Pourquoi trop penser rend manipulable

Christel Petitcollin · Chapitre 39 sur 58

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Pourquoi trop penser rend manipulable

Un parent déifié

 

Le manipulateur considère comme un crime le fait de voir qui il est derrière son masque. Il ne faut pas toucher à son image ! Vous pourriez être détruit pour cela. C’est terrifiant, et ça s’est inscrit dans votre inconscient. Alors, la première caractéristique des parents toxiques est d’être déifiés : il est strictement interdit d’en dire du mal et tout aussi interdit d’en penser. C’est d’ailleurs à ça que je les reconnais. Le discours de l’enfant est hypnotique, homérique et plein de superlatifs : « Ma mère est la meilleure des mères, elle s’est sacrifiée pour nous, etc. » Rester dans son monde idéalisé et refuser d’ôter ses petites lunettes roses n’est finalement pas un choix, mais un devoir, pire une obéissance inconsciente à une injonction cachée. Les gens qui ont eu un parent manipulateur ont reçu l’interdiction de questionner la relation, de prendre du recul, de juger les façons de faire pourtant choquantes de ce parent. De ce fait, prendre conscience de l’anormalité de la situation est plus qu’inconfortable. C’est criminel. Votre devoir de loyauté est de refuser de savoir, de comprendre, de se rappeler, de dénoncer et d’oser s’affirmer. Voilà pourquoi votre colère est complètement bridée.

 

Des injonctions cachées

 

En analyse transactionnelle, on parle du « rire du pendu » lorsqu’un client raconte quelque chose de pas drôle du tout avec un petit rire nerveux. Ce petit rire nerveux se produit à chaque fois que la personne obéit à une injonction parentale inconsciente. Par exemple : « Je suis tellement maladroite ! Ouaf, ouaf ! Figurez-vous que… » Et, bizarrement, beaucoup de victimes de manipulateurs m’ont dit de la même façon, en boucle et en ricanant : « Je suis naïf ! Je suis naïf ! », ce qui peut se traduire par « Mes parents m’ont donné l’ordre d’être naïf ». C’est justement le cas de Damien qui accumule les déboires professionnels parce qu’il s’oblige à rester sur la parole donnée, sans jamais exiger le moindre contrat. Je lui pose la question : « Que se passerait-il si vous n’étiez plus naïf ? » Damien prend un air terrifié et scandalisé : « Mais je serais quelqu’un d’odieux. J’aurais l’impression que c’est moi le psychopathe, d’oser penser que l’autre puisse avoir des intentions malhonnêtes ! » Allez faire des affaires florissantes, avec une injonction pareille ! Et vous, avez-vous parfois ce rire du pendu ? Lesquels de vos dysfonctionnements revendiquez-vous en ricanant ?