme vous aviez une banquette pour six, ton frère nous a proposé de le rejoindre.

— C’est bien normal, après ce que tu as fait pour nous l’autre soir ! ajoute Quentin.

Mon frère et son grand cœur vont me jouer des tours ce soir.

— Tu as bien fait, dis-je sur un ton qui veut clairement dire le contraire.

La petite amie potentielle de Tom, maintenant en face de moi, me dévisage comme si j’étais un ennemi entré par effraction sur son territoire. Pour la troisième fois consécutive.

Tom profite de la présence d’Enzo pour commander une bière et un thé pour sa copine, qu’il finit par me présenter.

— Érica, je te présente Lili. Sa grand-mère tenait le café « Chez Madie », dans la ruelle après la place.

Érica hoche la tête comme si ce détail me rendait tout à coup sympathique à ses yeux, mais je sens bien qu’elle en restera à une politesse artificielle. Après tout, se jeter par-dessus la table pour m’étriper ne ferait pas bonne impression, surtout si elle envisage de conclure avec le policier assis à côté de moi, un brin tatillon en qui concerne le secteur qu’on lui a attribué.

— C’est sympa de voir deux Rivolier en même temps à Saint-Martin, dit Tom avec un sourire sincère. Ça faisait longtemps que cela n’était pas arrivé.

Mon frère, toujours prompt à la discussion, juge utile d’expliquer la raison de sa présence ici. À grand renfort de superlatifs, il explique les dégâts occasionnés par la douche d’une heure – j’ai toujours soupçonné mon frère d’avoir hérité des origines marseillaises de nos aïeuls – que je me suis accordée dans une salle de bains vétuste.

Érica doit trouver cela très drôle puisqu’elle rit aux éclats, surtout quand mon frère mime ma tête de ce matin au moment où Nuggets faisait tomber les morceaux de plâtre imbibés d’eau. Juste après, Tom enchaîne avec des révélations sur la coupure d’électricité.

Ravie d’être le nouveau phénomène de foire, je me contente de siroter mon verre, dans l’espoir que quelqu’un change de sujet – je suis même prête à parler de foot – ou qu’une autre se table se libère, permettant à Tom, dont la proximité me rend nerveuse, et sa copine, dont les yeux brillent d’hilarité à l’écoute de mes déconvenues, de reprendre le cours de leur soirée. Et, au passage, me permettant de restaurer ce qui me reste de dignité.

Comme rien ne se produit, et que mon frère et Tom abordent le dossier « souvenirs d’enfance » dans lequel je ne tiens pas le beau rôle, je décide d’aller aux toilettes. Après m’être excusée auprès de mon public super fan des aventures de « Lili la gentille nouille toujours empêtrée dans les pires galères », je traverse la salle pour rejoindre le couloir menant aux toilettes, comme indiqué sur une petite pancarte.

La porte est verrouillée. Le temps que la place se libère, je m’adosse au mur et je sors mon téléphone. Moins d’une minute plus tard, Tom emprunte le couloir et me rejoint.

— C’est occupé, dis-je en montrant la porte.

Il acquiesce. À son regard, je devine qu’il ne va pas se contenter de faire la queue en silence derrière moi.

— Comment va Madie ? demande-t-il.

Tom a déjà pris des nouvelles de ma grand-mère durant le week-end. Qu’il se montre si concerné par son état de santé me touche.

— Elle repart demain pour les Gentianes. Elle est fatiguée et dort beaucoup, mais ça va.

J’ai hâte qu’elle soit complètement remise. D’ici une semaine ou deux, j’aurai terminé les travaux. L’idée de lui montrer le café, restauré, me donne du baume du cœur.

Tom m’adresse un franc sourire. Et je me rends compte que, s’il a malgré lui participé à mes péripéties familiales ces derniers jours, je ne sais rien de lui.

— Et toi, demandé-je, comment vont tes parents ?

Il s’adosse au mur et penche la tête de mon côté, dans une posture sexy. Il me faut toute mon énergie pour rester concentrée sur ce qu’il m’explique.

— Ils vont bien, comme de joyeux retraités qui parcourent le pays dès qu’ils en ont l’occasion.

Tom m’explique qu’ils sont actuellement à Paris et seront de retour pour Noël.

— J’espère que j’aurai une bonne nouvelle à leur annoncer.

À la lueur qui éclaire ses iris, je devine qu’il parle de sa promotion.

— Tu seras fixé quand ?

— J’ai un entretien dans deux semaines avec ma responsable.

Une ombre passe sur son regard.

— Ne me dis pas que l’agent Thomas Rotagnon ne saura pas accomplir cette mission spéciale ?

Il s’efforce de faire bonne figure mais ne semble pas convaincu de réussir à décrocher son avancement.

— Allez, explique-moi.

— OK, dit-il en soupirant. Une bande de cambrioleurs a sévi dans le coin l’été dernier. Je n’ai pas réussi à les intercepter, ce qui ne va pas jouer en ma faveur.

Je me souviens de la discussion que j’ai eue avec Charlie à ce propos. Des cambrioleurs dont la particularité était de bricoler les compteurs électriques ont semé un vent de panique au village.

— Ce n’est pas ta faute si des voyous traînaient dans les parages.

— Je suis policier. C’est mon travail de les arrêter.

Je ne nie pas. Il a raison.

— Si tu veux, je peux contacter la mairie pour leur certifier que tu es un super policier. Je leur raconterais que tu es déjà venu à mon secours au moins deux fois.

— Un super policier ? répète-t-il en levant un sourcil.

— Oui. Un agent très sérieux qui arpente les rues du village dans son costume.

Les yeux de Tom s’étrécissent.

— Ce n’est pas un costume !

— Un déguisement ?

Il éclate de rire et me regarde, maintenant très sérieux.

— C’est la deuxième fois qu’on parle de mon uniforme. Liliputienne, dit-il tout bas. Est-ce qu’il y aurait comme un sous-entendu ?

La température grimpe de quelques degrés dans le couloir et, quand je croise son regard brûlant, je rougis jusqu’à la racine des cheveux. Lui répondre que, dans le courant de ma courte existence, j’ai pu fantasmer sur de beaux spécimens en tenue de policier ne me paraît pas être la meilleure idée du siècle, si je me réfère à la jeune femme qui l’attend à notre table.

— Alors ? demande-t-il.

Tu ne serais pas en train de flirter avec moi, Tom ?

— Tu devrais rejoindre les autres, dis-je d’une petite voix. Je te ferai signe quand ce sera libre.

— T’as raison, dit-il. Je devrais y aller. J’étais juste venu te signaler que ces toilettes sont momentanément en travaux. Il faut que tu prennes l’escalier du personnel pour utiliser celles de l’étage.

Mon regard va de Tom à la porte verrouillée.

— Merci, dis-je, confuse. Ça aurait été bête que je passe la moitié de la soirée ici.

Sans compter qu’une conversation sur les dernières catastrophes qui ont marqué ma vie m’attend à notre table. J’ai hâte.

— Tu peux compter sur le super policier du village.

Tom m’adresse un regard appuyé avant de reprendre le couloir en direction de la salle. Je reste un instant devant cette porte close, troublée.

À quel moment ai-je commencé à apprécier de me trouver seule avec toi, Tom l’intrépide ?

 

1. direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

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