Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 36 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 36

 

 

L e métal froid du couteau me rappela mon extrême vulnérabilité. Et j’avais utilisé toute ma magie. La peur et l’impuissance m’envahirent, implacables, m’empêchant de réfléchir. J’allais mourir ici, dans ce couloir désert et glauque.

Je fermai les paupières, me préparant à un coup qui n’arriva pas.

Dwight fut soudain projeté sur le côté, et j’ouvris les yeux à temps pour voir un loup enragé l’entraîner au loin.

David.

David était venu pour moi.

Je reculai sur les fesses tandis que le combat s’engageait. David se précipita sur Dwight, qui l’esquiva de justesse avant de lancer un éclair dans sa direction. Un cri m’échappa, mais David parvint à parer l’attaque à son tour en bondissant sur le côté. Il glissa sur le linoléum, ses griffes ne trouvant aucune aspérité pour freiner. Puis Dwight se releva, et ils se firent face.

Dwight jeta un sort d’une noirceur pure à David, qui ne l’évita pas afin de lui sauter à la gorge. Le jappement qu’il poussa résonna dans le couloir austère et me frit craindre le pire. Mais, malgré l’odeur de poils brûlés, il ne s’arrêta pas. Dwight hurlait, davantage de rage que de douleur, et tentait de libérer ses bras pour lancer une contre-offensive.

La vitesse de David lui permettait de parer aux attaques de son adversaire avec une facilité que j’enviais, et il profita de sa force surhumaine pour donner des coups de patte puissants. Je restai là, à les observer durant des secondes qui me parurent des heures, incapable d’intervenir. David ne se laissa pas intimider un seul instant, pas même lorsque Dwight parvint à attirer le couteau qu’il avait perdu dans le combat et à le planter dans son flanc.

Il retomba sur le sol, meurtri, son sang dégoulinant sur le lino gris menaçant de me faire tourner de l’œil tant j’angoissais. Mais il chargea à nouveau sans attendre, ignorant sa blessure et sa douleur et riposta avec férocité.

…avant d’être expulsé par une onde de choc semblable à l’explosion d’une étoile.

Il atterrit à deux mètres de moi et je me précipitai, malade d’inquiétude, relevant à peine les yeux pour constater que Dwight avait disparu.

— David ? l’appelai-je. David ?

Le loup geignit, et je faillis pleurer de soulagement en comprenant qu’il n’était pas mort. Il reprit forme humaine devant mes yeux ébahis, et je me retrouvai avec la carcasse d’un homme de plus d’un mètre quatre-vingt-dix, nu comme le jour de sa naissance et saignant abondamment à moitié sur les jambes.

— David, répétai-je en lui tapotant la joue. David ! Je ne sais pas ce que je dois faire.

La panique faisant vibrer mon ton rebondit contre sa silhouette inconsciente sans le faire réagir.

— David, s’il te plaît…

Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir et je relevai la tête, levant un bras que je savais dénué de magie, mais qui serait tout de même menaçant si Dwight revenait.

— Sarah ! s’exclama Virginia en accourant vers moi. Qu’est-ce que…

Elle avisa l’homme nu sur mes genoux et la mare de sang qui se formait lentement tout autour de nous.

— Je vous en supplie, aidez-moi ! Je n’ai plus de magie, je ne peux pas l’aider !

Elle avait reconnu David. Je n’étais pas dupe. Et je remarquais bien son aversion pour les loups. Elle était inscrite dans la moindre ride de tension qui barraient son visage.

— Je sais que vous ne les aimez pas, plaidai-je, mais il va mourir. Il m’a sauvé la vie.

Virginia me considéra l’espace d’un instant, puis elle jeta un nouveau regard à David, dont la respiration se faisait plus faible.

— Je n’aide pas les loups, dit-elle en s’agenouillant malgré tout. C’est contre mon éthique.

— Il m’a sauvée, répétai-je. Il m’a sauvée.

C’était un mantra, un mantra que je répétais comme un sort. Il avait des chances de fonctionner si je le prononçais un nombre suffisant de fois. David ne pouvait pas mourir. Pas par ma faute.

— S’il te plaît, Virginia, l’implorai-je, les larmes dévalant mes joues comme un torrent de montagne au printemps.

Elle poussa un profond soupir.

— Je vais le regretter, soupira-t-elle en avançant les bras.

Elle posa une main sur la blessure à ses côtes, juste sous son cœur, et commença à murmurer des mots dont la signification m’échappait tant mes oreilles bourdonnaient. De l’eau apparut lentement dans ses paumes, puis plus fort, venant envelopper David dans une lumière bleue.

Les secondes s’étiraient, dévastatrices, tandis que j’observais la scène avec angoisse sans cesser de pleurer. L’eau disparut finalement et, à sa place, la peau intacte de David luisait, comme humide.

— C’est le mieux que je puisse faire avec les moyens du bord, annonça-t-elle. Il aura sans doute besoin de se retransformer pour achever sa guérison, mais il devrait survivre jusque-là.

Je hochai la tête, trop soulagée pour réussir à prononcer le moindre mot. Mais un parvint tout de même à franchir mes lèvres quelques instants plus tard.

— Merci.

Elle me regarda d’un air étrange, comme si elle me jaugeait, mais j’ignorais quelles conclusions lui apparaissaient.

— Quoi ? finis-je par demander, mal à l’aise.

— On ne peut pas rester dans ce couloir au vu et au su de tous. C’est la nuit, mais quelqu’un va finir par passer.

J’acquiesçai et commençai à me relever.

— Je te proposerais bien de l’emmener à la morgue, mais…

Elle désigna du menton la porte, qui avait volé sur ses gonds.

— Je crois que j’ai des choses à te raconter, admis-je en me baissant pour attraper le haut du corps de David.

— Je suis tout ouïe, répondit-elle dans un sourire en attrapant ses jambes.

Nous transportâmes David jusque dans une sale d’interrogatoire tandis que je lui faisais un résumé complet de mes découvertes et de la soirée, sans omettre Belzébuth et le rituel d’invocation, cette fois-ci.

— Il a profané les sépultures des autres sorcières, m’apprit Virginia lorsque nous eûmes installé David dans un coin. S’il peut se servir de Katia pour le rituel, il ne lui reste plus qu’une victime, et le compte sera bon.

— Sharon, soufflai-je.

Elle hocha la tête pour toute réponse et sortit son téléphone pour passer un coup de fil bref, mais bourré d’ordres, à son agent qui surveillait le manoir.

— Je vais me rendre sur place, m’informa-t-elle ensuite. Attends que le loup se réveille, et rentre chez toi.

— Mais je…

— Pas de, mais, Sarah. Tu as gardé pour toi des informations capitales qui auraient pu empêcher tout ça, dit-elle avant de se radoucir. J’ai été à ta place. J’ai fait pareil. Mais j’ai eu plus de chance. Laisse-moi gérer la fin de l’enquête. Tout ira bien. Nous savons qui est le meurtrier à présent, et il ne pourra pas s’approcher du manoir sans qu’on lui tombe dessus. Rentre chez toi.

Je me passai les mains sur la figure, en proie aux émotions conflictuelles tandis que Virginia me fixait d’un air compatissant. Elle voulait que j’abandonne. Mais comment pourrais-je le faire alors que Sharon était encore en danger ? Que Dwight courait toujours ? J’étais déchirée entre l’envie de suivre Virginia de force et celle de soigner David.

Je relevai les yeux sur Virginia et lus sur son visage tout ce qu’elle pensait de moi. Que j’étais en état de choc. Que j’étais jeune, inexpérimentée, et que j’avais fait capoter une enquête. Mais je pouvais aider, j’en étais sûre.

— Je ne peux pas, dis-je d’une voix désolée.

— Occupe-toi de ton loup.

Sa phrase n’était même pas teintée de dégoût, comme je m’y serais attendue. Je posai le regard sur David, toujours inconscient, le cœur serré.

— Je te promets de t’appeler dès que tout sera terminé.

Je fermai les yeux.

— Il a dit que tout serait terminé d’ici demain. Si je n’ai pas de nouvelles dans une heure…

— Très bien, acquiesça Virginia. Mais je ne veux pas te voir avant ça. Même pas un cheveu.

Elle sourit en regardant ma tignasse rose ébouriffée dans après mon épisode tourbillon et se releva pour s’approcher de la porte.

— Sympa, la couleur, au fait, lança-t-elle une fois au bout du couloir. J’aurais dû y penser.

Elle sortit sur un nouveau sourire et je restai seule à veiller David.

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