Mensonges au paradis

Colombe Schneck · Chapitre 20 sur 31

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Mensonges au paradis

En 1901, un train aux...

En 1901, un train aux wagons d’acajou, fauteuils de velours et vue panoramique relie pour la première fois le lac à la vallée. Elle devient alors une villégiature pour riches étrangers. Au début du e XX siècle, les chalets deviennent des pensions, des homes d’enfants, des hôtels trois, puis quatre et cinq étoiles.

Dans le wagon, je reste rivée à la fenêtre, rien n’a changé, les grands jardins fleuris des villas du bord de lac, les vignes en escaliers, les étables de la plaine, les gares aux balcons festonnés, les panneaux figuratifs découpés dans du bois ou du papier de caramel illustrant vaches et vachers en costume de velours, rien ne gêne, sapins, tunnels, rien n’est laid, rien n’est détruit, pas de mines à ciel ouvert qui ont creusé dans la montagne de vilains trous, pas d’immeubles mal construits, trop grands, trop tristes.

Je suis comme tous les anciens, j’ai du plaisir à raconter le Home. J’aime aussi les belles histoires, je veux qu’elles se terminent bien, je les invente, je les tords, les plie pour qu’elles se conforment à mon souhait, je les confonds avec la réalité, chantant le refrain, regardez comme la montagne est belle.

J’ai ma propre fiction, vous faire croire que mon sort est enviable. Regardez mes enfants, les plus beaux, c’était la phrase de ma mère, elle la répétait sans pouvoir en dire davantage. Écrire m’oblige à « descendre dans les sous-sols », celui du Home comme le mien, j’aurais préféré éviter.

J’ai confié à mon voisin de wagon mon projet, ce livre, ma longue conversation au téléphone avec Patou, son invitation à aller marcher avec lui en montagne. Je lui raconte aussi qu’un journaliste suisse interrogé sur l’affaire Patou m’a assuré que Patou était dangereux, « Je n’ai jamais rencontré un manipulateur pareil, un escroc aussi intelligent. Patou a de mauvaises fréquentations depuis la prison ».

Ce journaliste m’avait inquiétée tout en voulant me convaincre que l’histoire n’avait aucun intérêt, et que je ferais mieux de changer de sujet.

Je répétai cela à mon voisin de wagon et j’ajoutai, pas à une angoisse près, « et si Patou profitait de notre excursion pour m’assassiner ? ».

Mon voisin de wagon s’est exclamé, « Mais pourquoi voulez-vous qu’il vous tue ? Qu’est-ce que vous avez fait de mal ? ». Puis il a haussé les épaules, « Elle est géniale votre histoire. Très romanesque. Il faut absolument que vous y alliez. Une nuit en montagne avec lui, vous ne pouvez pas passer à côté de ça. Pour un auteur, c’est du pain bénit, je suis certain que vous ne risquez rien ». J’ai acquiescé.

 

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