Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 31 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 31

 

A fin de brouiller les pistes, j’allai garer la voiture à plusieurs rues de l’appartement d’Ashley et courus sur le trajet jusque chez elle. Je trouvai la clé à l’endroit indiqué et entrai sans problème. Par mesure de précaution, je blindai la porte d’autant de sorts que j’étais encore capable d’en jeter dans mon état, persuadée que j’aurais de la visite tôt ou tard, sans parler de l’assassin qui voulait ajouter mon nom à la liste des victimes.

Ce ne fut qu’une fois l’exercice terminé que je me retournai et me laissai aller contre la porte, le cœur au bord des lèvres. Au bout d’une longue minute, je m’autorisai à allumer.

L’appartement d’Ashley était situé dans le quartier le plus chic de Rosehill, et il était décoré avec tant de goût et de subtilité qu’il me donna une fois de plus l’impression que je vivais dans un taudis. Je m’avançai dans le salon, accueillie par le parfum sucré et floral qui flottait dans l’air. Les murs étaient peints de tons pastel, et les rideaux de soie blanche laissaient filtrer la lumière des lampadaires. Ses multiples étagères en verre débordaient de livres sur la mode, le maquillage et les plantes exotiques, ainsi que de bibelots délicats.

J’entrai dans la pièce, admirant les nombreuses plantes vertes qui semblaient y prendre vie et dont j’étais chargée de m’occuper durant son absence. Ses bébés. Devant chacun des pots, une petite carte comportant le nom de la plante ainsi que la fréquence d’arrosage attendait que je veuille bien en prendre connaissance. Sauf qu’Ashley partait régulièrement pendant plusieurs semaines et que je maîtrisais la routine par cœur. On baignait Monica une fois par semaine, Lucy tous les trois jours, et Théodore seulement tous les mois. Et ça, ce n’étaient que les habitants du salon.

Je souris en voyant une nouvelle venue, une plante aux feuilles violettes identiques à celle qu’Ashley m’avait offerte pour mon dernier anniversaire. Je m’approchai et lus la petite carte. Flint. Enchantée, Flint. Bienvenue dans la famille.

En relevant la tête, je remarquai que certains livres d’une de ses bibliothèques étaient posés de travers et que des bibelots semblaient avoir été déplacés, me faisant soupçonner qu’Ashley avait tourné une vidéo peu avant son départ et rangé en hâte.

Je me dirigeai vers le balcon, dont la porte était entrouverte, et refermai après avoir observé le parc qu’on apercevait depuis cette position privilégiée. Non, définitivement, j’aurais pu vivre chez elle à l’année. Le mien donnait sur une pizzeria, et je fermais toujours les fenêtres à cause de l’odeur de nourriture perpétuelle. C’était le prix à payer pour ne pas puer la calzone tous les jours.

Je revins sur mes pas et me laissai tomber sur son canapé si confortable que je faillis m’endormir sur place. Déjà, il était presque aussi moelleux que le lit de David, mais, surtout, je me sentais en sécurité ici, loin des loups et de toutes les affaires surnaturelles. Je me demandais souvent ce qu’Ashley aurait dit si elle avait été au courant de tout. Mes journées n’auraient pas été plus faciles, mais, bon sang, elles auraient été plus drôles.

Je me résolus tout de même à me relever après avoir piqué du nez assez violemment pour me réveiller en sursaut et me dirigeai vers la chambre d’Ashley. Je retirai mes vêtements et me glissai sous les draps frais et douillets, happée par la sécurité et le confort de son lit. Puis je fermai les yeux et me concentrai sur ma respiration, tentant de repousser les événements de la soirée de mon esprit. En vain. Je me rappelai le hurlement que j’avais entendu, les battements erratiques de mon cœur, l’odeur animale de la chasse. Mais, derrière la peur, une sensation plus prenante se dessinait.

La culpabilité grandissait en moi plus vite qu’une tumeur maligne. J’avais l’impression d’avoir trahi la confiance de David. J’étais consciente que, tôt ou tard, je devrais faire face aux conséquences de mes choix, mais, pour l’instant, j’étais rongée par le regret. Sauf que je ne pourrais pas revenir en arrière. Bien ou mal, j’avais fait ce que j’avais fait. La seule manière d’aller de l’avant était de continuer à agir avec autant de détermination que j’en avais mise à fuir. Ce serait ma seule possibilité de mettre fin à la vague de meurtres et de me protéger, moi ainsi que ceux que j’aimais.

Je me sentis enfin sombrer dans un sommeil réparateur que j’espérais sans rêve, sachant que mon répit ne serait que temporaire… et je me réveillai en sursaut en entendant mon téléphone sonner.

— Tu n’es pas chez toi, dit une voix sourde à l’autre bout de la ligne.

Son ton était un mélange d’accusations, de colère et d’inquiétude.

— Je ne suis pas non plus chez mon père, donc inutile de le déranger, répondis-je d’un ton désinvolte.

— Sarah…

Le loup était en colère. Bien. Ce serait plus facile pour ne pas avoir envie de courir me blottir dans ses grands bras.

— Je n’aurais pas dû te forcer à rester, dit-il finalement sur le même ton.

Un ton qui était en totale contradiction avec ses paroles.

J’écartai deux secondes le portable de mon oreille pour vérifier à l’écran que j’étais bien en ligne avec David, et pas un autre loup plus raisonnable.

— Qui êtes-vous, et qu’avez-vous fait de David ? demandai-je d’une voix blanche en le reposant contre mon oreille.

— Moi, rien, mais toi, tu l’as drogué et tu lui as balancé un sort.

Dit comme ça…

— Je suis désolé d’avoir voulu te retenir contre ton gré, reprit-il. Est-ce que tu veux bien me pardonner et revenir ?

— Pourquoi, David ?

— Pour que je puisse garder un œil sur toi et te protéger…

— Non, le coupai-je. Pourquoi tu veux me protéger à ce point ?

Je l’entendis expirer à l’autre bout de la ligne, et mon petit doigt me souffla qu’il n’aimait pas plus l’introspection que moi.

— Je ne sais pas ce qu’on est en train de faire, David, repris-je devant son silence. Mais c’est une mauvaise idée. Pour toi comme pour moi. Je pense qu’il vaudrait mieux qu’on prenne nos distances.

— Sarah…

J’attendis, mais il n’ajouta rien durant de longues secondes.

— Et quoi ? On ne se verra plus ?

Cette idée me fit l’effet d’un coup de poing dans l’estomac, et je manquai soudain d’air. C’était la mienne, pourtant. Mais, dans sa bouche, elle sonnait comme la pire des trahisons, la pire des erreurs. J’avais l’impression de le priver à nouveau d’oxygène, sauf que, dans ce scénario, c’étaient mes poumons qui se vidaient.

— Je crois que ce serait mieux, répondis-je d’une voix enrouée par des sentiments contradictoires.

Un silence pesant envahit la ligne et la satura de non-dits.

— Je te laisserai tranquille, si c’est ce que tu souhaites.

Était-ce mon imagination, ou la déception avait-elle fait vibrer sa voix ? Mon cœur se serra à nouveau. J’avais envie de le supplier de ne pas le faire, de ne pas m’écouter. L’idée de son absence me semblait soudain insoutenable.

— Mais ne me demande pas de ne pas te protéger jusqu’à ce que le meurtrier soit neutralisé. Tu ne me verras pas, promit-il.

Je soupirai. Je pouvais vivre avec ça.

— Mais, si je découvre que tu es en danger, cet accord ne tient plus. Je viendrai dans la seconde, que ça te plaise ou non.

Il raccrocha sur ses mots, et il me fallut deux bonnes heures pour trouver le sommeil.

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