Moon Spell (French Edition)
Chapitre 1
L es loups-garous représentaient tout ce que je haïssais. C’était des créatures viles, bestiales, primitives. Des animaux déguisés en hommes. Des tueurs de sorcières. Et, pourtant, il m’était impossible de détacher le regard de celui qui se trouvait en face de moi.
Bien sûr, nous étions à une soirée Halloween et il ne s’agissait que d’un costume, mais mon aversion naturelle pour cette espèce aurait dû me pousser à l’ignorer rien qu’en raison de son mauvais goût en matière de déguisement. Au lieu de cela, je ne pouvais m’empêcher de jeter des coups d’œil à la dérobée à celui qui aurait fait baver même la plus terrifiée des sorcières. Son sourire était charmant sur sa figure angulaire, et ses yeux, d’un bleu hypnotique, étaient rieurs tandis qu’il discutait avec un deuxième loup dont les larges épaules semblaient presque dépasser de sa tenue. Sacré duo.
Comme s’il avait senti le poids de mon regard sur lui, l’homme tourna la tête et m’adressa un sourire carnassier qui me donna chaud. Et ça n’avait rien à voir avec la température environnante. Si j’avais été un peu plus maline, j’aurais baissé le visage. Mais mon cerveau était de toute évidence parti en vacances à la seconde où je l’avais repéré.
Il détourna les yeux le premier et se recentra sur son interlocuteur, le second loup-garou qui n’avait pas grand-chose à lui envier niveau physique. Mais, là où mon inconnu dégageait une aura puissante qui me faisait vibrer malgré la distance qui nous séparait, l’autre me semblait on ne peut plus banal avec ses cheveux et ses iris bruns passe-partout.
— Hé, Sarah, tu m’écoutes ?
J’eus soudain l’impression que quelqu’un remettait la musique à fond, et tous les bruits de conversation alentour me parvinrent d’un coup tandis que la déco flashy orangée à base de citrouilles me sautait aux yeux comme si je la voyais pour la première fois. Je ne sursautai pas, mais presque, et clignai à plusieurs reprises des paupières en revenant à moi. Ashley, ma meilleure amie, dans son plus bel uniforme d’infirmière sexy, me dévisageait de ses grands yeux marron. Il fallait bien admettre qu’elle avait tous les atouts pour mettre son costume en valeur. Sa taille fine, ses formes rebondies, ses longs cheveux blonds… tout criait la parfaite petite infirmière des fantasmes masculins. À côté d’elle, je faisais pâle figure avec mon accoutrement de sorcière, malgré mon impressionnante tignasse rose et mon chapeau pointu. Autant dire que, en dehors de l’accessoire susmentionné, je n’avais pas vraiment fait d’effort. Je ne m’étais même pas à proprement parler déguisée. Je portais un jean slim noir et une blouse en dentelle, noire elle aussi. À part ce stupide chapeau, tout était d’origine. D’un autre côté, je n’étais pas vraiment ici pour faire la fête. J’avais un meurtrier à pister.
— Pardon, Ashley, tu disais ?
— Je savais que tu ne m’écoutais pas, se lamenta-t-elle en riant. Il suffit qu’un beau mec soit dans les parages pour que je te perde.
Pour ma défense, sa voix couvrait à peine le bruit de la musique. Bon, j’avais carrément oublié la musique pendant que je regardais ledit beau mec, mais c’était un détail. Déesse, il fallait que je me concentre davantage. Je n’étais pas venue ici pour m’amuser, et encore moins pour me rincer l’œil. Mes satanées hormones allaient avoir raison de ma carrière à ce train-là.
Ashley croisa les bras. Elle avait dû dire quelque chose d’autre sans que je l’entende. Contre ma volonté, je tournai la tête, mais le bel inconnu avait disparu avec son ami. Tant pis, c’était sûrement mieux ainsi.
La vieille bâtisse de Fartons Street qui nous accueillait était remplie d’une foule de jeunes fêtards alcoolisés et costumés avec plus ou moins d’inspiration. Il était impossible de se comprendre à plus de quelques centimètres. Et, connaissant la patience légendaire d’Ashley, elle ne m’avait certainement appelée qu’une seule fois avant de décréter que j’étais « perdue ».
— Je le regardais à peine, mentis-je. Et excuse-moi, mais est-ce que tu as vu le morceau ?
Le raclement de gorge qui s’éleva à cet instant précis me donna envie de me ratatiner au point de disparaître de la surface de la Terre. Je me tournai à mon corps défendant et ne pus qu’apprécier de plus près le faux loup-garou que je détaillais quelques secondes plus tôt. Merde, il était encore plus sexy de près.
Il me dévisageait, un sourire tranquille aux lèvres. Son pote n’était pas avec lui.
— Quand on parle du loup ! lança Ashley, hilare.
Merci, on pouvait toujours compter sur ses amis.
— Je suis navré d’interrompre cette conversation passionnante, dit le charmant étranger d’une voix rauque ajoutant encore à son charme, mais vous avez laissé tomber ceci.
Son timbre fit remonter des frissons jusque dans le creux de mes reins, et je me tortillai légèrement sur place.
— J’espère qu’il ne parle pas de ta culotte, répliqua Ashley à mi-voix en riant toujours.
Je me tournai vers elle, livide. Il fallait toujours qu’elle me mette encore plus dans l’embarras que je ne l’étais déjà. Je décidai de l’ignorer pour l’instant afin de me concentrer sur le loup-garou, qui m’observait d’un regard de braise, sans se décourager. Je me sentis fondre comme de la lave en fusion. Bon sang, je n’étais vraiment pas taillée pour la drague. Parce qu’il fallait être honnête, c’était ce dont il s’agissait. J’avais beau ne pas pouvoir pratiquer, je savais le reconnaître.
Je clignai plusieurs fois des yeux, pas sûre de la conduite à adopter dans ce moment figé dans le temps. À nouveau, la musique me paraissait comme étouffée et rien n’existait en dehors de son regard brûlant, si bleu, de la couleur d’un lac gelé au printemps. Heureusement, il me tendit rapidement mon bracelet, et je me sentis rétrécir sur place.
Il avait dû se détacher de mon poignet sans que je m’en rende compte. Comment était-ce possible ? Je ne le retirais que pour le recharger. Je ne m’en séparais jamais. Jamais. Il m’était aussi indispensable que l’oxygène qui me semblait maintenant me manquer. Et il le serait jusqu’à ce que je sois en pleine possession de mes pouvoirs.
Comme je ne bougeai pas, l’inconnu agita le bracelet. Je me sentis rougir. Bon sang, ses mains étaient immenses, parcourues de veines saillantes qui remontaient jusque sur ses avant-bras puissants. Je secouai la tête pour m’empêcher de songer à une autre partie de son anatomie, et je saisis mon bijou, le ventre noué par l’embarras et la honte. Pas à cause de mes pensées impures au sujet du bel inconnu, mais parce que j’avais réussi à perdre mon bracelet. Sans lui, j’étais nue et sans défense. C’était un peu comme mon portable, version sorcières. Il y avait tout, dedans : mes charmes, mes protections, mes détecteurs à surnats. Comment avais-je pu le perdre sans m’en rendre compte ? Et le soir d’Halloween, qui plus est, pendant que je traquais un meurtrier ? Mon père m’aurait sermonnée comme jamais s’il avait été là. Depuis le décès de maman, il était devenu ultra-protecteur, et il n’aurait pas du tout aimé savoir sa petite fille sans défense alors qu’un assassin de sorcières sévissait dans la ville. C’était la première chose qu’on enseignait aux jeunes sorcières de sang pur, même celles qui avaient un pouvoir offensif, comme moi ; ne jamais, jamais retirer son bracelet. Et moi, j’avais réussi à le perdre comme la première idiote venue.
Je renfilai mon bijou tout en évitant de croiser le regard du bel inconnu. Tout chez ce type était saisissant, ma parole. Et il avait l’air étrangement satisfait de lui. Pour une raison qui ne dépassait pas vraiment mon entendement, il semblait aussi sûr de lui qu’il était séduisant.
— Merci, commençai-je en bredouillant.
— David, m’annonça-t-il.
— Merci, David.
— Tu as un prénom ?
— Oh, oui bien sûr.
À côté de nous, Ashley pouffa à nouveau. La situation l’amusait beaucoup trop à mon goût.
— Elle s’appelle Sarah, comme la princesse, la classe en moins, compléta-t-elle. Mais si tu t’y prends bien, elle te laissera venir dans son palais.
Parfait, je n’avais pas eu le temps de me ridiculiser davantage, Ashley s’en était chargée pour moi. Je l’aurais étranglée, si j’avais pu. Sa plaisanterie était d’autant plus déplacée qu’elle me savait vierge. Pas vraiment le genre à laisser tous les princes du coin faire des va-et-vient dans son… palais. Non pas que l’envie m’en manquait, pour être franche. C’était juste impossible, vu notre famille. Dans la mesure où j’appartenais à une lignée pure, comme on disait dans ma communauté même si le terme me hérissait le poil, mes capacités étaient connectées au sorcier avec lequel je me lierais… à vie. La totalité de mes pouvoirs était dormante, attendant son heure. D’ici là, je pouvais manier l’essence comme la première venue, mais j’étais tributaire des potions et rituels pour l’utiliser. Et j’étais dépendante de mon bracelet, qui me servait de catalyseur et me permettait d’emmagasiner de l’énergie pour une manipulation ultérieure, ainsi que de nombreux sorts et charmes. Tout ça parce que mes ancêtres avaient décrété plus ou moins la même chose que le tristement célèbre oncle de Peter Parker, à savoir qu’un grand pouvoir impliquait de grandes responsabilités, et avaient décidé de bloquer les nôtres jusqu’à l’âge de raison. Ou, plutôt, l’âge adulte. Évidemment, pour elles et à l’époque, il coïncidait avec le moment où on quittait la maison, en se mariant. Elles avaient donc emprisonné nos pouvoirs dans la sacro-sainte et très judéo-chrétienne idée de la virginité. Voilà comment je me retrouvais, à vingt-cinq ans, sans la moindre expérience pratique et avec des envies de liberté que je ne pouvais pas assouvir.
Mais ça, Ashley l’ignorait. Pour elle, j’étais juste une célibataire endurcie de vingt-cinq ans qu’elle se faisait un devoir de caser à tout prix. Et j’aurais aimé. J’aurais vraiment aimé la laisser faire, même avec le premier venu, bon sang ! Sauf que, dès que je coucherais avec quelqu’un, je serais liée à lui pour le restant de mes jours et, ça, ce n’était pas quelque chose qu’on prenait à la légère, même quand nos hormones nous démangeaient.
— Intéressant, dit David en lui jetant un regard en biais avant de reporter son attention sur moi.
La manière dont il fit rouler ce mot me liquéfia sur place. Oh, oui, il me draguait définitivement, et le comportement d’Ashley le poussait à ne pas y aller par quatre chemins.
Je restai comme une idiote à le dévisager au lieu de trouver une réplique intelligente. Ce silence parut l’amuser, mais sans moquerie aucune. Il semblait intrigué. Cela dit, je me faisais peut-être des idées. Peut-être que la lueur au fond de ses yeux n’était que de la lubricité induite par les insinuations d’Ashley.
Cette dernière m’adressa un regard entendu avant de se souvenir qu’elle préférait aller voir ailleurs si elle y était et de s’éloigner sans un mot. Heureusement qu’elle quittait la ville demain pour plusieurs semaines, parce que j’étais à deux doigts de la tuer à mains nues. Son séjour chez son père tombait à pic. J’allais lui livrer le fond de ma pensée dès que je me serais débarrassée du loup. J’aimais Ashley comme une sœur, mais, comme une sœur, elle pouvait se montrer très pénible.
Ashley partie, David se rapprocha de plusieurs pas, me faisant reculer instinctivement d’autant. Je butai contre le mur derrière moi. Son corps musclé envahit tout mon champ de vision. Il était presque collé à moi. Son odeur virile de pin et de savon m’enveloppa entièrement. Elle avait quelque chose d’envoûtant, de presque… animal, comme son déguisement. Je déglutis avec peine.
Son visage était si proche à présent que j’aurais pu l’embrasser en me penchant de quelques centimètres. Lorsqu’il attarda le regard sur ma bouche, je me demandai s’il songeait à la même chose, ou s’il avait deviné ce qui m’était passé par la tête. Bon sang, s’il avait tenté quelque chose, là, au milieu de la foule, j’aurais bien été capable de le laisser faire. Après tout, un baiser innocent n’avait jamais tué personne, et ce n’était pas comme si ça m’était interdit. Je ne pouvais pas coucher, mais je pouvais flirter, même si j’étais désespérément nulle à cet exercice. Le tout était de se retenir d’aller plus loin. Et, avec un spécimen comme lui…
Rah. Je devais reprendre pied dans la réalité. Qui étais-je en train de devenir ? J’étais là pour empêcher un meurtre potentiel, même si les chances qu’il se produise sous mes yeux étaient minces, pas pour jouer les bouches en cœur en face d’un inconnu. Inconnu qui me faisait un effet comme je n’en avais jamais ressenti, ce qui éveilla d’un coup toutes mes alarmes lorsque je me souvins que, non, ce n’était pas du tout mon style malgré mes hormones qui me démangeaient.
Je baissai le regard sur mon bracelet, mais celui-ci était on ne peut plus blanc. Si David avait réellement été un loup-garou, si les phéromones réputées de ces créatures avaient été responsables de mon état lamentable, il aurait adopté une teinte légèrement rougeâtre pour m’avertir du danger. Non, je perdais les pédales. Je secouai la tête en me morigénant.
Ce geste me rapprocha de David, et ma respiration se coupa. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire carnassier, comme un prédateur sachant sa proie désormais prête à être cueillie. Mon bas ventre – ce traître – se tordit d’impatience à cette idée. Dire qu’il ne me faisait pas d’effet aurait été un mensonge éhonté. Pourtant, plus que séduite, j’avais tout à coup l’impression de réellement être une proie prise au piège dans ses filets.
— Tout va bien, Sarah ? demanda-t-il de sa voix suave en posant une main près de ma tête. Tu sembles soucieuse.
Il m’étudiait avec attention, scrutant la moindre de mes réactions. Il y avait quelque chose dans son regard intense, dans son attitude aussi, que je n’arrivais pas à définir, mais qui me stressait. Il me détaillait non pas comme si j’étais la plus belle femme qu’il avait jamais vue, mais comme s’il était à l’affût d’une erreur de ma part. Peut-être que quelque chose clochait. Peut-être que son déguisement de loup-garou, le prédateur le plus meurtrier pour les sorcières, me portait sur les nerfs. Ou peut-être que je n’avais simplement pas l’habitude d’être observée ainsi par un homme aussi… sexuellement attirant. Il lui suffisait de me regarder pour que mes cuisses, ces traîtresses, s’écartent d’elles-mêmes. Je détestais cette sensation d’être privée de ma volonté.
— Tout va bien, confirmai-je d’une voix presque ferme. Mais je dois aller parler à des amis avant qu’ils partent. Merci encore pour le bracelet. À bientôt !
Il hocha la tête pour toute réponse. Il semblait cependant légèrement déçu. Ou alors j’étais encore en train de me faire des idées. D’un autre côté, avec Ashley et sa grande bouche, il devait me prendre pour une fille facile et avait dû imaginer une tout autre issue à la soirée. Oui, là, je ne me faisais pas d’idées. En témoignait la manière dont il glissa des yeux appréciateurs de mes lèvres jusqu’à ma poitrine. À nouveau, l’envie de me jeter à son cou me fit frissonner, et ma méfiance redoubla. Quelque chose clochait définitivement.
Je clignai des paupières et baissai aussitôt le regard sur mon bracelet, mais celui-ci était toujours aussi blanc. Il fallait que je me fasse une raison. David n’était pas un surnat, et toutes ces réponses involontaires de mon corps n’étaient dues qu’à mon propre manque. Bon sang, je détestais cette idée, mais j’allais peut-être commencer à songer au mariage arrangé dont me parlait souvent papa. Ça me déprimait d’avance, mais si je me mettais à réagir comme ça face au premier inconnu venu, c’était peut-être un signe.
— Toujours prêt à rendre service, Sarah, répondit David avec un temps de retard et un clin d’œil amusé.
Il savait pertinemment à quoi j’avais pensé. Tu parles, vu son physique, il devait avoir l’habitude de rendre service, oui.
Je m’éloignai malgré tout à regret. Il était temps que cet interlude cesse et que je me concentre. J’étais là pour enquêter. Mais, d’abord, j’allais retrouver Ashley et lui passer le savon de sa vie.
— À bientôt, Sarah. J’ai hâte que nos chemins se croisent.
Sa voix n’était qu’un murmure, pourtant je l’entendis aussi clairement que s’il m’avait chuchoté ces mots à l’oreille. Une nouvelle vague de frissons, mélange d’excitation et de frustration, me traversa. Je pressai le pas pour m’éloigner au plus vite.
J’arpentai la foule déchaînée, cherchant Ashley du regard, longeant les zombies à moitié décomposés, les vampires élégants, les sorcières bien plus sexy que moi et les clowns maléfiques qui se démenaient sur la piste de danse dans une chorégraphie d’enfer. Les rires, les cris et les grognements se mélangeaient aux basses puissantes et entêtantes qui faisaient légèrement vibrer les murs et ondulaient contre ma peau.
Je passai dans la pièce suivante, contournai une fille en robe de princesse qui parlait à celle en robe de mariée ensanglantée et me dirigeai vers le grand Hulk un peu trop dégingandé qui faisait les yeux doux à une soubrette dans un coin.
— Hé, Jim, l’apostrophai-je. Tu as vu Ashley quelque part ?
Il tourna à contrecœur la tête vers moi tandis que la soubrette baissait la sienne, gênée. Jim, mon ami et collègue, était un dragueur invétéré secrètement amoureux d’Ashley depuis la maternelle, mais, vu sa réaction chaotique la seule fois où j’avais osé mettre le sujet sur le tapis, je m’abstenais maintenant de tout commentaire.
— Je crois bien l’avoir vue partir avec un diable il y a quelques minutes, répondit-il avec un ton détaché qui ne me convainquit pas.
J’adressai un regard désolé à la soubrette, qui ne ferait jamais le poids dans le cœur de Jim, et hochai la tête avant de repartir à la recherche d’Ashley. J’aurais dû continuer ma veille et surveiller tous les invités, mais j’avais besoin de livrer le fond de ma pensée à ma plus vieille amie. Les amies ne jetaient pas leurs amies sous un bus, et son attitude avec David m’avait vraiment mise mal à l’aise.
Je venais de revenir dans le salon lorsqu’une vague nauséabonde me frappa. J’eus soudain l’impression que quelque chose de sombre et maléfique me remontait dans la gorge. Je toussai plusieurs fois avant de baisser les yeux sur mon bracelet, dont les perles nacrées viraient à l’orange doux. Mon sang se glaça. Quelque chose clochait.
Je tournai sur moi-même, scrutant les convives, cherchant désespérément la source de cette énergie négative. Ce fut alors que je la remarquai. Une femme, vêtue de noir de la tête aux pieds, qui m’observait avec insistance. Son regard était froid, calculateur, et quelque chose dans sa posture n’allait pas. Mon malaise s’intensifia, comme si cette femme était le point de convergence de l’aura sombre que je ressentais. Je me tournai pour avertir la foule du danger, me fichant qu’on me prenne pour une folle, mais je sentis une main gelée et osseuse se poser sur mon épaule, et je fis brutalement volte-face pour me retrouver nez à nez avec la femme en noir. Elle me fixait avec un sourire mauvais.
— Bouh ! cria-t-elle en se déridant du tout au tout. Haha, tu aurais dû voir ta tête !
Mais ce fut la sienne que je vis lorsque le premier cri s’éleva au-dessus de la musique. Il fut aussitôt repris par un chœur affolé, ponctué de hurlements provenant de toutes parts et montant crescendo. Pendant quelques secondes, la panique bloqua tous les sons et je restai là, figée, au milieu des invités qui couraient dans tous les sens comme un troupeau de gnous désordonnés.
J’avais échoué.
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