Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 13 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 13

 

 

U ne demi-heure plus tard, je franchissais le portail de son immense manoir et m’enfonçai entre les arbres séculaires qui parsemaient la propriété.

Tout en marchant, je sortis mon portable pour appeler encore une fois Jim, qui ne répondit pas plus. Je commençais sérieusement à m’inquiéter, à présent. La colère que j’avais d’abord ressentie n’était qu’un lointain souvenir. Je rangeai mon téléphone en arrivant devant la porte et décidai d’aller lui rendre visite en rentrant. Son silence n’était pas normal.

Nestor m’accueillit avec son air pincé habituel, qui, je le savais, n’avait rien à voir avec son caractère, mais tout avec son poste. Il m’invita à le suivre. Chaque fois que j’entrais chez Sharon, j’avais l’impression de pénétrer un monde inconnu, même si j’y venais régulièrement. Et pour cause. Son manoir était aux antipodes de mon petit appartement douillet. Les plafonds étaient si hauts qu’il fallait presque se dévisser le cou pour en observer les moulures d’époque. Les murs, recouverts de boiseries sombres et ornés de magnifiques tableaux impressionnistes, contrastaient avec le sol en marbre blanc veiné de gris. De part et d’autre du couloir, des statues représentant nos déesses nous accueillaient à bras ouverts. Une odeur de bois ciré flottait dans l’air, comme si les meubles venaient d’être polis, conférant une sensation de chaleur et de confort. Ici, tout était impeccable en tout temps, chaque objet était à sa place, chaque surface lustrée, au point que j’avais toujours la sensation d’être transportée dans une autre époque, un temps révolu. On était bien loin de mon petit trois pièces avec un canapé bon marché sur lequel le chat se faisait les griffes pendant que je regardais des émissions culinaires.

Sharon m’attendait sur son immense divan tout en lisant des rapports. Elle n’arrêtait jamais, entre sa position de prêtresse et celle de maire, et je me demandai pour la première fois s’il lui arrivait de se détendre à l’occasion, de prendre du bon temps, de juste se laisser aller.

Comme tu l’as fait hier soir avec un loup, me chuchota la voix de la culpabilité.

Parfait, tout ce dont j’avais besoin pour être décontractée avant mon entrevue avec elle.

— Ah, Sarah, tu tombes bien, je viens de faire du thé.

Elle adressa un signe de tête à Nestor, qui partit en direction des cuisines. Le temps qu’il revienne, je m’étais installée sur le canapé en face d’elle, droite comme un « i », incapable de me détendre, persuadée que ma culpabilité se lisait sur les moindres lignes de mon visage. Malgré la chaleur du breuvage, je pris plusieurs gorgées de la tasse que venait de me rapporter Nestor. J’avais besoin de faire quelque chose, n’importe quoi, pour ne pas virer rouge pivoine rien qu’en regardant Sharon.

— Il faut que tu surveilles ce loup de près.

Je sursautai légèrement en entendant sa voix sèche se réverbérer dans la grande pièce claire. Puis je faillis m’étrangler en reprenant une gorgée de thé pour me donner de la contenance.

— De près comment ? demandai-je d’une voix étonnamment assurée.

— Surveille ses faits et gestes. Cet homme est le suspect numéro un dans cette affaire. Il était sur les lieux du crime, toutes les victimes sont des sorcières, et c’est une saleté de loup. Débrouille-toi comme tu veux, séduis-le si tu le dois, tant que tu ne couches pas avec, mais il faut impérativement qu’on le tienne à l’œil.

Je faillis m’étrangler à nouveau. Ma prêtresse venait-elle de me suggérer de séduire un… un… un loup ?

Je clignai plusieurs fois des yeux, plus tout à fait sûre de la fiabilité de mes oreilles.

— Le… le séduire ?

— J’ai bien vu comme il te regarde, Sarah, répondit-elle avant de pousser un profond soupir. Crois bien que ça ne me plaît pas plus qu’à toi, mais il faut savoir tirer parti des avantages qu’on possède. Il n’a proposé de partager ses informations que pour savoir où nous en étions, et il ne nous révélera jamais tout ce qu’il a, mais tu peux peut-être lui tirer des confidences en battant des cils. Ou plus. Je ne veux pas savoir, tant que tu ne couches pas avec lui. C’est compris ?

Je déglutis à nouveau avec peine et cherchai des yeux la caméra qui était sans le moindre doute en train de filmer la scène.

— Je…

— Je comprends tes réticences, me coupa-t-elle, et je rétrécis sur place, car c’était tout le contraire et je craignais qu’elle s’en rende compte. Je ne te demande pas ça à la légère. Ton sacrifice sera amplement récompensé.

J’hésitai, les mots brûlants sur ma langue. Il fallait que je lui dise. Je devais être honnête et lui dire que je n’y arriverais pas, que je risquais de céder parce que ça avait pratiquement été le cas, hier. Elle comprendrait. Elle connaissait ma lignée. Elle savait à quel point me mettre sur cette mission était dangereux.

Mais elle m’en croyait capable. Sinon, ce serait revenu à une mission suicide, et Sharon tenait trop à moi pour m’infliger ça. Elle me faisait confiance. Il était temps que je fasse preuve de cette même confiance à mon égard. Si ma prêtresse pensait que j’en étais capable, je devais m’en convaincre également. Je pouvais le faire. Je pouvais séduire David sans céder. Si nécessaire.

— Il m’a proposé d’enquêter ensemble, avouai-je.

Le sourire rayonnant et enchanté de Sharon valait mille mots. Associé à son chignon strict et son maquillage impeccable, il était presque effrayant, surtout lorsque sa bouche rouge s’étira encore plus sur un coin.

— Parfait. Tu as ton entrée.

— Il a également essayé de me séduire.

Elle hocha la tête d’un air entendu.

— Ces loups sont prêts à tout pour s’envoyer en l’air, Sarah. Ils ont des mœurs si légères qu’ils feraient passer les filles de joie pour des bonnes sœurs.

J’ouvris la bouche, choquée par son image, mais n’osai faire aucune remarque. Sharon était de la vieille école et, si je n’appréciais pas toujours ses vues sur le monde, répondre serait suicidaire dans ma position.

— Leur libido est légendaire, continua-t-elle. Tires-en profit.

Je m’abstins de préciser que les choses étaient allées bien plus loin et, pire encore, que c’était moi qui les avais instiguées. Ça aussi, ce serait suicidaire. Je ne voulais pas qu’elle apprenne que j’avais transgressé les règles avant son ordre direct. Pas plus que je ne voulais qu’elle découvre que ce même ordre direct me mettait dans une position très inconfortable : je voulais fauter avec David, et j’avais maintenant sa permission de faire tout ce qui me chantait, en dehors de coucher avec lui. Tout allait très mal finir. J’étais dans la merde jusqu’au cou. Je ne pouvais pas désobéir à un ordre direct, mais ce n’était pas le plus dangereux dans l’affaire. Non, c’était que je n’avais aucune envie de le faire.

Je soupirai de frustration. Le sourire de Sharon retomba comme un soufflé, et ses traits durcirent aussitôt.

— Crois-moi, j’ai vraiment conscience du sacrifice que je te demande, Sarah. Mais tu ne seras peut-être pas obligée de frayer avec lui. Laisse-le croire que tu seras prête à le faire s’il coopère, ça devrait déjà t’ouvrir bien des portes. Et en aucun cas je ne veux que tu te mettes en danger, c’est bien compris ? Aucun. Séduis-le, oui, mais n’oublie jamais qu’il s’agit d’un loup, et ne le laisse pas te séduire, lui. Garde l’ascendant.

— Oui, prêtresse.

— Sers-toi de lui. Les hommes qui pensent avec leur engin commettent des erreurs. Exploite ses faiblesses.

— Oui, prêtresse, répétai-je.

Je me sentais tellement coupable d’avoir déjà fauté avec lui que ma voix aurait flanché si je n’avais pas utilisé le titre officiel de Sharon. J’étais persuadée qu’elle pourrait lire la vérité sur mes lèvres même si je ne la prononçais pas. Le silence était ma meilleure arme. Ça, et ma lignée, dont elle savait que j’étais très protectrice, car on me serinait depuis mon plus jeune âge que le premier serait le dernier et qu’il fallait choisir avec soin. Que c’était une question de vie ou de mort et, dans ce cas précis, que coucher avec David équivaudrait réellement à un suicide. Parce qu’il avait peut-être besoin de nos informations pour une raison qui m’échappait encore, qu’il avait certainement envie de coucher avec moi, mais que jamais, au grand jamais, il ne me laisserait vivre une fois cette histoire terminée. J’étais une sorcière, il ne ferait qu’une bouchée de moi.

Ce fut armée d’une résolution nouvelle que je repris la parole.

— J’enquêterai sur lui et je découvrirai s’il est coupable, prêtresse, lui assurai-je. Tu peux avoir toute confiance en moi.

Un lent sourire vint effleurer ses lèvres rouge sang. Je compris avant qu’elle ne parle que je n’allais pas du tout aimer ses prochains mots, et je m’y préparai, sachant où cette conversation menait.

— Bien, mon enfant. Et s’il représente un danger ?

Je pris une profonde inspiration, les tremblements gagnant mes mains. Il n’y avait qu’une issue possible à cette relation, de toute manière, coupable ou non.

— Sarah ?

Je relâchai une respiration assurée.

— S’il représente un danger, je m’en occuperai.

Sharon hocha lentement la tête.

— Et il représentera un danger, m’assura-t-elle.

— Tu peux compter sur moi, prêtresse. Je l’éliminerai avant que cette histoire ne touche à sa fin.

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