Mensonges au paradis
Mon rêve est de passer...
Mon rêve est de passer l’année au Home, je négocie l’air pur, la nature, le sport, l’écologie.
En 1979, j’ai le droit de regarder à la télévision l’émission « Les dossiers de l’écran » sur l’Antarctique. Cinq scientifiques sont interrogés par le journaliste Armand Jammot sur leur exploration du pôle Sud. Le commandant Cousteau et Paul-Émile Victor rivalisent, racontent la beauté de ce qu’ils ont vu sur fond d’images bleues et blanches qui semblent venir d’une autre planète. Tout va bien jusqu’à l’intervention du volcanologue Haroun Tazieff. Avec un charmant accent russe, il explique que la pollution industrielle, qui dégage une énorme quantité de gaz carbonique et réchauffe l’atmosphère, est un grand risque pour l’Antarctique. Le commandant Cousteau l’interrompt, « Quel baratin, il y a des correcteurs automatiques, la végétation et l’océan. Il suffit de planter des arbres ». Tazieff le reprend, « On ne le fait pas, au contraire on détruit nos forêts en Amazonie, à Bornéo, Java, en Afrique et ailleurs ». Il est interrompu cette fois par le journaliste, « Vous êtes en train de paniquer les populations, là ».
Ce que je veux, c’est me réfugier à F.
Quarante ans après, Jean-Marc, le garde forestier de V., m’explique que la vallée, en raison de la taille moyenne des montagnes qui l’encadrent, de l’absence de glacier, de son étroitesse qui a empêché des entreprises industrielles de s’installer, des pentes qui obligent à pratiquer une agriculture raisonnée, à respecter l’équilibre entre pâturages et champs cultivés, de la forte humidité des sols, est restée quasi intacte. Elle est un des rares lieux de notre monde qui ne sont pas secoués par les effets du réchauffement climatique. Certes, il fait plus chaud, les sapins poussent plus haut qu’avant, les insectes sont plus nombreux et le téléphérique de F. est aujourd’hui fermé faute de neige, ses trois pistes, la bleue, la rouge, la noire, retournées à l’état de nature. Nous sommes en automne, la forêt au-dessus de F. s’illumine, les mélèzes se détachent, leurs aiguilles au soleil sont dorées, elles éblouissent les montagnes qui enluminent à leur tour le Home.
Nous redescendons vers la vallée, inchangée, intouchée, protégée. Rien n’y est sale, abîmé, ne serait-ce qu’une fiction de plus ?
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