Mensonges au paradis

Colombe Schneck · Chapitre 24 sur 31

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Mensonges au paradis

Depuis la mort de Karl,...

Depuis la mort de Karl, Maria vit seule au Home, attendant que les conflits entre Patou et l’administration fiscale leur permettent de vendre le chalet. L’hiver, le soleil rentre à peine. Elle travaille dans un des beaux chalets de L., passe son temps libre à entretenir et à nettoyer le Home. Parfois, des anciens viennent reconnaître les lieux, les renifler, échanger des souvenirs, Maria leur offre un thé, un biscuit, les embrasse, les écoute raconter leurs bons souvenirs.

À mon tour, je suis passée de pièce en pièce.

La cuisine équipée pour deux ménages, les deux grandes tables en sapin ciré, les bancs assortis, les fenêtres sur la prairie, les lambris peints de saynètes, les pots en étain sur une étagère, les lambris en bois clair de la chambre des filles, nos petits placards fermés.

Notre baby-foot était en état de marche, j’ai retrouvé la balle dans le tiroir, j’ai tenté un but direct d’un goal à l’autre, je n’avais pas perdu la main.

Maria m’a montré, accrochées à un mur de la salle de jeux, les médailles de Karl : lutte suisse, ski alpin, montgolfière, marathon, bobsleigh. Nos diplômes du grand marathon, trente kilomètres à pied en une journée, dessinés et colorés de nos mains. Une photo d’un des garçons du Home au piano. Je me suis souvenue de lui, Michel, il était très timide et maladroit, des boucles brunes, de grosses lunettes et la peau très claire. J’ai ri toute seule et j’ai raconté à Maria pourquoi. Karl avait inventé une nouvelle activité, il fallait sauter du toit du chalet, trois mètres plus bas, sur un trampoline. Michel s’était bouché le nez comme s’il allait sauter dans une piscine.

Le Home, malgré le travail acharné de Maria, ressemblait désormais à une scène de théâtre sans ses acteurs. Je l’ai remerciée en espérant avec elle que le chalet soit enfin vendu, que d’autres y logent leurs rires et leurs chagrins.

 

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