Pourquoi trop penser rend manipulable

Christel Petitcollin · Chapitre 9 sur 58

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Pourquoi trop penser rend manipulable

Chapitre 3 : Qui sont les manipulateurs ?

Chapitre III

 

Qui sont les manipulateurs ?

 

À ma connaissance, je suis la seule auteur à soutenir cette thèse, mais je suis néanmoins persuadée d’avoir raison. En toute modestie, bien sûr ! Sur ce coup-là, je me sens un peu comme Copernic, quand il a développé la théorie de l’héliocentrisme. Son postulat a remis le Soleil au centre de l’Univers et a permis aux calculs de trajectoire des planètes de devenir aussi simples que cohérents. Je ne serai sans doute jamais aussi célèbre que Copernic et j’espère bien ne pas susciter d’aussi vives controverses, mais ma théorie personnelle à propos des manipulateurs redonne une telle cohérence à leurs agissements que je ne peux m’empêcher de penser que j’ai bien cerné le cœur du problème. Grâce à ma théorie, tout ce qui paraissait incompréhensible, illogique et absurde reprend sens.

 

Morveux, chenapan ou garnement ?

 

Pour moi, un manipulateur, c’est une personne qui a l’apparence d’un adulte, les responsabilités d’un adulte, la vie d’un adulte, le permis de conduire d’un adulte – hélas ! –, mais qui, à un moment de son développement mental, s’est figé dans une immaturité qui s’est ensuite fossilisée. Mystifié par son apparence, vous croyez vous adresser à une personne adulte, mais, en fait, vous avez en face de vous un vieil enfant, bête, méchant, buté et mal élevé de 7 ou 8 ans, parfois plus, parfois moins. Je pense que, placé dans des situations ingérables pour un enfant, le manipulateur a dû, à un moment de son enfance, bloquer sa pensée et passer en mode survie. Il a fait en sorte de ne plus ressentir ses émotions pour ne plus souffrir : plus de culpabilité, plus de chagrin. Mais, de ce fait, plus d’empathie, ni de joie de vivre. Il a appris à ses dépens qu’être méchant, c’est être puissant, et que la gentillesse n’est que de la faiblesse. La loi du plus fort telle qu’elle existe encore dans la cour de récréation est devenue sa seule doctrine. Écraser ou être écrasé. Le manipulateur est un enfant effrayé et haineux, en guerre contre le monde entier. Figé dans sa toute-puissance infantile, il combat la toute-puissance parentale supposée de son environnement. C’est-à-dire qu’il règle avec vous les problèmes qu’il n’a pas réglés avec ses parents.

 

Vous voyez, je me suis beaucoup éloignée de la théorie d’une personnalité supérieurement intelligente, diabolique et calculatrice ! Oui, il est narcissique, paranoïaque, haineux, sournois et malveillant. Mais il a aussi l’intelligence et la naïveté d’un gamin. Je suis une des rares auteurs à soutenir qu’un manipulateur n’est pas intelligent. Au contraire, il est très bête. Beaucoup de clients me l’ont confirmé une fois qu’ils ont réussi à le cadrer. C’est notre méconnaissance du phénomène qui lui laisse l’espace d’être aussi nuisible. Le déni, l’indifférence et la lâcheté ambiante à ce sujet me semblent parfois même confiner à la complaisance. Si le manipulateur était recadré avec fermeté, notamment par la justice (la maîtresse d’école, pour lui), il n’aurait pas autant l’espace de nuire. Je pense qu’autrefois, dans les tribus et dans les villages, les manipulateurs se tenaient davantage à carreau, parce qu’ils vivaient sous le regard de leurs pairs et parce que la bonne conduite était très codifiée. Déroger aux règles de politesse aurait été très mal venu. Ce qui aggrave aujourd’hui leur pouvoir de nuisance, c’est la déliquescence de l’éducation. On oublie d’apprendre aux enfants à dire « bonjour », « merci », « pardon »… et, bien qu’on se plaigne de l’« incivilité » ambiante, on la tolère et on la pratique sans vergogne. Les déviances des manipulateurs se diluent dans cette impolitesse générale. Du reste, quand un manipulateur s’est fait repérer, il fuit. Il change de cercle de connaissances, de région ou même de pays. J’ai pu constater qu’un groupe humain vraiment sain ne laisse aucun espace de nuisance au manipulateur. Il l’oblige à adopter des comportements civiques malgré lui ou le fait fuir ventre à terre.

Ainsi, pour moi, le manipulateur n’est qu’un morveux. Il est simplement resté le même depuis l’école primaire. Si l’on accepte ce postulat, son comportement devient complètement logique.

– « Même pas vrai ! »

Il ment, il se contredit et est d’une mauvaise foi hallucinante pour

qui ne connaît pas les mécanismes de la pensée magique infantile, où il suffit d’affirmer les choses avec force pour que ce soit vrai.

– « C’est celui qui l’dit qui l’est ! »

Ses mécanismes de projection ne sont pas plus sophistiqués que ça.

La meilleure défense, c’est l’attaque. Accuser l’autre de ce qu’on lui fait permet de lui couper l’herbe sous le pied. Tout chenapan qui se respecte sait cela depuis la grande section de maternelle.

– « Tu vas voir ta gueule à la récré ! »

Voilà la substance de ses intimidations et de ses représailles. Quand

il devient violent, c’est parce qu’il règle encore ses comptes comme dans la cour de récré, où presque tous les adultes trouvent normal que les enfants se battent.

Vous l’avez souvent trouvé immature et irresponsable, mais vous n’avez pas réalisé qu’il l’était vraiment. C’est pourtant ce qui le rend dangereux. C’est juste un garnement sans surveillance et sans limites. Il faut vraiment être inconscient pour dégonfler les pneus de la voiture de sa femme ! On me raconte depuis vingt-quatre ans toutes les représailles minables et dangereuses dont ils sont capables. Elles font froid dans le dos. Un manipulateur passif-agressif, et qui adore fabriquer des pièges contre les zombies, peut avoir une redoutable créativité pour vous mettre en danger.

 

Cette immaturité se retrouve dans tous les domaines : l’argent, qui est juste son argent de poche, la sécurité, l’hygiène, la politesse, le respect des règles et des lois… Pour lui, faire des affaires, c’est jouer au Monopoly. Le reste est à l’avenant : il change sans cesse les règles du jeu, comme le mauvais joueur et le tricheur qu’il est. Si vous le laissez faire, il n’a aucune limite. Sexuellement aussi, il est très immature. Ses partenaires me racontent : la sexualité avec lui est souvent déviante, parfois traumatisante. Ce qu’il propose peut être très excitant sur le moment, mais laisse un sentiment de malaise a posteriori. Son manque de chaleur, de tendresse et d’empathie vous rappelle que lui ne joue qu’à touche-pipi.