Moon Spell (French Edition)
Chapitre 20
I l se redressa, toute trace d’amusement ou d’intérêt désertant ses yeux, qu’il plongea dans les miens comme pour les capturer. Je portai instinctivement la main à mon bracelet et me préparai à l’impact.
…qui ne vint pas.
— Va au bout de ta pensée, Sarah, gronda-t-il.
Je perdis aussitôt toute assurance et fis tourner les charmes de mon bracelet pour choisir celui qui aurait le plus de portée offensive rapide.
— Mets-toi à ma place un instant, plaidai-je prudemment. Les loups traquent et tuent les sorcières depuis des siècles, quelles qu’en soient les raisons. Des sorcières sont tuées dans ma ville et un loup débarque pile à cet instant, la bouche en cœur, pour proposer d’enquêter alors qu’on n’en a pas vu depuis des dizaines d’années dans les parages. Et, au lieu de m’aider dans mon enquête, il met tout en œuvre pour me distraire. Tout ce que je dis, c’est que les faits ne plaident pas vraiment en ta faveur et que, si tu n’y mets pas du tien, je serais stupide de ne pas envisager cette possibilité.
David ne bougea pas d’un millimètre. Il me sondait, mâchoire contractée, certainement pour tenter de déterminer à quel point j’étais sincère.
…ou s’il fallait me déchiqueter tout de suite ou plus tard.
Je déglutis en resserrant les doigts sur un charme de feu. Il faisait deux fois ma taille. C’était un fichu loup-garou. S’il attaquait, aucun sort ne me sauverait. Non, ce qu’il me fallait, c’était… l’arme qui se trouvait dans mon sac, que je portais en bandoulière. Mais comment l’atteindre avant que David ne passe à l’acte ?
Mon rythme cardiaque accéléra encore, mais David se détendit aussitôt, et l’agacement remplaça le doute sur son visage.
— Tu as peur de moi, souffla-t-il, en colère, comme si cette simple idée le révoltait. Je t’ai déjà dit que tu pouvais avoir confiance en moi, Sarah. Je ne vais pas te faire de mal. Jamais. Et je n’ai pas tué ces femmes, pas plus que je n’ai quelque chose à voir avec leurs meurtres. Je suis désolé de t’avoir donné l’impression du contraire en ne coopérant pas suffisamment.
Je ne relâchai pas mon sort pour autant, pourtant ses mots me détendirent au-delà de la raison. J’aurais dû continuer à m’en méfier comme de la peste, ne serait-ce qu’en raison de sa nature, mais quelque chose dans sa voix, dans le ton assuré qu’il utilisait, me criait qu’il était sincère. Bon sang, j’étais la dernière des imbéciles. J’allais finir découpée dans une ruelle avant de comprendre ce qui m’arrivait.
…ou au fond d’un bois.
Je regardai soudain autour de moi comme si je ne me souvenais que maintenant que je n’étais pas sortie de l’auberge, et mon malaise sembla le toucher.
— Comment puis-je te prouver ma bonne foi ? demanda-t-il.
J’hésitai un instant, même si mes tripes me criaient de lui faire confiance, et je décidai de la jouer finaude.
— C’est de bonne guerre. Tu m’as suspectée, je t’ai suspecté, je suppose que nous sommes quittes.
J’espérais qu’il prendrait mon échappatoire. Mais je n’eus pas cette chance.
— Sarah, gronda-t-il. Je suis sérieux. Je ne veux pas que tu aies peur de moi. Dis-moi comment te prouver ma bonne foi.
— Tu pourrais partager tes informations, répondis-je d’une petite voix. En commençant par m’expliquer comment tu es au courant pour les runes.
Il soupira et baissa la tête avant de la secouer.
— Katia.
J’attendis, mais ce fut sa seule réponse.
— Ça n’a aucun sens, insistai-je. Katia est morte, comment aurait-elle pu…
Il poussa un nouveau soupir. D’une manière ou d’une autre, j’étais sur le point d’obtenir des explications. Je commençais juste à douter qu’elles allaient me plaire.
— Elle possédait des ouvrages.
— Et ?
— Et Jack les a parcourus avant qu’on les lui vole.
— Attends, tu veux me faire croire que Jack a retenu des milliers de runes antiques et s’est souvenu de ce qu’elles signifiaient ?
— Non, soupira-t-il.
Il se tut à nouveau.
— Quoi, alors, David ? le pressai-je.
Son silence commençait à me taper sur les nerfs. L’envie de lui mettre une claque pour le faire passer aux aveux me démangeait.
— Katia était la première victime, commença David avec une telle lenteur qu’il devait choisir ses mots. Le tueur n’était pas encore… expérimenté. Les runes étaient tracées au sang sur son corps. Quand nous l’avons retrouvée…
Un fantôme fila dans son regard, et je frissonnai devant son intensité. Il tenait à elle. Ce n’était peut-être pas son amante, comme ça avait été celle de Jack, mais je ne doutai plus un instant qu’il avait tenu à elle comme à une sœur.
— C’était un carnage, Sarah. Elle était rouée de coups, de plaies, recouverte de tout ce sang qui formait des runes, et tous ses livres avaient disparu.
— Alors comment…
— Jack s’est souvenu d’avoir vu un ouvrage qui comportait des dessins très semblables. Et, vu l’animosité qu’il y avait avec sa famille, le fait que ses affaires avaient disparu, il a pensé…
Mon dieu. Qu’était-il arrivé à la famille de Katia ? Les avaient-ils assassinés ? Je fis un pas en arrière avant même d’en avoir conscience et je dévisageai David, horrifiée.
— Non, Sarah, ne t’inquiète pas. Ils vont bien. J’ai interdit à Jack de les approcher. J’y suis allé moi-même. Ils ignoraient ce qui était arrivé à Katia et n’avaient pas ses affaires. C’était une fausse piste.
— Ça n’explique pas comment tu savais pour les runes.
Il eut un sourire triste.
— Ils possédaient leurs propres ouvrages, expliqua-t-il dans un petit haussement d’épaules. Il a suffi de chercher lesquelles avaient été utilisées.
Je flairais l’entourloupe à plein nez.
— Des sorciers n’auraient jamais partagé ces informations avec un loup.
Un sourire contrit. Un léger coup de pied dans un caillou. Et voilà qu’il ressemblait à un jeune garçon pris la main dans le sac.
— Katia m’avait appris à confectionner sa potion de vérité.
— Celle que tu as utilisée sur Jim ? m’étranglai-je.
Lorsqu’il acquiesça sans perdre son air de petit garçon, je partis dans un rire nerveux.
— Être malade quelques jours était peu cher payé pour avoir excommunié Katia, ajouta-t-il.
— Parce que tu savais que ça les rendrait malades ? Combien de fois tu t’en étais servi auparavant ? Non, attends. Je ne veux pas la réponse à cette question. L’ignorance est une bénédiction.
Il continua à me regarder avec une mine penaude, mais un sourire canaille se dessinait lentement sur ses lèvres.
— Quoi ? demandai-je lorsque mon fou rire nerveux fut passé.
— Tu ris, expliqua-t-il fièrement. Et tu sais ce qu’on dit. Femme qui r…
Je le bâillonnai de la main avant qu’il ne termine sa phrase.
— Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tu gâches les bons moments avec tes remarques salaces ?
— F’était un bon moment ? demanda-t-il sous ma main, à moitié étouffé.
Même s’il se trouvait en face de moi, il me jeta un regard en biais, les yeux soudain brûlants. Je n’avais aucune idée de ce que j’y lisais. L’amusement était toujours là, la fierté aussi, et ce côté gamin adorable qui me faisait fondre n’avait pas disparu. Mais le désir était apparu, ainsi qu’un soupçon de défi. Et surtout une bonne dose d’ego masculin.
Ma main retomba, impuissante, et David posa la sienne au creux de mes reins pour m’attirer contre lui. D’aussi près, son souffle me chatouillait l’arc de cupidon, et je frissonnai de la tête aux pieds.
— Tu as froid ? susurra-t-il, sa voix soudain aussi chaude que la braise.
— Je crois au contraire que j’ai un peu trop chaud, répondis-je dans un sursaut d’honnêteté que je regrettai aussitôt.
Je tentai de reculer d’un pas, mais David me pressa encore plus près de son corps, et je perdis momentanément toute communication avec mon cerveau. Du bout des seins, je pouvais sentir toutes les vallées de son torse, et bon sang, j’avais envie d’explorer ce territoire. Je ne pus contenir un nouveau frisson, qui n’échappa pas à David. Le sourire qu’il m’adressa criait qu’il avait obtenu toutes les informations dont il avait besoin. Mais, au lieu de la remarque sexuelle à laquelle je m’attendais, il déposa un baiser tendre sur mon front. Ce contact, si différent de ses gestes habituels, me troubla encore plus que tout le reste. Il y avait quelque chose de plus… Quelque chose qui relevait presque de l’intime et qui me désarçonnait complètement.
Et, ça, c’était un territoire totalement interdit.
— On se connaît à peine.
Qui essayais-je de convaincre, au juste ? Lui, ou moi ?
— Je n’ai pas besoin de te connaître pour que chacun de tes sourires me fasse chavirer, Sarah. Je n’ai pas besoin de savoir combien tu mets de sucres dans ton café pour bander dès que tu me regardes ou pour avoir envie de te posséder dès que je sens que tu mouilles. Et, crois-moi, je le sens.
J’ouvris la bouche en grand. J’aurais dû être horrifiée. Horrifiée. Par ses paroles, par son insistance. Et pourtant. Pourtant je savais précisément ce qu’il sentirait lorsqu’il se mit à humer l’air pour illustrer ses propos et qu’un lent sourire satisfait apparut sur ses lèvres pleines. Ces lèvres que je brûlais de goûter encore une fois. Ces lèvres qui étaient si douces sur ma peau.
Je reculai d’un pas. Il ne me retint pas, cette fois-ci, mais j’étais persuadée que c’était parce qu’il savait qu’il me tenait dans ses filets. Bon sang. Je mourrais d’envie de laisser David faire glisser ses mains bien trop habiles sur mon corps soumis. Je voulais le sentir en moi. Pas juste ses doigts. Pas juste ses mains. Je voulais tout. Je le voulais tout entier. Je voulais frémir sous sa langue et perdre pied pendant qu’il me dévastait de ses coups de boutoir.
— Je paierais cher pour savoir à quoi tu penses, dit David de sa voix la plus suave. Mais je pense que je ne serai pas loin de la vérité si je dis que tu me veux en toi. Ici. Maintenant. Salement.
Même si cela n’aurait pas dû être possible, son regard me troubla encore plus lorsqu’il parcourut mon corps. Il s’arrêta longuement sur ma bouche, puis mes tétons qui pointaient sous le tissu de mon soutien-gorge, avant de marquer une pause à la naissance de mes jambes. Il se figea soudain, devenant aussi immobile qu’une image du péché, et j’aurais juré qu’il luttait bec et griffes pour ne pas me sauter dessus. Moi aussi, je luttais. Déesse. Je luttais de toutes mes forces. Ma résolution, mes idéaux, mon futur. Je ne pouvais pas céder. Mais il l’avait dit lui-même, me souvins-je avec délice. Il y avait tant de choses que nous pouvions faire sans coucher.
Je déglutis avec peine. Chacune de mes inspirations charriait son odeur masculine, me faisant tourner la tête. Je me demandai le goût qu’il aurait, s’il serait aussi savoureux que son parfum, et l’envie de le dévorer me tenailla plus que jamais. Et bon sang, je savais qu’il pouvait lire tout ça sur mon visage. Lire que je le voulais. Lire que j’étais sur le point de rendre les armes.
Je ne bougeai pas lorsqu’il s’approcha de moi, prédateur soucieux de sa proie, sans me quitter des yeux.
— Je ne ferai jamais rien que tu ne voudras pas, Sarah, m’assura-t-il en prenant ma main. Mais ça, je sais que tu le veux.
Il la plaqua contre son entrejambe. Au lieu d’être scandalisée par son geste, je ne pus m’empêcher de laisser courir mes doigts sur son impressionnante longueur en salivant. Pourrais-je tout prendre ? En serais-je seulement capable ?
J’étais toujours en train de me poser la question quand je le vis fermer les yeux et pencher la tête, appréciant le traitement, et je ne réalisai qu’alors que je le caressais avidement à travers son jean.
— Plus fort, gronda-t-il.
Déesse, je ne pouvais pas faire ça. Je devais fuir, sur-le-champ. C’était maintenant ou jamais. Il fallait que je parte en courant sans un regard en arrière.
Pourtant, au lieu de suivre ma raison, j’obéis à son ordre et empoignai son membre à travers le tissu de son pantalon pour le caresser encore plus fort. J’étais fichue, et, en cet instant, ça m’était bien égal.
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