Pourquoi trop penser rend manipulable

Christel Petitcollin · Chapitre 10 sur 58

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Pourquoi trop penser rend manipulable

Une pensée résumable en trois phrases

Quand je propose cette théorie de l’immaturité à mes clients, la réaction est instantanée : « Oh oui ! J’ai fréquemment pensé qu’il/elle avait des réactions de gamin ! Mon fils de 8 ans est plus mûr que lui ! Je le lui dis souvent, qu’on n’est plus dans une cour d’école ! » Sur le moment, tout s’éclaire ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Mais la prise de conscience est généralement de courte durée. Mystifiées par le physique d’adulte de leur manipulateur, beaucoup de victimes oublient à qui elles ont affaire et retombent dans le travers d’essayer de faire comprendre la situation à quelqu’un qui la connaît très bien et qui s’en fiche. Je dois leur rappeler régulièrement qu’elles ont un gamin devant elles. Elles percutent à nouveau, puis elles retombent dans l’illusion d’avoir affaire à un adulte « raisonnable ». C’est tellement incroyable que ce vieil enfant ait réussi à naviguer dans ce monde d’adultes sans se faire attraper !

 

Les personnes qui ont définitivement intégré cette donnée de l’immaturité ne sont plus jamais retombées dans le piège de la manipulation. Elles me le disent : « Ce sont vraiment des gamins ! Je les vois venir de loin, maintenant, avec leurs petites manigances. Ils ne me font plus peur. C’est même moi qui leur fais peur ! »

 

Une pensée résumable en trois phrases

 

Maintenant que vous savez à quel point ils sont immatures, vous pouvez comprendre que tous les actes et toutes les paroles d’un manipulateur peuvent être classés dans trois dossiers qui pourraient s’intituler « Cause toujours ! », « Ça te fera les pieds ! » ou « Rendors-toi ! ». C’est vraiment le fond de sa pensée qui peut être ainsi résumée.

Cause toujours !

 

Les victimes passent des heures et des heures à discuter, expliquer, justifier, analyser, questionner… pour rien. Dans Divorcer d’un manipulateur, les lecteurs ont apprécié mon expression : « des hectolitres de salive utilisés en vain dans l’espoir de se faire comprendre ». J’invite les victimes à comptabiliser les heures passées en discussions stériles.

« Je lui ai dit cent fois… Il ne m’écoute pas… Il n’arrive pas à comprendre… » Pourtant, il n’est ni sourd, ni idiot. Alors, quelle est l’explication ? Il s’en fout. « Blablabla… » pense votre manipulateur, prenant votre baratin pour un sermon. Tout en faisant mine de vous écouter avec un air contrit, il pense « Cause toujours ! » et n’en fera qu’à sa tête. Alors, comme le dit ce proverbe africain : « Si la personne à qui tu parles ne t’écoute pas, tais-toi ! » Vous gagnerez du temps et de l’énergie.

 

Ça te fera les pieds !

 

La preuve que votre manipulateur n’est ni sourd, ni idiot, c’est qu’il saura parfaitement utiliser tout ce que vous lui avez dit pour vous faire enrager. Encore faut-il que vous acceptiez de vous en rendre compte. Bizarrement, depuis que vous vous êtes plainte qu’il rentre trop tard du travail, il rentre encore plus tard. Une de mes clientes me dit :

 

– Oh, mon mari est vraiment distrait. Je lui dis : « Je sors le chien. Je ne prends pas les clés. »

J’enchaîne :

– Et quand vous êtes rentrée, il avait fermé la maison à clé et était parti, sans emmener son téléphone portable.

– Comment le savez-vous ? s’étonne ma cliente.

– Parce qu’il l’a fait exprès !

– Ça m’a effleuré l’esprit…, avoue-t-elle.

Tiens donc… C’est justement parce qu’il a bien entendu le message qu’elle a trouvé porte close en rentrant. Le manipulateur est un garnement qui adore vous faire perdre patience. Relisez le passage sur la ficelle intimidation. Ce que j’écris prend un sens plus évident quand on relie cette malveillance à l’immaturité. Il casse, salit, abîme, perd… parce qu’il adore casser, salir, abîmer et, surtout, vous provoquer. Les représailles peuvent intervenir parce que vous l’avez contrarié. Dans ce cas, c’est de la vengeance pure ou du dressage. Un manipulateur trouvera toujours légitime de vous punir. Mais, ne supportant pas la joie de vivre et la décontraction, votre morveux peut aussi vouloir saccager votre bonne humeur et votre insouciance. Il faut vous écrabouiller ce sourire imbécile sur le visage ! Faites le test : soyez simplement de bonne humeur et chantonnez. Les représailles ne tarderont pas. Enfin, comme dans la cour de récré, le manipulateur peut vous tarabuster par désœuvrement, tout comme il asticotait le chat du concierge de l’école quand il s’ennuyait.

 

Rendors-toi !

 

Quand il est vraiment allé trop loin, quand il sent que ça va barder, quand vous risquez de voir qui il est derrière son masque et surtout quand vous êtes sur le point de rompre la relation, il redevient subitement adorable. Ne vous y trompez pas, il se contente de dire : « Pouce, je ne joue plus ! » Si vous aviez assez de recul, vous vous rendriez compte qu’il vous a parfaitement entendu et compris lors de ces longues heures de palabre, puisqu’il se comporte enfin comme vous le lui demandez vainement depuis des mois, voire depuis des années. Mais vous préférez croire qu’il a enfin compris et qu’il va enfin changer. Ce ne sera pourtant que temporaire : dès que vous vous serez rendormi, il repassera en mode « Cause toujours ! » Tout dépend de l’âge mental

La phase « Rendors-toi ! » est particulièrement dangereuse pour vous. Tout ce que vous lui aurez confié de vous intimement dans ces moments où il vous a endormi vous reviendra en boomerang, comme autant de pierres dans la figure. Je ne vous apprends rien, car vous l’expérimentez chaque fois. Pire, pendant qu’il vous anesthésie, il se dépêche de vous faire poser des actes engageants, donc piégeants à long terme. Entendons-nous bien : piégeants et engageants uniquement pour vous, car lui ne se sent jamais engagé. Il devient donc brusquement urgent de réserver les vacances de l’été prochain et de verser des arrhes, de changer de voiture et de prendre un crédit, d’acheter un bien immobilier tous les deux, et même, s’il le faut, il deviendra urgent de se marier ou de faire un enfant. Et il vous suppliera et vous harcèlera jusqu’à ce que vous cédiez. Dans ma pratique, la phase « Rendors-toi ! » excède rarement quinze jours. C’est pourquoi, si mes clients arrivent à tenir bon au-delà des quinze jours, en général ils ne se rendorment plus, car ils ont complètement démystifié le processus. Mais hors coaching, détestant les conflits, voulant croire à la bonne volonté du manipulateur, les victimes ne demandent qu’à se rendormir dans une fausse harmonie. L’accalmie sera pourtant de courte durée. Dès que vous serez à nouveau suffisamment piégé, votre manipulateur tombera à nouveau le masque. Il a eu peur de vous perdre, alors il cherchera à renforcer votre soumission et vous fera payer votre « rébellion ». Il n’y a aucun affect dans sa possessivité. Il a pour vous l’amour d’un chat pour sa souris, ou celui d’un client pour une conciergerie gratuite. Avec le temps, en phase « Rendors-toi ! », le manipulateur ne cherche même plus à être gentil, il se contente d’être calme et de proférer quelques vagues promesses de changement auxquelles plus personne ne croit vraiment.

 

Je vous l’assure, tous les agissements d’un manipulateur entrent dans ces trois concepts. Faites-en l’expérience. En repensant à tout ce qui s’est produit depuis que vous le fréquentez, je suis sûre que vous pouvez tout dispatcher dans ces trois dossiers, mais qu’il n’y aura pas de quatrième dossier !