Pourquoi trop penser rend manipulable

Christel Petitcollin · Chapitre 34 sur 58

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Pourquoi trop penser rend manipulable

Sublimer le sordide

 

Cette volonté d’être spirituellement au-dessus de ces exactions et de leur trouver un sens divin est aussi ce que j’appelle une façon de « sublimer le sordide ». Vous me dites : « C’est karmique… Il me fait bosser… Heureusement qu’ils sont là pour nous faire avancer… » Il est vrai que, sans ces explications célestes, l’histoire est avilissante et tellement humiliante ! Vous seriez obligé d’admettre l’escroquerie. Alors, vous pourriez penser que votre exaltation était ridicule et votre engagement pathétique. Et, pourtant, pas du tout. Vous vous êtes fait attraper par votre humanité. Imaginez que vous circulez en voiture sur une petite route. Brusquement, vous apercevez un cycliste inerte, étendu sur la chaussée à côté de son vélo. Votre premier réflexe sera de vous arrêter et de lui porter secours. C’est le réflexe normal d’un être humain normal. Beaucoup d’animaux ont aussi ce réflexe de secourir, et pas uniquement leurs congénères. Il n’y a rien de ridicule ou de pathétique à porter secours à une personne en difficulté. Il y va de notre humanité. D’ailleurs, dans les catastrophes, même les gens les plus égoïstes retrouvent ce réflexe ancestral. Mais imaginez que ce cycliste, sur qui vous vous penchez avec compassion, vous allonge un coup de poing et s’enfuie avec votre voiture. Il aura utilisé ce que vous avez de meilleur en vous pour accomplir son forfait. Vous n’avez rien fait de mal et vous n’avez pas à avoir honte d’avoir porté secours à ce cycliste. Du reste, si vous expliquez longuement à qui veut l’entendre que ce voleur et vous aviez un rendez-vous karmique, je ne suis pas sûre que l’on vous croie, ni que cela répare votre estime de vous. Devez-vous pour autant renoncer à tout jamais à porter secours à qui que ce soit ? Êtes-vous condamné à vous faire systématiquement voler votre voiture ? Non, vous pouvez garder votre humanité, mais en ajoutant du discernement et de l’autoprotection. Entre un positivisme aveuglé et un négativisme accablé, il reste la voie d’un possibilisme éclairé.

 

Parfois, votre spiritualité est réelle et sincère, mais elle se trompe de niveau. Marie me raconte sa prise de conscience : « Ce week-end, j’ai fait une retraite spirituelle. Le prêtre nous expliquait qu’il était personnellement contre le fait qu’un prêtre fasse du coaching avec ses paroissiens. Pour lui, le coaching fait entrer dans une démarche où l’on attend de l’autre qu’il change et qu’il s’améliore. Or le rôle du prêtre est d’accueillir la personne inconditionnellement dans son imperfection, juste comme une créature de Dieu. Ça m’a fait réfléchir, et j’ai brusquement réalisé que je faisais l’erreur inverse. J’accueille mon mari en créature de Dieu et non pas en conjoint qui doit rendre des comptes sur sa façon de se comporter avec moi. En rentrant du séminaire, je le lui ai dit : “Tu sais, si je te parle avec respect et bonté, c’est parce que je te traite en créature de Dieu. J’estime qu’en tant qu’être humain tu mérites le respect. Mais en tant qu’épouse, je n’en pense pas moins. Tu es en dessous de tout ! Je pourrais hurler toute la journée.” J’ai compris à la tête qu’il a fait qu’à partir du moment où je lui parle avec humanité, il considère qu’il m’a rendormie. En fait, ça fait des années qu’il me manque de respect parce que je lui en témoigne trop. »