Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 16 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 16

 

 

L orsque j’ouvris la porte à David, à dix-neuf heures tapantes, ses yeux tombèrent aussitôt sur le collier niché dans mon décolleté. Pour une fois, j’étais certaine qu’il n’y avait rien de salace dans son regard, malgré le sourire qui se dessina sur ses lèvres. Et pour cause. Mon nouveau pendentif, une des balles en argent de mon père rehaussée d’un charme, était une déclaration de guerre. Si je ne croyais pas aux légendes qui prétendaient que les loups ne pouvaient toucher de l’argent, je lui annonçais quand même que je possédais des balles capables de le neutraliser, et, s’il était un tant soit peu réceptif à la magie, il devait le sentir vibrer du charme de protection contre ses phéromones.

Je répondis à son sourire avant de m’effacer de la porte pour le laisser entrer, et il s’exécuta en levant le sac de nourriture chinoise qu’il avait apporté.

— J’espère que ça te convient.

— C’est parfait, répondis-je en refermant tandis qu’il s’avançait dans mon salon.

— Tu veux manger avant, ou après ? demandai-je tandis qu’il inspectait les lieux.

Gidéon l’observait discrètement, et David lui adressa un rictus carnassier qui fit disparaître mon chat ventre à terre.

Il se tourna vers moi, l’air faussement surpris.

— Avant ou après quoi, Sarah ? demanda-t-il d’un ton bien trop innocent pour la bête.

— Pas de sous-entendus non plus, annonçai-je. Tu as dit que je pouvais te faire confiance, prouve-le. Et donne-moi ces sorts.

Je tendis la paume, attendant. Il s’avança et, après avoir porté la main à sa poche, me donna un petit sac contenant de la poudre.

— Comme je te l’ai dit, je ne fais jamais de sous-entendus, répondit-il avec un temps de retard d’une voix coulante comme du miel.

Le regard avec lequel il parcourut mon corps me fit déglutir à grand peine. Je ne me souvenais que trop bien la dernière fois qu’il m’avait observée ainsi, dans la voiture, comme s’il pouvait ne faire qu’une bouchée de moi. Et, imbécile que j’étais, au lieu de m’effrayer, ça m’avait excitée au plus haut point.

— Mangeons d’abord, si tu veux bien, répondit-il malgré tout.

Je l’invitai à prendre place à ma table d’un signe du menton. Il retira sa veste, qu’il posa sur le dossier d’un mouvement lent et calculé, me permettant d’admirer sa musculature parfaite à l’envi. Il faut dire que le tee-shirt blanc qu’il portait le moulait comme une seconde peau, et je ne pus que me souvenir d’avoir étudié de près les vallons de ses muscles la veille au soir du bout des doigts. Ils me démangèrent soudain de recommencer. Je secouai la tête pour me remettre les idées en place, geste qui ne passa pas inaperçu vu ma tignasse rose, même si je l’avais tressée avant l’arrivée de David. Je m’étais aussi discrètement maquillée, juste de quoi rehausser mon regard. Malgré ce que j’avais dit à David, les ordres de ma prêtresse, ses ordres directs, étaient toujours présents à mon esprit. S’il fallait le séduire pour parvenir à nos fins, j’étais prête à battre des cils. Pour commencer.

— Ton appartement est charmant, totalement à ton image.

Je haussai un sourcil, me demandant ce qu’il entendait par là. Je ne le pressai pas pour obtenir une réponse, refusant de rentrer dans son jeu, quel qu’il soit. Mon appartement était rempli de bougies, de livres et de décorations simples. Il n’avait rien de spécial. J’étais juste un peu trop fan des bougies colorées, mais en dehors d’un symbole phallique qui n’avait absolument rien à faire avec mon image, je ne voyais pas quelles conclusions il pouvait en tirer.

— Merci d’avoir apporté le dîner, dis-je pour changer de sujet tout en prenant place. C’est très gentil de ta part.

Il sortit les plats des sacs en papier tandis que je débouchai la bouteille de vin. Je ne comptais pas en boire, mais le saouler légèrement m’aiderait à atteindre mes fins.

— Avec plaisir, répondit-il avec un temps de décalage. Merci de me recevoir chez toi.

Je hochai la tête tout en versant le vin. Lorsque j’eus fini, les plats étaient installés et prêts à être consommés. David m’observait, ses yeux bleus plus perçants que jamais, et la gêne s’empara de moi. Remarquait-il mon maquillage ? Ma coiffure ? En avais-je trop fait ? Bon sang, j’étais une novice au jeu de la séduction. J’étais incapable de deviner ce qui lui passait par la tête. Tout ce que je voyais, c’était cette lueur d’intérêt, cette étincelle au fond de son regard, et, par Hécate, elle mettait le feu aux poudres de mes propres envies. Cette histoire allait mal finir.

— Bon appétit, dit-il en entamant son plat.

Je hochai la tête et attaquai le mien. Puis j’attrapai le vin.

— Je ne connais même pas ton nom complet, dis-je en me servant.

— David Joshua Malone, répondit-il avec un sourire énigmatique qui me poussa à me demander s’il avait conscience que j’irais effectuer des recherches sur lui dès qu’il franchirait la porte. Je suis né à Jackson, à trente kilomètres d’ici. Mes parents s’appellent Janet et Mark.

Très bien. Il savait précisément ce que je ferais, et il me donnait toutes les clés pour le pister. Soit il n’avait rien à cacher, soit il pensait qu’il n’apparaîtrait nulle part.

— D’autres questions ? demanda-t-il, presque joueur, avant de prendre une nouvelle bouchée.

— Pourquoi enquêter sur des meurtres de sorcières ?

Il pencha la tête comme s’il venait de se piéger lui-même, et ce geste me fit légèrement fondre.

— Tout de suite dans le vif du sujet, je vois.

— Les loups chassent les sorcières depuis des siècles, continuai-je, l’ignorant. Qu’est-ce que ça peut bien vous faire, que quelqu’un s’en prenne à nous ? Vous êtes jaloux de la concurrence ?

J’eus la satisfaction de lui arracher un rire, et ce son m’électrisa plus que de raison. Il y avait quelque chose de si chaleureux, de si naturel. Et bon sang, que j’aimais ce son. J’aurais pu l’écouter des heures durant tant il était doux à mes oreilles.

— Tous les loups ne chassent pas toutes les sorcières.

Je pouffai bien malgré moi.

— Les sorcières nous ont également chassés.

— Nous vous avons chassés de nos terres parce que vous nous tuiez, contrai-je.

— Tous les loups ne vous tuent pas, insista-t-il. Ma meute ne s’en est jamais pris à une seule d’entre vous.

— À d’autres !

— Des sorcières vivent parmi nous, répondit-il sans se démonter. Où crois-tu que j’ai appris à confectionner des potions de vérité ?

— C’est toi qui as préparé la piquette qui a failli tuer Jim ? m’étranglai-je, outrée qu’un loup ose toucher à notre magie.

Pourtant, je savais que c’était possible. Par leur nature, les loups étaient liés à la terre, et la confection de potions était l’une des spécialités de cet élément.

— Katia m’a appris à en fabriquer. Je ne suis pas aussi doué qu’elle l’était, mais j’ai quand même obtenu toutes les informations dont j’avais besoin de la part de ton ami.

— Et tu as failli le tuer, insistai-je, la colère faisant trembler ma voix. Parle-moi de Katia.

Je n’avais pas manqué l’utilisation du passé ni la lueur nostalgique au fond du lac de ses yeux.

— Elle vivait avec nous depuis cinq ans.

— Foutaises, le coupai-je. Pourquoi une sorcière vivrait-elle avec des loups ?

— Par amour, répondit-il, et mon bras se figea à mi-chemin de ma bouche.

Je reposai mon verre, dans lequel je m’apprêtais à boire sans m’en rendre compte tant la conversation me tendait. David et cette Katia étaient-ils un couple ? Une sorcière avait-elle aimé un loup ? Non, c’était impossible. Ça allait à l’encontre de tout ce qu’on m’avait jamais raconté. Et d’où venait cette pointe de jalousie que je sentais poindre en mon sein ? Sans parler du fait que c’était un loup, David ne me devait rien et ne m’avait jamais fait la moindre promesse.

…en dehors de celle de te la fourrer partout.

Je déglutis. Mon cerveau travaillait définitivement contre moi.

— Ça n’a aucun sens.

— Aucun que tu ne veux y donner, me contra-t-il.

— Aucune sorcière digne de ce nom n’irait frayer avec des loups.

David haussa un sourcil parfaitement dessiné, et je me sentis rétrécir sur place.

— Il ne me semble pas que tu avais quelque chose à redire sur le sujet, hier soir.

Je portai aussitôt mon verre à mes lèvres et en descendis la moitié.

— On a dit pas de sous-entendus, lui rappelai-je.

— Ce n’en était pas un.

— Quand bien même, il y a une énorme différence entre la luxure et l’amour, rétorquai-je.

— Tu admets donc que tu me veux ? demanda-t-il en reposant ses couverts.

Mon regard s’attarda sur ses longs doigts puissants et sur le souvenir du plaisir qu’ils m’avaient procuré. Je me tortillai sur ma chaise, mal à l’aise, l’esprit carburant à mille à l’heure.

Je terminai mon verre de vin pour m’empêcher de réfléchir, ce qui fit sourire David. Il m’en resservit un sans se départir de son air amusé.

— Allons, Sarah. Je sens ton désir exsuder par chaque pore de ta peau. C’est de la musique à mes oreilles. Un air enchanteur qui m’appelle. Mais j’ai conscience que nous ne sommes pas au même stade, et j’étais sérieux en te disant que tu peux me faire confiance. Je ne ferai rien qui peut te mettre en danger.

Le sourire qui barra mes lèvres avait un goût amer. Puis ses paroles franchirent le voile qui recouvrait mes pensées, et je fronçai les sourcils.

— Comment ça, nous n’en sommes pas au même stade ?

Pour une fois, ce fut très sérieusement qu’il me considéra.

— Je sens ton inexpérience aussi clairement que ton désir. Et il n’y a qu’une raison qui puisse expliquer qu’un être aussi sensuel que toi n’ait pas encore sauté le pas.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Je tournai légèrement la tête sur le côté, attendant la suite, me demandant s’il était possible qu’il soit au courant. Et, pire encore, redoutant qu’il le soit, car il n’y aurait qu’une explication plausible : une sorcière aurait dû le lui dire, et, dans ce cas, sa déclaration précédente avait une chance d’être vraie.

— Tu fais partie d’une lignée pure. Tes pouvoirs sont liés à ta sexualité, continua-t-il. Ils seront libérés grâce au premier homme avec qui tu coucheras.

Ma bouche s’ouvrit à mon corps défendant, et David observa mes lèvres en humectant les siennes.

— Ne fais pas cette tête, reprit-il d’un ton léger. C’était le cas de Katia aussi. Et elle s’est liée à un loup.

J’étais sur le point de rétorquer, mais il ne me laissa pas l’occasion de parler.

— Contrairement à ce que tu peux penser, ce n’est pas ce qui l’a tuée.

Je refermai aussitôt la bouche. Puis je repris du vin, car tout ceci commençait à faire beaucoup. Les loups-garous chassaient les sorcières depuis des siècles. L’idée que l’une d’entre nous ait pu se lier à l’un d’entre eux était, au mieux, aberrante. Nous étions toutes élevées dans cette tradition de conflit et de méfiance vis-à-vis d’eux, et imaginer une sorcière nourrissant des sentiments pour un loup me paraissait impensable, choquant. Impossible.

— Mais pour en revenir à nos affaires, continua-t-il, je respecte cet état de fait, et je peux t’assurer qu’il existe des manières de contourner ce petit inconvénient. Je connais mille façons de te faire jouir sans m’enfoncer en toi, et je suis plus que partant pour t’apprendre les joies de la chair dans le respect de vos traditions.

J’éclatai d’un rire si soudain qu’il me surprit moi-même. Il s’éleva entre nous comme une barrière invisible et inutile. Car il ne décontenança pas David. Il continua à me fixer de son regard charnel, ce qui fit redoubler mon hilarité. Bon sang, je perdais les pédales.

— Et tu vas quoi, altruistement me faire jouir encore et encore sans rien demander en retour ?

L’intensité de son regard me fit déchanter aussi sec.

— Je compte bien baiser ta bouche avant que cette enquête ne soit terminée, princesse.

Ses traits puissants, sa mâchoire carrée et ses yeux bleus perçants me firent à nouveau perdre pied. Mon cœur accélérait à chaque seconde qui s’écoulait tandis que nous nous observions sans ciller. J’avais l’impression qu’il pouvait voir au-delà de ma bravade, droit dans mon âme.

— Aucune chance.

Un lent sourire vint étirer ses lèvres parfaites. Il suivit mon regard et dévoila les dents.

— Nous verrons bien, dit-il d’un petit ton fataliste. Mais m’est d’avis que tu vas y goûter bien plus tôt que tu ne le crois. Et que tu vas en redemander.

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