Pourquoi trop penser rend manipulable

Christel Petitcollin · Chapitre 23 sur 58

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Pourquoi trop penser rend manipulable

L’hyperempathie

 

Les surefficients sont hyperempathiques. Ils captent, ressentent et vivent les émotions des autres comme si c’étaient les leurs. Il s’agit moins de compassion que d’un véritable envahissement émotionnel, proche du parasitage. Cette hyperempathie explique en partie le déficit d’attention des enfants surefficients à l’école : comment pourraient-ils rester concentrés à côté d’un enfant agité ? Capter en continu les émotions des autres peut être très perturbant et très fatigant. Certains surefficients en deviennent agoraphobes, fuient les transports en commun et les grandes surfaces et s’isolent, tant ils ont l’impression d’être assaillis par les angoisses des autres.

 

C’est pourquoi une bonne connaissance et une bonne gestion des émotions sont indispensables quand on est hyperempathique. Pour commencer, cela vous permet de savoir quel est ce mal-être qui vous envahit : est-ce de la colère, de la tristesse, de la peur, de la frustration, de la honte ou de la culpabilité ? Ensuite, vous pourrez faire le tri entre vos émotions propres et celles qui vous viennent de l’extérieur. À qui est cette tristesse que je ressens ? Cela mettra enfin du sens sur ce qui se passe : si cette personne est triste, tout va bien, elle est en processus d’archivage. Si elle est en colère, elle a des limites à poser, etc. Vous pourrez ainsi garder votre discernement et transformer votre empathie en compassion véritablement aidante. Cette personne pleure ? Tant mieux, il vaut mieux que ça sorte. Elle sera soulagée. Elle a besoin que vous puissiez l’accompagner sans être vous-même bouleversé.

 

Voici une petite blague que j’aime beaucoup :

 

The problem with being empathetic is that you feel sorry for assholes too. (« Le problème d’être empathique, c’est que vous êtes désolé pour les “trous du cul” aussi ! »)

En vivant aux côtés d’un manipulateur, vous épongez son stress, son mal-être, sa méchanceté, sa jalousie et sa rage… Tout ce qu’il arrive à exporter, vous le ramassez comme une éponge. Mais, comme vous essayez de le comprendre avec vos critères personnels, vous ne donnez pas la bonne signification à ce que vous captez. N’oubliez jamais que les autres peuvent avoir un programme TRÈS différent du vôtre. Votre système de croyances personnel vous maintient dans l’illusion que l’on peut prendre tout le monde « par les sentiments ». C’est totalement faux en ce qui concerne le manipulateur. Les sentiments, il s’en fout. Vous seriez tellement malheureux de vivre ainsi ! Pas lui. Vous ne réalisez pas qu’il est à l’aise dans son vinaigre comme un cornichon dans son bocal. Il aime la bagarre, le conflit, les disputes. Il se régale des faits divers sordides, s’excite quand c’est la pagaille, adore quand il y a des grèves, des manifestations et des conflits sociaux. Il jubile même à l’annonce d’un décès, parce qu’il a l’impression de triompher du mort. Traduit en langage de toute-puissance infantile, cela donne : « C’est bien fait pour lui, il fumait trop ! Lui est trop bête ! Moi, la mort ne m’aura pas ! » Tout cela est tellement éloigné de votre système de pensée que vous ne pouvez pas correctement décoder ce que vous captez. Alors vous lui appliquez vos valeurs, qui ne collent pourtant pas avec ses comportements, et vous le plaignez de vivre dans ce monde qui vous fait horreur, mais où lui se complaît. Finalement, une véritable empathie consisterait à lui laisser le droit de vivre selon ses valeurs, certes infectes de votre point de vue, mais sans vous en encombrer ni lui demander d’en changer.

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