Attirance interdite - Un risque à prendre
Attirance interdite
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Prologue
Miami
20 juin 2006
Installé à l’arrière de la superbe limousine noire, José Fuentes attendait sa victime. Et, pour tuer le temps, il regardait le va-et-vient dans la rue : un homme et une femme très élégants sortaient du magasin Le Mariage à la Carte, mais ils ne semblaient pas follement amoureux, des piétons désœuvrés flânaient sur les trottoirs, et il y avait peu de circulation.
Des fourmis dans les jambes, José Fuentes gesticula sur son siège. Le fauteuil était pourtant on ne peut plus confortable. Du bout des doigts, il en caressa le cuir. Quelle douceur ! Quelle souplesse ! Quand tout serait fini, il aurait une limousine à lui. Enfin, pas tout de suite… Dans un premier temps, mieux vaudrait ne pas attirer l’attention sur sa personne par des signes extérieurs de richesse.
Bref, quand il aurait réglé son sort à Botero, il serait riche.
Le soleil qui brillait dans le ciel se réfléchissait sur le macadam et les façades des somptueuses villas. Les palmiers balayés par la brise du large se balançaient doucement. Par sa vitre légèrement descendue lui parvenait l’odeur de la mer. Il aimait Miami. Un jour, il reviendrait ici. En vacances.
Son téléphone vibra dans sa main.
Reconnaissant le numéro, il oublia ces pensées insouciantes et se crispa.
Il fallait du temps pour accomplir du bon travail. Ne pas confondre, surtout, vitesse et précipitation…
— Patience, dit-il en prenant la communication.
— Ça n’est pas encore fait ?
Il y avait du mécontentement dans la voix.
— Je n’y peux rien, elle a quelques minutes de retard.
Il écarta le téléphone de son oreille pour lire l’heure sur le cadran de sa montre, et vit à cet instant la limousine blanche qu’il attendait tourner au coin de la rue.
C’était l’heure…
— Je te rappelle.
Il enfonça la touche off et fit un signe de tête au chauffeur. Il faisait confiance à Gordy, mais il lui réglerait tout de même son compte ensuite. Gordy avait des tas de qualités, mais il était incapable de surmonter certaines faiblesses. Malgré la grosse somme d’argent qu’ils allaient se partager, il trouverait un jour ou l’autre le moyen de retourner à l’alcool et à la drogue. Et donc aux vieux potes qui les lui procuraient.
Et là, il parlerait.
Il y avait déjà bien trop de gens au courant. Il avait l’impression qu’ils se multipliaient comme la vermine, et que, du même coup, le contrôle de l’opération lui échappait.
C’était fâcheux.
Pourquoi Ramon était-il à Miami, par exemple ? Pour le surveiller ? L’idée qu’on ne lui fasse pas entièrement confiance le mettait en rogne. Pour être tout à fait honnête, lui non plus ne faisait confiance à aucun des membres de l’équipe qu’il avait amenée à Miami. Pas plus qu’à ceux de l’équipe stationnée au Ladéra pour réceptionner Sonya, sous la direction de Pedro Carrera. Pedro serait furieux, quand il se rendrait compte qu’on lui laissait sur les bras la malheureuse victime. Et pas n’importe quelle victime…
José haussa les épaules, comme pour chasser cette pensée. Carrera pouvait être furieux, c’était le cadet de ses soucis ! Tout ce qu’il lui demandait, c’était de ne pas le retrouver.
Il hocha la tête.
Logiquement, avec tout l’argent que cette opération allait lui rapporter, disparaître sans laisser de trace ne devrait pas poser de problème.
Coup d’œil discret aux deux hommes assis avec lui à l’arrière de la limousine. Ils étaient là pour leurs muscles. Un kidnapping en plein jour, en plein cœur de Miami, demandait plus d’une paire de bras. Lui, Fuentes, pas fou, avait bien l’intention de ne pas se montrer. Il allait la jouer très fin, méthodique et parfaitement coordonné. C’était l’occasion de sortir de ce milieu pourri, de dire au revoir à ces minables et de mener une autre vie. Une vie de notable.
Dès qu’ils auraient enlevé Sonya, ces deux-là la feraient sortir en cachette du pays pour la livrer à Pedro au Ladéra. Lui et le reste de l’équipe resteraient derrière pour régler les points de détail. Il ramasserait la rançon et, une fois sûr de son coup, il oublierait le plan du patron pour suivre sa propre voie. Pas question qu’il retourne au Ladéra. Jamais. Il allait partir dans la direction opposée et, une fois arrivé là où il avait prévu de se rendre, il s’achèterait une virginité. Il méritait bien une nouvelle vie.
— Prêts ? dit-il aux deux hommes tandis que la belle limousine de Sonya Botero glissait sans bruit sur la chaussée pour se garer le long du trottoir.
Johnson, le chauffeur de la belle, se précipita pour lui ouvrir sa portière. La fille aux airs de femme entretenue qu’il avait vue sortir du Mariage à la carte un instant plus tôt s’arrêta pour regarder. Qu’espérait-elle, la donzelle ? Voir une célébrité ? Obtenir un autographe ?
Tant pis pour elle, il n’avait pas le temps de prendre de gants !
— Faites gaffe aux caméras de sécurité, les gars. Vous savez où elles se trouvent.
Gordy fit avancer la voiture juste derrière celle de Sonya Botero. Les deux « Monsieur muscles », tous biceps bandés, bondirent de la limousine et se jetèrent sur Sonya comme prévu.
Bon sang ! Que faisait le chauffeur ? Il n’allait pas essayer de s’interposer ?
Non, il faisait seulement semblant… C’était juste un peu de chiqué. Pour les témoins. Pauvre imbécile ! Il devait se figurer que, puisqu’il était complice, il toucherait vraiment sa part du magot. On lui réglerait son compte avant la fin de la journée, à lui aussi.
Sonya se retrouva dans la voiture, du côté opposé à celui de Fuentes, et on claqua la portière.
— Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Pourquoi me faites-vous ça ?
Le ton, indigné au début, se changea vite en plainte. Des sanglots dans la voix, les larmes aux yeux, paniquée, elle supplia.
— S’il vous plaît…
Tournant la tête de tous côtés, elle tenta de se débattre, mais une aiguille se planta dans son bras. Le Dr Ramon, qui l’avait fournie, se révélait finalement un homme utile.
— Bouge pas, grogna l’une des deux baraques.
Sonya Botero se débattit de plus belle, mais les deux hommes la tenaient fermement et elle abandonna la lutte.
Gordy mit le levier de vitesses sur marche arrière.
Johnson, lui, était toujours sur le trottoir, jouant la comédie jusqu’au bout.
José Fuentes le regarda, hésitant.
Dans le fond, c’était peut-être aussi simple de lui régler son compte tout de suite. Ça n’avait pas de sens de laisser la police, sirènes hurlantes, venir l’interroger.
— Ecrase-le.
Gordy obéit, mais Johnson fit un roulé-boulé.
L’homme qu’il avait vu sortir du Mariage à la Carte avec sa bimbo de luxe, juste avant l’arrivée de Sonya, se précipita pour jouer les sauveurs. De quoi se mêlait-il, celui-là ? Il se prenait pour un héros ou quoi ? Un idiot de cette espèce ne méritait pas de vivre.
— Attrape-moi ce crétin. Fonce lui dessus !
Gordy donna un coup de volant à droite et fonça sur le piéton qui fit un bond de côté.
Raté !
Il avait de bons réflexes, le bougre…
La femme, quelques mètres derrière lui, n’eut pas la même présence d’esprit. Toujours plantée au milieu du trottoir, elle prit la voiture de plein fouet et rebondit sur le capot dans un bruit sourd.
Un témoin de moins ! pensa José, claquant la langue contre son palais en signe de satisfaction.
Les gens s’enfuyaient en tous sens. Certains remontèrent la rue, d’autres sortirent du magasin en proie à la panique la plus complète. L’un d’eux avait une tête qui ne lui revenait pas. Une vraie bobine de Mexicain, et il courait en pointant son arme sur eux, l’abruti ! Peut-être était-ce un agent de sécurité de la boutique ?
Bizarres, ces gens, se dit Fuentes. Comme s’ils ne pouvaient pas se mêler de leurs oignons…
— Roule, bon Dieu ! Roule, je te dis !
Gordy descendit du trottoir, prit en direction du centre-ville et s’engouffra dans un garage sombre où attendait un autre véhicule avec lequel ils allaient permuter. Ça tournait comme une horloge. L’idée initiale n’était peut-être pas de lui, mais l’organisation matérielle était son œuvre. Le succès de l’opération lui reviendrait en totalité. A lui et à personne d’autre.
Brûlant les feux rouges, mordant les lignes jaunes, Gordy négocia quelques dépassements audacieux comme seuls les pros savent le faire, démontrant ainsi qu’il était l’homme de la situation. Quelques secondes plus tard, la voiture se fondait dans la circulation.
Encore un peu, et ils seraient en sécurité.
José Fuentes prit son téléphone, prêt à faire son rapport. Il fallait faire plaisir aux acolytes et, surtout, ne pas leur mettre la puce à l’oreille avant d’être sorti du circuit.
Content de son coup, le sourire aux lèvres, il composa un numéro. La première moitié du boulot était accomplie. Il brûlait d’impatience d’entamer la deuxième.
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