Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 9 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 9

 

M on corps pesait une tonne. Ma tête encore plus. Et elle pulsait au rythme bien trop rapide du sang à ma tempe, là où j’avais été frappée. Je ne voyais rien. Étourdie comme j’étais, il me fallut plusieurs secondes pour comprendre que c’était parce que j’avais les yeux clos, et plusieurs de plus pour arriver à la conclusion que j’étais incapable de les ouvrir. Des bruits me parvenaient, étouffés, d’une distance que j’évaluais cependant comme étant trop proche. Des gens se battaient à quelques mètres de moi. Lorsque je réussis péniblement à relever suffisamment les paupières pour voir quelque chose, la lumière, pourtant faible, m’aveugla. La migraine me vrilla les synapses, et je refermai aussitôt les yeux par réflexe. Je fis de mon mieux pour les rouvrir au plus vite, ignorant la douleur qui me martelait les tempes, et me concentrai sur les bruits. Des coups, j’en étais sûre. Mais qu’étaient donc ces autres bruits, bien plus inquiétants ? Des grognements ?

Je me redressai au prix d’un effort surhumain. Deux personnes se battaient bel et bien dans le couloir. Ils se mouvaient si vite que je peinais à distinguer leurs silhouettes.

Non. Pas des personnes. Au moins l’un d’eux, je l’aurais juré, n’était pas humain. Il paraissait trop grand, trop massif et trop…

La créature se figea un instant, humant l’air avant de se tourner vers moi. Ce geste ne dura qu’une seconde, pourtant mon sang se glaça et mon cœur essaya de me sortir par les lèvres.

Un loup.

C’était un loup.

Un immense loup aussi noir que la plus sombre des nuits.

Comme pour confirmer mes craintes les plus profondes, la créature leva alors la tête et hurla. Même si ce n’était pas un hurlement humain, je n’eus pas le moindre doute. Un animal se tenait devant moi, mais c’était un homme qui l’avait poussé. J’étais, pour la première fois de ma vie, en présence d’un loup-garou.

Tout en moi me cria de fuir sur-le-champ, de courir aussi loin que possible. Mais c’était inutile. Les loups-garous étaient rapides et mortels. Je me forçai à respirer, essayant de contrôler la panique qui menaçait de me submerger. Je devais trouver un moyen de m’en sortir. Je le devais.

Je m’immobilisai lorsqu’il abaissa la tête. Cette aberration était gigantesque, sa fourrure d’un noir profond et ses yeux bleu métallique brillaient d’une lueur maléfique.

D’autres loups lui répondirent, et mon système nerveux cessa de fonctionner. Des craintes enfouies au plus profond de mon subconscient de sorcière, des craintes remontant de l’inconscient collectif, m’assaillirent et me donnèrent une nausée si vive que je me tournai violemment pour cracher de la bile ailleurs que sur mes vêtements. Tous mes membres étaient agités de tremblements incontrôlables. Lorsque d’autres hurlements de loups s’élevèrent à nouveau, la panique me retourna les tripes.

Même si tout en moi me criait de me rouler en boule et de jouer la morte, je savais que cela ne servirait à rien. Mon unique chance était de fuir pendant que le loup se battait contre son adversaire, qui que ce soit. Mais je restai, figée, fascinée par le combat sans pitié qui se déroulait devant mes yeux.

Une silhouette encapuchonnée se tenait vers la balustrade, les mains tendues en direction du loup, prête à attaquer. Les crocs du prédateur luisaient sous la faible lueur de la lune, qui seule permettait de distinguer les contours des deux opposants.

Le loup s’élança en avant, ses griffes déchirant l’air tandis qu’il malmenait l’homme en noir. Celui-ci esquiva dans un mouvement fluide, évitant de justesse les pattes meurtrières. Et il répondit avec une offensive de son propre cru, une boule de lumière mordorée qui fit briller les poils du loup d’un éclat aveuglant avant de le toucher à l’épaule.

Le loup recula sous l’impact, mais ne faiblit pas. Ils continuèrent à se battre. Le loup gronda de colère, furieux de ne pouvoir atteindre sa cible. Et l’homme en noir passa à l’attaque. Il lança une série de boules de lumière rapides et grossissantes. Je pouvais à peine cligner des yeux, médusée, tétanisée et surtout fascinée par les mouvements gracieux du loup qui esquivait les assauts de magie avec une agilité surhumaine. Mon cœur battait à tout rompre, cherchant la logique dans la scène que j’observais. Mes mains étaient moites, et je sentais la froideur de la peur glisser dans mon dos. Il fallait que j’agisse. Il le fallait. Mais j’étais incapable de détacher le regard, effrayée à l’idée de manquer le moindre geste, le moindre instant.

Ça suffit, Sarah. Reprends-toi.

Je me relevai d’un bond désordonné, la terreur rendant mes jambes aussi flageolantes que celles d’un faon nouveau-né.

À peine rétablie sur mes pieds, je filai droit vers la sortie.

Je n’avais pas fait deux pas que la silhouette encapuchonnée me barra le passage. Il me gifla avec force avant d’être percuté par un boulet de canon poilu. Je chutai lourdement, sonnée, mais me repris aussitôt.

Je m’obligeai à me redresser. Les bruits derrière moi avaient recommencé, indiquant une lutte acharnée, violente. Bestiale, même. L’air était empli de craquements, de grognements et de cris étouffés. Le sol vibrait sous les impacts.

Je ne comptais pas rester pour distribuer des points aux candidats. Jusqu’à preuve du contraire, les deux étaient mes ennemis. Qu’ils s’entretuent donc en paix !

Sharon ! Il fallait que je la protège. Que j’aille la retrouver, qu’on déniche une autre issue. Je devais nous sauver en nous sortant d’ici avant que l’un d’eux ne mette la main sur nous.

Sauf que, si j’allais la retrouver maintenant, mes ennemis n’auraient qu’à me suivre pour découvrir où elle se trouvait. Aller lui porter secours trahirait sa localisation. Que pouvais-je faire ?

Créer une distraction. C’était ma seule option.

Pile au moment où je me décidai à partir en courant vers la sortie en faisant autant de bruit que je le pouvais, le type encapuchonné atterrit à mes pieds en gémissant de douleur. Je me figeai. Sa tunique noire semblait poisseuse. Probablement de sang. Lorsqu’il releva la tête, je me forçai à ne pas reculer, espérant voir son visage, comprendre qui était la personne capable de se servir de magie puissante aussi facilement. Mais ce que je vis me glaça jusqu’à l’os.

Le capuchon était rempli d’un vide sombre et profond, une obscurité qui paraissait tout absorber autour d’elle. Je n’y distinguai rien. Pas une ombre, pas une forme, seulement l’absence totale de lumière. La peur s’empara de moi, une peur viscérale et incontrôlable face à ce qui aurait dû être impossible. Je reculai d’un pas tremblant devant cet abysse béant qui semblait prêt à m’engloutir à tout instant.

Comment était-ce possible ? S’agissait-il d’une illusion, d’une sorte de sortilège de dissimulation, ou de quelque chose de plus sinistre et plus puissant ? Cette magie me paraissait bien plus ancienne et plus redoutable que la mienne. Plus encore que tout ce que j’avais jamais vu.

L’homme en noir leva soudain la main vers le ciel, ses doigts gantés se recroquevillant en une griffe sombre et menaçante. Je reculai instinctivement, sentant que quelque chose de terrible était sur le point de se produire.

Un éclair d’énergie lugubre émana de l’homme, faisant trembler le sol sous mes pieds. Des étincelles jaillirent de ses doigts, dansant dans l’air avant de former un cercle brillant autour de lui. Il se fondit alors dans un brouillard dense, comme s’il était aspiré par un trou noir. Les contours de son corps disparurent, se dématérialisant en une nuée de brume obscure qui commença à tourbillonner.

C’était impossible !

Même avec la magie, on ne se volatilisait pas comme ça !

Puis je remis les pièces du puzzle en place. Cet homme, et non le loup, était celui qui accaparait les pouvoirs des sorcières. Il emmagasinait une dose de magie que personne n’aurait dû posséder seul. L’odeur de camphre flottait derrière lui, reconnaissable entre toutes. S’il pouvait disparaître comme par enchantement, de quoi d’autre était-il capable ? Et, surtout, qu’est-ce qu’une petite sorcière comme moi pouvait contre lui ?

Mon sang se glaça.

…et perdit encore quelques degrés lorsque le loup tourna la tête dans ma direction. Le loup que j’avais vu dans ma tasse.

Il se tenait devant moi, ses yeux bleus étincelants dans la pénombre de la mairie. Il était magnifique dans sa sauvagerie, ses poils sombres luisant sous la lumière de la lune filtrant par les fenêtres. Il retroussa légèrement les babines, révélant des crocs acérés et dangereux prêts à me déchiqueter.

Je regardai la sortie, puis le loup, et je compris qu’elle était bien trop loin. Ma dernière heure était arrivée.

Mais il était hors de question que je meure sans me battre.

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