Pourquoi trop penser rend manipulable
Quel plaisir d’orchestrer vos tempêtes émotionnelles !
nous inciter à modifier nos comportements. À un autre niveau que comportemental, elles deviennent inutiles et destructrices.
L’hyperémotivité n’est plus un problème quand elle est comprise, assumée et efficacement gérée. On peut alors vraiment parler d’« intelligence émotionnelle », ce fameux QE qui pointe timidement son nez dans les entreprises. Avec votre hypersensibilité, vous recevez les messages de vos émotions plus tôt et plus intensément que la moyenne des gens. Cela deviendra un super-cadeau quand vous aurez appris à les écouter et à les décoder. Mais, jusqu’à présent, vous viviez ces émotions comme des tempêtes intérieures incontrôlables et handicapantes. Le manipulateur pouvait alors facilement repérer cette hyperémotivité désordonnée et se régaler de jouer avec. Je vous rappelle que lui-même ne dispose que de deux émotions vraies et d’une fausse : une joie mauvaise, proche de l’ivresse quand les événements alimentent son illusion de toute-puissance, de la rage quand la réalité vient la contrer, et de l’auto-apitoiement (surjoué) quand il s’est fait attraper.
Quel plaisir d’orchestrer vos tempêtes
émotionnelles !
Vous connaissez le jeu du « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier de nous deux qui rira aura une tapette ! ». C’est exactement ce à quoi joue le manipulateur avec vos émotions. Tout son calme s’appuie sur votre hyperémotivité. Plus vous êtes bouleversé, plus il est glacial. Si vous restez calme, c’est lui qui perd son self-control.
J’ai beaucoup vu ce processus à l’œuvre lors des divorces avec un conjoint manipulateur. Le jeu est de pousser sa victime à bout devant les instances policières, sociales ou juridiques. Elle passera pour folle ou hystérique, ce qui donnera plus de crédibilité, par contraste, au manipulateur, si calme, si posé et si raisonnable. Inversement, si la victime reste calme et factuelle, le manipulateur perdra ses moyens. Il deviendra nerveux et agressif. Le masque tombera. Mais cela ne peut arriver que lorsque la victime a pris suffisamment de recul pour ne plus réagir de façon primaire aux banderilles que lui plante son torero. Vous croyez surréagir, alors que c’est lui qui vous teste et qui vous pousse à bout en permanence. Voici comment le manipulateur joue avec vos émotions :
La colère : La plupart des surefficients ne sont pas du tout au contact de leur colère. Ils s’interdisent de juger les autres et ne connaissent pas vraiment leurs propres limites. Enfin, c’est ce qu’ils croient. En fait, leur colère est bien là et bien réelle, mais ils la retournent systématiquement contre eux-mêmes, au lieu de la diriger contre l’envahisseur et le profanateur. Ils croient être dans le non-jugement, mais il y a une personne qu’ils jugent avec une sévérité, que dis-je, une férocité implacable : eux-mêmes, uniquement. Cette colère retournée contre soi-même laisse tout l’espace au manipulateur de transgresser voluptueusement toutes les limites et de profaner toutes les valeurs. Le surefficient bouleversé sera bien incapable de se faire respecter. Pourtant, il est maladivement sensible à l’injustice, et ses valeurs sont fortes, mais il ne saura pas les défendre. Le manipulateur n’ayant comme limites que les vôtres, si faciles à outrepasser, va s’étaler complaisamment et alimenter sa toute-puissance à vos dépens. Quand je lui explique cela, une de mes clientes s’insurge : « Je ne me laisse pas faire ! Je le lui dis à chaque fois, que je ne suis pas d’accord ! » Mais protester ne suffit pas et même ne sert à rien, puisqu’il ne vous écoute pas. La preuve en est qu’il recommence comme si vous n’aviez rien dit. Si vous lui laissez l’espace de recommencer, le message que vous faites passer est précisément : « Je suis d’accord, du moment que j’ai le droit de râler. » Le respect, ça ne se réclame pas, ça s’impose. C’est votre job. Vous aurez besoin de retrouver le contact avec votre colère pour y arriver.
La tristesse : Le manipulateur fait le vide autour de sa victime. Il l’isole, l’éloigne de son ancienne vie et la coupe de ses relations. Il fera tout son possible pour lui faire perdre son boulot, la brouiller avec ses proches et l’obliger à renoncer à ses anciennes activités. Tant que vous vivrez avec lui, vous serez condamné à la solitude et à la tristesse. Il vous amène à tant de renoncements ! Que de deuils à effectuer. Dans ma pratique, j’accompagne souvent des familles qui ont perdu le contact avec un de leurs proches. Ils l’ont vu se fermer, s’éteindre, s’éloigner puis couper toute relation, au point de ne plus voir ses parents, ses frères et sœurs, ses amis. Ces familles sont si inquiètes et si malheureuses. Elles n’ont même plus son numéro de téléphone, parfois ne savent plus où il travaille ni où il habite. Je me demande comment une victime peut accepter si facilement de sacrifier sa vie, de renoncer à tout ce qu’elle appréciait et blesser tant de gens aimants, juste pour satisfaire une personne insatisfaite et haineuse. Votre tristesse ne recevra aucune compassion. Bien que vous obligeant à faire le deuil de tout ce qui vous était cher, votre manipulateur, glacial et insensible à vos larmes, vous regardera pleurer avec un air dégoûté.
La peur : En ce qui concerne la peur, nous l’avons vu : elle est parfaitement légitime en présence d’un manipulateur. C’est objectivement quelqu’un de dangereux, et il serait urgent de vous en protéger. Mais la non-protection est une des caractéristiques des surefficients. Cela va avec le manque de colère, la compassion uniquement orientée vers les autres, mais aussi avec la difficulté à admettre l’existence de la méchanceté et de la malveillance qui pourtant s’étalent sous vos yeux. Dans la cour de récréation déjà, les données étaient brouillées : c’était lâche de se protéger, traître de cafter et provocant de se défendre. La seule option valide était de subir sans réagir. On retrouve le même procédé dans les familles maltraitantes. L’enfant doit se taire, supporter et renoncer à se protéger. S’il lève le coude pour protéger son visage d’une gifle, il attise la rage du parent maltraitant. S’il dénonce ses parents, il trahit son clan. Plus tard, dans les bagarres, on attend même d’une personne à qui on veut asséner un coup de poing qu’elle enlève d’elle-même ses lunettes. Ce sera la même mentalité qui régira votre relation. Vous devez tout subir et tout accepter sans réagir. Vous devez vivre dans un climat d’intimidation, de menaces, de représailles et de mise en danger sans chercher à vous en échapper. Habilement, votre manipulateur va inverser l’ordre des priorités. C’est un boulet, mais il vous fait croire que, sans lui, vous couleriez à pic. Il ira jusqu’à vous faire redouter ce qui pourrait vous libérer. Il ouvre théâtralement la porte et dit avec emphase : « Je ne te retiens pas, t’as qu’à t’en aller ! » Quelle aberration que la victime n’ose plus franchir le seuil !
C’est facile de faire peur à quelqu’un qui a de l’imagination, mais aussi à quelqu’un qui a une conscience humaniste et qui veut faire preuve d’ouverture d’esprit, de compréhension.
Vous avez si peur de blesser, d’être injuste, d’avoir une attitude fermée, de vous tromper, de créer un préjudice à l’autre. C’est un paradoxe : vous avez peur de ne pas être suffisamment humain, alors que vous l’êtes déjà trop, face à quelqu’un qui ne l’est pas du tout.
Le manipulateur joue beaucoup avec vos peurs pour asseoir son pouvoir. Nous l’avons vu : l’intimidation est une des ficelles, et la peur, une des clés du piège. Le principal pouvoir de votre manipulateur est la peur qu’il vous inspire. Le jour où vous n’en avez plus peur, vous êtes libre. Il est donc urgent et important de prendre votre courage à deux mains pour faire face à la situation.
Comme beaucoup d’animaux, les chats ne montrent pas qu’ils souffrent pour ne pas devenir une proie. Dans cette logique, je propose à mes clients d’adopter l’attitude suivante : « Même pas peur ! Même pas mal ! » Que ce soit vrai ou non importe peu. L’essentiel est que votre manipulateur y croie. S’il n’a plus de moyens de savoir si ses coups portent ou non, il en sera tout dépité et bien déstabilisé. Le jour où il ne vous fera plus peur, vous découvrirez que cet effrayant tortionnaire est lui-même peureux et lâche, qu’il craint les conflits encore plus que vous et que, face à quelqu’un de centré et d’affirmé, il perd toute son assurance.
La frustration : Un manipulateur est complètement intolérant à la frustration, tout en étant éternellement insatisfait, puisqu’il est resté figé dans son illusion de toute-puissance infantile. Quand la réalité vient contrarier cette toute-puissance, il fait des crises de rage spectaculaires. Il y rajoute beaucoup de comédie pour vous effrayer, à l’instar du chimpanzé poussant des cris et se donnant des coups de poing sur la poitrine pour intimider l’adversaire. Visualisez-le ainsi ! Ou comme un sale môme en train de se taper un gros caprice et de vous fusiller d’un regard noir. Vous serez alors très proche de la vérité. Quand les victimes progressent dans l’affirmation de soi, comme elles n’alimentent plus son illusion de toute-puissance infantile, elles provoquent ces crises de rage de plus en plus fréquemment. C’est très bon signe ! Considérez chacun de ces accès de fureur comme une preuve de vos progrès en assertivité. D’autant plus que, si l’adulte que vous êtes ne cède pas, le gamin qu’il est finit par plier docilement.
La joie : Je connais les surefficients mentaux comme ayant une joie de vivre et un enthousiasme hors norme. Du moins, tant qu’ils se tiennent loin des manipulateurs ! Vous croyez ce pauvre manipulateur malheureux. Vous vous trompez : il est juste méchant, allergique à la joie de vivre et à la chaleur humaine. Vous auriez pu vous en rendre compte depuis longtemps, car les indices sont nombreux : il pourrit l’ambiance dès qu’elle est bonne, gâche constamment la fête, saccage toutes les vacances et effacera systématiquement ce sourire imbécile de votre figure. Avez-vous remarqué qu’à chaque fois que vous êtes joyeux il se débrouille pour vous faire passer l’envie de rigoler ? Faites le test : chantonnez gaiement devant lui et observez sa réaction. Il cherchera par tous les moyens à vous faire sortir de vos gonds et à vous mettre de mauvaise humeur. Car il vous trouve globalement trop content et trop satisfait de la vie. C’est pourquoi vous frustrer et vous faire enrager est son plus grand plaisir. Observez son œil torve et jaloux quand vous vous enthousiasmez. En guise de joie, lui ne connaît que l’ivresse triomphale que lui procure sa toute-puissance. Comme il transpose, il pense que, si vous êtes joyeux, c’est forcément parce que vous vous croyez plus malin que lui. Il détruira donc méthodiquement tout ce qui vous procure de la joie, autant pour se rassurer que pour le plaisir de vous frustrer.
Les plus sadiques des manipulateurs adorent créer des attentes puis jouer avec les nerfs de leur victime. Ils jubilent de lui faire faire des montagnes russes entre espoir et découragement. Quel pouvoir cela leur donne sur l’autre ! Même la joie fraîche des enfants leur est insupportable. Ainsi, un père manipulateur promettait à sa fille de lui offrir un lapin « si elle était sage ». Il l’emmenait dans les animaleries, la faisant longuement fantasmer sur ces charmants petits animaux, puis, à la première occasion, la grondait en disant : « Puisque c’est comme ça, tu n’auras pas ton lapin ! » et l’enfant se désespérait. Dans mon bureau, la mère, divorcée de ce c…, s’indignait qu’il joue ainsi avec les émotions de leur fille. Je vérifie : « Vous avez bien compris qu’il n’a jamais eu l’intention de l’acheter un jour, ce lapin ? » La mère blêmit. Non, bien qu’ayant pratiqué cet individu pendant des années, elle n’imaginait pas qu’il puisse être salaud à ce point-là. Pourtant, ça aurait dû être évident : elle sait bien qu’il est trop paresseux pour s’embêter avec un animal de compagnie. Vous voyez, ne pas vouloir voir les enjeux réels de ces situations par idéalisme empêche de protéger les victimes et les empêche aussi de s’armer pour affronter ces situations. L’enfant aurait juste eu besoin que sa mère lui explique en quoi consistait concrètement ce chantage au lapin. Elle aurait pu lâcher prise, et le chantage n’aurait plus fonctionné. Vous pouvez transposer l’exemple du lapin avec la bague de fiançailles ou la promotion au travail, votre manipulateur vous tient tant que vous n’avez pas compris que c’est du vent.
Vous avez longtemps cru que votre pauvre manipulateur avait tellement manqué d’amour, de joie de vivre et de chaleur humaine et que vous alliez réparer ça ! Mais l’humanité n’est ni contagieuse ni transférable. Il va vidanger toute votre joie de vivre, toute votre chaleur humaine et tout l’amour que vous avez à donner, jusqu’à vous laisser exsangue, mais sans jamais s’y réchauffer. Même en étant vous-même une fontaine inépuisable, vous ne pourrez pas combler ce puits sans fond. Vous y aurez laissé votre peau avant. Et, pendant tout ce temps, vous aurez privé de votre lumière les gens capables de vous apprécier pour ce que vous êtes.
La honte et la culpabilité sont les deux grandes alliées de votre manipulateur. Que de grandes choses il va pouvoir obtenir en activant ces deux émotions ! Et facilement, en plus, car la honte et la culpabilité des gens qui pensent trop sont intenses et quasi structurelles. Elles font déjà un travail de destruction, et depuis longtemps.
La honte : Moqués, humiliés, rejetés depuis l’enfance parce que « trop », parce qu’ayant des idées « bizarres » et des comportements « inadaptés », parce que ne comprenant rien aux implicites sociaux en vigueur, les surefficients mentaux ont appris à avoir honte d’eux-mêmes, d’une façon intime, donc sans espoir de pouvoir y changer quelque chose. C’est vraiment l’histoire du vilain petit canard. Il est impossible de devenir un beau canard quand on est structurellement un cygne. Le manipulateur en rajoute en se moquant lourdement, grassement, en vous donnant des surnoms grotesques, en vous humiliant dès qu’il a un public. Vraiment, rien de nouveau depuis l’école primaire ! Alors, il faut vraiment vous débarrasser de cette honte absurde, pour ne plus aimanter les manipulateurs qui en font un bras de levier puissant pour leur harcèlement. Il est temps de vous rendre compte que vous êtes un beau cygne, et non un vilain petit canard !
J’ai récemment trouvé une définition de la honte qui m’a ouvert des horizons ensoleillés pour la guérison : la honte, c’est ressentir le regard d’un prédateur posé sur soi. Dans ma tête, ça a fait « tilt ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! La victime de viol a honte, l’enfant battu a honte, la personne moquée a honte. C’est le fait d’être sous le regard (et les agissements) d’une personne déshumanisée qui déshumanise. La honte est le sentiment de ne pas avoir le droit d’être un humain. Cela arrive quand on est traité comme un objet ou un animal. Cette honte ne vous appartient pas. C’est le violeur, le moqueur, l’agresseur qui doit avoir honte. Pas sa victime.
Pour sortir de la honte, il suffit de retrouver un regard simplement humain sur soi-même. Rassurez votre enfant intérieur en lui accordant la bienveillance qu’il n’a pas reçue au moment où il en avait besoin. Quel regard porteriez-vous sur une victime de viol, sur un enfant battu, sur une personne humiliée ? Un regard plein de compassion, n’est-ce pas ? Que penseriez-vous d’un petit enfant vivant ce que vous avez vécu dans la cour de récréation ? Et d’une personne vivant ce que vous vivez aujourd’hui ? Auriez-vous envie de la dénigrer et de vous en moquer ? Alors il faut avoir avec vous-même l’attitude réconfortante que vous sauriez avoir pour cet enfant ou cette personne. Bouddha disait : « Si ta compassion ne t’inclut pas toi-même, elle est incomplète. » Il est largement temps de mettre ce principe en application. Quant à votre ricaneur, voici comment lui passer l’envie de se moquer : la prochaine fois qu’il essaie de vous humilier, restez silencieux, gardez votre calme et regardez-le avec un mélange de mépris et de pitié, style : « Bah mon pauvre, ça vole bas ! » Je vous assure qu’il en sera douché et que ça lui passera l’envie de recommencer. Car, bizarrement, la honte que vous ne portez plus revient en boomerang à l’envoyeur.
La culpabilité : Nous avons vu que la culpabilisation est une des ficelles de la manipulation et la culpabilité, une des clés du piège. Or les surefficients mentaux sont déjà des champions du monde en culpabilité. Le manipulateur n’a presque rien à faire !
Un jour, je recevais une famille de surefficients mentaux, dont la jeune fille avait une phobie scolaire. Elle culpabilisait tellement d’inquiéter ses parents que je la proclamai « médaille d’or en culpabilité ». À peine sa mère commença-t-elle à s’exprimer que je m’exclamai : « Tiens, voici la médaille d’argent ! » Alors, le père compléta avec un sourire gêné : « Euh, moi, je suis la médaille de bronze ! » Il est primordial que les surefficients fassent un vrai travail de développement personnel pour se débarrasser de cette dangereuse culpabilité. Nous l’avons vu, il s’agit d’un déplacement de responsabilité, sans y adjoindre le pouvoir d’agir. C’est donc aliénant et ça vous condamne à l’échec. De même, la culpabilité vous évite de devoir faire face à votre sentiment d’impuissance, mais elle vous empêche de vous connecter à votre saine colère, celle qui vous redonnerait le pouvoir d’agir. Le prix de la culpabilité est encore plus élevé que vous ne le pensez. Car « culpabiliser » veut dire littéralement « se sentir coupable », donc se juger coupable. Au niveau inconscient, cela induit un scénario punitif, que le manipulateur se fera un plaisir de mettre en œuvre. J’ai reçu en séance un client anéanti par une rupture, mais refusant catégoriquement d’admettre qu’il avait rencontré un manipulateur. Ah, il ne fallait surtout pas juger l’autre, qui était forcément parfait (bah oui, au début, quand il avait son masque !) Mais s’en mettre soi-même plein la figure lors de nos séances et se remettre en question jusqu’au masochisme, ça oui ! Sa souffrance faisait peine à voir, mais il n’en a pas démordu. Il était le problème. Son discours disait en substance : « Je suis quelqu’un d’inadéquat. C’est bien fait pour moi ! »
Finalement, peut-être est-ce la raison qui vous pousse à rester sous l’emprise d’un manipulateur ? Il vous permet de rembourser cette énorme dette de culpabilité que vous croyez avoir depuis l’enfance. Peut-être que le déclic de sortie d’emprise se fait inconsciemment au moment où la victime estime avoir assez payé pour sa faute ? Tout cela est absurde ! Si vous n’avez pas tué, pas volé, ni transgressé les lois de votre pays, vous n’avez rien fait qui justifie ce séjour au bagne qu’est une relation avec un manipulateur. D’ailleurs, quand bien même vous auriez tué, volé, ou transgressé les lois de votre pays, seul un tribunal officiellement habilité pourrait vous juger. Et en attendant, vous seriez présumé innocent. Alors cessez donc d’aller vous installer tout seul sur le banc des accusés !
Le sentiment d’injustice : Le sentiment d’injustice n’est pas une émotion à proprement parler, mais c’est un sentiment tellement puissant chez les surefficients qu’il mérite que je vous en touche quelques mots. Vous avez des valeurs humanistes très fortes et un énorme besoin que justice soit rendue, peu importe le contexte. L’injustice sous toutes ses formes vous bouleverse. Le manipulateur, l’ayant bien compris, va jouer sadiquement avec cette faiblesse. Car le besoin de justice maladif est une vraie faiblesse. En fermant les yeux, je réentends le gros rire de Frank Farrelly et je l’entends encore tonner et marteler : « Mais où tu as vu que le monde était juste ? » La lueur tendre et malicieuse dans son regard adoucissait la brutalité de ses paroles, mais quel atterrissage, presque un crash ! Pourtant, il avait complètement raison. Le principe de réalité doit passer avant tout, c’est notre base de départ. Le sentiment d’injustice, si cuisant chez les surefficients, n’est basé sur rien de terrestrement observable. Là aussi, il y a un petit travail de lâcher-prise à mettre en œuvre pour ne plus réagir comme un diable qui sort de sa boîte dès que quelqu’un active le bouton « injustice ». On peut œuvrer à ce que le monde devienne plus juste, mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas l’être. C’est sa réalité. Enfin, à propos d’injustice, une fois de plus, il faudrait faire le ménage devant votre porte : trouvez-vous que ce que vous vous infligez à vous-même est juste ? L’infligeriez-vous à quelqu’un d’autre ?
À chaque fois qu’un manipulateur vous a poussé à bout d’une façon ou d’une autre et que vous réagissez de manière émotionnelle, il a gagné. Avec le temps, il saura exactement quoi dire ou quoi faire pour vous faire bondir, crier, pleurer, espérer… sur commande. Il n’aura qu’à enclencher le processus au bon moment, au bon endroit, devant la bonne personne, pour vous faire passer pour fou ou hystérique. Sans recul, enfermé dans votre prison émotionnelle, vous croyant légitimé à exploser, vous vous discréditerez tout seul. Voici un exemple tout récent. Dans la quiétude de la nuit, une voix d’homme excédée déchire le silence en hurlant à s’en faire péter les cordes vocales : « Mais tu vas la fermer, ta gueuuuuuuuuule ! » À votre avis, que vont en penser ses voisins ? Que c’est un malade violent et agressif avec une pauvre femme persécutée ? Ou que ce pauvre homme a été chauffé à blanc par une compagne harceleuse et vicieuse ? Ou simplement qu’il ne sait pas maîtriser ses nerfs ? Quand vous conduisez votre voiture, vous devez toujours rester maître de votre véhicule. De même, la société pense que vous devez rester maître de vos émotions, et même si c’est plus compliqué pour un hyperémotif, elle a raison. Il est donc urgent de vous mettre au yoga, à la sophrologie ou à la méditation ! Cela aura des effets plus que bénéfiques sur vous. Une de mes clientes me raconte : étant devenue une véritable pile électrique, elle s’est récemment mise à pratiquer la méditation de pleine conscience. Sa zénitude nouvelle lui a apporté un recul incroyable sur les événements. C’est ainsi qu’elle a découvert que c’était son mari qui la mettait délibérément sur les nerfs. Maintenant, elle le voit arriver avec ses gros sabots et repère toutes ses petites agressions sournoises. Elle le voit aussi être tout dépité que ses provocations ne fonctionnent plus, et se renfrogner en attendant de tenter autre chose. Elle confirme : « En fait, il est tout le temps en train de me chercher. Je ne m’en rendais pas compte. On dirait qu’il n’a que ça à faire. » Mais elle s’interroge aussi sur la pertinence de rester avec un homme qu’elle découvre aussi immature que malveillant.
Votre nouvelle gestion des émotions n’aura que des avantages. D’abord, vous n’userez plus votre organisme en l’épuisant avec vos états émotionnels. Ensuite, vous aurez l’esprit plus clair et plus de recul sur les situations. Vos émotions peuvent réellement devenir vos guides et vos alliées. Il vous faut juste apprendre à les écouter au lieu de les comprimer, en essayant vainement de les refouler.