Moon Spell (French Edition)

Blue Blackwell · Chapitre 33 sur 40

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Moon Spell (French Edition)

Chapitre 33

 

J e serrai les poings, tentant de calmer mon esprit bouillonnant devant le grand portail en fer forgé du manoir de Sharon. Pour changer, mon cœur

battait la chamade, mauvaise habitude qu’il avait adoptée depuis quelques jours, mais l’appréhension était telle que je n’arrivais pas à en regagner le contrôle. J’avais volontairement omis des informations quand Virginia m’avait interrogée pour m’en servir pour mon avancée personnelle. Même si j’étais persuadée que l’agente spéciale du FBI aurait agi de la même manière sans sourciller, je ne pouvais m’empêcher de me demander si j’avais pris la bonne décision. Une voix me soufflait que je n’avais agi que par intérêt propre, et je détestais son ton.

Une fois le portail ouvert, et donc Sharon au courant de mon arrivée, je redémarrai pour m’avancer sur le chemin caillouteux. Le domaine était si vaste, avec ses murs de pierre grise qui s’élevaient comme des remparts, que je me sentis toute petite. Dans un sursaut de paranoïa, je me demandai si quelqu’un m’observait à travers les fenêtres à carreaux et si cette personne remarquait le trouble qui me tourmentait. Je soufflai un grand coup pour reprendre le contrôle de mes nerfs et longeai le jardin magnifique rempli de plantes et de fleurs luxuriantes malgré la saison avancée. C’était un spectacle à couper le souffle et, pourtant, tout cela me semblait fade et sans vie en cet instant.

Je me garai et remontai jusqu’à l’entrée. Je savais que Sharon ne serait pas ravie de me voir après m’avoir si durement retiré l’enquête la veille, mais je devais tenter. Nestor vint m’ouvrir, si raide dans son costume impeccable que je pris cela comme un premier signe négatif. Bien sûr, Nestor et moi n’avions jamais gardé les cochons ensemble et il n’était pas hostile – par Hécate, il était bien trop professionnel pour ça –, mais il avait toujours un équivalent de sourire à m’offrir quand j’arrivais. La notable absence de détente dans ses traits me mit sur le qui-vive. Si Virginia m’avait suspectée, avait-elle pu faire part de ses soupçons à Sharon ? Ma prêtresse l’aurait-elle seulement crue ?

Arrête de paranoïer, Sarah. Il est juste tendu, comme nous tous.

Nestor me conduisit sans un mot à travers les vastes couloirs sombres du manoir en cette fin d’après-midi jusqu’au grand salon où Sharon se trouvait.

Ma prêtresse était en train de discuter avec une autre sorcière, que je reconnus aussitôt, et mon appréhension augmenta. Jaz Perkins était une sorcière d’eau, spécialiste des runes anciennes et des sorts de protections. Sharon faisait souvent appel à ses dons pour l’aider dans ses cérémonies. Avec ses cheveux foncés et soyeux qui cascadaient sur ses épaules, encadrant un visage aux traits fins, ainsi que la robe noire au col dentelle qui soulignait sa silhouette élancée et élégante et laissait entrevoir sa peau délicate, elle avait tout de la parfaite sorcière de série TV. Mais c’était surtout une arriviste calculatrice qui ne m’avait jamais appréciée. Et je le lui rendais bien. Nous avions suivi toutes nos classes ensemble, et elle et Morgane, sa meilleure amie, n’avaient jamais manqué de me faire me sentir comme une moins que rien dès que l’occasion se présentait.

Je m’avançai en silence, soutenant son regard sombre et menaçant, presque reptilien. La façon dont elle traçait les runes avec précision et confiance me donna des frissons. Des herbes, des bougies et des talismans étaient disposés en cercle sur la table, et je reconnus sans peine le sort de protection qu’elle était en train de lancer. Sharon s’inquiétait pour sa sécurité. Bien. Nous étions au moins à la même page sur un point.

— Sarah, m’accueillit Sharon en relevant finalement la tête, comme si mon entrée était une information secondaire qu’elle ne se donnait que maintenant la peine de traiter. Virginia m’a dit que tu étais allée lui parler.

Je ne manquai pas la légère désapprobation qui teintait sa voix ni le fait qu’elle utilisait uniquement son prénom, comme si c’était une amie. Virginia avait dû lui répéter que je n’avais pas fourni toutes les informations en ma possession.

Je hochai la tête pour toute réponse, rechignant à rentrer dans le vif du sujet en présence de Jaz qui, même si elle ne me regardait pas, se délectait de l’échange en train de se jouer devant elle.

— Que me vaut le plaisir, alors ? relança Sharon, un sourire crispé sur les lèvres.

Une vague de nervosité m’envahit. Quelque chose me soufflait que cette entrevue n’allait pas se dérouler comme je l’espérais.

— Est-ce que je peux te parler en privé ? demandai-je d’une voix plus assurée que je ne l’étais.

Sharon observa Jaz, encore en train de tracer une rune avec une précision déroutante, puis moi, et pencha légèrement la tête sur le côté.

— Jaz seconde Virginia dans son enquête et sert de lien avec notre coven. Elle peut entendre tout ce que tu as à dire.

Je coulai le regard sur Jaz, qui m’ignorait toujours sciemment, mais dont le visage affichait maintenant un petit sourire satisfait. Bon sang, je détestais cette pimbêche. Mais tant pis.

— J’ai trouvé de nouveaux indices sur l’affaire, Sharon. Je suis convaincue que je peux trouver le coupable si tu me laisses un peu plus de temps. Donne-moi une chance de prouver ma valeur. S’il te plaît, ajoutai-je après quelques secondes de silence.

Sharon m’observait, impassible, mais un feu tranquille couvait dans son regard. J’eus envie de reculer, frappée par sa force silencieuse dont le courroux allait s’abattre sur moi, je le sentais. L’expression rude et froide de son visage était accentuée par la tension qui la parcourait à présent. Quand elle était contrariée, son regard se durcissait plus encore qu’au naturel et, bon sang, je l’avais rarement vu aussi sévère qu’en cet instant. Elle se tenait droite et fière, comme si elle portait le poids du monde sur ses épaules et que la tâche l’agaçait plus qu’elle ne la fatiguait. L’indifférence glaciale avec laquelle elle me toisait me fit rétrécir sur place.

— Tu n’as pas été honnête avec Virginia.

Ce furent ses seuls mots durant de longues et lourdes secondes.

— Elle m’avait dit que tu avais retenu des informations. Mais en plus, des informations capitales, Sarah ? demanda-t-elle comme si elle ne me connaissait pas. Parle.

Son ordre résonna dans la pièce immense et se répercuta contre ma peau comme un millier de lames acérées.

— Katia essayait d’invoquer Belzébuth.

Cette information eut le mérite de faire relever la tête à Jaz. Ses yeux arrondis par la surprise m’auraient arraché un sourire en d’autres circonstances. Elle observa rapidement le sort qu’elle était en train de lancer, et la pâleur accentuée et soudaine de ses joues me poussa à soupçonner que jamais il ne serait assez puissant pour protéger Sharon du roi des démons de la terre.

Sharon, elle, resta si impassible que je me demandai un instant si elle avait compris l’implication de la bombe que je venais de lâcher.

— Comment l’as-tu appris ?

Je pris une grande inspiration aussi discrète que possible et lui décrivis en détail ma visite de la première scène de crime ainsi que l’autel que j’avais trouvé. Au lieu de saluer mes découvertes, Sharon me fusilla du regard.

— Je t’avais dit de séduire le loup pour lui soutirer des informations, pas de lui céder.

— Je n’ai pas…

— Oh, Sarah, me coupa-t-elle. Tu crois que je ne sens pas le crépitement de magie inhabituel sur ta peau ? Virginia m’avait avertie, mais je n’ai pas voulu la croire.

— Je n’ai pas couché avec lui ! me défendis-je plus vertement.

L’air amusé de Jaz me mit hors de moi. Elle se délectait de cette conversation.

— Peu importe, trancha Sharon. Ce que tu as fait avec lui ne compte pas en ce moment précis. Mais ta magie a déjà suffisamment augmenté pour que ça se sente dans ton aura.

Excommuniée, compris-je. De remerciée, je risquais de passer à excommuniée, aussi facilement que ça. Vingt-quatre heures, c’était tout le temps qu’il avait fallu pour que je perde tout.

— Je ne pensais pas que tu serais si aisément distraite par un loup, dit-elle sans cacher la morgue dans son ton. Même si je voulais te laisser encore une chance, tu comprendras que je ne peux plus te faire confiance.

— Je n’ai pas cédé à David, insistai-je en séparant bien toutes les syllabes, les joues en feu. Il m’a aidée, c’est tout. Et je te rappelle que c’est toi qui m’as demandé de le séduire pour obtenir des informations. C’est précisément ce que j’ai fait.

— Trop tard, trancha Sharon. Même en laissant tout ça de côté pour l’instant, et crois-moi bien que nous en reparlerons toutes ensemble, Virginia est maintenant chargée de l’affaire et je ne peux plus la lui retirer.

— Mais j’ai de nouvelles preuves ! me défendis-je. Si le meurtrier est bien en train d’invoquer Belzébuth comme je le soupçonne, il faut réexaminer les corps à la recherche de la rune d’appel. Treize, c’est le nombre de corps qu’il lui faut. Il faut les exhumer et les effacer et…

— Virginia s’en chargera, me coupa Sharon. Rentre chez toi.

Mon cœur se brisa à ces quelques paroles tandis qu’une boule se formait dans ma gorge, me privant d’air.

Je trouvai malgré tout la force de hocher la tête, amère. Je ne comptais pas rentrer chez moi, mais je n’allais pas le lui dire, sinon elle risquait de tenter de m’en empêcher. Et je n’allais pas abandonner. Si j’avais raison, le temps pressait.

— Je transmettrai ces informations à Virginia, dit-elle d’un ton légèrement adouci. Nous avons les choses en main.

J’en doutais, mais ne répondis rien et pris congé. Je devais passer me changer et récupérer quelques sorts, puis filer à la morgue.

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