Pourquoi trop penser rend manipulable
Chapitre 4 : Des caractéristiques purement neurologiques
Chapitre IV
Des caractéristiques purement
neurologiques
Les principales caractéristiques neurologiques des surefficients mentaux sont l’hyperesthésie et la pensée complexe arborescente. Les autres particularités neurologiques découlent essentiellement de ces deux premières.
L’hyperesthésie
La toute première caractéristique neurologique de la personne surefficiente est l’hyperesthésie. Être hyperesthésique, cela veut dire avoir un système sensoriel plus développé, plus fin, plus en alerte que celui de la moyenne des gens. Vous avez déjà dû vous en rendre compte : vous avez plus le sens du détail, vous êtes plus sensible aux sons, au bruit, aux odeurs, aux pulls qui grattent… Comme c’est une singularité neurologique, on ne peut rien y faire, si ce n’est en tenir compte et se protéger. Quand votre environnement se révèle agressant pour votre système sensoriel, autorisez-vous à porter des lunettes de soleil, à mettre des bouchons d’oreilles, à enfouir votre nez dans votre écharpe, à ouvrir la fenêtre ou, au contraire, à monter le chauffage. Et revendiquez votre hyperesthésie en refusant de vous laisser traiter de « chochotte ». Non, vous ne faites pas exprès de focaliser votre attention sur la conversation de la table d’à côté au restaurant, quoi qu’en pensent vos interlocuteurs neurotypiques. Car cette hyperesthésie est assortie d’un « déficit de l’inhibition latente ». Je vous propose de vous représenter l’inhibition latente comme un sélecteur automatique dont la fonction est de trier les informations, pour justement « inhiber » toutes les perceptions sensorielles inutiles. Dans un cerveau neurotypique, le tri s’opère tout seul. Par exemple, au restaurant, un cerveau normo-pensant peut complètement faire abstraction du brouhaha ambiant. Il n’entendra la conversation de la table d’à côté que s’il fait l’effort conscient de l’écouter. C’est pour cela qu’il croit que vous le faites exprès ! Malheureusement, non. Votre cerveau surefficient hyperesthésique n’a aucune possibilité de se protéger des informations parasites et doit gérer en continu simultanément toutes les informations sensorielles. Ce qui est très fatigant et assez stressant.
Est-ce vraiment un hasard ? Les manipulateurs sont des gens sensoriellement envahissants. Ils cassent, ils abîment, ils tachent. Ils étalent leurs affaires partout. Ils restent ostensiblement dans votre champ de vision, faisant mille mimiques : yeux au ciel, haussement d’épaules, froncement de sourcils… Vous qui avez le sens du détail, vous ne pourrez pas faire abstraction de cette tache indélébile sur votre tapis, de cette rayure sur votre meuble préféré ou de ces objets bien moches, imposés dans la pièce. Idem pour leurs gesticulations : sans inhibition latente, il est impossible de les ignorer. Et c’est sans compter l’énergie que vous déploierez à essayer de comprendre ce que signifient leurs simagrées ! Les manipulateurs sont bruyants. Ils vous imposent leur radio ou leur télévision, de préférence mal réglée, grésillante, et surtout aux heures où cela vous agresse le plus : le matin au réveil, par exemple, ou quand vous cherchez à vous endormir. Et ils resteront sourds à vos récriminations (Cause toujours !) tout en augmentant le volume (Ça te fera les pieds !). Ils sifflent à tue-tête, font grincer leur chaise, soupirent bruyamment, donnent brusquement un coup de poing sur la table ou poussent un juron pour vous faire sursauter… Vos oreilles auront de quoi s’occuper ! Les manipulateurs sont odorants : ils font cramer des trucs, dont les effluves de roussi satureront longtemps l’atmosphère. Pas toujours très propres, ils sentent facilement mauvais ou ont un parfum trop fort et entêtant. Ils ramènent « étourdiment » de la crotte sous leurs pieds… Votre nez ne sera pas épargné. Sous couvert d’économies, ils vous font vivre sans chauffage ou prétendent aérer en grand pour le plaisir de vous faire grelotter. Ils peuvent à l’inverse se prétendre frigorifiés (sans avoir l’idée de mettre un pull) pour vous faire étouffer dans une pièce confinée. Et, si vous détestez les miettes dans le lit, ils auront d’irrésistibles fringales nocturnes. Bref, ils occupent votre espace sensoriel. C’est un processus hypnotique : il s’agit soit de focaliser votre attention, soit au contraire de l’éparpiller. Quand un manipulateur est dans la même pièce que vous, vous ne pouvez absolument pas vous concentrer et réfléchir. Il sature tout votre système sensoriel d’informations parasites. Malheureusement pour vous, vous ne disposez pas de cette formidable inhibition latente qui permettrait d’échapper à cette irradiation.
J’ai lu chez certains de mes confrères que, si les manipulateurs étaient si envahissants sensoriellement, c’est parce qu’ils étaient très vides et qu’ils avaient besoin d’hyperstimulation pour se sentir exister. Qu’ils soient très vides, je suis bien d’accord ! Mais qu’ils aient besoin d’hyperstimulation, j’en doute. Car, lorsque le manipulateur est tout seul, il est beaucoup plus calme. Bizarrement, il ne siffle à tue-tête que quand vous êtes là. C’est donc bien à votre intention qu’il organise ce tintamarre sensoriel et non pas juste parce qu’il est vide et qu’il a besoin de se sentir exister. Mon confrère Bernard Raquin dit que l’enfant tient parfois plus du moustique que de l’être humain. Effectivement, qui n’a jamais vécu ces moments éprouvants où l’enfant cherche à monopoliser l’attention de son parent ? Le manipulateur fait de même : vous pouvez vous le représenter comme cramponné à vos basques et cherchant à accaparer votre attention.
Vous comprenez maintenant ce que j’appelle une « complémentarité » : d’un côté, un système sensoriel hypersensible, fragile, sans protection, et, de l’autre, un gros lourdaud pénible qui va délibérément mettre ce système sensoriel à rude épreuve. Les personnes surefficientes sont habituées à s’entendre dire qu’elles chipotent pour rien quand elles essaient de se plaindre de cette souffrance sensorielle. Alors, elles pensent que le problème ne vient que d’elles et elles n’osent pas exiger que le manipulateur se calme, ce qu’il ne fera pas, de toute façon.
Lorsqu’on est hyperesthésique, par voie de conséquence, on est aussi hypersensible : hypersensible aux ambiances, aux intonations, aux mots prononcés, aux moqueries, aux sarcasmes, aux allusions… qui seront évidemment votre lot quotidien. Le manipulateur joue avec l’hypersensibilité de sa victime. C’est tellement facile et amusant de vous bouleverser ! Vous foncez émotionnellement dans tous les chiffons rouges qu’il vous tend ! Évidemment, il n’assumera rien de ce qu’il vous fait endurer : il n’a jamais dit ça, vous avez mal compris, vous ergotez, vous êtes trop susceptible, et on ne peut pas rigoler avec vous, décidément, vous n’avez pas le sens de l’humour !
Je n’ai qu’une seule solution à vous proposer : fuyez !
D’autant plus qu’une autre caractéristique neurologique vous met en grand danger : l’excitabilité de votre amygdale cérébrale. Wikipédia vous apprendra que : « L’amygdale – ou complexe amygdalien – est un noyau pair situé dans la région antéro-interne du lobe temporal au sein de l’uncus, en avant de l’hippocampe et sous le cortex péri-amygdalien. » Ce qu’il faut en comprendre, c’est que l’amygdale s’occupe de décider de la « valeur émotionnelle » des stimuli sensoriels. Quand on est hyperesthésique, évidemment, la valeur émotionnelle des stimuli est décuplée. C’est vrai, vous donnez trop d’importance à tout. On vous le serine depuis votre enfance. Le manipulateur va aggraver ce processus en mettant votre amygdale en surchauffe, et cela menace directement votre santé physique. En effet, l’amygdale fait aussi partie du système limbique et fonctionne comme un système d’alerte. La vôtre, étant déjà hypervigilante, surréagit à la peur et à l’anxiété. Votre manipulateur va s’occuper de ne jamais lui laisser de répit. Il adore être inquiétant, menaçant, stressant. Il adore aussi jouer avec l’effet de surprise et vous faire sursauter. Mort de rire ! Toutes les victimes que j’ai suivies étaient en overdose de stress quand elles ont franchi la porte de mon cabinet. Or, le stress est un poison pour l’organisme. Les pauvres rats du Pr Laborit, bombardés de stress, ont eu des ulcères. Beaucoup de mes clientes ont eu des cancers. Je suis intimement persuadée que certaines maladies auto-immunes – comme la mystérieuse fibromyalgie – sont avant tout des empoisonnements au stress. Pratiquer la méditation ou la relaxation peut être un bon début pour se poser et prendre du recul. Mais ça ne suffira pas à terme, face à un manipulateur. Il ne supporte pas que vous soyez zen, car il assimile votre calme à de la toute-puissance parentale, terriblement menaçante pour lui. Seule votre émotivité le rassure sur le contrôle qu’il a sur vous. Alors, il augmentera la fréquence et l’intensité de ses provocations et ira même jusqu’à l’agression, s’il le faut, pour vous faire perdre votre sang-froid. Vous voyez que votre pauvre cerveau hypersensible et hyper-réactif est mis à rude épreuve avec ces provocations continues et délibérées.