Moon Spell (French Edition)
Chapitre 26
T out élan d’affection pour David me quitta lorsqu’il me jeta sur son épaule pour me porter jusqu’à sa voiture.
Il. Me. Jeta. Sur son épaule. Jeta. Épaule.
Je vis aussitôt rouge et commençai à me débattre, donnant des coups de pied et de coude sans succès. Et pour cause : il était robuste, le bougre. Je continuai à me démener malgré tout sur le court trajet, me refusant à utiliser mon bracelet, car, avec le meurtrier dans les parages, il n’était chargé que de sorts méchamment offensifs et je ne voulais pas blesser David. Même s’il était techniquement en train de m’enlever et que je n’étais pas du tout, mais alors pas du tout d’accord, je savais qu’il ne me ferait pas le moindre mal. Au contraire. Cet imbécile espérait m’emmener en sécurité dans sa meute. Crétin fini. Et dire que mon sac à main était si proche et si loin à la fois. Ce fichu sac dans lequel il me restait de la poudre qui lui aurait rendu la monnaie de sa pièce et fait oublier son geste d’homme des cavernes et l’aurait fait vomir tripes et boyaux. Ce que, en toute honnêteté, je lui souhaitais si ardemment en ce moment que des flammes dansaient presque devant mes yeux. Ou alors, j’aurais pu lui tirer une balle en argent dans le pied. Ça lui aurait sûrement fait passer l’envie de m’emmener de force pendant quelques minutes.
Mais sans en arriver là, je restais une sorcière avec quelques tours dans son sac. Enfin, le figuré, vu que le vrai était hors de ma portée. Si je rechignais à utiliser ma magie d’air sur ma voisine, je n’avais aucun scrupule à m’en servir contre un loup.
— Repose-moi ! criai-je alors que nous atteignions son véhicule. Dernier avertissement.
— Dernier avertissement avant quoi ? demanda-t-il d’un ton si amusé que je n’attendis pas une seconde supplémentaire.
J’appelai ma magie d’une pensée et, tout en la dirigeant sur le torse de David, que je touchais toujours et qui était toujours aussi ferme, merci beaucoup, j’aspirai d’un coup sec tout l’air de ses poumons.
Il cilla, puis tangua. Se raccrocha au toit de la voiture. Essaya d’inspirer. Échoua. Comprit. Grogna malgré la notable absence d’air, ce qui n’aurait pas dû être possible. Mon sang se glaça si vite qu’il me sembla voir de la buée sortir de ma bouche lorsque je poussai de toutes mes forces des pieds contre la carrosserie pour le déstabiliser et le faire tomber.
La bonne nouvelle, c’était que, la surprise aidant, j’y parvins sans peine. La mauvaise ? Je tombai lourdement avec lui, tête la première. J’eus tout juste le temps de me soutenir de mes mains avant l’impact. Mais je n’évitai pas grand-chose, vu le poids de David, et le choc fut douloureux. Très, très douloureux. Je sentis le sol griffer mes avant-bras au sang malgré la protection de mes vêtements, mais je ne m’appesantis pas sur l’inconfort et me relevai aussitôt, marchant à moitié sur l’homme asphyxié sous mes jambes. Je m’élançais pour courir lorsqu’une main puissante se referma sur ma cheville, et je retombai le peu de centimètres que j’avais réussis à bondir pour ma fuite avortée.
Je me retournai, bouillonnante de rage, prête à utiliser un sort offensif. Alors comme ça, il était grand, fort et résistant ? Il allait voir de quel bois je me chauffais.
Je portais la main à mon poignet et…
Sur le ventre, tête contre terre, toujours incapable de respirer, mais ignorant toujours ce constat comme la plus entêtée des mules, David leva le bras pour agiter mon bracelet, qu’il m’avait à nouveau retiré sans que je le remarque.
La colère me fit vriller le cerveau. Il avait fait ça deux fois de trop à mon compteur.
Je rugis et canalisai toute ma magie pour lui comprimer la gorge. Il devait réussir à respirer d’une manière ou d’une autre, c’était obligé, sinon il serait déjà tombé dans les vapes depuis de longues secondes.
Sentant le nouveau poids de ma magie, il releva la tête dans ma direction. Ce que je lis dans son regard me poussa à reculer sur les fesses sans le quitter des yeux. Ils vibraient d’une telle force, d’une telle intensité, d’un tel pouvoir brut. Par Hécate. Jamais je n’avais eu le culot de penser que je parviendrais à tuer un loup grâce à ma magie. Mais à le neutraliser provisoirement le temps de m’enfuir ? Oui. Personne ne peut rester conscient sans oxygène très longtemps.
Enfin, en théorie.
En pratique, un loup très en colère ou très excité rampait vers moi. À ce stade, j’étais incapable de déchiffrer le sentiment dont il s’agissait et je m’en fichais, car ils me terrorisaient tous les deux. La colère parce que je ne voulais pas savoir ce qu’un loup furieux me ferait subir. La deuxième pour les mêmes raisons, à vrai dire.
Je sursautai quand il tira sur ma jambe. Déesse, comment en avait-il encore la force ? Depuis quand ses poumons étaient-ils comprimés ? J’étais tellement hébétée que je le laissai me traîner dans sa direction et ne réagis pas lorsqu’il grimpa sur mon corps et m’écrasa de tout son poids. Ce fut mon tour de manquer d’air. Un prêté pour un rendu, je suppose.
J’allais le supplier de me lâcher quand je sentis l’excroissance entre ses jambes. L’imposante excroissance qui appuyait contre mon bas ventre. Je remarquai alors que, malgré ses yeux injectés de sang, il m’adressait un sourire canaille. La surprise faillit m’arracher un rire. Je relâchai aussitôt ma magie, et il eut le toupet de ne même pas prendre d’immense goulée d’air lorsqu’il fut libéré. Son sourire s’agrandit, et il huma tranquillement l’air, puis remua une fois des hanches. Très bien, message compris, il savait que j’étais excitée. Je me serais bien passée de cette information qui n’avait pas encore eu le temps de remonter jusqu’à mon cerveau. Mais était-ce seulement ma faute ? Il était là, si… imposant, si grand, si viril après cette démonstration de force brute.
— Comment ? soufflai-je, bien trop près de son visage.
— Je suis champion d’apnée, dit-il en haussant les épaules malgré la position.
Cette fois-ci, je ris pour de bon, pas parce qu’il essayait de faire de l’humour, mais parce qu’une part de moi était persuadée qu’il venait de me dire la vérité.
— Et aussi, je n’ai jamais rien vu d’aussi bandant de toute ma vie.
Ça m’aurait probablement fait lever les yeux au ciel si son érection n’avait pas autant écrasé mon intimité, s’il n’avait pas donné ces coups de bassin circulaires, augmentant la pression au point que je me perdais dans les sensations. S’il n’y avait pas eu ces fichus habits, il aurait littéralement été en train de me faire l’amour sur le bas-côté d’une route de campagne.
— Tu veux bien me relâcher ? demandai-je d’une voix mal assurée.
Je ne lui faisais pas confiance, mais, bon sang, je me faisais encore moins confiance à moi.
— Je peux faire ça. À contrecœur, ajouta-t-il en arrêtant néanmoins ses coups de bassin. Mais uniquement si tu acceptes de monter dans la voiture sans faire d’histoire.
— David…
— Seulement jusqu’à demain, Sarah, marchanda-t-il. Repose-toi sous ma surveillance jusqu’à demain et, demain, nous discuterons.
J’étais encore en train d’hésiter lorsqu’il ajouta quelque chose qui me désarçonna complètement.
— S’il te plaît, souffla-t-il.
J’acquiesçai en silence, mouvement aussi infime que la certitude que j’avais pris la bonne décision. Qu’avais-je à perdre, cependant ? Sharon venait de me retirer l’enquête, j’avais un tueur aux trousses et un homme beau comme un dieu réclamait de me protéger. Ce n’était pas parce que ma magie était puissante que mon cœur ne pouvait pas être faible, lui.
Et puis, au pire, je pourrais lui fausser compagnie quand il aurait le dos tourné.
Du moins, c’était ce que je me répétais pour me rassurer tandis qu’il m’escortait jusqu’au siège passager. La portière claqua si fort derrière moi que je sursautai, me sentant soudain à l’étroit dans cet habitacle. Ou peut-être était-ce dans mon propre corps.
— Pete ? demanda David dans son téléphone en prenant place au volant. Prends Phil avec toi, je t’envoie des coordonnées GPS pour récupérer un véhicule. Oui. Au QG. Oui. Parfait. Merci.
Il raccrocha et pianota sur son portable, probablement pour envoyer lesdites coordonnées, et nous démarrâmes peu de temps après.
— C’est la première fois que je me fais enlever, dis-je d’un ton léger pour briser le silence au bout de longues minutes.
— Ce n’est pas un enlèvement.
— Ce n’est pas pas un enlèvement.
— J’ai dit s’il te plaît.
Je soufflai théâtralement par le nez, mais, du coin de l’œil, je le vis sourire, et ce détail me réchauffa le cœur.
Nous passâmes les minutes suivantes dans un silence confortable, au point que je finis par m’assoupir. Je ne me réveillai que bien plus tard, en entendant une portière claquer. J’étais encore tellement épuisée après ma nuit de l’horreur et les maigres heures que j’avais dormies qu’il me fallut user de toute ma volonté pour soulever une paupière. À vrai dire, j’étais si fatiguée que je ne bronchai même pas lorsque David ouvrit ma portière et m’attrapa doucement. J’étais bien, là. Comme si ça avait toujours été ma place, comme si rien de mal ne pourrait jamais m’y arriver, jamais m’y atteindre.
Il me porta un long moment, trop peu de temps, en définitive, pour le bien que je trouvais dans ses bras et, finalement, me déposa sur une surface si confortable qu’on aurait dit que le paradis venait de m’accueillir. Puis le matelas s’affaissa lorsque David y mit tout son poids pour se coller contre moi.
— Dors bien, princesse, murmura-t-il à mon oreille.
Et c’est exactement ce que je fis. Au paradis.
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