Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 14 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 14

 

J e frappai une deuxième fois avant de glisser la main dans ma poche, rassurée par la présence de mon bracelet. Je sortis le double de la clé de

Jim, que j’avais prise pour ce cas de figure. Je n’avais pas de nouvelles depuis deux jours. Quelque chose n’allait définitivement pas.

— Jim ? lançai-je en déverrouillant.

Je poussai la porte en n’obtenant pas de réponse, le cœur au bord des lèvres. Quel ne fut pas mon soulagement en découvrant Jim sur son canapé face à l’entrée. Je relâchai un soupir que je n’avais pas conscience de retenir tandis que tous mes muscles se détendaient d’un coup.

— Jim !

Il leva à peine la tête, blanc comme un linge, m’avisa, et s’empressa d’attraper la bassine à côté de lui pour vider le contenu de son estomac.

Je me précipitai à son chevet, inquiète au-delà des mots après avoir été brièvement rassurée, et posai aussitôt la main sur son front. Il était brûlant.

— Hé, me salua-t-il avec un sourire forcé. Ça fait une paie.

Il ponctua sa phrase d’une nouvelle remontée de bile.

— Bon sang, Jim, tu ne plaisantais pas en disant que tu étais malade.

Dire que j’avais douté de lui.

— Comme un chien, confirma-t-il. Depuis la fête chez Martha.

Je posai à nouveau la main sur son front, plus pour le réconforter cette fois-ci, et surtout pour le pousser à me regarder. Son teint légèrement verdâtre et la lueur terne de ses yeux ne mentaient pas : quelqu’un s’était servi d’un sort sur lui. Mon sang ne fit qu’un tour.

— Tu te souviens d’avoir donné mon adresse à un certain David ?

Mon ton était resté neutre, mesuré, sans trace d’énervement.

Jim secoua la tête, miséreux, et je crus un instant qu’il allait encore être malade.

— Le seul David que je connais, c’est mon cousin, et je ne l’ai pas vu depuis Noël, répondit-il avant de lever la main pour me demander d’attendre.

Il fut pris d’une sorte de hoquet, mais, fort heureusement, rien de pire.

— Tu as été abordé par un homme étrange à la fête de Martha ?

Il blêmit.

— Sarah, je n’ai strictement aucun souvenir de cette fête. Je me rappelle qu’on est arrivés avec Ashley, qu’on a pris un verre, et ensuite, c’est le flou complet.

J’expirai lentement la colère qui s’accumulait en moi. David avait utilisé un sort sur lui. Et un bon marché, qui plus est. Les symptômes qu’il présentait étaient typiques. Vomissements, amnésie et teint blafard. Le GHB magique par excellence. Dès que je mettrais la main sur ce fichu loup, il allait passer un sale quart d’heure.

— Je vais te faire une tisane, proposai-je. Recette spéciale de ma mère pour les lendemains de cuite. Tu as des clous de girofle ?

Mieux valait que je lui laisse croire que je suspectais la cuite du siècle, de toute manière. Jim n’était pas au courant de ma nature non plus, et, s’il soupçonnait quoi que ce soit, curieux et doué comme il était, je ne donnais pas cher de ma peau.

Je repartis de chez Jim une bonne heure plus tard, après être allée faire des courses, car, évidemment, il n’avait pas la moitié des ingrédients nécessaires à la décoction que je lui avais préparée. Je l’avais couché, installé et lui avais fait boire une immense tasse de ma tisane, qui aurait au moins le mérite de mettre un terme aux vomissements le temps qu’il se rétablisse, d’ici deux ou trois jours. Je maudis une nouvelle fois David. Utiliser une potion au rabais était dangereux. Jim était juste malade comme un chien, mais il aurait pu y rester. J’avais déjà vu des cas sordides du genre, souvent des potions d’amour qui tournaient mal à cause d’ingrédients mal choisis ou mal préparés. La déesse seule savait ce à quoi Jim avait échappé.

Je filai au journal, bien décidée à passer mes nerfs sur le premier article venu, et tombai sur mon père, à son bureau, en train de traiter des soumissions.

— Entre, ma puce, dit-il en me voyant passer la tête par la porte.

— Jim sera encore HS quelques jours, annonçai-je en allant prendre place à l’une des deux chaises devant lui.

Mon père haussa un sourcil interrogateur, m’invitant à en dire plus. Avant d’obtempérer, je vérifiai machinalement que j’avais bien fermé la porte derrière moi.

— Quelqu’un lui a fait boire une potion à la fête de Martha.

Il se passa une main sur le visage et soupira à son tour.

— Tu sais qui ?

— Oui. Et je pense que c’était pour m’atteindre.

— Pourquoi ne sembles-tu pas plus inquiète ? demanda-t-il en penchant la tête sur le côté.

C’était bien son genre. Si je n’avais pas l’air inquiète, il ne le serait pas, du moins en surface, le temps que je lui aie énoncé les tenants et les aboutissants. Mon père avait la meilleure poker face que je connaissais. Ça faisait de lui un journaliste hors pair et un papa redoutable à qui il valait mieux ne pas mentir sous peine de ne pas comprendre ce qui nous pendait au nez.

— Il y a des loups en ville, lui annonçai-je.

Contre toute attente, il blêmit légèrement.

— Ils jurent qu’ils n’en ont pas après nous, juste après le meurtrier, mais j’en ai quand même retrouvé un chez moi hier. Je le soupçonne d’avoir refilé la potion à Jim pour obtenir mon adresse.

…et quelques renseignements supplémentaires, aucun doute là-dessus.

Mon père attendit la suite sans me presser.

— Sharon veut que j’enquête sur l’un d’eux en particulier, ajoutai-je. Avec lui, même.

— Et ? insista-t-il malgré tout, car mon ton l’inquiétait.

— Elle veut que je le séduise, papa.

Mon père entrouvrit les lèvres, blanc comme un linge, et je sursautai lorsqu’il abaissa si violemment le poing sur le bureau que les vitres en tremblèrent.

— Papa. Ils ont des informations sur le premier meurtre, ajoutai-je plus bas.

Ma phrase résonna dans le silence soudain. Quelques secondes plus tard, mon père grimaça.

— Quelles informations pertinentes ces créatures pourraient-elles avoir sur Emily Greene ? demanda-t-il d’un ton dédaigneux.

— Ils prétendent que ce n’était pas la première.

Il grogna. Mon père, cet homme toujours si calme, grogna.

— Tu as des raisons de croire que c’est la vérité ?

— Je n’ai pas de raison d’en douter, en tout cas.

— C’est une très mauvaise idée, ma puce.

— Quelle autre option ai-je ?

Il soupira une nouvelle fois et laissa passer un long silence. Puis il ouvrit un tiroir et en sortit un objet que je ne reconnus d’abord pas tant il détonnait dans ses affaires. Pendant que je digérais l’idée qu’il possédait une arme à feu, il se leva et alla ouvrir une petite boîte sur son étagère dont il sortit plusieurs billes que, par déduction, j’identifiais comme des munitions. Il entreprit ensuite de charger l’arme et la poussa dans ma direction.

— Argent, m’annonça-t-il. Je veux que tu l’aies sur toi en permanence. Et, au moindre signe de danger, tu t’en sers. Entre les deux yeux. Il ne se relèvera pas avant un bon moment. Considère ça comme ton assurance.

— Comment se fait-il que tu aies ça ? demandai-je en avisant l’arme ancienne posée entre nous.

J’étais réticente à l’idée de m’en saisir, pour une raison étrange. Mon père m’avait appris à tirer quand j’étais adolescente et je savais parfaitement m’en servir, mais les armes à feu n’étaient pas mon truc. Pas du tout. Il y avait quelque chose de barbare dans leur utilisation qui ne me plaisait pas le moins du monde. Je préférais largement ma magie.

— Cette arme passe de génération en génération depuis ton arrière-arrière-grand-mère. Nous n’avons encore jamais eu à nous en servir. Mais nous avons toujours su que ce jour viendrait, ajouta-t-il en la désignant d’un signe du menton. Prends-la. Et, quoi qu’il arrive, n’hésite pas.

J’attrapai précautionneusement l’arme et, tandis que je l’examinais sous toutes les coutures, me demandant encore si j’oserais m’en servir, mon père ajouta :

— Ils n’hésiteront pas, eux.

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